Nachlaa. Œuvres, t. 6, p. s
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à Taction représentée et qui est nécessaire à cette représentation. De même que l'artiste plastique n'a qu'un moment de l'action, le poète n'a qu'une qualité des corps à sa disposition. Une épithète, deux tout au plus, doivent lui suffire.
Voilà donc les deux ordres d'art nettement distingués et séparés. Chacun a son objet essentiel et principal, et en outre, un objet accessoire et secondaire. Seulement, ce qui est l'accessoire chez l'un, est l'essentiel chez l'autre et réciproquement. Chacun est cantonné dans son domaine, séparé de celui du voisin par un terrain commun, où il lui est permis de pénétrer, mais sans trop s'y avancer et s'y aiTêter.
En examinant de près, pour la juger, cette distinclioii célèbre, premièrement en ce qui concerne les arts plastiques, on est frappé tout d'abord de la confusion perpétuelle que laisse subsister Lessing entre la sculpture et la peinture- Cet esprit si rigoureux, — dont la force et l'originalité consistent dans la subtile et vigoureuse pénétration avec laquelle il sait démêler et séparer les éléments complexes d'une question ou d'un problème, — ne veut pas voir dans cette œuvre, dont le but est précisément d'établir une distinction bien tranchée entre deux arts trop souvent confondus l'un avec l'autre, les différences sérieuses qui séparent la sculpture de la peinture.
Tantôt c'est la peinture, tantôt c'est la sculpture qui lui fournit les arguments et les exemples pour sa théorie. Mais c'est presque toujoure la sculpture qu'il a en vue. L'art par excellence pour lui, disciple convaincu de Winkelmann, c'est l'art antique, et l'art antique c'est surtout la sculptm'e. La peinture est un art ralativement
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moderne^ ou du moins gui a déployé toutes ses ressources et révélé toute sa puissance au moyeu âge et à la Renaissance, sous Tinfluence du christianisme et de la vie i*eligieuse, et de nos jours, sous Tinfluence d'un sentiment plus profond et d'une conception plus large de la nature et de la vie imiverselle des choses.
Quand Lessing assigne aux arts plastiques pour objet principal et direct la représentation des corps, des belles formes humaines, et accessoirement celle des actions, c'est la sculpture surtout qu'il vise, et à laquelle sa définition convient particulièrement. Mais elle est insuffisante en ce qiii concerne la peinture, qui offre plus de diiférences encore que de ressemblances avec la sculpture. Si la peinture se rapproche de la sculpture par la représentation des belles formes corporelles, elle s'en éloigne encore davantage par d'autres caractères. Elle est plus immatérielle que la sculpture. Elle représente ses objets, non comme ils sont en réalité, avec leurs formes, leurs dimensions solides dans l'espace, mais comme nous les voyons, sûr une surface plane, avec les difTérences de dimensions, avec les dégi'adations d'ombre et de lumière, créées par la distance' et par la perspective- Elle est donc plus personnelle, plus subjective que la sculpture. En outre, son domaine est infiniment plus varié. Tout le monde visible, la nature entière lui appartient. Grâce à la couleur, elle reproduit toutes les variétés, toutes les nuances de la vie et tous les mouvements de l'âme, qui se reflètent sur la physionomie et dans le regard. On pourrait presque dire que la peinture est plus voisine encore de la poésie que de la sculpture. Mais Lessing, tout préoccupé d'art antique, ne voit dans la peinture que le côté par où elle ressemble à la
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sculpture, c'est-à-dire la reproduction des belles foimes du corps humain, avec ses mouyements, ses attitudes nobles ou gracieuses. Pour lui, le Beau, c'est la forme, rharmonie des lignes, la pureté du contour, et c'est aussi l'objet qu'il assigne à la peinture. La peinture historique, à ses yeux, n'est destinée qu'à représenter des corps dans de belles et nobles attitudes \ On comprend, dès lors, qu'il place l'essentiel de la peinture dans le dessin, et qu'à la couleur il n'accorde qu'une importance secondaire. « S'il est vrai, dit-il quelque part, que l'artiste, lorsque les difficultés de la couleur ne le préoccupent pas, peut aller droit à son but, en toute liberté ; s'il est vrai qu'on trouve dans les dessins des meilleurs peintres une âme, une vie, une liberté, une délicatesse qu'on ne trouve pas dans leurs peintures ; s'il est vrai que le pinceau, avec un seul liquide, peut exécuter des choses que ne peut réaliser celui qui doit mêler plusieurs couleurs, surtout des couleurs à l'huile, — je me demande si le plus admirable coloris peut compenser tant de pertesj et s'il ne serait pas à souhaiter que la peinture à l'huile n'eût jamais été inventée"?
Lorsque Lessing dit qu'un portrait ne doit pas être une simple reproduction de la personne dans sa réalité actuelle, mais doit en être l'idéal, il l'entend de la forme et non de la couleur, car le coloris, de même que tout ce qui est transitoire, ne lui paratt pas susceptible d'idéal, et par conséquent n'appartient pas à l'art. Tout au plus, admet-il un idéal inférieur pour la nature ani-