‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 4 sur 162 · Traité du poème épique, I, ch. vr, p · texte numérisé non relu

Traité du poème épique, I, ch. vr, p

en fabriquer, de même qu il le fait pour la tragédie, la comédie et l'épopée. On n'a qu'à choisir, dit-il, selon le but que l'on veut atteindre, la doctrine morale qui doit faire le fond de tout le poème. Ensuite, il faut inventer un événement, mais où il y ait une action qui montre jusqu'à l'évidence le précepte moral qu'on veut enseigner. 11 cite, comme exemple, cette proposition morale : L'injustice et la violence sont des vices abominables, et il montre comment on peut traiter ce sujet dans une fable ésopique, dans l'épopée, dans la comédie et dans la tragédie. L'action une fois donnée, il faut observer l'invention et l'imitation. L'invention se trouve indiquée par le mot jjlùOoc dans la Poétique d'Aristote; mais comment pourrait-on inventer des fables, puisque Gottsched refuse tout droit à l'imagination ? C'est qu'il y a encore d'autres « mondes possibles » où. l'invention du poète peut être réalité. Quant à l'imitation, la Poétique dit que l'imitation de l'action c'est la fable, donc la fable, conclut Gottsched, est une imitation. Mais Aristote dit aussi que la fable est comme le principe et comme l'àme de la poésie \ d'où il suit, toujours selon Gottsched, que la fable est le point culminant de l'imitation de toute poésie. C'est ainsi que le législateur du Parnasse allemand expliquait Aristote. La fable ésopique ou simplement la fable, c'est-à-dire le sujet

1. Arisiolo no parle que <1<' la table de la tragédie, mais Gottsched n'y regardail pas de si près;

dune tragédie ou d'une épopée, était la même chose pour lui l.

On ne saisit vraiment tout le mérite de Lessing qu'en lisant quelques chapitres de la Poétique de

itsched qui, tout en citant Aristote et Horace, ne fait que délayer, dans une prose filandreuse, les théoriciens français qui, eux-mêmes, au xvne siècle, étaient loin de remonter aux sources et de les expliquer d'une manière satisfaisante. Lessing, au contraire, même là où il se trompe, comme nous le verrons pour sa théorie de la fable, est toujours un adversaire dont on peut discuter les opinions, quelque riches en résultats que soient les recherches de nos jours. Les Suisses et leur théoricien Breitinger, dont le jeune Lessing parle avec beaucoup de respect, étaient un peu plus raisonnables que le pédant de Leipzig. Ils ne niaient pas les droits de l'imagination pour le poète, mais ils cherchaient partout le merveilleux uni à la morale 2. Donc, un poème (comme dit Goethe dans Poésie et Vérité, où il retrace avec tant de vigueur les misères de ces théories et l'état pitoyable de la littérature) qui imitait la nature, qui était merveilleux et qui avait en même temps une fin et une utilité morales, devait être considéré comme le premier et le plus excellent. Après beaucoup de

1. Ainsi 9Ù9xaa\.i twv Ttpay;xaTo)v est, selon lui, « Zusammensetzung der Sachen », tout ce qui constitue la fable : les animaux, les hommes, les dieux, les actions, les discours.

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