‹ LessingChapitre 60 sur 233 · Ghap. II · texte numérisé non relu

Ghap. II

3. Ghap. II. — Dans un passage de la correspondance de Leasing et

Telle est la yéritable raison pour laquelle le mattre grec n'a pas voulu représenter Laocoon dans tout le paroxysme de la douleur physique, poussant des hurlements furieux. Pénétré des nécessités et des convenances de son art, il travaillait en vue de la Beauté, dans les circonstances données de la douleur physique qui, dans son expression grimaçante, était incompatible avec elle. Il fallait qu'il la diminuât ; il fallait qu'il changeât le cri en soupir, non parce que le cri trahit une Ame sans force et sans gi*aQdeur, mais parce qu'il défigure la physionomie et détruit les lignes pures et harmonieuses de la Beauté \ Mais, se demande Lessing, cette loi n'a-t-elle qu'ime autorité relative ? ne vaut-elle que pour l'art antique ? Lessing qui, comme Winkelmaun, voit dans l'art grec la perfection idéale de l'aH

de Mendelssohn, nous trouvons déjà exprimée cette idée, avant Winkelmann. « Les sculpteurs n*ont jamais présenté les dieux et les héros en proie à une passion trop violente. On trouve chez eux la nature au repos et les passions accompagnées d*une certaine tranquillité dVimo, qui couvre le sentiment douloureux de la pitié comme d*un vernis d*ad- • miralion et de respect. • On compare également le Ljiocoon de Virgile et celui dos sculpteurs grecs. • Celui-là exprime Irds bien la douleur, ceux-ci nous le montrent domptant la douleur, et les sculpteurs surpassent le poète d*autant que la pitié seule est iuférieure à une pitié mdloe d'admiration et de respect. »

1. Quoique Lessing ne se soit pas attaché dans le Laocoon, à donner une définition dogmatique de l'Art et du Beau, l'idée qu'il en a, ressort clairement de tout l'ensemble de l'œuvre. Le but de l'Art pour lui, c'est le Beau et non, comme l'enseigne l'esthétique de Baumgarlen, le plaisir subjectif de l'âme, résultant de la perception de la perfection sensible. Le Beau sans doute produit le plaisir (das Vergnil" 9en) mais le plaisir n'est pas indispensable. 11 est subordonné à la loi, et il dépend do la volonté du législateur de le permettre ou de Tinter dire. Le Beau existe par lui-même ; il est a lui-même sa loi. La proportion et l'harmonie des lignes et des contours constituent la Ueautéqui réside donc essentiellement dans la forme. Mais quelques passages, prouvent aussi que la forme pour Lessing n'ust pas indépendante du fond do Vidée, surtout en poésie et dans le drame.

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lui-même, sans doute ne le croit pas. Cependant il est obligé de convenir que Tart moderne a considérablement élargi ses limites ; qu'il ne se borne plus seulement à la reproduction de la belle forme humaine ; que le beau absolu n'est plus son unique objet, mais qu'il recherche surtout l'expression, le caractère \

L'artiste moderne est plus tolérant que l'artiste grec« Oelui-ci eût renvoyé l'homme difforme qui voulait se faire peindre, en lui citant l'épigramme d'un poète: « Qui donc voudrait te peindre, puisque personne ne veut te voir? » Celui^à, au contraire, lui ferait bon accueil et lui dirait : « Tout difforme que tu es, je te peindrai tout de môme. Si on n'a pas de plaisir à te voir, on aura du plaisir à voir mon tableau, qui témoi* gnera du mérite de mon art, capable de peindre si ressemblant un monstre comme toi. »

Lessing constate comme un fait, cette différence entre l'ai't antique et l'art moderne, mais sans l'approuver. En tout cas, l'expression, à ses yeux, n'a qu'une valeur inférieure, et doit être entièrement subordonnée à la Beauté. Néanmoins, l'art moderne, quoique procédant d'une esthétique différente, est soumis, lui aussi, à cette loi, qui oblige l'artiste à garder une certaine mesure dans l'expression des sentiments et des passions, à en modérer, à en atténuer la violence. Mais cette obligation résulte encore d'autres nécessités. Elle a sa raison d'être, d'abord dans les conditions matérielles auxquelles sont soumis les arts plastiques et, ensuite, dans la nature des facultés esthétiques auxquelles l'œuvre d'art s'adresse, dans l'effet qu'elle doit produire sur le spectateur qui la contemple.

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