LE RIDICULE ET LA PLAISANTERIE
définition à peu près semblable et qu'Aristote ne pouvait ignorer. Il est aussi pour lui un mal, une difformité et même une méchanceté, Tzovrjpia. -ri?. C'est ainsi qu'il l'appelle, et il soumet, comme on sait, s'il ne l'exclut tout à fait, la comédie aux règles les plus sévères. (Rép. iv, x, Lois, II, VII.)
Aristote n'est ni aussi exclusif ni aussi intolérant. Il admet très bien ce genre de spectacle, sans trop le distinguer du dithjTambe et de la satire. (Ch. iv.)
Tout se réduit, dans sa Poétique, à ce qui a été dit. Si l'on consulte ses autres écrits, la même lacune, à peu près, s'y fait remarquer. Dans la Rhétorique, où parmi les moyens de persuasion et d'agir sur un auditoire, l'emploi de l'ironie et du ridicule tient une si grande place, on est étonné de ne pas les trouver. Dans les chapitres sur les Mœurs sont décrites les autres passions : la douceur et la honte, l'amour et la haine, etc., la terreur et la pitié (II, viii), ainsi que les moyens de les exciter ; il n'est pas mention du ridicule. Le procès de Socrate et le souvenir de l'influence que la comédie d'Aristophane avait pu exercer sur les juges (v. Platon, Apologie) n'étaient pourtant pas à ce point effacés pour qu'en traitant du genre judiciaire (Rhét., I, 10), le sujet ne dût être au moins par lui abordé ou indiqué. Quelques mots seulement à propos du style, pour dire que le ridicule est quelquefois fort utile dans la discussion et que l'ironie est plus noble que la bouffonnerie ne suffisent pas (m, 18). Et il renvoie à la Poétique, où il est dit combien il y a de sortes de ridicules, TroVa ùBri ysloïMv èazh. (Ibicl.)
Mais si nous trouvons le philosophe esthéticien en défaut dans ces endroits de son système et de ses écrits, il n'en est ms de même du moraliste.
T)ans sa morale (Eth. Nie, iv, viii) Aristote a consacré un chapitre entier à la plaisanterie. En ce sujet, qu'il traite non en esthéticien, mais en moraliste, il est lui-même, c'est-à-dire supérieur. De la plaisanterie, il fixe les bornes
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qui sont celles du bon goût; ce qui fait d'autant plus regretter qu'il n'en soit pas question là où elle était le plus à sa place. Dans ce chapitre, rempli d'observations fines et délicates autant que justes, le sujet n'est pas précisément le comique, mais ce qui y confine, la plaisanterie. En y renvoyant, il suffît de dire qu'on y retrouve toujours le même principe et la même théorie appliquée : celle du juste milieu comme devant imposer des bornes à la plaisanterie.
L'homme de bon ton doit garder ce juste milieu entre le boufîon qui cherche toujours à faire rire et l'homme à l'humeur austère ou farouche qui ne se déride jamais. {Ibid.)
A ce propos, Aristote trace les limites de la bonne plaisanterie. Il cite à l'appui l'exemple de la vieille et de la nouvelle comédie. Il fixe les règles que doit toujours se prescrire l'homme bien élevé. Aristote regarde la plaisanterie comme un repos et un délassement. « Comme il y a des moments de repos dans la vie, etc. » Il conclut par un retour à la distinction des trois milieux; l'un relatif à la vérité et à la vertu, les deux autres au plaisir, à celui qui est pur amusement et à celui qui regarde les rapports de la vie sociale.
Pour ce qui est du rii^e, qu'excite le ridicule ou qui en est l'eâet, Aristote ne l'a pas oublié sans doute, mais c'est en naturaliste et en phj'siologiste qu'il en parle, non en psychologue et en esthéticien. Il constate que l'homme est le seul des animaux qui ait le rire ; xai ^ù-j /novov ye^âv twv ^wwv -&v àv^ocorov. {De Part., an., m, x.) Ce phénomène singulier qui distingue l'homme comme être intelligent et vient se placer à côté de sa raison, qu'est-il ? Il ne l'explique ni ne l'analyse. Sa cause lui paraît toute phj'sique : c'est le chatouillement ou la délicatesse de la peau, ai-tcv oé l-n-r-'-riç tox» hptJLKToç et la rapidité du mouvement qui s'y porte. {Ibid.) Dans ce passage, Aristote semble faire, comme son maître, du rire un trouble de l'àme dont l'effet est d'ôter le calme