LA PEINTURE ET LA SCULPTURE
II. — 1" Comme moyen d'imitation, leur caractère commun est de se servir des couleurs et des formes, yy^uo^Gt zal ax/'i^xdt {Poét. L) par opposition aux arts qui se servent des sons et qui s'adressent non à la vue, mais à l'ouïe. 2" Pour ce qui est de l'objet imité, nous ne reviendrons pas sur ce qui en a été dit {supra). Aristote n'en dit rien de plus, si ce n'est qu'il en est des peintres comme des poètes: les uns, tels que Polj'gnote, représentent les personnages meilleurs, les autres pires, les autres tels qu'ils sont. Il y a encore ce qu'on dit de Polygnote qui, sans doute, s'attachait particulièrement au dessin; de môme que pour les poètes tragiques c'est la fable ou l'action qui est la chose principale. Il est aussi des artistes parmi les peintres qui expriment ou imitent les caractères ou les mœurs, ceux-là sans doute préfèrent le dessin. Il en est d'autres, comme Pauson, dont la peinture n'a aucune expression morale. De même à propos du merveilleux dans la poésie, il est également dii des peintres, de Zeuxis, qu'il représentait les hommes qu'il peignait de manière à préférer l'impossible qui est vraisemblable, au possible qui ne l'est pas {Poét. XXV). Un rapprochement non sans intérêt est celui qui est fait au chapitre xv, § 3 de la Poétique entre la poésie et la peinture, et où il est dit de la tragédie « qu'étant l'imitation d'êtres plus grands que le vulgaire, il faut suivre l'exemple des peintres habiles qui, tout en gardant la ressemblance, embellissent leur modèle. » Le ut pictura poesis sur quoi on a tant disserté, pourrait bien y avoir son origine. Mais de tout cela, et c'est peu, il est mal aisé d'affirmer quoi que ce soit de précis. On ne s'y est pourtant pas épargné. Quant à nous, il nous est impossible sur ce terrain, de suivre les nouveaux interprètes.
1" En ce qui est de la théorie, on a cru reconnaître la distinction précise des deux catégories des arts déjà signalés, ce qui peut être vrai dans la mesure également indi-
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quée, mais non si Ton prétend les opposer dans une vue tout à fait systématique. Est-il permis, par exemple, de qualifier les uns d'arts immobiles ou du repos, les autres d'arts du mouvement ou successits et d'en tirer la conclusion que l'on connaît? Ce qui est sûr, c'est qu'Aristote n'en dit rien, et qu'on est forcé pour lui de le conclure. Si l'on se permet d'aller plus loin, d'établir une gradation (Stùfenfolge) de la première série à la seconde, par cette raison que la théorie du mouvement d'Aristote {PJiys. Eist. nat.) constitue une progression des êtres (Pi^ocessus), laquelle doit être transportée dans son esthétique, nous dirons : Soit. Mais c'était à Aristote à le faire, non à ses commentateurs. Si d'autres plus tard l'ont fait de date récente, il faut leur en laisser l'honneur, ou l'on n'est plus historien.
2° Nous ne reviendrons pas non plus sur l'opinion déjà réfutée, et selon nous, faiblement appuj'ée, en vertu de laquelle les arts de la vue, la peinture et la sculpture sont qualifiés d'arts purement symboliques, séméiotiques ou symptomatiques par opposition aux deux arts vraiment imitatifs ou expressifs : la musique et la poésie. L'usage qu'on a fait, en ceci, du texte d'Aristote, nous a semblé peu propre à enrichir sa doctrine, à moins qu'une erreur grave, incapable de supporter un examen sérieux, ne doive être comptée parmi les titres solides qui nous le font admirer.
3° Faut-il admettre également qu'aux yeux d'Aristote, les arts figuratifs, la peinture et la sculpture sont « moins des arts imitateurs » (MùUer, Doring, Schasler) que la musique et la poésie ? La raison est, dit-on, que ceux-ci représentent ou expriment directement la vie morale, les passions, les actions, tandis que les autres n'en offrent aux yeux que la forme ou le symbole?— C'est toujours la même erreur. Cela est fort logique, sans doute, dans l'hypothèse d'une imitation qui n'est pas une imitation, mais selon nous cela tourne plutôt contre le système d'interprétation qui se trouve forcé d'admettre de pareils corollaires. Ce qui est