‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 78 sur 162 · Laocoon, ch. xi et suiv · texte numérisé non relu

Laocoon, ch. xi et suiv

2. Voy. Rochcblave, Essai sur le contir de Canins, liv. II et

!. Laocoon, ch. vu.

rable parmi ses contemporains érudits ou littérateurs. Nous avons vu, au cours de notre travail, avec quel goût et quelle perspicacité il juge les œuvres littéraires de l'antiquité. Dans ce domaine, il s'est frayé un chemin lui-même, parce que les philologues de son temps n'avaient pas beaucoup d'influence sur lui sous ce rapport. Les hommes de métier se cantonnaient trop dans leurs livres sans jeter un regard sur le mouvement littéraire du jour '. Lessing fit pénétrer un peu d'air et de lumière dans cet édifice érudit qui végétait à côté de la littérature nationale; c'est lui qui, le premier, comprit le parti qu'on peut tirer de la littérature antique bien comprise et quels services elle peut rendre au moment du renouveau d'une littérature. Ce sont là des titres de gloire auprès desquels ses faibles conjectures et ses étymologies ridicules doivent disparaître.

Tout en possédant bien la grammaire, Lessing fit dériver des .mots, comme on le faisait dans un temps où l'étymologie scientifique n'était pas encore connue. Faire un reproche, même à un philologue de mérite du xvme siècle, d'avoir tenté de fausses étymologies, c'est demander l'emploi d'un procédé

] . « Nos beaux esprits sont rarement des savants et nos savants rarement de beaux esprits. Ceux-là ne veulent pas travailler du tout, ceux-ci ne veulent que cela; ceux-là manquent de matière, ceux-ci d'habileté pour donner la forme à la matière, » dit Lessing-, Literaturbriefe, n° 52.

avant la découverte. Le xixe siècle, grâce aux études sanscrites, a vu les commencements de la philologie comparée, et la comparaison des langues indo-européennes a permis de jeter les bases solides de Tétymologie. Au temps de Lessing, la similitude des sons décidait de la parenté ; les langues d'origine différente furent jetées pêle-mêle, et tout le monde considérait ces comparaisons comme un jeu d'esprit. C'est pourquoi Lessing, dans une de ses Lettres archéologiques l, dit : « Il ne me suffît pas que je connaisse un objet et que je sache comment il s'appelle; souvent je voudrais savoir pourquoi tel ou tel objet se nomme ainsi. Bref, je suis un des plus résolus étymologistes, et quelque ridicule que cette étude paraisse à beaucoup de gens, quelque mince qu'elle semble à moi-même en comparaison de celle des objets eux-mêmes, j'en suis tout de même entiché. L'esprit, quand il s'y applique, est dans une telle paresse active, il est si occupé et en même temps si tranquille que je ne peux pas m'imaginer un travail plus agréable pour une curiosité nonchalante. On se flatte de la recherche sans penser à la valeur de l'objet qu'on cherche; on se réjouit de la trouvaille sans se fâcher de ne trouver qu'un rien après tant de peine. » Les grands étymologistes de notre siècle sont peut-être d'un avis différent, mais cette déclaration franche de Lessing fait voir quel sens on attachait alors à

L'étymologie. Lui au moins en reconnaît l'utilité. • Apprenez un peu de respect, mon ami, pour ma chore étymologie, dit-il; ce n'est pas sans raison que souvent celui qui comprend bien le mot, connaît déjà plus de la moitié de la chose !. » Quand nous le voyons à l'œuvre, quand il cherche avec beaucoup d'érudition et assez longuement 2 l'étymologie du mot camée et trouve, après avoir compulsé tous les in-folio qui en parlent, que c'est un composé de gemma et de ïiuja (hoch); que le mot KoXcÂvfcijc signifie un ouvrier qui cherchait de l'ouvrage sur le xoXwvo<; àyopkïoçj le mot étant composé de KoXwvoç et de ôifc (ouvrier) 3 ; que « candelabruru » vient de candela et de àêpoç qui signifie luisant ; que le mot àfi<paÇovew est parent de l'allemand « Faxen machen » 4 ; que osïva a donné l'article den ;i : nous devons voir dans tout ceci le

1. Ibid., p. 178. — Une autre fois, cependant, il dit que le sens des mots ne doit pas être déterminé d'après leur dérivation, mais d'après leur emploi (Kleinere antiquarische Fragmente, Dioskorides ; Œuvres, XIII, 2, p. 368.

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