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Lessing et le gout français en Allemagne

Le milieu du xvm* siècle est une époque critique pour Pinfluence de l'esprit français en Allemagne.

L'éclat merveilleux du règne de Louis XIV avait suscité sur la rive droite du Rtiin beaucoup d'imit»» teurs du grand roi et des écrivains de la France. Les

cours se modelaient sur Versailles; les classes supérieures ne goûtaient dans les écrits que la manière française ; et les gens de lettres connaissaient trop bien nos chets-d'œuvre pour ne pas s'en inspirer, même sans le vouloir. Ce goûl survécut longtemps au règne qui l'avait fait naître. La cour de France, en perdant de son caractère de grandeur, conserva le privilège de l'élégance; les lettres, moins graves et moins pures, présentaient encore d'assez beaux mo-^ dèles pour justifier l'imitation. Mais le gouvornemenl sembla prendre à tâche de déconsidérer le caractère • français. Notre autorité littéraire déchut peu à peu-* avec notre ascendant politique.

Quels pouvaient être les sentiments de l'ÂUemagne à l'égard de la France au lendemain de la paix d'Aixla-Chapelle? Les armes françaises avaient remporté des victoires décisives, mais sous un général allemand. La France imposait la paix, mais sa politique était vaincue; U nouvellç aiaisou d'Autriche, (ju'on

s'était proposé de ruiner, se trouYait lûeo étaUie; k

guerre enfin ne profitait qu'à une puissance allemande de fraîche date, et à un jeune roi, allié infidèle de la France, qu'il a^t fait sertir à ses desseins, en se jouant d'elle ouvertement, Frédéric parut un héros à rAUemagoe, même avant la guerre de Septans, et la Prusse devint, pour ainsi dire, le miroir de l'orgueil germanique.

Comparé à ce prince énergique et sans scrupules^ le gouvernement français, avec son emphase chevaleresque, et la mollesse de ses hommes d'État, ne pouvait paraître que ridicule; encore quelques années, et il allait tomber dans le mépris. L'Allemagne donc, mais surtout le nord de l'Allemagne, grandissait d'autant que la France s'abaissait dans l'estime générale.

Les cœurs patriotiques, de l'autre côté du Rhin, se disaient que le jour de la race germanique était enfin venu. La gloire miUtaire passait de son côté, grâce aux solides hataillons de la Prusse. Pourquoi n'aurait -elle pas aspiré à son tour au sceptre des lettres que, depuis le xuf siècle, les Italiens, les Esr pagnols, les Anglais, les Français, avaient saisi tour «à tour avec la prépondérance politique ? jN'avait-elle pas déjà fait ses preuves ? L'année même où les parties belligérantes signaient la paix d Aix-la-Chapelle, voyait paraître les trois premiers chants de la grande épopée moderne de rAllemagne : le génie allemand faisait son avènement avec Klopstock et la iife«êiade.

Mais un grand obstacle arrêtait le développement

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