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CHAPITRE V

La Fable.

Lorsque Lessing commença l'étude d'Aristote il s'arrêta un instant pour examiner un genre secondaire, mais qui avait pris vers le milieu du xvme siècle de telles proportions dans la littérature allemande qu'il menaçait d'envahir tout le Parnasse. C'était la fable. Elle fut cultivée de bonne heure en Allemagne ; les premiers livres imprimés à Bamberg et à Mayence étaient des fabliers : imitations lourdes et gauches des anciennes ' fables ésopiques, elles se répandaient néanmoins très vite dans toutes les classes de la société. Dès le xivc siècle l'Allemagne possède un véritable fabuliste dans la personne du dominicain Ulrich Boner de Berne, l'auteur du premier fablier allemand J.

1. Sous le titre : Der Edelstein {La pierre précieuse) ; voy. plus loin les travaux de Lessing sur Boner.

La Réforme surtout favorisa le développement de ce genre littéraire. Luther considère l'apologue comme le genre qui, après la Bible, renferme le plus de sagesse; lui-même écrit des fables; son disciple Erasmus Alberus, Hans Sachs, Georges Rollenhagen, Eucharius Eyring en firent aussi; Burkart Waldis, fervent protestant, a exprimé dans ses quatre cents apologues toute l'énergie de son temps. On ne peut refuser une certaine originalité à ce genre au xvie siècle : les discussions théolologiques, les questions brûlantes du jour y ont trouvé une expression passionnée qui fait presque un miroir du temps de ces fables où Ton aperçoit la rude mêlée des différents camps religieux. De véhémente, agressive et nationale qu'elle était au xvie siècle, la fable devint, au xviie, anodine et incolore. A une époque où la littérature, en général, était loin de fleurir, la fable, elle aussi, ne pouvait que végéter. On ne faisait que remanier les recueils dans le sens des prédicateurs et des moralistes du temps. Mais un vrai renouveau se manifesta au xvme siècle : La Fontaine devint le dieu du jour. Toute une pléiade de fabulistes tâche de l'imiter; Ésope et Phèdre , les modèles d'autrefois, sont oubliés : on ne connaît que les fables du poète français. Ajoutez à cette vogue le goût de la morale !j

1. Der deutsche Lockman, Ber deutsche Aesop étaient dei recueils très coûtés ; ce dernier parût comme revue hebdol madaire el contient trois cenl vingt-quatre laides.

goût inspiré par la littérature anglaise contemporaine qui commençait à être cultivée et étudiée à côté de la littérature française, et on comprend facilement la place très large que Gottsched et Breitinger firent à la fable, dans leurs Poétiques '. Les théoriciens du jour voyaient le but de toute poésie dans le vers d'Horace :

Et prodesse volunt et delectare poetae ;

or, quel genre littéraire instruit plus que la fable, lequel amuse plus l'imagination que ces petits récits mis dans la bouche des êtres inférieurs à l'homme? Gottsched assignera donc à la fable une place importante et lui consacrera un chapitre dans sa Poétique 2. Il est vrai que ce n'est que la paraphrase de la théorie que le P. Le Bossu avait développée dans •son Traité du poème épique (1675). Selon Le Bossu, la fable est un discours inventé pour former les mœurs par des instructions déguisées sous les allégories d:une action; elle doit être universelle, imitée, feinte et doit contenir allégoriquement une vérité morale 3. Gottsched y souscrit aveuglement et ajoute que, dans la fable, tout dépend du précepte moral. Selon son habitude, il donne la recette pour

1. Voy. Gervinus, Geschichte der deutschen Dichtung, III, p. 58 ; IV, 108 et suiv. (5* éd.); Koberstein, V, p. 512.

2. Critische Dichtkanst, I, ch. iv, pp. 142-170 de la 5e éd Cornp. Servaes, Lie Poetik Gottsched' s und der Schweizer , p. 24.

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