‹ Lesthétique dAristoteChapitre 12 sur 35 · LA COMEDIE · texte numérisé non relu

LA COMEDIE

Ce n'est pourtant pas le mal tout à fait que ce genre de spectacle met sous nos 3'eux, mais une espèce de mal, le mal non nuisible et non destructif. Ce mal est le ridicule, Tô 7£>o£5v, ou le risible, et il promet de s'en occuper à la fin, uo-rÉpov ipauî'j (ch. Yi). Sa promosse n'a pas été tenue. Si l'endroit a péri, c'est une perte énorme pour l'esthétique ancienne, si pauvre ou à peu près nulle sur une matière aussi importante qu'intéressante de la théorie de l'Art et de la Poésie.

Que de questions pourtant, même à son point de vue, le philosophe esthéticien n'a-t-il pas dû voir sortir de ce sujet ardu et délicat, s'il a pris la peine de le méditer ? Le comique ou le ridicule, qui apparaît dans la vie humaine sous tant de formes diverses, ne joue pas dans l'art un moindre rôle. Tous les arts imitateurs s'en emparent et le représentent à leur manière : lapeinture et la sculpture, comme la poésie, la mimique et la danse, la musique elle-même, mais surtout la poésie dramatique. Il crée, à côté du tragique, un genre particulier, lui-même très varié en ses espèces et à tous ses degrés. La satire aussi lui appartient. Le comique, qu'est-il en lui-même, dans sa nature essentielle et propre? De ses formes, quelles sont les principales, depuis le haut comique jusqu'au plus bas, la farce ou la bouffonnerie, qu'Aristote, ailleurs, mais en moraliste, lui-même a décrites et jugées ? Eth. Nie. iv. — Dans l'art dramatique, où il est la comédie, quel plaisir nous procure ce genre de spectacle et quelles impressions produit-il sur le spectateur en excitant le rire? Comment cette passion, dans le genre plaisant, comme la terreur et la pitié dans le genre sérieux (supra), y est-elle à son tour purifiée? La Katharsis comique doit être comparée à la Katharsis tragique, car elle aussi a son importance ; l'action purificatrice, si elle ressemble à la première, ne peut être tout à fait la même, puisqu'elle s'opère d'une façon diflférente et par des moyens différents.

Ce genre nouveau etdistinct,quelle est, comme art,safonc-

100 l'esthétique d'aristote.

tion générale et propre, et comment la remplit-il? Que ce but soit enseignement, correction, perfectionnement moral ou autre, ou bien simple amusement, divertissement plus ou moins noble et fait pour des hommes libres, il faut bien le dire, ce genre particulier doit aussi avoir ses règles ou conditions nécessaires à observer en toute œuvre qui veut être conforme à l'art, xarà tIx-jH-j, ou la plus belle (supra), de sorte que ces règles violées placent l'œuvre difïérente à une distance plus ou moins grande du modèle ou du type idéal.

Aristote, sur tous ces points, dans l'œuvre que nous avons de lui, est muet. Or, sur ce sujet, comme sur bien d'autres, nous trouvons qu'on l'a beaucoup trop fait parler. Sauf sa définition du ridicule, tout se réduit à quelques mots relatifs à la diction et au mètre différents selon les genres. (Ch. i, iv, ix.)

Mais cette définition du ridicule est restée célèbre. Elle a passé dans toutes les définitions anciennes et modernes qui lui ont été substituées. (V. Kant, Jean Paul, etc.) (1). Elle en est encore aujourd'hui la base ou condition première. Nous lui devons notre attention, et c'est par là que nous terminons cet examen de la Poétique d'Aristote.

Voici ce qu' Aristote dit du ridicule :

« La comédie est, comme nous le disions plus haut, l'imitation du mauvais, ulur.atç ç>aj),zvT£pwv, mais non du mauvais

quel qu'il soit, ou «jv-ot xarà 7râ(7«v xazîav, mais du laid, ai<7XÇ>ct\J

dont le ridicule fait partie. En effet, ce qui est ridicule est une certaine faute et difformité qui n'est ni douloureuse ni

destructive. TÔ yàp '/îkoîov sa-rj ùuiû-Yiuoc. -rt xai (/'iGyjjq «vwSkvov,

xat oii yQxcTtxov, par exemple, un visage difforme ou contourné, mais sans souffrance. » (Ch. v.) Platon avait déjà donné {Philebe, 48, 49) du ridicule une

(1) Nous avons traité nous-même ce sujet historique dans deux ^\\.\cles de laiEévuep/aVosop^i^we, sur la Théorie du comique dans l'Estlié-, ti^iue allemande. N»» \", sept. 1880 etP' sept. 188t.

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