CATHERINE, LESTOCQ
Catherine , se retirant vivement de sa fcnitrtl Dieu! l’on vient! c’est le médecin de la princesse !
lestocq. Eh! mais, ma chère enfant , qu’avez-vous donc ?
Catherine. Bien— monsieur le docteur...
irien, un étourdissement... un éblouissement...
lestocq. Cela te trouve à merveille , me voici... Je vois en effet dans vos yeux que vous êtes très-malade...
caTiuniHE, à part. Comme il s’y coati ait !
lestocq. Maladie que nous nommons inclination contrariée et à laquelle sont sujettes les princesses comme leurs femmes dechambre.
ciTSEsinz. Ah! mon Dieu.'...
lestocq , ta regardant toujours. Attende*
donc nn cousin à vous un pauvre
diable... que vous alliez épouser... .
Catherine. Comment, vous voyez cela...
lestocq. El bien d’autres choses encore, je vous dirais môme son nom... Strolof...
je crois...
Catherine, rivement. Oui , monsieur le docteur ! un paysan de M. le comte qui est bien loin d'ici ...
lestocq. Du tout— je vois là qu’il est ici, à Saint-Pétersbourg.
Catherine , à part. Dieu! que c’est dangereux?... il sait tout ce médecin-là!
Ne nous trahissez pas tous deux!..*
Long-tems nous fûmes malheureux Ensemble !
Mon cœur en est encor ^mu ,
Que de (ois pour moi je l’ai vu Battu !
Ah ! dans mes maux qn'il partageait Son amitié me consolait 1 Sans lui d’.re que je l'aimais ,
11 U savait comme moi... mai»
Je tremble
De vous ouvrir ainsi mon cœur,
Et devant un si grand docteur J’ai peur I
2 e COUPLET.
Et pourquoi donc trembler ainsi?
Pour moi Strolof est un ami Fidèle 1
D’un hymen qui l'enchanterait J’ai conçu pour lui le projet Secret !
( Geste de colère de Catherine.)
Ah ! réprimez ce grand courroux,
Celle dont il sera l'epoux,
Elle est près de moi, la voilà*
Approuvea-vous ce projel~là»
Ma belle ,
Et l'ordonnance du docteur Calme-t-elle de rotre coeur La peur ?
CATHERINE
Ab! pardon , monsieur le docteur»
Pont mériter un tel bonheur Que luire ?
LESTOCQ
11 faut m’obéir déforma il ,
11 faut seconder en tout mes Projets !
Catherine.
Alt 1 si Strolof le veut ainsi !
LESTOCQ
Cest lui qui vous t’ordonne ici !
Autour dr vous observer bien,
Tout me dire et ne jamais rien Me luire !
C’eat son ordre, car sans frayeur On doit ouvrir à son docteur Son cœur !
CATHERINE
J’obéis, monsieur le doc feor,
Vous avec banni de mon ctnur La peur !
lestocq.. C’est bien!... vous voilà donc comme Strolof à mon service , et pour commencer... Golofkio est-il sorti ce matin?
Catherine- Non , monsieur...
lktocq. U est encore ici !
catherise. Là , dans ce salon... auprès de safemme et delà princesse Elisabeth.
IKSTOCQ. Ne pas quitter sa femme... estce qu’il en serait jaloux ?
Catherine. Non, monsieur.
lestocq , à part. Tant pis... ça l'occuperait .'...Il faudra y songer... et qu’est-ce que Goiofltin , qu’est-ce que ces dames disaient dans le salon?
Catherine. Il était question de la fête de ce soir dans les jardins de l’Ermitage.
x. estoc q. Après.
Catherine. On disait que la régente, que* toute la cour devait y assister.
lestocq. Après.. .
Catherine. Qu’il y aurait concert d'abord... et puis ensuite un bal... et l’on a discuté sur le costume que devaient mettre ces dames... Ma maîtresse voulait une paysanne française , et la princesse une bergère russe...
lestocq. O futilités de femmes ! c’est pourtant à cela qu’elle pense !... dans un pareil moment...
Catherine. Et un jeune officier qui était là, le capitaine Dimitri, un fort joli garçon , a proposé d’apporter à ces dames des dessins nouveaux qu’il allait chercher.
lestocq. Et lui aussi !... et voilà des gens «fui se mêlent de conspirer, ,, [Haut à Cathe-
rine. ) Va dans le salon et dis tout bas b la princesse que je voudrais lui parler au sujet de la fête qui sc prépare.
Catherine. Je n’oserais pas... ces dames essaieut les morceaux de musique , moi aussi... ce qui est bien ennuyeux... et si vous vouliez me faire répéter..»
lestocq. Il s’agit bien de cela !... {A part.) Un concert! de la musique... quand nous jouons pour elle notre existence... quand tout marche, tout s’organise, quand cette nuit peut-être le sang va couler... Mais nos conjurés dont le nombre augmente veulent absolument on sa présence... ou un mot de sa main, et cette proclamation que j’ai promis de lui faire signer..; par quel moyen... l’y décider.’’
Catherine, regardant la porte qui s’ouvre .
Voici la princesse !...
lestocq. Dieu soit loué... mais elle n’est pas seule.