‹ Lesthétique dAristoteChapitre 19 sur 35 · LA PEINTURE ET LA SCULPTURE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE ET LA SCULPTURE

positif, c'est qu'Aristote nulle part ne fait ces distinctions. La logique qui les lui prête joue ici un mauvais tour à la thèse qu'elle paraît confirmer.

Quand on part de ce principe, selon nous, nullement aristotélique, celui d'une représentation idéale comme celle que l'on suppose, on est amené à cette conséquence : il est certain que les peintres, les sculpteurs qui représentent la forme humaine, ou des personnages humains même tels qu'ils sont, imitent beaucoup moins que les musiciens et les poètes. C'est absurde, mais très conséquent. Rien de tout cela, il est vrai, n'est dans Aristote. La logique le force à le dire. — Mais rien de tout cela ne reste debout, le vrai principe est rétabli et réintégré dans son véritable sens.

IlL — Au point de vue pratique ou moral, Aristote, et cela est tout à fait conforme à toute sa doctrine {Poétiq., vi, 13), dit que, parmi les peintres, les uns, Polygnote, s'attachant plus au dessin, à la forme, qu'a la couleur, reproduisent les caractères ou les mœurs, «yaSo,- riGoypiyoç, tandis que la peinture des autres (de Zeuxis) manque d'expression morale, oùâsv èyjtr.Qoç. Et il recommande dans l'éducation des jeunes gens {Polit, viii, v. 7), de prendre plutôt les premiers pour modèles. Ce qui s'accorde très bien à ce qui a été dit de la Musique. Mais de là encore que conclure ? Que la forme seule ou le dessin, pour Aristote exprime le moral, Vrfio;, et cela, parce que c'est comme la charpente de l'organisme humain que l'œuvre d'art doit représenter? (Schasler). — Ce sera, si l'on veut, la base. Encore faut-il se garder d'aller trop loin et d'être ici exclusif. Ajouter que pour Aristote, le de.ssin c'est la forme, que la couleur est la matière (ibid.), pour nous n'a plus de sens, ou n'est plus exact. Le coloris n'a-t-il donc rien qui exprime la vie, la force, la passion, rien qui caractérise au moral l'individu? On ne voit pas qu'il soit nécessaire de gratifier Aristote de tels paradoxes. Le fait est qu'il est muet sur ces questions ; il

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serait plus discret de ne pas le faire parler. A-t-il même vu clairement qu'il y a là deux écoles de peintres en présence, distinctes, souvent même opposées, les dessinateurs et les coloristes ? (Ibid). C'est plus probable, mais sur leur mérite propre, il ne s'est pas prononcé. Le mieux est d'imiter son silence.

IV. — U Architecture. — Parmi les arts du dessin, à côté de la sculpture et de la peinture, l'art architectural devrait figurer chez Aristote. Il semble qu'il Tait systématiquement exclu ou omis Sa division des arts ne le comprend pas. Nulle part ailleurs il ne lui donne une place, et ne le mentionne dans cette catégorie des arts. On en a cherché les raisons. La plus naturelle, celle qui se présente d'abord à l'esprit, c'est que l'architecture n'imite pas ; à ce titre elle ne peut-être classée parmi les arts d'imitation. Mais cette raison bonne dans l'ancien système qui attribue à Aristote l'imitation au sens vulgaire, ne l'est plus dans le nouveau, où l'imitation devient une représentation idéale. Il a fallu recourir à une autre. La difficulté n'est pas médiocre. Il importe qu'elle ne soit ni éludée ni atténuée. Elle a fourni aux nouveaux interprètes de l'esthétique aristotélicienne l'occasion de montrer la supériorité de leur exégèse.

Cet art, le plus ancien des arts, dont la sculpture et la peinture décorent les édifices, il semble qu'Aristote au contraire avait plusieurs raisons de le placer au premier rang parmi les arts non simplement nécessaires ou utiles, mais affectés à la représentation du beau. Il avait sous les yeux les monuments merveilleux dont les ruines mêmes, après tant de siècles, frappent d'admiration les regards de ceux qui les contemplent, le Parthénon, les Propylées, etc. Les artistes de génie aux ordres de Periclès, qui les avaient conçus et élevés, n'étaient-ils pas pour lui de grands artistes ? Sa doctrine à elle seule l'obligeait à considérer cet art comme l'art par excellence, le premier et le plus

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