CHAPITRE DEUXIÈME
Enfonce de M. Letellier, sa jeunesse, .ses études classiques et légales. — Deux citoyens modèles. — Indices du caractère de M. Letellier.— Son mariage. - Son séjour à Québec.
Nous avons dit, au chapitre précédent, que, de la résidence de M. Letellier, on aperçoit, à environ deux lieues de distance, le collège de Sainte- Anue-la-Pocatière, assis sur une montagne qui est séparée de la chaîne des Alléghanys par une large vallée, au milieu de laquelle passe le chemin de fer Intercolouial. On sait que ce collège classique est un des plus florissants de la Province de Québec; mais s'il est remarquable par sou cours d'étude, il ne l'est pas moins par son site, l'un des plus beaux que présente le parcours du Saint-Laurent. Le collège est formé d'un vaste eorps de logis flanqué de deux ailes, couronné d'un toit mansard et d'un beau dôme qui lui donne un aspect fort imposant. Il est environné d'un bocage toujours vert, au milieu duquel se trouve la cour des élèves, qui, avec ses jardins, est
bainement l'un des plus agréables lieux d'amusements qu'on puisse imaginer.
C'est dans ce c dlèg i que le jeune Luc Letellier fut placé au sortir de l'enfance, pour y commencer son cours d'études. Le premier corps de logis alors construit était loin d'être le gr.md et bel édifice qu'on admire aujourd'hui. 11 n'était composé que de ce qui forme maintenant l'aile droite de la maison.
Avant d'y entier, l'enfant avait fréquenté l'école priminaire de sa paroisse, tenue par M. Sleven, que l'on dit avoir été un homme fort instruit, et possédant des aptitudes excellentes pour l'enseignement. Le jeune Letellier fut ensuite placé a Kamouraska, où il suivit les leçons de M. Béchard. Ce M. Béchard avait fait l'école un peu partout, et, par une. curieuse coïncidence, il avait eu pour élève un enfant qui plus tard devait occuper une place dans l'histoire politique du pays, et qui devait rencontrer durs M. LeSellier un 1 ■ 9es adversaires les plus redoutables, nous voulons parler de Sir George Etienne Cartier. Un autre enfant, qui occupe aujourd'hui un rang distingué parmi nos polémistes, M. J -C. Taché, s'assit alors sur les bancs de la même école.
Le jeune Luc montra dès ses premières années les mêmes tendances d'esprit, les mêmes dispositions de tempérament, qui firent dans la suite le fut et le faihle de son caractère, et qu'on observa dans sa vie publique comme dans sa vie privée ; une iutelligen :c
verte et pénétrante, une volonté ferma jusqu'à la ténacité, une nature énergique, niais qui avait besoin d'une forte impulsion- pour être mise en mouvement.
De là résultait chez Jui une certaine insouciance, une
indolence générale, d'où il n'était pas toujours facile de le faire sortir.
Mais quand une fois son esprit était frappé par un objet, quand sa volonté était déterminée vers un but, alors il déployait une activité qui dépassait celle de ses condisciples. *
Tout de même les rudiments prirent place l'un après l'autre dans son jeune cerveau. La facilité à apprendre avait suppléé à l'application, si bien qu'au jour où il avait pris son rang dans sa classe au collège, il n'était pas parmi les plus faibles, sans toutefois être parmi les plus forts.
* Le i éc't suivant d'une h:stoire répétée par plusieurs biographes, et entre autres par M. Dent dans le Canadian Portrait Gallery, se rapporte au pèr de M. Letellier et nop à ce dernier, comme on l'a cru. 11
n'y a que les noms à Irans poser et nous le faisons. " La discipline du collège lui paraissait un f..rdeati, les règlements autant d'empiétements sur sa liberté individuelle, et. dégoûté de ce genre de vie, qui contrariait ses inclinations naturelles, il pria son père de lui permettre d'abandonner les études Classiques, pour se livrer à l' agriculture.
Le père; qui connaissait le caractère pr'me-sauticr de son fils, et savait ou' il réussirait mieux à le guider par l'expérience et la persuasion que par contrainte, lit semblant d'acquiescer volontiers à cette propo- B'tion. 11 s'entendit avec l'un de ses voisins, etengarea !e jeune François, qui laissa le collège avec enthousiasme, pour se livrer aux travaux des champs, à cette vie delà campagne, pleine d'indépendence et de liberté, qui s'alliait si bien avec son caractère
Mais la réalité vint bientôt refroidir cet enthousiasme. L: uniformtié
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En revanche il n'avait pas de supérieur aux jeux dans les récréations. Quoique le jeune Luc ne fût pas ce qu'on peut appeler un écolier turbulent, il n'y en avait pas de plus enjoué ; il n'y en avait pas non plus de plus aimé ; c'était une nature essentiellement sympathique; il possédait cette attraction qui émane comme naturellement de certaines personnes.
"C'est uo don qu'avec soi l'on apporte en naissant."
Letellier attirait par ce don secret, et par d'autres qualités; par sa franchise, parfois un peu brusque, mais entière; par sa générosité naturelle, poussée dans la suite jusqu'à l'imprévoyance. Ce furent là les premières
de3 travaux de la ferme ne pouvait pa ; satisfaire cet esprit plein d' intiative et d'activité, ce tempérament fait pour la lutte et la rie mouvementée, bu reste le patroi avait reçu instruction de faire tout ce qui
était eu sou pouvoir pour détourner lejei F.ançoia de la cultur
champs, et, sans rien exiger au delà de ses forces, il remplissait ridèlement ses instructions.
La raison fit bientôt place aux velléités de l'imagination, et le jeune disciple de Gérés manifesta à Bon père le désir d'abandonner l'agriculture pour retourner au collège Le père qui voulut profiter de l'occasion pour donner une grande leçon à son fils, lui répondit qu'il ne pouvait acquiescer à son désir tant que le patron n'aurait pas cousenti à révoquer son engagement, puisque ce serait manquer à la parole donnée. Toute décision fut suspendue pour le moment, et le jeune François, comme Ciocinnatus, retourna courageusement à sa charrue. Au bout de quelques semaines, le patron, après s' être entendu avec le père, feignit quelque prétexte pour renoncer à Bon engagement, et le jeune Letellier entra de nouveau au collège pour y continuel études classiques."
On doit sr rappeler que le père de M. Lue Letellit r était ni<>rt avant l'entrée de son fils au collège.
causes de si popularité, mais aussi les causes de plus d'un embarras financier. Voilà comment les succès dans la vie publique deviennent souvent la source des embarras dans la vie privée.
Le jeune Letellier était né avec le don de la parole, et lorsqu'il contait quelque récit, ses camarades faisaient cercle autour de lui. Déjà l'homme public commençait à poindre, dans le collégien. C'était alors un beau jeune homme, mince, élancé, droit, marchant ferme, ayant un air décidé qui annonçait son caractère. Sa figure était brune, ses cheveux noirs et plats, avec un nez légèrement aquilin, et un menton bien dessiné. Quand on avait conversé quelque temps avec ce jeune homme et qu'on avait observé l'éclat de ses yeux si expressifs, si pleins de vie, on n'oubliait plus sa figure. Mais ce qui frappait à première vue chez lui, c'était ce regard sous les arcades puissantes de ses sourcils; ses yeux noirs flambloyaient comme des escarboucles. Ils prenaient les expressions les plus diverses, tour à tour d'une grande douceur ou d'une extrême énergie, selon les impressions dont ils étaient les interprètes.
De ses années d'études au collège de Sainte- A une il n'avait guère gardé qu'un grand souvenir; mais ce souvenir était ineffaçable, et 3e rattachait au fondateur de cette maison. M. l'abbé Painchaud, né d'une famille honorable de l'Isle-aux-Grues, était allé passer héroïquement les premières années de son sacerdoce dans
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les rudes missions de la Gaspésie, d'où son évêque l'avait ensuite rappelé pour lui confier l'importante cure de Sainte- Anne-la-Poeatière. iprit
large, qui voyait dans l'avenir. Excelle: . il
était en même temps homme du mond*-, avec les manières les mieux policées. Doué d'un bel r, il ne paTaissait pas dans une Teunion sans fort remarqué. Il avait sur plusieurs de ses confi l'avantage d'appartenir à une famille qui était en relation avec la meilleuie société canadienue : il appris à regarder au delà du clocher d- et il entretenait des correspondances au loin, même a Chateaubriand, qui le félicita de son œuvre patriotique, nré Painchaud voyait que, pour la race canadienne, l'avenir était tout entier dans l'éducation. un clergé instruit, il fallait, selon lui, de former une classe d'hommes publics plus : nombreuse que celle qui s'était vue depuis J'octroi de la constitution d- î 17 | -our défen Ir du peuple.
Pendant son séjour dans Painchaud
avail :;oin de l'impuissance où languissaien:
par: ces par use
de l'absence d'instruction parmi eux. Il entreprit la fondation d'un collège. Il n nce,
d'autres ressources que le revenu de son activité et la