CHAPITRE HUITIÈME
- Littéraires de M.. Letellier. —Correspondance au Bnjet de documents historiques. La presse française au sujet du Canada.— La société de Géographie de Paris.— Démolition du vieux collège des Jésuites à Québec. — Relations commerciales avec la France. —Troubles à Québec. — Lord Dufferin.
Au milieu des occupations graves et complexes qui semblaient devoir absorber toute l'attention de M. Letellier, on pourrait croire qu'il n'aurait pas trouvé de loisirs pour se livrer à des études spéculatives, soit littéraires ou historiques, soit scientifiques.
Mais l'activité de son esprit avait besoin de cette diversion, qui pour lui était un délassement.
Sans être ce qu'on peut appeler un homme versé en littérature, il avait pour cette partie des connaissances humaines un goût prononcé ; il aimait la lecture des bous auteurs, et savait en discourir avec une sûreté d'appréciation qui semblait lui venir d'instinct.
Parmi les auteurs, nous lui avons souvent eut nommer les modernes, Dumas, Alphonse Karr et Paul
Louis Courrier: le premier, qu'il jugeait incomparable comme dialogiste; le second, dont il admirait les .saillies mordantes et la verve ; le troisième, dont la correction et la pureté classique lui semblaient rivaliser avec les bons auteurs du dix-septième siècle. Son admiration pour la belle langue française le portait souvent à en approfondir les difficultés, et plus d'une fois, en conversation, il a étonné nos auteurs par ses observations et ses critiques. Il pvait fait, du dictionnaire de Littré et des glossaires fiançais, une étude à laquelle peu d'hommes en ce pays se sont livrés.
Toutes les grandes lignes de l'histoire du Canada lui étaient familières, et il avait fait une étude aj éciale de quelques-uns de nos anciens historiens, tels queCharlevoix, La Hontau, LaPotherie. Tout ce qui pouvait contribuer à enrichir nos annales était sûr d'avoir ses sympathies et son encouragement. 11 en donna entre autres une preuve qui fait bien voir l'intérêt qu'il portait à sources historiques.
Une des plus précieuses de ces sources se trouve à Rome dans les archives du Gesu, où sont conservés un certain nombre d'anciens documents, provenant des missionnaire s qui se sont succédé dans la Nouvelle- France, pendanl les deux derniei -. Quelques fragmenl manuscrits «Mit été copiés et eu partie publiés. M. Letellier prit lui-même l'initiative et vou-
lut en obtenir des copies complètes; dans ce but il entra en correspondance par l'entremise du Mgr Paquet, alors à Rome, avec le T. li. P. Beckx, général de la compagnie de Jésus.
11 reçut d'abord de Mgr Paquet la réponse suivante, que nous reproduisons, avec celle du T. 11. P. Beckx, parce que toutes deux ne sont pas sans intérêt pour nos antiquaires.
i: Home, Séminaire français, 21 janvier 1878.
" A Son Excellence, L'Honorahle L. Letellier, Lieutenant-Gouvernedb de l.v Province de Québec.
,: Excellence,
" Jai eu l'honneur de recevoir en son temps la lettre de Votre Excellence, datée du 2li décembre dernier, ainsi que le pli adressé au T. R. P. Bocks. J'ai écrit de suite au R. P. Rubillon, Provincial de France, qui demeure avec le général de la compagnie de Jésus, à Fiésole, près de Florence, pour le prier de remettre la lettre de Votre Excellence à son adresse, et de s'intéressera sa demande. Voici, la réponse que j • viens de r :eevoir du 11. P. Rubillon.
•• J'ai reçu la lettre que vous m'avez l'ait l'honneur de m'écrire le 1 l " du présent, et j'ai r mis immédiatement à notre T R. P. Général l'in- " cluse de Sun Excellence, monsieur le Lieutenant-Gouverneur. Vu " les ! i -'s, nus archives son! dans un assez grand désordre ; et
" d'après ce que j'ai pu recueillir, les mémoires qui nous restent de l'anignie au Canada se n-duisent à fort peu tic chose. Par " ce courrier j'écris au P. Martin, à Paris, pour avoir de lui tous les ren- " seignements possibles, puisqu'il a en entre les mains nos archives '• canadienn Iles étaient au Gesu
"Je suppose que monsieurle Lieutenant-Gouverneur ne demande copie des pièces déjà, imprimées, soit à Qu bec en 185?', soit en " France par le P. Carayon, à peu près vers la même époque.
" Le T. R. Père Général sera heureux de faire dans la mesure du " possible, tout ce qui sera agréable à Monsieur le Lieutenant-Gouver-
" neur. Dès que je serai plus amplement informé, j'aurai l'honneur de " vou.s écrire de nouveau."
'• Do m >n côté, j'aurai soia de communiquer cet! a Votre
Excellence, aussitôt que j ; l'aurai reçue
•■ Agréez, Excellence, l'hommage du profond et de l'entier d ment do votre très lnmible et très obéissant serviteur.
"Bekj. Paquet, Ptre."
Lettre du T. lî. P. Bbckx.
'• Monsieur le Lieutenant-Gouverneur,
•• Si j'ai trop tard.'- à répondre à la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresse;- eu décembre dernier, j'ai immédiatement it de faire des recherches pour satisfaire à votre demande.
•• Mons rigueur Paquet aura bien voulu taire- connaître a Votre Excellence les renseignements que j'ai l'ait prendre auprès duP. .Mai tin. d" ton.- les nôtres le mieux au t'ait de ee qui res!>- dans nos an i. sur le Canada.
"Ces anciens mémoires se réduisent àd sus petits volumes. D'après le relevé des pièces imprimées et publiées, soit en .\ u en
Europe, et des manuscrits déjà en possession de Votre Excel! tout porte à croire qu'il ne reste dans ces deux petits volumes que <les écrits de famille, d'un caractère confidentiel, <jui ne com] pas la publicité.
•■ Malheureusement les recherches faites jusqu'ici pour retrouver ces deux volumes n'ont pas abouti. Cinq ou six foi- depuis vingt nos archives ont été changées de place. Delà un grand désordre, auquel le remède radical ne sera apporté que quand on po
.1 un lieu sûr, définitif, ces masses de pa] Nous n'en sommes pas mcore là à Rome, comme Vi peul le comprendre.
•• Personne au monde ne dé-ire plus que moi q I ares puia-
- indications que noua sédons, ■ i ave • celles qu i Votre l envi k s'il cxisl •. dans ces de
pièces nouvelles qui puissent vous être communiquées.
"Voilà tout ce que je puis dire à Votre Excellence but cette question de nos archives canadiennes.
•■ J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, " Monsieur le Gouverneur, de votre E
le très Inimitié serviteur,
" PlEBRE BKCKX,
" Génl de la Cie de Gesù.
" A Son Excellence
UM Lieutenant-Gouverneur du Canada - Québec."
Voici une autre lettre du E. P. raibilllon à Mgr Paquet sur le même sujet:
" Monseigneur,
"Je dois commencer par vous demander pardon du trop long refard de cette lettre, relative à la copie de nos archives sur la Nouvelle- France, demandée par Son Excellence le gouverneur de Québec. J'ai su que tout ee qui nous reste des archives sur le Canada se réduit t\ deux cartons, reliés aujourd'hui en deux petits volumes ;— que ces deux cartons avaient été communiqués au P. Félix Martin, lorsqu'il vint du Canada à ltome.il a y une vingtaine d'années. Je lui ai donc é.rit. Une indisposition l'a forcé à ajourner .sa réponse jusqu'au '.I février, et pendant ce mois j'ai été fort occupé moi-même. Voici la réponse du P Martin.
(i J'ai eu en effet entre les mains les deux cartons de nos archives " renfermant ce qui regarde le Canada. On y trouve surtout des lettres. '•' 11 y en a peu qui soient purement historiques, ou du moins d'un in- " térêt général. Mais il y en a beeucoup qui renferment incidemment " des questions historiques. Ce serait un travail minutieux que celui " de les relever. J'ai fait copier une (il aine du ces pièces. J'étais surtout " préoccupé de ce qui tenait aux biographies de dos missionnaires. " Les principales pièces ont été imprimées dans le volume des docu- " ments recueillis par le P. Carayon. J'avais réuni une partie des
■ autres dans un volume in-folio que j'avais déposé à la bibliothèque " du Parlement de Québec, après mon retour d'Europe. Cette biblio-
■ thèque a été brûlée. Ceux qui s'occupent de l'histoire du Canada se <: persuadent facilement que les 11 volumes publiés par nos Pères, et "que le gouvernement a fait réimprime]' en 1 -ô- en trois gros volumes, "ont dû se continuer après Uu I. Ms étaient en < llet préparés pour les «années suivantes jusqu'en 1679. Ces relations, conservées, soit à
" Porno, soit au Canada, ont été imprimées à Paris, en 1 -'il1, en 2 vo- " lûmes in-! 2. Après l'5/SJ on ne trouve rien de régulier ni de complet. '• I! yavail de graves raisons pour ne pas i ublication
is i.-(.-ltv forme On les trouve néanmoins en partie dune wn u mémoire placé en forme de préface à la tête des l vol. publiés à Taris i; en LS61.
" Les relations qui ont en partie échappé à la destruction, ont été "presque toutes publiées par le P. Carayon, < a par M. John Gilmary <: Shea, de New-York, mais en très petil nombre. J'ai fait avec soin '• la liste des papiers qui restent i n< ore à Paris, en dehors des publica- " tions Carayon el Shi a. Le collège Ste-Marie, à Montréal, peui i " encore quelques papiers inédits, mais bien peu de chose. 11 serait " bon qu'on lui en demandât la liste"
'■ Voilà, Monseigneur, la lettre du P. Martin, qui connaît mieux qu'aucun autre d'entre nous nos ar< hives du Canada.
Si vous le trouvez bon, I jevaisle prier de faire copier les papiers qui restent à Paris, en dehors îles publications Shea et Carayon ; y. J'écris à notre collège de .Montréal, pour demander la liste de ce qu ils peuvent avoir de papiers inédits, et ils \ ourront être copiés dès que vous le voudrez, Monseigneur.
3. Pour éviter des frais < t des ( mbarras inutiles, avant de prendre des ! volutni archives de l!i me. où le P. Martin a
puisé, il me paraîtrait nécessaire d'avoir, outre la liste des ] non éditées qui existent à Paris et à Montréal, la I éditées dans les recueils Carayon et Shea, peut-être même la li>te des pièces éditées à Paris en !8(">1. J'ai la liste envoyée par le P. Martin, de ce que DOUS avons à Pari-; : j'aurai celle de Montréal ; mais ici, Bans bibliothèque, je ne puis relever la liste des pièces imprimées dans les collections Carayon et Shea. et dans les deux volumes de Paris. 1-tii. S'il vous était possible. Monseigneur, de me tenir cette liste, aJqrjgLonjîourrail copier ce que fournissent en sus les deux volumes de nos archives. Je viens. Monseigneur, de vous exposerma pi usée en toute simplicité. Je serai heureux d'avoir la vôtre, et j'ai le désir de vous servir avec tout ce je puis avoir de bonne volonté.
mon retard el d i la longueur d
lettre, je n'ai su être plus court. Je suis avec un profond respect, en me recommandant à vos prières,
Monseigneur, Votre très humble serviteur,
A. lUllILLOX, S. J.
S. Girolamo, Fiésole, Florence. 10 mars l
ET SON TEAirs 225
La mal idie de M.. Letellier l'empêcha de donner suite
à ces recherches. Néanmoins elles n'ont pas été tout à
fait infructueuses, et elles ont été reprises cette année *
même.
M. Letellier ne se contentait pas de travailler à enrichir nos archives historiques. Fier autant que pas un de nos gloires passées, et plein de foi dans l'avenir, il ne négligeait aucune occasion de faire connaître notre pays à l'étranger. On se rappelle les nombreux articles qu'un publiciste français, M. Edmond Farenc, fit paraître dans divers journaux de Paris, en 1874-75, sur le Canada, et dont plusieurs, reproduits dans notre pays, intriguèrent vivement le public. Ces écrits, d'un mérite incontestable, étaient dus à l'initiative de M. Letellier. Tout le monde aujourd'hui se félicite de l'attention de plus en plus croissante que la France donne au Canada. Mais sait-on que l'origine de ce mouvement, qui peut avoir des conséquences si favorables, est dû en grande partie au patriotisme éclairé de M. Letellier? À l'époque dont nous parlons, il n'y eut pas moins d'une dizaine des premiers journaux de Paris qui publièrent des études sur le Canada, grâce à cette impulsion donnée par M. Letellier. Nous nommerons le Journal des Débats, le
* Le gouvernement d'Ottawa s'occupe, en ce moment, de Faire copier ces manuscrits. Ilaprofitédu sûjour de Mgr Taschereau, à Rome, en 1SS1, pour aroi. acoôà aux diffireutes archives.
h(l, le Messager de Paris, le Journal Officiel, le Moniteur Universel, ['Economiste, etc., etc.
Dans le but de faciliter aux écrivains français leurs recli ir le Canada, il fit faire une collection i
sidérable do livres canadiens et de docuim iels,
qu'il lit parvenir à la société de Géograjhie de Taris, dont M. Cortanabert était alois le [/résident. La par l'organe du célèbre géographe, lui en témoigna la plus vive reconnaissance, et en retour le nomma men corres] ondant.
On voit, par ce qui précède, que si M. Letellier était bien l'homme de son temps, il ne s'y confinait pasexi
'. Il savait que, jour comprendre son siècle, il faut I ii :i connaître ceux qui l'ont précédé. L'histi se répète, et les siècles ^expliquent les uns par les auti
M. Letellier, montrait des marques de préférence pour notre ] assé. Il prenait intérêt à i. sou-
irs historiques, et n'aurait voulu en laisser perdre aucun. Ainsi il proposa de faire placer dans la basilique de Q où ont éiâ transportés, de l'aucienn
de Itécollets, les Fronten i I de
la Jouquière, un monument funéraire sur lequel seraient gra\ inscriptions trouvées sur les cercueils de
chacun de \ erneurs.
M. I aurait désiré conserver un antre monu-
meu i lue qui ne le cédait en ancienneté à aucun
autre en ce pays ; nous voulons parler du vii lège des Jésuites à Québec. Il éprouva un vériti chagrin, en apprenant que le gouvernement provincial istait à vouloir le démolir. 11 n'en déguisa pas sa mauvaise humeur. "Pourquoi, disait-il, ne I " pas comme dans les anciens pays, où l'on conserve à " tout prix ces reliques d'un autre temps ? Pourquoi " ne pas tirer parti des voûtes sûres et soli " trouvent dans le vieux collège, et en faire un dépôt " pour nos archives publiques: suivant en cela i'ex- " emple de ce que l'on a fait à Paris de l'hôtt I Soubise, " que l'on a transformé en bureau d'archives les ?
"Mieux encore, ajoutait-il, ne serait-ce pas un acte " de justice de le ren lie à sa d stination j limitive, ou " tout au moins, de l'utiliser pour les lin- ica-
" lion, auxquelles il a été doublement approprié."
Cet acte de vandalisme était d'autant pie fiable que, malgré tout ce que l'on disait sur son état de vétusté et de ruine, l'édifice était si solid llut
employer la dynamite et le bélier pour détruheces anciens murs français, dont les crépis, mêmes extérieurs, avaient bravé, pendant plus de deux si( urs
de nos climats. Nous avons vu de nos pro] : vies
pans entiers de murailles que l'on avait renversés sur ; lanchers du deuxième étage, cans que i t û' l'.ii; s\ (l'on ,ivr. I : construits en épaisses poutres de chêne, qui se tou-
chaient toutes les unes les autres. Les voûtes qui tendaient sous tout l'édifice étaient des travaux de maçonnerie qi i n'avaient pas leurs jareils en ce p Une d'elles était si vaste qu'elle servait en son temps
de réfectoire, aux écoliers. Cette voûte était située sur la façade donnant sur le marché, à droite de la porte co chère.
]\I. Letellier, en vue de cette démolition, fit relever un plan de l'édifice sur une grande échelle, et en iit dessiner une vue pour en garder au moins le souvenir.
Nov de dire que la resj onsabilité de
cette inutile destruction retombe sut M. de Loucherville, alors premier ministre, qui s'obstina dans son dessein malgré les protestations d< urs jonrnaux
des deux j artis. L'inutilité de remplacement la désert et vacant est là, pour protester encore aujourd'hui, aux yeux des passants, contre cet acte, dont <>n ne peut connaître le but, ni deviner les motifs.
M. Joly, peu .après son arrivée au pouvoir, chi dans ! été de 1878, M. Faucher de Saint- Maurice de surveiller les fouilles à faire lors du déblaiement des murs de fondations. Celui-ci s'aquitta savamment de c opération, comme en peut le voir par la relation intéressante qu'il en a faite, et qui fut publiée l'année suivante.
'eussent
si c'eût été les libéraux qtii S6 fussent rendus coupables
de ce raseraeut d'un édifice appartenant à un ordre religieux ? Ils eussent couverts leurs adversaires de toutes les épithètes adressées aux socialistes, aux communards, aux nihilistes. Ou les eût assimilés aux persécuteurs qui, de nos jours en France, «.'liassent les oui
religieux.
M. Letellier ne se contenta pas de faire connaître le Canada à notre ancienne mère-patrie. Il voulait renouer avec la France des rapports commerciaux qui avaient été trop longtemps interrompus, et n'avaient été repris que d'une manière trop limitée.
Il avait conçu l'idée d'amener les capitaux français au pays, et saisit avec empressement le projet de former une société dans ce but, sous le nom de " l'Union Financière Franco-Canadienne" Ce projet fut mis devant le publie en avril 1877.
La direction de cette société devait être confiée aux hommes les plus haut placés, dont les noms, bien connus des deux côtés de l'Atlantique, offraient une garantit: irréprochable.
On se rappelle que l'honorable M. Chapleau, dans un de ses discours en parlement, a déclaré qu'en créant le Crédit Foncier Franco-Canadien, et en s'efforçaut d'établir des relations financières entre la France et le Canada, il n'avait fut que suivre la route indiquée [ ar l'honorable Luc Letellier de ÎSaint-Just.
Ce projet, que AI. Letellier devait mettre à exécution, avec le concours tic nos hommes les plus éniinents dans les cercles politiques et financiers de la France et du Canada, a été étouffé par la crise de Mars 1878. Déjà des négociations avaient été entamées à Taris, et M. Letellier devait se rendre lui-même auprès des hommes les plus éminents de cette capitale, pour renom relations, qui étaient à peu près interrompues depuis la coii'jiiête.
Malheureusement, on ne lui a pas donné le. t i m pi ir cette grande œuvre, reprise eu sous-main par M. Chapleau.
A. M. Letellier revient dune l'honneur d'avoir pris l'initiative de nos relations avec la Frun versaires lui eussent permis de donner suite ù ce projet, nous n'aurions pas été témoins des scandales Canada pour obtenir le lins dépi
à la l' irmation de la compagnie du ( 'redit fond
et à l'obtention de sa charte. Nous n'aurions pas vu non plus les désastres qui ont suivi de si près les opérations de M. Chapleau et de ses amis x>:r 1,. marché financier de Taris, et la Compagnie venir, contrairement à son prospectus et à son acte d'j
le, '1 •pntû «le Yam iska, qui n refuse le qi'o i lui a.
il n'a pas voulu
1\ llllVj
tion, demander aux Communes du Canada le droit de prêter à liait p uir cent d'intérêt au lieu de 4 "")., ce qui était le taux promis primitivement.
Avec une administration irréprochable des d^ux ;s de l'Atlantique, comme le voulait le projet du M. 1. ••■Hier, les capitaux français auraient afflué au Canada, et fait un bien immense à nuire pays, tout en assurant les intérêts des capitalistes français. Malheureusement, les promoteurs de cette compagnie ont produit une ini-
-sion défavorable, qui a tourné au détriment des actionnaires honnêtes et du crédit des Canadiens.
C'est ainsi qu'un projet patriotique, appelé, dans la pensée de son auteur, à faire un grand bien, nous a fait un-mal irréparable, en prévenant contre le Canada, îprits les mieux disposés à notre égard.
Autant nons aurions gagné à l'exécution de ce projet par M. Letellier, autant nous avons perdu à son exécution par ses adversairi
Tendant que M. Letellier se livrait à ces travaux pacifiques, son attention en fut détournée par émeutes sérieuses, qui eurent lieu à Québec et à Montréal dans L'été de 1878.
L is ouvriers de Québec, subissant une réduction de gages due à la dépression commerciale qui se faisait
tir, se mirent en grève. Ils so réunirent sur la place
[ues-Cartier, dans le quartier Saint-Roch, et avec les
désœuvrés, ils composèrent une assemblée de deux à trois
mille personnes, qui furent haranguées et soulevées paT des meneurs. Cette multitude se rendit aux ateliers de M. Peters, où, après avoir commis des violences, elle le força à signer un engagement l'obligeant à donner une piastre par jour à ses ouvriers. M. Vallières, grand manufacturier de meubles, dut subir les mêmes exigences. Ce fut en vain (pie AI. Joly, en adressant la paroles aux émeutiers, voulut les dissuader de recourir à des voies illégales. Cette foule ne voulut pas se rendre à la raison. Elle se rendit aux hangards de la maison Renaud, où elle pilla les provisions de lard et de farine ; elle commit d'autres excès ailleurs.
Les proportions que piit l'émeute dès l'origine furent telles, que M. Letellier crut devoir télégraphier à Lord Dufferin, alors en excursion dans le Golfe, pour l'envoi de troupes régulière-.
On craignait eu même temps une autre cause très grave de danger, c'était la participation di >res
à l'émeute.
Les arrimeurs du port de Québec formaient une . ciation incorporée, devenue nombreuse et for; >. A l'arrivée des vais-eaux, au printemps, elle avait coutume, depuis quelques années, d s d sployeT ses fore >a en paradant par les rues delà ville, en une procession qui parfois s'éleva près pie au nombre de trois mille homm IS.
e démonstration avait pour but d'inspirer la crai et d'empêcher toute concurrence. La société avait mi
réussi par ce moyen à jeter une terreur qui la rendait maîtresse presque absolue du port, c'est-à-dire du chargement exclusif des navires, en fixant elle-même le prix et les heures du travail.
La dépression commerciale se faisait sentir également pour eux, et amenait forcément, dans le prix des gages, une baisse que les arrimeurs s'étaient refusés de subir.
Heureusement que l'on put prévenir ce danger.
Eu attendant, le corps d'artillerie composé d'une centaine d'hommes, alors en garnison à Québec, fut appelé au secours des officiers de police, pour disperser les émeutiers. Le Riot Act, loi sur les émeutes, fut lu par le Maire devant la foule tumultueuse qui ne continuait pas moins la résistance, et qui lançait une grêle de pierres à la Groupe. La populace ne recula que lorsqu'on fit feu sur elle. Un français du nom d'Edouard Beaudouard, simple spectateur, dit-on, et récemment débarqué à Québec, fut tué sur place, et une dizaine d'autres personnes furent blessées. On parvint à mettre la main sur les principaux fauteurs de ces désordres. Mais l'ordre et la tranquillité furent loin d'être rétablis, un peu par la faute du Maire, qui, dès le commencement, n'avait pas déployé la promptitude et l'énergie que ces soulèvements requièrent.
On dut faire venir de Montréal trois bataillons de la milice pour prêter main forte aux autorités civiques.
Pendant trois ou quatre jours, la ville demeura dans un état de siège. Les ouvriers, à la fin, reprirent l'ou- . mais les citoyens durer
ace des troupes so aies. l 'uns l'intervalle,
M. Letellier avait informé Lord Dufferin, par une nouvelle dépêche, que les troubles prenaient une tournure de plus en plus alarmante. Il pensait que 1 de Lord Dufferin pourrait empêcher un nouvel. de sang. Le Gouverneur- Général, alors à bord du
l, qui avait été mis à sa disposition, revin toute hâte à Québec
En effet, sa : ne contribua pas
l'ordre.
La législature locale, qui s> trouvait alors ei profita du passage «le Lord Dufferin pour lui une adresse d'adieu, à l'occasion prochaine!
De mémoire d'homme, il n'y a eu, sous le régime anglais, aucun gouverneur dont l'administration i plus brillante que celle de Lord Dufferin. Sa popularité, qu'il avait su acquérir par sed qualités autant qu ses talents diplomatiques, et qui éclata a son manifestations enthousiastes, l'avait singulièrement attaché au Canada, et l'on peut dire que, s il y a impression in< - »uvenir qu'il en a emporté
ne mourra qu'avec lui.
Istone, dont plusieurs Le succès ppellent un
Bcholar. Comme lui, il joint aux qualités Je l'hommo d'état celles de l'homme de lettres, et comme lui, il manie la parole aussi bien que la plume. • i hose rare dans les [les Britanniques, il est anglais par le sens et français par l'esprit ; sans parler de son livre Lettersfrom High Latitudes, qui l'a fait connaître comme écrivain, plusieurs de ses discours sont des mor-
ix d'éloquence : ils brillent surtout par l'élévation des idées, la finesse et l'humour, alliées à un tact parfait.
Il aimait le séjour de la ville de Québec, à cause de ses souvenirs historiqnes et de la vue admirable dont on y jouit, particulièrement du lui ut de la citadelle, où il avait fixé sa résidence pendant la belle saison. Il l'aimait aussi à cause de la belle société qu'on y rencontre.
-i en effet grâce à ses instances auprès du minisfédéral, qu'a été empêchée la démolition des remparis de la ville, qu'un vandalisme semblable à celui qui a fait disparaître le Collège des Jésuites avait commencé à abattre et à enlever.
!. s embellissements dont Lord Dufferin, par son influence, a doté Québec, tels que la restauration des murailles, la reconstruction artistique des portes et la prolongation de la Y sont des services qui ont gravé pour jamais le nom de Lord Dufferin sur le rocher de Québec. Mais ce que l'on sait moins, c'est que celui
qui, peut-être, a proteste le plus hautement contre les démolitions, et qui a été l'un des premiers à suggérer à Lord Dufferin, la restauration des remparts de la ville, a été M. Letellier. En agissant ainsi, il ne faisait que suivre un courant d'idées dans lequel il était entré depuis longtemps. 11 avait ouvert une correspondance à ce sujet avec Lord Dufferin, et c'est à quoi celui-ci fait allusion dans la lettre suivante.
" GoVERX.MENT HoiSE,
Ottawa. Mardi 1 Ith 1877.
M}- dear Lientenant-Gorcrnor,
" I hâve cxamined your plan with tlie vcry greatest in'eivst. and if the Parliament Buildings are to le placed where they arc markcd on the map, I am certain!}- disposed to agrée with yen that it would he a pity to put the Rink between them and (he bastion ; for if the proposed improvemente aie carrïed ont. and a park is t<> be range l around the circuit of the walls, the 1k s, view ofthem willbefrom thence Somc of thèse days I wi!l speak to Mackcnzie uponthe Bubject <if the Québec improvements, and I will let you know further on the subjeet.
Yi ui- sincerely,
i:is."
Nous avons tenu à citer cette lettre in ext< nso, parce qu'elle attire l'attention sur un édifice devenu une obstruction, et qui devra disparaître un jour où l'autre.
A peine les troubles étaient-ils apaisés à Québec, que la ville de Montréal se trouva plongée <lans une grande surexcitation, causée par la détermination des Orangistes de marcher en procession par les nies, le 11' juillet, à l'anniversaire de leur fête. Ils y tenaient
d'autant plus que leur démonstration avait pour but de protester contre le meuitre d'un des leurs, le jeune Hackett, qui avait été tué précédemment à l'occasion d'une semblable tentative de faire une procession.
Dans ces conjonctures, le Maire, M. Beaudry, convoqua les magistrats de Montréal et des alentours. Us se réunirent au nombre d'une centaine, et s'entendirent pour réprouver, d'un commun accord, le dessein des Orangistes, et empêcher la procession. Ceux-ci ne demeurèrent pas moins résolus de sortir en corps quand même.
Mais le maire Beaudry, homme plein d'action et d'énergie, établit 500 constables spéciaux, et fit mettre sur pied 2 500 hommes de la milice volontaire, sous les ordres du général Sir Selby Smythe. Avec cette force imposante, il ne craignit pas, dès le moment que les Orangistes se mirent en train de parader, de faire arrêter de suite les chefs principaux de l'association. Il réussit par cet acte de vigueur, sans violences et sans perte de vie, à couper. court à toute démonstration.
Comme on le voit, tout n'était pas rose dans l'administration de M. Letellier, qui avait à répondre au gouvernement central du maintien de l'ordre et de la tranquillité dans sa province.
On le vit, dans ces circonstances, comme dans le reste de sa vie, homme d'action, de clairvoyance et d'énergie.