Kachlati, Œuvras, t. 6, p
maie. Mais il le refuse absolument à la nature végétale et inorganique*.
Peut-on s'étonner qu'avec cette préférence exclusive pour la beauté sculpturale et plastique, Lessing n'apprécie pas certaines parties importantes de la peinture ? La peinture religieuse, la peinture dû moyen âge, dédaigneuse de la beauté matérielle, le laisse indifférent. La peinture de genre, la représentation de la vie réelle dans ses détails et ses aspects vulgaires, à la manière hollandaise, il la méprise comme un outrage à l'art et au beau. Enfin, une des branches les plus vivaces et les plus florissantes de l'art moderne, la peinture de paysage, est méconnue par lui, et ne trouve aucune place dans sa théorie. En effet, la peinture de paysage présente un caractère plus intime et plus personnel que les autres genres de peinture. Elle représente moins la nature telle qu'elle est en réalité, que la nature telle qu'elle se réfléchit dans l'âme du peintre, en s'imprégnant de ses propres sentiments. C'est dans ce sens qu'on a pu dire qu'un paysage est un « état d'âme ». Mais Lessing est un ancien, et certains côtés de l'âme et de l'art moderne lui échappent*.
1 . Dans un fragment qui devait trouver place dans la s« partie du Laoeoon, Leasing, tout en admettant quMl n^eat pas impossible de voir paraître un peintre qui unirait le contour des anciens au coloris des meilleurs d*entre les modernes, et surpasserait ainsi Raphaël lui-même, croit cependant que la vie et le travail d'un homme ne suffisent point pour y arriver, et qu'un maître perdrait d'un c6té ce qu'il aurait gagné de Tautre. La question alors serait de savoir dans laquelle des deux parties on devrait désirer exceller. NachUiêi, Œuvres, t. 6, p. 281 et
S. Comme preuve de l'indifTôrence de Lessing pour les beautés de la nature, on cite de lui un mot, mais qui n'est sans doute qu'une spirituelle boutade, comme il lui en échappait quand il était en humour
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Sur un autre point encore, la peinture, surtout la peinture de nos jours, a élargi son domaine. Elle admet le laid, que la théorie de Lessing lui interdit. Le laid a reçu droit de cité dans la peinture et même, dans une certaine mesure, dans la plastique ; on lui a fait les honneurs d'une esthétique spéciale', parce qu'il est une des formes de l'être et de la vie ; parce qu'il est susceptible d'expression et de caractère; parce qu'il peut servir de contraste et de repoussoir au beau, et qu'il peut solliciter heureusement l'imagination inventive ou la verve satirique de l'artiste. Mais en l'admettant, l'art lui impose ses lois : l'ordonnance, la composition, le choix, l'élimination de tout élément inutile, répugnant, sans profit pour l'art et la vérité. Par l'art, le laid peut en quelque sorte être idéalisé. Il ne cessera pas d'être laid. Mais en écartant de son objet ce qui est accidentel, accessoire, l'artiste en fera ressortir les traits essentiels et typiques, le caractère expressif et original *.
La même raison qui a déterminé l'objet des arts plas-
de contradiction et de paradoxe. Voyageant en compagnie d*un ami qui s*extasiait à la vue d'un beau paysage. Leasing lui dit : c Je vous envie votre joie, mais ne saurais la partager. Je ne dis pas, si le printemps s'avisait une fois de fleurir en xouge. Ce serait au moins du nouveau. ■
On a remarqué aussi que dans ses lettres datées d'Italie (i776) il ne parle jamais de la beauté du ciel et de la nature.