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BERENDT, die im Bernstein befindlichen organischen Reste der Vorwelt, Bd. I, p. 16. Berlin 1845 mit Kupfern.
oraphique aussi grande. L’ambre ne se trouve pas seulement dans le terrain d'alluvion et tertiaire moderne de la Russie d'Europe et d'Asie, je l'ai aussi rencontré, quoique en débris très-petits, dans le terrain jurassique de la mer Glaciale *.
Nous voyons en Sicile lambre et son lignite accompagnés de oypse et de soufre natif, en Pologne de sel-gemme ; par conséquent ambre ainsi que le soufre et le sel-cemme doivent être des mêmes couches tertiaires modernes , dont la formation a vu périr tant d'insectes des forêts à ambre.
La Faune des insectes des forêts à ambre est très-riche en espèces. Mrs. BerENDT et GErmAR en ont donné la description et nous y voyons déjà représentés tous les ordres des insectes ; il n'y manque pas même les insectes d'eau douce, comme p. e. le Nepa et le GYrinus, les espèces terrestres cependant y prédominent beaucoup, surtout les Diptères (des Tipulaires) et les Coléoptères, dont beaucoup de genres sontéteints. Parmiles Aptères setrouvele genre éteint des Glessaria, parmi les Neuroptères les Termites, parmi les Hymenoptères beaucoup de Formicides, parmi les Hemiptères le Lachnus dryoïdes, les Aradus, les Tingis et d'autres genres encore vivants ; parmi les Orthoptères les Grylles, les Blattes, et parmi les Coléoptères beaucoup de genres de Caraboïdées, de Brachélytres, de Xylotroges, de Xylophages, de Malacodermes et tant d'autres familles. Les Lepidoptères sont très-rares, mais ilyenades Tinéides, des Tortricides qui habitaient dans les fentes de l'écorce.
Il est à remarquer que tous ces Insectes sont d'une dimension très-petite, ce qui du reste est très-naturel, car les grandes espèces ne se laissèrent pas surprendre par l’ambre. Les espèces se trouvent pêle-mêle, celles des contrées plus chaudes réunies aux espèces des contrées plus tempérées, et nous montrent que le climat dans lequel prospéraient les forêts à ambre, était plus chaud, que celui d'aujourd'hui, car ces espèces sont maintenant distribuées dans différents pays lointains, même dans différentes parties du monde.
Mr. BERENDT qui s'en occupe depuis un grand nombre d'années nie l'identité des espèces de l'ambre avec les espèces vivantes, quoiqu'elles soient voisines dans leur forme générale des espèces d’au-
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Voy. mon mémoire: über Ichthyosauren und Ceratiten Russlands Bullet, scient. de l’Acad, des sc. de St. Petersb. 1841 (lu le 23, Avr. 1841).
jourd'hui, et quelquefois même presque identiques, comme le Forficula avec leForficula auricularia et le Lepisma avec le Lepisma saccharinum.
C'est le même cas avec les végétaux de l'ambre , parmi les genres desquels on peut aussi distinguer comme parmi les Insectes quatre types différents, c'est-à-dire 1) des insectes et des plantes à type du pays, 2) d'autres à type de la zone septentrionale tempérée qui passe au type de l'Amérique septentrionale, les Plantes montrent pour la plupart ce type; 3) beaucoup d'autres à type tropical, comme parmi les Plantes, les Thu ya et les Cyprès et #) enfin quelques genres à type éteint tout étranger au temps actuel, comme p. e. les genres Archaea,Eridanus,Glessaria parmiles Insectes et les genres Berendtia et Sundelia parmi les Plantes.
La végétalion était en général plus compliquée, les Dicotylédonées étaient plus nombreuses, les Conifères plus marquées et la plupart des genres sont encore indigènes dans la zone septentrionale temperée d'aujourd'hui ; par conséquent le climat s’approchait du climat actuel de ces contrées ; il ne pouvait pas être tropical exclusivement , mais il devait être plus tempéré, car les 4 genres de Conifères, le Thuya, le Cyprès, le TaxodiumetlEphedra sont incontestablement des genres d'un climat plus chaud ; mais avec ces arbres nous y voyons aussi les Chènes (Quercus), les Hêtres (Fagus), les Charmes (Carpinus), les Châtaigniers (Castanea), les Bouleaux (Betula) et les peupliers (Populus), arbres idigènes des contrées tempérées. Nous y voyons en même temps aussi les feuilles de beaucoup d'Ericacées, d'A n dromeda, de Kalmia, de Rhododendron, de Ledum, de Vaccinium, à-peu-près comme dans les monts Alleghanis de l'Amérique septenrionale ; ajoutez-y encore quelques Fougères, comme le Pecopterisetle Gleichenia, et nous avons assez de raisons pour admettre que le climat était plus chaud qu'il ne l'est aujourd'hui.
Il y a encore une autre raison qui prouve que le climat d'alors était plus chaud, c'est le Copal qui se trouve, quoique rarement, avec l'ambre dans les provinces Baltiques au bord de la mer ; il provient au Brésil d'une espèce dHymenaea et ressemble beaucoup à l'ambre, mais on le ramasse aussi en Afrique, aux Indes orientales et dans d'autres contrées tropicales ; il contient souvent, comme l'ambre, des insectes et d'autres animaux, même de petits lézards; Mr. SCHWEIGGER à décrit une araignée éteinte, lePyrophorus, comme
provenant de l'ambre, mais c'est aussi le copal de la Baltique qui l'a fournie.
Puine fait mention * des lézards enfermés dans l'ambre, il est probable que c'était aussi du copal, qui les contenait, parce que l'ambre n'a pas montré jusqu'à présent de lézards. J'ai décrit autrefois ** un lézard, conservé à ce que je croyais alors dans l'ambre, mais c'est aussi du copal de la Baltique , je donne maintenant la figure de cette espèce de lézard, qui ressemble beaucoup à un Thecadactylus, genre de Geckos de Amerique méridionale et des Indes orientales.
Le corps, la queue et les pieds sont couverts de très-pelites écailles en rangées transversales, la queue a les écailles disposées en verlicille ; celles-ci sont un peu plus grandes autour de l'orifice anale ;les pores aux cuisses ne se voient pas distinctement ; les quatre pieds ont les doigts élargis sur toute leur longueur et garnis en-dessous d'écailles transversales, qui sont partagées par un sillon longitudinal profond, où l'ongle peut se cacher entièrement; et effectivement on ne voit pas d'ongles aux pieds de notre individu, qui se conserve maintenant au Musée zoologique de l'Académie de Médecine à St. Petersbourg. La tête de ce Lézard manque avec le pied droit, et le corps est entièrement détruit et na laissé que son empreinte au copal qui montre au lieu de l'animal une petite cavité conforme à son corps. Le Lézard avait 2 pouces et demi de long.
L'ambre et le copal de nos provinces Baltiques, de la Lithuanie et de la Pologne nous montrent que ces contrées sorties de la mer, étaient couvertes de forêts à ambre et d'autres arbres à copal qui
* Prinius historia naturalis lib. 37, cap. IN. ,,Liquidum primo destillare (succinum), argumento sunt quaedain intus translucentia, ut Formicac aut Culices Lacertacque, quas adhaesisse musteo non est dubium et inclusas indurescenti.“
“# Voy. mon mémoire: Ideen zu einer Oryctozoologie, Mitau 1821, p. 35, tiré du sécond volume des: Jahresverhandlungen der kurländischen Gesellschaft für Literatur und Kunst.
périrent successivement après que ces forêts furent envahies par les marais, quien beaucoup d'endroits occupent maintenant encore l'endroit des anciennes forêts, comme nous le verrons plus bas,
Après cet envahissement des forêts à ambre les autres provinces de la Russie du nord, comme celle d'Arkhangelsk, d'Olonetz, de St. Pétersbourg, de Pskow, de l'Esthonie, de la Livonie septentrionale et de la Courlande étaient encore en partie couvertes de neiges et de glaces éternelles ou se trouvaient en partie au-dessous du niveau de la mer.
Toute la Finlande était, comme la Laponie, jusqu'alors couverte de glaces et de neiges qui, par leur mouvement continuel, en se dilatant de différents côtés, polirent et sillonnèrent les roches granitiques et calcaires sousjacentes au bord du golfe de Finlande et de la Baltique, comme aux îles d'Oesel, de Dagô, de Worms et de Nuck ainsi que sur le bord de la Baltique près de Hapsal. Cette action glaciaire se manifesta non seulement sur le calcaire de la Grauwacke, mais aussi sur celui du vieux grès rouge en Livonie et dans le gouvernement de Pskow. Il semble même que des glaciers se trouvaient au nord de l'Oural et le long du bord de la mer Glaciale en Sibérie, car on y voit en plusieurs endroits quelques traces de l'action des glaces, des roches polies et striées qui se rencontrent surtout entre les rivières de Khatanga el de Pässina.
Le mouvement continuel de la glace à cause de sa dilatation journalière a dû polir et strier non seulement la surface des roches de granit et de gneiss en Finlande, mais aussi le calcaire de la Grauwacke en Esthonie près de Wenden et de Kirrimeggi aux environs de Hapsal, de Nyby en Egelande, de Lickholme sur la presqu'île de Nuck et de Dagü près de Pühalep, où il y a du calcaire de Grauwacke poli et strié sur une grande étendue, par les anciennes glaces en mouvement. J'ai fait cette observation pour la première fois dans nos provinces Baltiques, sur la presqu'ile de Kassar, au midi de Dagô, où j'ai rencontré de larges surfaces du calcaire très-nettement polies, immédiatement au-dessous du gazon qui le recouvre.
Cette nappe glaciale a dû enfin disparaître par un grand changement local de la Baltique qui n'était pas encore en communication avec la mer Glaciale ; les côtes de la mer se baissèrent et comme suite de cet affaissement se forma le golfe de la Finlande qui, par les lacs d'Onega et de Ladoga était d'abord réuni à l'océan glacial, mais qui, devenu plus étroit plus tard, se sépara de l'océan, en prenant
sa forme actuelle. Les bords du golfe se soulevèrent de nouveau, quoique très-insensiblement et nous trouvons encore maintenant les preuves de ce soulèvement sur la côte occidentale et méridionale de la Finlande, dans le grand nombre de coquilles fossiles de mer qui se trouvent sur les côtes.
On observe près de l'église de Wôra aux environs de Wasa et aussi près de Helsingfors un sable bleu de mer à une profondeur de 15 pieds au-dessous de la surface de la terre et à 5 pieds audessous du niveau de la mer, qui se compose de petits débris de coquilles, de Mytilus edulis, de Tellina balthica, de Paludina balthica, de Pal. cincta et de P. borealis, ainsi que de Neritina fluviatilis, des espèces qui viennent de la Baltique, excepté les deux espèces de Paludines* que je n'ai observées jusqu à présent qu'ici et nulle-part ailleurs.
Les environs de l'église de Wôra ainsi que ceux de Helsingfors étaient alors couverts par la mer, car ils s'étaient abaissés avec le laps des temps ; il y a encore beaucoup d'autres traces d'un tel affaissement aux environs de Stockholm **. Cet affaissement subit fut la cause d'un courant rapide de la mer de NO. au SE.
Cest alors que les provinces Baltiques débarrassées des glaces par ce courant d'eau, reçurent successivement une Flore et une Faune semblables à celles qui les distinguent encore.
Tous ces changements étaient superficiels, et ne provenaient pas de l'intérieur de la terre; par conséquent les couches calcaires retinrent leur position horizontale, comme nous le voyons le long du chemin de fer de St. Petersbourg à Moscou, sur lequel, d'après les observations de Mr. Paper ***, les couches montent continuellement en terrasses successives, sans changer leur position horizontale primitive.
C'est ainsi que, après la retraite de la mer dans ses limites actuelles, les couches de la Grauwacke s'élèvent au bord de la Baltique et aux environs de St. Pétersbourg à 15 pieds au-dessus du niveau de la mer, ensuite aux environs du village de Stepanowka le vieux grès rouge à plus de 60 pieds, plus loin vers l'est au bord de la rivière de Msta les couches du calcaire carbonifère montent déjà à 385
* Voy. mon ouviage Urwelt von Russland, Vol, II, 1842. Voy. mon ouvrage Urwelt von Russland. Vol, 11, p. 130, 1842. Moscou.
“#* Voy, le Journal des Mines (en russe) 1846, p. 61, No. 10.
sexe
pieds et puis plus loin entre les rivières de Msta et de Verebja, en s’approchant des monts de Valdaï, la hauteur atteint 1000 pieds et plus. Moscou enfin, occupe un enfoncement qui est plus bas que la haute plaine de Valdaï et qui à été rempli pendant la période géologique moyenne de différentes couches, sédiments de la mer jurassique.
Dans ce temps de changement universel de la surface terrestre au nord de la Russie les débris des roches brisées furent emportées de plus en plus en masses roulées vers le sud et vers l'est. Ce sont principalement le granit et le gneiss ainsi que la syénite de Finlande qui furent enlevés par le courant boréal. ITs'en forma un grès rouge jaune ou blanc qui contient en même temps des masses roulées de granit, de la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'une noix ; le sable argileux s'était formé par le feldspath décomposé, mêlé de grains de quartz du granit; on y voit aussi, mais très-rarement, des feuillets de mica. C’est le sable qui forme la base de tout le terrain d'alluvion de la Russie boréale ; il est couvert d'une couche d'argile rouge ou brun foncé; qui a au moins un pied d'épaisseur dans les champs et dans les prairies, plusieurs pieds ou même une toise dans les marais.
Au lieu du sable on voit souvent une marne argileuse, entremêlée de petits débris roulés de roches plutoniques ou neptuniques, comme partout en Esthonie et sur les iles adjacentes. C'est ici que nous voyons les couches calcaires anciennes couvertes par la marne argileuse à débris calcaires, dont les couches forment la base, ils sont quelquefois polis ou roulés, d'oùil suit que ces couches anciennes de Grauwacke étaient exposés à des glaces en mouvement sur le continent ou flottantes dans la mer; elles en furent quelquefois détruites entièrement comme p. e. le calcaire à Cyclocrinites d'Esthonie aux environs de Hapsal et sur les îles voisines.
Quelquefois les débris calcaires, renfermés dans la marne argileuse, ne sont pas roulés, mais à angles aigus, c'est ce qu'on observe ordinairement à une distance assez considérable du bord de la mer et ce qui s'explique facilement par l'influence de l'eau et de Fair, par laquelle les couches calcaires retombent facilement en petits morceaux et laissent les fragments se décomposer de plus en plus; ils se changent enfin en argile marneuse qui ne contient que de petits fragments de granit.
Une telle argile, remplie de débris de différentes roches, couvre
en Esthonie les couches de Grauwacke , souvent à une hauteur de plusieurs pieds ; elle se trouve elle-même recouverte par une argile plus moderne très-pure , à bandes bigarrées ; il y à de très-minces couches bleues, brunes et jaunes qui alternent ensemble ou avec des couches argileuses noires ou presque blanches, sur lesquelles on remarque quelquefois , comme près de Grossenhof à Dagü , de minces couches sablonneuses à coquilles subfossiles qui habitent encore la Baltique, p. e. Cardium edule, Mytilusedulis, Neritina fluviatilis, Paludina balthica, Limnaeus balthicus.
On rencontre cette couche entièrement sablonneuse avec les mêmes espèces de coquilles et en plus grande quantité, souvent à une distance très-grande du bord de la mer ; par conséquent ce terrain s'est soulevé etil s'élève encore continuellement, comme le bord oriental de la Suède.
Je n'ai nulle part observé ce soulèvement continuel, mais trèslent, sur une étendue aussi grande qu'aux îles de Dagô et de Nuck et surtout aux environs de Hapsal à une demi-verste à lorient de la ville, où le terrain marneux soulevé et rempli de coquilles d'espèces encore vivantes, doit avoir au moins la hauteur de 20 à 30 pieds au-dessus du niveau de la mer. Je l'ai observé aussi dans l'île de Dagô près de Pallükülle, où les couches calcaires de Grauwacke sont couvertes par une marne argileuse à fragments calcaires arrondis et à débris roulés de granit, sur laquelle repose l'argile sablonneuse à coquilles marines encore vivantes dans la Baltique. Cest à une distance d'une verste de la mer et à-peu-près à 70 pieds et plus audessus de niveau de la mer *.
D'après les observations de Mr. Paxper une argile d'un rouge foncé passe, sur plusieurs sections verticales du chemin de fer de St. Pétersbourg à Moscou, dans une argile bleue ou grise et enfin dans un sable qui renferme des ossements de Mammouths et qui est couvert par une couche moderne d'alluvion. Elle compose quelquefois des collines remplies de fragments roulés de granit et de silex ou pétrosilex, provenant de la destruction et de la décomposition du calcaire carbonifère. Ces masses roulées se rencontrent principalement dans la couche moyenne de l'argile, la supérieure et l'infé-
Voy. mon mémoire Dritter Nachtrag zur [nfusorienkunde Russlands nebst geologischen Bemerkungen über Esthland und die nabgelegenen Inseln, nebst einer Karte, Moscou 1852.
rieure en sont dépourvues, d'où il est à présumer que l'origine en est différente. La couche inférieure de l'argile s’est développée sur le continent sous l'influence de l'atmosphère du nord de la Russie, la couche moyenne, contenant quantité de pierres roulées, comme les collines argileuses qui se formaient par des roches fracturées semblables, a été transportée à la place qu'elle occupe maintenant, par le courant boréal de la mer, qui emporta en même temps les masses roulées, dont étaient couvertes les glaces flottantes de la mer du nord. | |
Le courant d'eau a dû être accompagné de la grande inondation mentionnée ci-dessus, dirigée du NO. au SE., car les montagnes de neige de la Finlande et de la Scandinavie s’abaissèrent et laissèrent entrer l'océan Glacial par la mer Blanche dans les plaines affaissées de la Russie boréale, qui se couvrirent partout de glaces flottantes détachées des grands glaciers du nord.
Il est bien difficile de dire, quelle a été la cause de cette grande débâcle des glaces et de l'abaissement de la Scandinavie, de la Laponie, de la Finlande et du nord de la Russie, quoiqu'il soit trèsprobable que ce fut le dernier soulèvement de l'Oural, pendant lequel périrent les forêts à ambre et se formèrent les sables aurifères, peut-être dans le même temps que se déposa l'argile rouge d'alluvion de la Russie boréale, qui contient, comme le sable aurifère, les mêmes ossements de Mammouths, de Rhinocéros, de Boeufs primitifs et de grands fragments de Pins fossiles (Pinites borealis et Asterodendron Issedonum).
Immédiatement après l’origine de l'argile rouge par ce courant de mer qui fit périr toute la Faune et la Flore du nord de la Russie, les glaces flottantes de la mer apportèrent les blocs erratiques jusqu'aux dernières limites de leur distribution vers le midi de la Russie, et d'autres blocs pris dans la glace d'hiver au bord de la mer ou même au fond des bas golfes , furent poussés sur des collines assez hautes par l'eau qui monta périodiquement. Ce courant de l'océan Glacial, du NO. au SE. de la Russie, a dû être accompagné d'un mouvement très-fort des ondes de la mer, poussées continuellement dans un même $ens par les vents violents qui avaient la même direction; c'est ce qui facilita aussi la distribution des blocs granitiques dans une seule direction et en rangées longitudinales.
Cest de cette manière que se formèrent en Scandinavie les
Âsars ou hautes collines de blocs granitiques roulés d'une dimension très-considérable, qui souvent suivent la même direction en offrant des rangées quelquefois parallèles entre-elles.
C'est aussi de cette manière que se formèrent dans la Russie du nord des entassements semblables de débris calcaires roulés en plusieurs endroits , dans lesquels ils s'élevèrent à une hauteur assez considérable, en collines d'argile composées entièrement de blocs roulés, comme dans les environs de St. Pétersbourg et au gouvernement de Pskow, où ils forment souvent des collines coniques assez hautes, composées. de blocs roulés du calcaire de Grauwacke et du vieux grès rouge à coquilles caractéristiques de ces terrains.
En quelques endroits du chemin de fer de St. Pétersbourg à Moscou, les blocs granitiques roulés , transportés de la Finlande par ce courant d'alluvion, présentent la forme d'un pavé à plusieurs couches , car ils y sont disposés horizontalement les uns sur les autres en rangées égales et ne se distinguent des Àsars de la Scandinavie dont les collines sont tout-à-fait découvertes, que parce que les blocs roulés de la Russie sont couverts d'une argile rouge, comme dans l'Amérique septentrionale près de Newyork, ou une semblable argile fine à coquilles marines couvre le terrain erratique ou Drift composé d'énormes blocs de granit, de roches polies et striées, de grès et de porphyre en débris. Les coquilles de Newyork appartiennent aux espèces actuellement vivantes, comme celles de Hapsal, de l'ile de Dagô et de Nuckô qui, mêlées à un gros sable rouge, sont disposées sur l'argile d'alluvion; mais il leur manque les ossements fossiles des Cétacées de l'Amérique du nord qui se rencontrent aussi en Suède dans la même argile, comme près de Skara au bord du lac Wettern *.
Il me semble que la raison de voir les Asars de la Suède découverts peut être expliquée par le courant de mer qui, venant des montagnes de la Scandinavie, comme d'une mer de glace, sans emporter avec lui aucune argile d'alluvion n'avait que de grands morceaux de granit quil transporta au midi de la Suède; il passa ensuite par le terrain de Grauwacke dont il a dû détruire la roche calcaire marneuse et en emporter beaucoup de débris aux îles de Dagô et de Nuckü en Esthonie et en Russie, pour les y déposer partout sur les blocs granitiques roulés qui étaient emportés en même temps ; les plus grands blocs restèrent en Suède, les plus petits furent poussés plus loin vers le midi de la Russie.
Voy. mon mémoire Die Urwelt von Russland. Heft III, p. 135.
Néanmoins il existe aussi de grands blocs erratiques en Esthonie dans le golfe de Hapsal, sur l'île de Wünnosaar ; il y a deux grands blocs, disposés l’un près de l’autre comme taillés, d'une grandeur énorme; un autre bloc, dit l'Eric, se trouve entre l'île de Dagô et celle de Hestholm au-delà de l'île de Grüsor. La hauteur de ce bloc granitique du côté escarpé du nord jusqu'au fond de la mer est de 13 pieds, celle du côté de sud de {1 pieds; la hauteur ordinaire de l'eau autour de ce bloc est de 2 pieds 41/, pouces. La largeur de la base du bloc au niveau de la mer vers le nord a 9 pieds, vers l'ouest 16 pieds, vers le sud 131/, pieds et vers lorient 16 pieds. Le bloc se trouve à une distance de 6 verstes de l'île de Grüsdr et ne change jamais de position, car il est placé dans le même endroit depuis plus d'un siècle. .
Toutes les côtes de l'Esthonie et des îles situées près de ses bords sont couvertes dans les endroits les plus élevés du pays de semblables blocs erratiques qui, pour la plupart, ont été apportés sur des glaces flottantes par les courants de la mer; on voit encore à présent arriver souvent de semblables blocs granitiques sur les glaces du bord de la Finlande aux îles de Dago, Wormsü , Nuckô et même au continent de l'Esthonie. Ces glaces flottantes durent détruire le calcaire de la Grauwacke sur les îles et le continent Esthonien et en former une marne argileuse, composée de grands fragments de calcaire de Grauwacke à Cyclocrinites, lequel couvre, à l'extrémité NO. de l'Esthonie près de Munnalas, un autre calcaire de Grauwacke en gisement horizontal. Parmi ces débris calcaires il se rencontre souvent des blocs calcaires à surface striée et polie, comme p. e. sur les îles ci-dessus mentionnées ; c'est ce qui nous sert de preuve que les glaces flottantes ont dû en même temps détruire les couches calcaires polies antérieurement.
On a fait la même observation aussi plus vers le SE. de la Russie, où Mr. Paxper a rencontré entre le village de Grädy et de la rivière de Msta de grands blocs du vieux grès rouge et du calcaire carbonifère qui ont souvent un diamètre de plusieurs toises et qui sans doute furent transportés à leur place actuelle par le grand courant de mer, parce que sous eux se trouvent des petits blocs erratiques. C'est ainsi qu'on aperçoit dans une coupe à 12 verstes du pont de Volkhow près de Twer, dans l'argile ancienne inférieure trèscompacte d'un rouge foncé, des blocs de roches plus modernes, c'està-dire d'argile marneuse noire du terrain jurassique, ayant la longueur
de plusieurs toises et l'épaisseur de quelques pieds ; les blocs y occupent l’espace d'une toise carrée et sont enfermés dans une argile compacte d'un rouge foncé et à une profondeur de 2!/, loises audessus de la surface terrestre ; ils contiennent en outre des coquilles jurassiques. On ne voit nulle part dans les environs le gisement de ces deux terrains, du vieux grès rouge et du terrain jurassique.
Il faut par conséquent présumer que ces blocs calcaires de terrains étrangers à l'endroit dans lequel ils se trouvent maintenant, ont été apportés de loin par quelque courant de mer de l'endroit de leur gisement primitif à cette nouvelle localité plus élevée que celle d'où les blocs proviennent ; ils ont toujours des pierres erratiques roulées , disposées en-dessous d'eux et entassées à la base des collines qu'ils occupent.
Il s'en suit, ce me semble, que le courant de mer boréal continua pendant un long laps de temps, qu'il emporta d'abord, quand les glaces etles neiges du nord commencèrent à dégeler, les grands blocs erratiques de granit du nord, et ensuite aussi les autres masses calcaires, les blocs de Grauwacke, du vieux grès rouge, du calcaire carbonifère et jurassique qui de même furent transportés de l'endroit de leur gisement à une distance plus éloignée.
Plus les couches en gisement se trouvaient éloignées des glaces du nord, moins forte fut la violence du courant et par cela même moins furent détruites où endommagées les couches argileuses jurassiques et le vieux grès rouge marneux; ils furent transportés quelquefois en état naturel sans subir aucun changement, de l'endroit de leur gisement primitif à un autre; les couches primitives de ces terrains furent ailleurs entièrement détruites par le courant d'eau, de sorte que l'argile rouge etle sable jaune qui couvrent de grands espaces de la Russie septentrionale ont pu même provenir de la destruction de ces couches.
Une telle destruction complète des couches calcaires s'aperçoit en plusieurs endroits du gouvernement de St. Pétersbourg , au nord de Pskow, à Zapoljé au bord du Plüssa, rivière collatérale de la Louga et aussi près de Gatschina aux environs de St. Pétersbourg, au bord de TlIshora et près de Marino au bord de la Slavänka, où s'élèvent des collines assez hautes , composées de blocs erratiques du vieux grès rouge marneux, comme preuve quil fut détruit entièrement dans quelques endroits, où le vieux grès rouge en place manque maintenant partout. ,
Dans le gouvernement de Pskow les masses roulées du vieux
grès rouge sont mêlées de blocs roulés du calcaire carbonifère, dont les couches ne s y trouvent pas en place, car elles y ont été entièrement détruites et ne laissent que des débris roulés.
Plus loin vers le NO. on rencontre avec des masses roulées de orauwacke des blocs de granit, de gneiss, de syénite et d'autres masses plutoniques de la Finlande qui se voient aussi dans toute la Livonie et la Courlande, quelquefois en blocs d'une grandeur énorme, jusqu'en Lithuanie , où près de la ville de Vilna se trouvent des collines hautes sablonneuses (le mont de Beschkesch d’une hauteur de 190 pieds) composées de blocs roulés de granit, réunis par du sable et de l'argile. Il est par conséquent probable que de longs golfes ou limans se prolongeaient du nord de la Scandinavie vers le sud et que par celte raison les collines à blocs roulés gardent ordinairement une semblable direction, comme nous le voyons encore maintenant au bord de la Baltique sur l'ile de Dagô près de Hohenholm ; les Asars en Suède suivent la même direction des anciens bords de la mer. Les collines à blocs erratiques de nos provinces Baltiques ont à l'ordinaire aussi cette direction; une longue colline est souvent parallèle à l'autre, comme en Esthonie, où les collines suivent la direction de l'est à l'ouest, c'est-à-dire parallèlement au bord actuel de la Baltique qui, en se retirant, laissa partout en forme de dunes, une nouvelle colline de blocs erratiques , entassés par les vagues de la mer. Entre ces élevations, parallèles entre elles, on aperçoit des marais, dernières traces de la mer reculée.
Au sud de Vilna on voit entre les villes de Lida et de Novogrodek commencer les premiers blocs siliceux du terrain crétacé qui s'y rencontrent aveë les blocs granitiques de la Finlande ; c’est ce qui nous sert d'indice que le courant nord-ouest par suite de la débâcle des glaces du nord , a eu lieu aussi après le développement du terrain crétacé et que ce courant a entièrement détruit les collines crétacées situées aux environs de Lida et de Novogrodek, collines qui sont semblables à celles qui se trouvent encore maintenant aux bords du Niemen près de Grodno.
Un coup d'oeilsur la carte de la Russie nous montre qu'un pareil courant continuel de mer du nord a formé dans la direction de NO. au SE. les grands lacs d'Onega, de Ladoga et de Peipus, ainsi que les nombreux petits lacs qui les entourent, comme les lacs Volloskoie, Ladschaskoie, Voïskoie, Bicloie, IImenskoie, Seligherskoie et beaucoup d’autres ; le grand lac Dawghi et d’autres dans les districts de
Trotzk et Bratzlaw du gouvernement de Vilna doit son existence à la même cause : le nombre de ces lacs augmente encore davantage aux environs d'Ostaschkow ; c'est là que le Volga prend sa source dans la haute plaine de Valdaï.
Néanmoins la mer Glaciale n'était pas encore dans ses limites d'aujourd'hui; elle s'étendait plus loin vers le sud jusqu'à Ust-vaga, où il y a encore à présent une dépression, dans laquelle la Dwina boréale se réunit à la rivière de Vaga. On y à découvert une grande quantité de coquilles subfossiles, dont les espèces habitent encore maintenant la mer Blanche et l'océan Glacial, entre autres le Saxicava arctica, le Mya truncata, le Pecten islandicus, les Tellina groenlandica et calcarea, le Cardium groenlandicum, l'Astarte borealis, le Buccinum undatum, le Natica clausa, le Littorina littorea, le Balanus sulcatus et beaucoup d’autres. Aujourd'hui cette localité est à 150 pieds audessus de la mer Glaciale, qui se trouve à une distance de 250 verstes de la ville d'Ust-vaga *.
Le long: du bord de la mer Glaciale dans la Russie d'Asie on observe les mêmes phénomènes qui prouvent le même changement contemporain du climat; c'est ce qui semble suivre du journal de voyage de Mr. ne Miopexporrr ** dans la Sibérie septentrionale, où toute cette côte, sous le 709 I. b. de la Pässina et de la Khatanga, le long des rivières de Doudon et de Taimyr jusqu'au bord de la mer Glaciale, est couverte de collines qui forment de petites chaînes basses qui se composent d'argile brune et de sable, et dont les hauteurs sont occupées par des blocs erratiques, comme partout en Esthonie et sur les îles adjacentes de la Baltique ; les blocs sont plus grands près de la mer Glaciale que vers le sud ou plus loin de la mer; ils se composent d'un schiste argileux et siliceux, d'un calcaire carbonifère, d'un grès et d'un pétrosilex et en outre de différentes masses plutoniques, de la syénite, de la roche amygdaloïde , dont la destruction mit à nu la chalcédoine et le carnéole qui se rencontrent aussi souvent parmi les blocs roulés, sur le cimes des collines où ils ont été transportés par l'inondation générale.
Non loin de la mer Glaciale les blocs erratiques, comme à
Murcuison, Russia in Europa and the Ural mountains 1, p. 329. London 1845.
“* MippenporrFr, sibirische Reise. Bd. 1, Thl. I. St, Petersburg, Geognostische Bemeikungen p, 1—20.
d’Eichwald, Lethaea rossica. 31
Novaïa-reka et à Gorbounow, ont un demi-pied et davantage de diamêtre, et le pétrosilex se compose de différents coraux fossiles ainsi que des Orthoceratites caractéristiques du calcaire carbonifère ; ces blocs roulés proviennent, à ce qu'il paraît, d'un endroit situé dans le voisinage.
En outre on remarque au bord de la mer d'autres collines à cimes pointues (en russe sopka) qui s'élèvent subitement et én grande quantité du terrain et qui ont été entassées successivement par les vagues de la mer et par les vents à la hauteur considérable qu'elles occupent à présent. Les collines se composent d'argile et de sable en couches horizontales alternes , et quelquefois aussi de tourbe, ainsi qu'en Esthonie ; les blocs erratiques de syénite et de granit occupent, toujours les cimes des collines, comme en Esthonie, où ces collines sablonneuses , forment ordinairement comme les dunes des rangées entières le long du bord de la mer. Tout le bord semble avoir été le fond de la mer ancienne, de petites chaines de dunes y sont disposées irrégulièrement et divisées par de longs ravins (en russe laïda) les unes des autres ; c’est la même conformation que sur la côte nord-ouest de l'Esthonie, où les collines, longeant le bord de la mer, et parallèles entre elles, sont séparées les unes des autres par des enfoncements marécageux assez profonds.
Tous les bords escarpés des rivières de la Sibérie septentrionale sont couverts d'un sable fin ou d'une argile, comme p. e. les hauts bords de la rivière Logota ; ce sable renferme souvent du lignite ou du charbon résineux formant quelquefois des couches d'une épaisseur de 3 pieds et provenant sans doute des forêts éteintes de conifères ; on trouve même quelquefois de l’ambre, comme aux bords de la Baltique avec lesquels le terrain du nord de la Sibérie montre beaucoup de ressemblance.
Avec ces blocs erratiques se trouvent des fragments d'un calcaire à surface polie et striée, phénomène qui se voit aussi en Esthonie par l'action des glaces flottantes de la mer tertiaire; les blocs polis près de Nerrama sont très-curieux, parce qu'il sont accompagnés de coquilles d'espèces encore vivantes de la mer Glaciale, comme le Mya truncala, le Saxicava rugosa, le Tellina calcarea et le Balanus sulcatus, et non loin de cet endroit, un peu plus vers le nord, on voit les premières couches du calcaire en gisement, d'où peuvent provenir sans doute les blocs erraliques, dispersés par toute cette région.
Au golfe de Taimyr il y a aussi des tas entiers de blocs erratiques, les petits fragments y sont à la base et les grands blocs au sommet: le terrain du bord est sablonneux, mêlé d'argile, comme le fond de la mer; la rivière de Taimyr coule par ce terrain et ne montre nulle part d'autres roches dans toute l'étendue du terrain ; et néanmoins on à trouvé dans la vallée de Taimyr des coquilles fossiles très-caractéristiques du terrain jurassique qui se trouve partout en blocs erratiques, de sorte que leur gisement primitif ne doit pas en être trop éloigné vers le nord.
Les premières couches de grauwacke ou peut-être celles du calcaire carbonifère et du schiste argileux se rencontrent sur le bord escarpé du lac de Taimyr, et les petites îles au golfe de Taimyr se composent, à ce quil paraît, de grauwacke, de schiste micacé et de diorite , qui avec le granit forment la base de tout le terrain plutonique de la Sibérie septentrionale.
C'est ainsi que l'île de Thomas s'élève au golfe de Taimyr à une hauteur de {2 pieds et se compose de calcaire de la grauwacke avec beaucoup de sillons et de stries sur la surface entièrement polie.
Il me semble que le résultat général liré de toutes ces observations est tout-à-fait le même que celui que nous avons admis plus haut pour la Russie septentrionale d'Europe: les glaces et les neiges éternelles couvraient à la fin de la période tertiaire tout le bord de la mer Glaciale de la Russie d'Asie; la Grauwacke et le calcaire carbonifère ont été successivement polis et striés par le mouvement continuel des glaces qui flottaient librement dans la mer, comme c'était le cas aussi sur les bords de la Baltique et dans le gouvernement de Pskow.
Après ce grand courant de mer qui a dû envahir toutes les forèts , les glaces et les neiges éternelles disparurent et le bord de la mer Glaciale resta dépourvu de forêts, comme le prouvent les troncs d'arbres qui se rencontrent très-souvent fossiles sur les îles de la mer Glaciale, sur l'ile de Kotelny, de Novaja-Sibire, partout le long du bord du continent de la Sibérie, sur lequel les grands marais ou toundres rejettent sans cesse des troncs semblables, connus sous le nom d'arbres de Noë et d'Adam, se rencontrant partout sur toutes les cimes entre les rivières de Pässina et de Khatanga, et qui se sont conservés très-bien en lignites, ou changés en silex et quelquefois pénétrés d'oxyde de fer. Des fragments de troncs d'arbres se trouvent
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aussi à une très-grande profondeur, comme p. e. dans le puits foré de Yakoutzk de Mr. ScHERGHIXE, dans lequel des couches de sable et d'argile alternent avec de minces couches ou veines de glace, et parmi celle-ci on rencontre souvent des couches calcaires et sablonneuses à lignites, couvertes de fer sulfuré ; on y reconnaît bien distinctement encore la structure du bois. Ces troncs d'arbres se rencontrent à une profondeur de 100 à 200 pieds, mais plus la profondeur est considérable, plus le bois est changé et devient siliceux, résineux et ferrugineux.
En général la quantité de bois fossile qui se trouve dans toute le terrain d'alluvion de la Sibérie septentrionale est si grande que les Tounguses, les Yakoutes, les Samoïèdes et d'autres peuples s'en servent comme de bois de chauffage, ce qui nous prouve que les vastes forêts éteintes du nord de la Sibérie s’étendaient partout et étaient habitées par les Mammifères, dont les restes se trouvent dans le terrain d'alluvion et même dans le terrain encore gelé avec les troncs d'arbres qui, quoique fossiles, sont encore bien conservés et ressemblent beaucoup, quant à leur structure interne, à l'espèce de Pinus protolarix Gürr., dont un tronc énorme d'un diamêtre de 30 pieds a été trouvé en Silésie.
La mer Glaciale a dû inonder toute cette partie de la Sibérie, comme la côte septentrionale de la Russie d'Europe ; elle a dû couvrir toutes les forêts et les détruire avec les mammifères, leurs habitants ; les blocs de schiste argileux et de calcaire durent s’arrondir par le courant violent de la mer, à proportion qu'ils étaient transportés plus loin au sud de la Sibérie; les plus petits blocs ont été emportés le plus vers le sud, les plus grands restèrent plus près du bord. Ce fut alors, que les blocs de calcaire carbonifère et de terrain jurassique furent transportés du nord au sud provenant des gisements qui devaient être au bord du golfe de Taimyr, ou sur les îles de la mer Glaciale elle-même.
Après cette inondation suite du soulèvement de l'Oural, un froid excessif régna dans toute la Sibérie ; mais le continent se débarrassa successivement de sa couverture d'eau de mer, qui peu-à-peu reprit ses limites primitives ; il ne resta que les marais ou toundres par le déplacement de l’eau. Ces marais occupaient pour la plupart la place des vastes forêts d'autrefois, dans lesquelles végétaient sans doute des arbres à ambre, le Pinites Middendorfianus et le P.Baerianus Gürr., qui se trouvent partout dans ces marais et qui ressemblent
beaucoup aux arbres à ambre, dont les troncs sont rejetés continuellement par les ondes au bord de la Baltique, de la mer du Nord et au bord de l'Angleterre , car le fond abaissé de la mer à dû former avant son affaissement une côte très-riche en forêts d'arbres à ambre. ‘
Une observation très-curieuse a été faite par Mr. HenexsrRôm pendant son voyage aux toundres d'Ustiansk * ; il a vu sur les bords du lac de Khotagh qui est long de 14 verstes et large de 6, que chaque année une quantité de troncs d'arbres résineux sont rejetés en automne du fond du lac, quelquefois ce ne sont que des morceaux de troncs qui couvrent le bord parfois à une hauteur d'une archine et davantage ; parmi ces troncs en débris se trouvent aussi de petits morceaux d'une masse résineuse transparente endurcie et semblable à la gomme-résine qui s’enflamme facilement comme l'ambre , quoiquelle n'en manifeste pas l'odeur agréable ; elle est plutôt résineuse, parcequ'elle forme sans doute la résine endurcie des Conifères fossiles.
Les troncs d'arbres qui se trouvent dans les marais, sont silicifiés pour la plupart, et montrent ordinairement leur résine bien conservée; d'autres troncs qui se rencontrent dans le terrain gelé de Sibérie, sont beaucoup mieux conservés; ils sont cotemporains fossiles des marais, des bois ci-dessus mentionnés, et des troncs qui se retrouvent près des squelettes ou d'autres restes de Ma mmouths.
Une autre observation de Mr. Hepexsrrôm n'est pas moins curieuse. Il a trouvé, très-loin des forêts d'aujourdhui, dans les ravins (en russe jar y) profonds et escarpés des fleuves et des lacs de très-grands troncs de bouleaux avec l'écorce, les rameaux et les racines en très-bon état à l'extérieur et entièrement décomposés à l'intérieur. Les habitants nomment ces troncs antédiluviens, parcequ'ils prouvent un climat plus chaud, dans lequel ils ont dû croître ; les arbres à larges feuilles ne commencent maintenant que beaucoup plus vers Le sud, c'est-à-dire à 3° plus au sud que l'endroit du gisement de ces troncs de bouleaux , et ce ne sont que des bouleaux-nains (Betula nana) qui y croissent.
Il y a encore d'autres observations qui prouvent que la végétation de la Sibérie d'autrefois était beaucoup plus riche ; ce sont les
#° Baron Wrancez, Reise längs der Nordküste von Sibirien, I, p. 107.
prétendues montagnes de bois de la Nouvelle - Sibérie (Novaïa- Sibire), qui hautes de 30 toises, se composent de couches horizontales de grès, alternant avec des couches de troncs d'arbres résineux. Ces troncs se retrouvent en haut dans le grès en position verticale, et en bas ils gardent la position horizontale. Ces montagnes de bois tirent probablement leur origine des forêts sousmarines, comme sur toutes les côtes de l'Angleterre ; elles sont couvertes à la surface d'un charbon ligneux fossile, qui s'est formé par voie humide. Il n'est pas à présumer que ce bois appartienne au bois qui, à ce qu'on croit, a été apporté de loin sur la côte de la Nouvelle-Sibérie, par la mer ou par les rivières des régions situées plus au sud.
La région, située entre les rivières de Pässina et de Khatanga, sert de meilleure preuve encore; elle est partout couverte de bois de Noë et d'Adam, mais au sud de ces fleuves il n'y a pas de forêts, d'où ces troncs d'arbres auraient pu être charriés ; nullepart les rivières ne prennent leur origine sur des collines ou montagnes boisées, mais elles proviennent toutes d’une région entièrement dépourvue de forêts. Les toundres rejettent des troncs d'arbres à leurs bords, sans en recevoir par des rivières; ces troncs se trouvent par conséquent dans le terrain d'alluvion ou au fond des toundres à une profondeur assez considérable et présentent les restes des forêts souterraines, ensevelies par des marais, qui sont eux-mêmes couverts par des mousses en abondance.
Ces marais, une fois développés, s'élargissent de tous les côtés sans bornes, comme nous le voyons en Esthonie, autrefois pays trèsfertile, où les marais du côté nord-ouest commencent déjà au bord de la mer près de Nyby et continuent au sud jusqu à Fickel et même jusqu'en Livonie. Mais nullepart ils ne sont aussi larges que dans la Russie septentrionale d'Europe et d'Asie ; onles yappelletoundres; ils y forment des plaines illimitées, composées de marais, qui sont interrompus par de petits lacs, presque comme au NO. de l'Esthonie. Le terrain de ces marais est gelé depuis des siècles, comme le fond des marais de l'Esthonie ne se dégèle qu'au mois 4 Août; rien ne peut croître dans ces toundres que la mousse qui seule les couvre partout.
Il y a une tradition très-curieuse communiquée par le Baron WRaAwGEz, qui prouve que le climat de Sibérie a été primitivement plus chaud et qu'il devint ensuite plus froid et le devient encore
davantage de jour en jour. Le peuple des Omoks, d’après le dire des habitants du nord-ouest de la Sibérie, n'existe plus à cause des glaces éternelles qui augmentaient sans cesse et envahirent enfin les domiciles de ce peuple, dont il ÿ avait, aux temps les plus anciens, aux bords de Kolyma et aux environs de Nischny-Kolymsk, plus de maisons que d'étoiles au ciel, tandis qu'à présent on n’y voit plus une seule maison ; en effet on y découvre de temps en temps des restes de forts anciens à remparts, bâtis de troncs d'arbres, dont les forêts n'existent plus là; dans d'autres endroits on trouve de grands tombeaux, principalement aux bords de la rivière d'Indighirka, qui d'après cette tradition, furent construits par les Omoks, ce peuple puissant et nombreux, qui est maintenant entièrement éteint.
Pendant ces temps reculés, pendant que la partie septentrionale de la Russie d'Europe et d'Asie présentait un continent, couvert d'une Faune et d’une Flore très-limitées, le midi de la Russie européenne était occupé par de grands marais et de vastes forêts; car le bassin volhyno-podolien, en se desséchant à la suite du soulèvement du sol, avait formé successivement un pays marécageux d'une grande extension.
De pareils marais y sont rares maintenant, mais il s'en trouve encore en quelques endroits de la Russie occidentale dans leur état primitif, comme p. e. dans la grande dépression de Pinsk qui occupe une grande plaine aux deux bords de la rivière de Pripät, depuis les . sources de cette rivière jusqu à son embouchure dans le Dnieper.
Il y avait dans le temps p'Heropore, c'est-à-dire à peu près 450 ans avant l'ère chrétienne , un grand lac qui par son desséchement forma un marais, et de grandes forêts couvrirent successivement les bords de ce lac; quatre siècles après, le géographe Srragon et Puxe l'ainé font encore mention des mêmes marais et des mêmes forêts de la Russie méridionale, le long des bords de plusieurs rivières qui ÿy manquent de nos jours. De tels marais ne se trouvent, au nord de la Russie, que sur l'argile rouge d'alluvion, où ils occupent partout les plaines d'une vaste extension, limitées par de petites collines ; les marais y sont disposés en rangées parallèles et séparés les uns des autres par des élévations d'une largeur de plusieurs toises et d'une hauteur de quelques pieds.
Le terrain que ces marais forment, est très-fertile ; on en peut tirer un grand profit pour l'agriculture, après avoir creusé des canaux pour l'écoulement de l'eau.
Les marais se trouvent aussi le long du chemin de fer de St. Pétersbourg à Moscou en grande extension et principalement dans les grandes forêts entre Grädy et Souisky.
La suite du desséchement naturel des marais dans la Russie méridionale fut l'origine du terrain noir (en russe le tschernozem); les marais se desséchèrent à la surface par l'atmosphère, l'eau s'écoula au fond qui, en $e soulevant successivement, finit par occuper une hauteur plus considérable et par devenir terre-ferme tandis que et les forêts des environs disparurent.
Cela se passa dans les temps historiques pendant le voyage p HERODOTE aux bords de la mer noire, car il fait mention de grands marais et de forêts au midi de la Russie, où il ny en a plus ; il y existait alors un peuple agricole, les Seythes, dont une tribu, les Peucini, habitaient dans des forêts de pins, car nevxn signifie en grec un pin, d'où le peuple avait tiré lui-même son nom: il est même possible que cétaient les arbres à ambre qui y formaient les forêts, parce que l'ambre se trouve en grands morceaux sur le bord de la Samara, affluent du Dnieper.
HeroporE fait aussi mention d'une autre tribu seythe, des Ca]lipides errants, à domiciles mobiles, tributaires des Colonies grecques, lesquelles s'occupaient principalement de l'éducation des chevaux sauvages des steppes, célèbres par leur couleur blanche ; ce peuple des Kallhippides (c'est ainsi qu'il faut peut-être le nommer) a probablement reçu son nom des beaux chevaux qu'il élevait, car *aAog signifie beau et innog un cheval.
De grands troupeaux de chevaux exigent pour leur nourriture de vastes prairies fertiles; c'est ce qui prouve de nouveau la fertilité du midi de la Russie dans les temps historiques, tandis que maintenant on n'y voit que des steppes arides sans eau. Les Scythesalazones p'HERODOTE, après avoir fini les paturages d'un endroit, emportaient leurs’ domiciles mobiles, les yourtes ou kibitkes d'aujourd'hui, dans un autre endroit, où ils continuaient leur vie vagabonde.
Toute cette région est maintenant une steppe sans forêts, en commençant au sud de Poltawa et de Kharkoff, au nord du Donetz, du Don, de la Medweditza et du Volga inférieur ; elle occupait tout le gouvernement de Kherson, de Jekaterinoslaw et d'Astrachan.
Déjà dans ces temps reculés il se forma des ravins (en russe OWraghy) assez profonds dans la Russie méridionale et cela
probablement à la suite du desséchement naturel à la surface des marais, qui se fit par l'écoulement de l'eau dans les profondeurs ou vers la mer du sud ; les bords de ces enfoncements devinrent successivement très-escarpés et la profondeur d'autant plus grande que les marais étaient plus profonds et plus étendus. Ces canaux naturels de l'écoulement de l'eau des marais et de leurs lacs sont aussi toujours parallèles entre eux et ont la rive droite toujours plus haute que la rive gauche, car le desséchement des marais allait de lorient à l'occident, et l'écoulement de l'eau se faissait vers le midi à cause de la pente méridionale du terrain.
Le schiste argileux ou l'argile qui compose le fond de ces marais, se fissurait en se desséchant , et il forma des crevasses ou des ravins qui, par l'écoulement suecessif de l'eau, devinrent de plus en plus larges et plus profonds ; c'est l'argile qui retient l'eau et qui contribue à la fertilité du terrain noir.
Sitôt que l'eau s'écoule entièrement dans le sous-sol sablonneux par des crevasses très-profondes, la fertilité diminue de plus en plus et disparaît quelquefois tout-à-fait, comme dans le gouvernement de Poltawa, où le terrain noir a perdu sa fertilité, parce que le sous-sol n'y est pas argileux, mais sablonneux.
Le terrain noir se trouve aussi souvent tout près des marais, ce qui prouve que ce sont ces derniers qui donnent lieu à ce terrain fertile ; nous voyons p. e. commencer immédiatement après les grands et profonds marais du gouvernement de Simbirsk le terrain noir d'une épaisseur de plusieurs pieds ; les marais y sont si profonds qu'un homme à cheval peut s'y perdre; l'eau y est si claire et si pure en quelques endroits qu'il est à supposer que les marais ont pris leur origine d'un lac clos par des plantes aquatiques, comme cela se voit encore maintenant au nord-ouest de l'Esthonie, où le Menyanthes trifoliata avec ses racines fortes et nombreuses donne ordinairement origine aux lacs clos.
Dans la Russie on voit souvent commencer le terrain noir tout près d'un marais, comme p. e. au nord de Shitomir, surtout le long des bords de la rivière de Pripät presque jusqu'à Minsk, plus loin aux environs de Kiew et de Tschernigoff, aux bords du Dnieper et de la Desna, aussi au nord du Don et de la Medweditza, enfin au nord de Räzan et de Nishny-Novogorod le long de l'Occa et du Volga.
Ces grands marais y ont une plus grande extension, parce que le terrain y est situé très-bas et qu'il manque de ravins ou de
canaux pour faire écouler l'eau, les marais eux-mêmes, au contraire, sont nourris par de grandes rivières qui y déversent de grande quantité d'eau.
Des lacs d'eau salée se trouvent quelquefois aussi au milieu des plaines occupées par le terrain noir ; mais plus souvent ce sont des lacs d’eau douce ou d'eau stagnante qui les occupent au centre; on y voit de petites élévations arrondies (en russe kotschky), couvertes d'une végétation palustre abondante , qui s'élèvent au-dessus de cette eau stagnante et qui montrent l'origine marécageuse des plaines ; celles-ci sont par conséquent les restes des anciens lacs ou marais, qui après leur desséchement artificiel complet, ont été labourés dans les temps actuels par la charrue et qui ne demandent jamais d'engrais. Dans ce cas-là leur sous-sol est toujours argileux, et retient l'humidité et même quelquefois de l’eau stagnante au-dessous du terrain noir. C'est cette couche argileuse qui exerce une influence extraordinaire sur la fertilité du terrain supérieur; car si le sous-sol est calcaire ou sablonneux le terrain noir perd bientôt sa fertilité; l'eau s'écoule par en bas, souvent par des canaux ou veines (en russe krotoving) de dimensions très-variables, qui en se dirigeant en différents sens, pénètrent plus ou moins verticalement dans le sous-sol et à une profondeur de 10 à 12 pieds. Ces canaux souterrains sont à l'ordinaire remplis du terrain noir entrainé par les eaux, ce qui diminue souvent la fertilité du sol.
On remarque, d'après les observations de Mr. le Prof. CzEr- NIAIEW, au-dessus de ce sous-sol, traversé par une quantité de canaux naturels, une seconde couche mélangée du sous-sol argileux, sablonneux ou calcaire et du terrain noir superposé ; il est couvert par une troisième couche, le terrain noir d'une profondeur de 10 à 15 pieds, et celle-ci par une quatrième couche moderne, produit définitif de la décomposition des corps organiques dans les temps historiques.
Le terrain noir ne se voit pas dans les contrées boisées du midi de la Russie, mais toujours dans le pays plat sans forêts, surtout non loin des bords des rivières qui ramassent l'eau des endroits plus élevés, en les mettant à sec. Nous y voyons aussi des changements continuels du sol. Mr. Borissäk * nous en a communiqué
Voyez la description de l’acte solennel de l’université de Kharkof (en russe) pour l’année 1852, p. 64,
plusieurs observations très-curieuses et entre autres les suivantes :
Les anciennes chroniques russes racontent que les affluents du Dnieper, le Soupoï et le Troubège ainsi que la rivière d'Oster qui tombe dans la Desna, étaient autrefois fréquentés par des barques ou par de petits vaisseaux, aujourd'hui ils sont changés en marais, qui ont en quelques endroits une largeur de 3 verstes; on a aussi trouvé, il n'y à pas longtemps, une ancre d'une très-grande barque dans la rivière d'Alta, d'une forme qui n'est plus en usage dans nos temps sur le Dnieper. — Le fleuve Orgitza est entouré des toutes parts de marais, et cependant il était navigable autrefois, car on y a trouvé de grands morceaux d'une barque.
Des vieillards qui se rapellent l'hiver très-froid d'Otschakoff, racontent que le sol entre le village de Bogodukowskaja et le khoutor Zaroshnie dans le district de Zolotonoschki, à une distance de 15 verstes, était jadis couvert de grands lacs remplis de roseaux, dans lesquels on a pêché des poissons et des loutres:; tout ce terrain forme maintenant une steppe platte, couverte du terrain noir fertile et d'une riche végétation terrestre.
La même observation se fait aussi aux bords du Donetz. En passant par la steppe vaste et platte sur la rive gauche du Donetz entre Tschougouew et Jsioume, couvert du terrain noir, on voit sur la route de poste partout de grands marais, mais en s’approchant du Donetz ces eaux stagnantes deviennent de plus en plus fréquentes ; on y voit enfin, non loin du bord du Donetz, la limite des petits et des grands lacs. Tous ces lacs et marais ne sont que les restes d'une grande surface aquatique qui a dû couvrir autrefois tout le terrain bas; en s'éloignant de la rivière on observe des terrasses, anciens rivages d'un grand fleuve, il y a plusieurs terrasses, dont l'une suit l’autre jusqu à la dernière qui est la plus haute et qui a été dans ce temps reculé historique l'extrême limite de la rivière, dont le lit d'aujourdhui se retrouve encore dans le Donetz fort étroit, tandis que le terrain à une distance de 15 verstes de ses bords nous montre partout des traces d'une grande rivière très-large et trèsprofonde. Le Donetz en se retirant de plus en plus dans son lit actuel, a laissé des marais et des lacs, dans lesquels se développèrent successivement la tourbe et l'argile noire, dont se forme de nos jours la terre noire.
Il y a aussi dans le district de Zmiew, au bord du Donetz, un
très-grand lac, appelé le Liman, et tout près de à il ÿ avait dans le temps un autre grand lac profond, rempli de roseaux et dont se souviennent encore les vieillards du pays ; à présent on voit au même endroit, où l'on pêchait le poisson, des champs blé d'une qualité et d'une quantité extraordinaire ; le lac à maintenant entièrement disparu et l'endroit s'appelle aujourd'hui le liman sec.
Les mêmes traces d'un ancien lit d'une grande rivière se trouvent aussi près du village militaire Brigadowka; cet ancien lit de la rivière actuelle de Balakleika se dirige en forme d'un vaste et profond ravin du nord au sud ; beaucoup de ravins collatéraux y aboulissent des deux côtés; ils sont tous dépourvus d'eau, excepté le ravin ou lit principal, dans lequel l'eau reste encore sous la forme d'un courant à peine visible. Non loin de cet endroit, sur le bord élevé du fleuve Khtomla, à 60 pieds au-dessus de son niveau actuel, se voit encore le roseau des marais (Phragmitis communis), et beaucoup d'autres plantes caractéristiques du terrain noir y viennent en abondance.
Or, le bord élevé de l'ancien Donetz passait autrefois par les villages de Petrowskaja, Kniaghinin-Liman et Kamyschevakha, village, qui tire son nom des roseaux abondants aux environs; maintenant le lit de la rivière passe près des villages de Haradshowka, de Spevakowka, de Zavodow, c'est-à-dire à une distance au moins de 15 verstes de Liman ou de la rive droite ancienne du Donetz. Tout cel espace se trouvait sous l'eau et il est couvert maintenant de terre végétale très-fertile en blé et en plantes de pâturage. On voit donc partout très-distinetement les traces des anciens bassins d'eau, source primitive des grands marais.
Le gouvernement de Kharkoff est principalement riche en ravins et en anciens bassins d'eau ou de lacs qui, sur des étendues de 15 à 20 verstes, couvraient aussi les gouvernements de Poltawa et de Jekaterinoslaw. La végétation était, à cause de ce terrain marécageux , plus abondante; on voyait partout des roseaux, des jones et d'autres plantes de marais, dont on ne voit plus que quelques traces à l'embouchure du Don et aux bords des fleuves de Ssoula, Psol, Khorola, Tasmine et de tant d'autres.
Nous voyons la même configuration du sol en Podolie et en Volhynie, partout de larges et profonds ravins, comme anciens lits de rivières, et des ravins collatéraux, par lesquels l'eau des grands marais et de leurs lacs primitifs s'écoulait successivement vers un
niveau plus bas. Dans mon Esquisse de la Volhynie et de la Podolie j'ai souvent fait mention de ces ravins, comme p. €. aux environs de la ville de Wischnewetz, où il y à un ravin très-profond de Koutesenetzk, dont le fond est occupé par le terrain crélacé, couvert par un terrain siliceux d'eau douce à Limnées et à PTanorbes; cest le plus ancien dépôt des lacs d'eau douce du midi de la Russie ; il a souvent l'épaisseur de 4 à 5 pieds et occupe ordinairement en couches horizontales et interrompues le terrain noir, qui à dû avoir la même origine que le calcaire siliceux d'eau douce.
Plus vers le nord s'élève à l'occident de ces provinces la haute plaine d'Avratyne en formant un petit haut-plateau marécageux , qui par sa situation très-haute à pu se dessécher, en laissant échapper ses eaux par de larges ravins qui descendent sur ses flancs.
C'est par conséquent la Russie méridionale qui nous fournit cet exemple d'un vaste pays couvert d'abord par l'eau de mer et qui, pendant que les couches tertiaires se déposaient, se souleva successivement au-dessus du niveau de la mer et qui ensuite , après s'être constitué en continent , était couvert de nombreux lacs d'eau douce, dont l'eau s’écoula à plusieurs reprises pour laisser en beaucoup d'endroits un terrain couvert de marais impénétrables formés entre les rivières loin du bord de la mer tertiaire. Le fond des marais forma avec le temps le terrain noir, produit des végétaux et des animaux lacustres qui continuaient sans cesse à se décomposer dans l'eau marécageuse. La grande étendue occupée par la terre végétale nous montre que cette terre ne peut-être considéré comme une formation locale, mais bien comme un dépôt général des anciens marais. Après l'écoulement des lacs dans un temps plus moderne le niveau des grandes rivières commença à s'abaisser et cest la raison que du temps d'Herovorte les écluses (en russe poroghi) du Dnieper n'étaient pas encore connues, car elles n'existaient pas encore ; l'eau de la mer Noire à pu même entrer alors jusqu'au Boug (le Hypanis), où la source d'Exampaios avait une eau amère, parceque la mer devait avoir un niveau plus haut que maintenant.
Nous n'avons pas besoin de recourir à une autre explication de l'origine du terrain noir, mais la description complète de l'objet que nous traitons ici, nous oblige à en parler encore plus en détail.
Ayant découvert le premier les carapaces siliceuses des Di atomées fossiles dans le terrain noir, j'ai de suite conçu l'idée que ce lerrain doit avoir une origine lacustre et je me suis de suite adressé
à mon ami EurengerG * à Berlin, avec la prière de soumettre ces restes organiques à un examen microscopique détaillé. Le terrain noir, dont ce savant fit l'objet de ses recherches , était de la même localité que celui que j'avais examiné moi-même ; il provenait du gouvernement de Kharkofr.
Mr. EurenserG y trouva les espèces suivantes de Polygastric: qui habitent ordinairement les eaux douces stagnantes :
Arcella ecornis et globulus, Coscinosphaera sp. Eunotia amphioxys, Pinnularia borealis, Synedra entomon.
En outre Mr. EnrenserG a décrit beaucoup d'espèces de P h ytolitharia ou des fragments siliceux de différentes plantes aquatiques, probablement des Graminées et des Eponges lacustres et entre autres :
Amphidiscus truncatus, Lithodontium furcatum et rostratum, Lithosphaeridium irregulare, Lithostylidium angulatum, biconcavum, clavalum, clepsammidium, crenulatum, denticulatum, amphiodon, laeve, rude, securis, serra, serpentinum, trabecula et ventricosum, enfin les Spongolithis acicularis, caput serpentis, clavus et fustis.
Tous ces corps provenant de plantes aquatiques d'eau douce, nous prouvent l'existence de grands lacs desséchés aux localités occupées d'abord par des marais et à présent par le terrain noir.
Mr. Eurensere , à la suite ces recherches microscopiques, suppose que le terrain noir a dù se former dans des forêts marécageuses de la Russie méridionale; en effet 1l n'est pas rare ,- de voir comme p. e. au gouvernement de Pollava, R, où il y avait auparavant une forêt humide marécageuse, se formé avec le temps parmi les racines d'arbres décomposées un excellent terrain noir, principalement dans des dépressions, sur lesquelles l'eau reste toujours ramassée ; les mollusques d'eau douce y manquent et ce ne sont que les Diatomées qui y prospèrent en grand quantité.
Je crois pourtant que ce n était pas une grande forêt, mais une végélation composée d'arbrisseaux et de plantes marécageuses et lacustres qui, en se décomposant, formaient le terrain noir, comme p. e. le M Y-
LA
Voy. Monatsbericht der künigl, Akad, der Wissensch, zu Berlin. 22. Juli 1850, p. 268.
rica gale, le Betula nana, le Crataegus oxyacantha, le Phragmites communis qui croit encore maintenant en trèserande quantité et en touffes très-hautes le long des bords du Dniester, du Khorol, du Psol, de tous les lacs et dans les dépressions marécageuses des gouvernements de Kiew et de Pollava, comme dans le midi de la Russie ; ajoutons-y encore les plantes des hauts et des bas marais, dont nous allons parler, et nous avons les espèces des végétaux qui, avec les éponges des marais (Spongilla lacustris) forment le terrain noir de la Russie.
C'est aussi par celle raison que nous trouvons tant de tiges de jones et de roseaux dans ces marais et tant de Spongolithes et Phytolitaires en général dans le terrain noir.
La limite septentrionale de cette couche superficielle du sol de la Russie, remarquable par sa fertilité et par sa couleur noire uniforme, se fait voir à Kiew et à Tschernigoff, un peu au sud de la ville de Lickwine, c’est à-peu-près sous le 54° de latitude boréale qu'il commence à se montrer et, en se dirigeant vers l'Orient, il s'élève jusqu'au 57° et se prolonge le long de la rive gauche du Volga, un peu plus vers l'ouest de la ville de Tscheboktschar ‘entre Nischny- Novogorod et Cazan, où il ÿ a dans les environs de la ville les trois orands lacs d'eau stagnante de Caban et beaucoup de ravins profonds. Le terrain noir est très-développé aux bords de la Kama et aux environs de la ville d'Oufa; le gouvernement de Simbirsk est partout couvert de ce terrain; mais il ne s'approche ni de la mer Caspienne, ni de la mer Noire et ne se voit pas dans les contrées boïsées du midi de la Russie; il remplit quelquefois les ravins et le bas fond des fleuves, souvent aussi les hautes plaines, comme le bord droit du Volga, où il se trouve jusqu'à une hauteur de 400 pieds audessus des ravins.
Nulle part le terrain noir ne couvre une large plaine continue ; il est plutôt dispersé en lambeaux non réunis, mais séparés par des marais ou des forêts voisines, c'est ce qui prouve principalement son origine lacustre par le desséchement local des grands marais ou lacs boisés. I n'est pas rare de voir l'épaisseur de cette couche s'élèver à plusieurs pieds, même à 15, 20 pieds, selon la profondeur des lacs marécageux dans lesquels elle s'est déposée; c'est par celte raison qu'HeroporE à appellé ce terrain fertile le terrain à fond profond" (Baôvyewg), sol, qui commençait alors à se diviser
“ Hgnoport histor. lib, IV, cap. 23.
par des ravins larges et profonds, dans lesquels existait une végélation très-riche ; en opposition avec la sol pierreux et sec (yn Adwdne xai ronyérn), Où la végélalion était très-chétive et presque nulle, Le terrain plat ou la steppe (Heropore l'apelle # neduag), dépourvu de forêts ef de toute élévation, était limité par le terrain à fond profond, qui était cultivé alors par les Seythes royaux ou leurs descendants.
Nous ne pouvons pas d'après ces recherches admettre avec Mr. Muncmson , que ce terrain noir qu'il a lui-même observé dans la Russie méridionale, provient de la destruction d'une argile noire jurassique sous le niveau de la mer, Il faudrait supposer dans ce cas-là que le terrain jurassique était répandu alors par toute la Russie méridionale et que sa couche superficielle était exposée à un courant d'eau de mer pendant un temps très-long, Ce courant aurait été, d'après Mr. Murcuison, contemporain du transport des blocs erratiques du nord et aurait entrainé l'argile jurassique, dissoute dans la mer.
C'est une opinion très-difficile à soutenir car le terrain noir ne contient nulle part ces coquilles ou les coraux de mer, qui se renconrent partout dems l'argile jurassique et qui auraient dû laisser au moins quelques traces dans le terrain noir, si celui-ci s'était formé par la destruction de cette argile. Les produits marins devraient s y trouver avec d'autant plus de raison que ce dépôt se serait formé dans la mer-même qui nourrit toujours une plus où moins grande quantité de coraux où de mollusques à coquilles. I est également difficile à prouver que l'argile jurassique a existé partout où il y a du terrain noir. Comment supposer, en effet, ou prouver l'existence d'un terrain là, où l'on n'en trouve plus de traces.
Le terrain noir se trouve, au contraire, souvent superposé au terrain crélacé , même au terrain tertiaire, où il se forme encore à présent aux environs de Nyby et en d'autres endroits de l'Esthonie, ce qui est une preuve évidente que ce nest pas l'argile jurassique mais bien le terreau des marais desséchés qui le forme,
Par la même raison le terrain noir ne peut pas se former, comme le suppose Mr, Semmor *, Professeur de chimie à l'Université de Jéna, par la destruction du chiste argileux de l'ancienne période géologique. Mr, Scnmibr suppose à tort que la grauwacke et son schiste argileux se trouvent partout dans la Russie méridionale. La
“ Bullet, scientif, de l’Acad, des Se, de St, Pétersb, p. 163, T, VIT, No. 11— 12,
Grauwacke ne se rencontre qu'aux bords du Dniester, 1à, où il n'existe pas de terrain noir, et il manque entièrement, ainsi que le schiste argileux, ans les gouvernements de Poltava et de Kharko®, où les lerrain crétacé el tertiaire sont le plus développés et où il n'existe pas de terrain ancien.
L'analyse chimique du terrain noir, faite par Mr, Soumbr, n'explique pas la cause de sa grande fertilité, qui repose évidemment sur la présence des sels et des alcalis, Cette analyse a donné pour le terrain du gouvernement d'Orel: silicates 94,06 5 alumine 2,39, oxyde de ler 2,33, oxyde de manganèse 0,04, carbonate de chaux 0,88, carbonate de magnésie 0,48, kali 0,27, natron 0,11, Le ter rain noir ne renferme ni acide phosphorique nt acide sulphurique, les alcalis ne sy trouvent qu'en trôés-pelite quantité, de manière qu'il ne saurait fournir ces éléments aux plantes, Cette analyse ne nous donne done aucune explication de la fertilité du terrain noir,
Mr, Heénmann, chimiste à Moscou, a été le premier à soumettre celle terre au microscope ; 11 décrit quelques débris siliceux très petits d'une grandeur de 0,047, parmi lesquels ia réussi, à ce qu'il croit, à découvrir quelques flocons humiques et des Phytolitaires en fragments d'un diamètre de 0,007 il a fait Ta même observation que Mr, Senmipr, que les éléments siliceux prédominent dans le terrain noir,
En allendant que Mr, Henmann par ses parties constituantes humiques cherche à expliquer, la fertilité de ce terrain, ilest égales ment curieux de voir les parties minérales siliceuses prévaloir dans son analyse, parce que la nutrition des plantes dépend aussi de ces éléments, comme cel se prouve par les mêmes alcalis, qui abondent constamment dans les mêmes espèces de plantes.
Enfin Mr, Pirzuocvr *, Professeur d'agriculture à FÜniversité de Dorpat, a admis comme origine du terrain noir, une argile de met qui se scrait développée dans les Temps modernes au fur et à mesure que la mer Caspienne et la mer Noire reculérent jusqu'à leurs limites actuelles ; il présume que cette argile à été Le résultat de In décomposition du grès crélacé et du grès tertiaire qui formaient alors le fond de la mer, tandisque les animaux, vivant alors, oût dû foûrnif les éléments humiques du terrain noir, Mais en tons cas los &maux n'en pouvaient pas disparaitre jusqu'aux dernières traces el
M Bull, scientif, de l'Acad, des Se, L oc,
‘tr: n t d'Éichwald, Lothaen rossica, H, 9
nn
quelques débris de coquilles ou de coraux au moins ÿ auraient dû laisser quelques débris.
Mr. Perzaoupr fait en effet aussi mention de quelques Foraminifères, entièrement changés en silice, à ce qu'il dit; il a cru voir des Nummulites et des Textulaires dans le terrain noir du district de Kirssanowsk du gouvernement de Tamboff, où le terrain crétacé est très-développé et aurait pu fournir par sa destruction, la masse principale de ce terrain. Mais jusquà présent personne n’a parlé des Foraminifères , comme fossiles du terrain crétacé du gouvernement de Tamboff, et même les fossiles pris pour tels par Mr. PErz- HozoT ne sont, d'après les quelques échantillons que je dois à la bonté de ce savant, que de petits fragments d'un Lithostrotion fossile caractéristique du calcaire carbonifère ; ils sont tombés probablement par hasard, dans le terrain noir qui recouvre peut-être là un terrain carbonifère. Mr. PErzHozpr nous communique que quelqges blocs calcaires qui se rencontrent dans le terrain noir, se composent entièrement de ces Coraux. On pourrait donc supposer que ces blocs proviennent du terrain sousjacent.
Il ne reste donc que d'admettre l'origine la plus moderne pour ce terrain, comme produit des marais à la suite de l'écoulement et du desséchement des grands lacs d'eau douce, d'autant plus que nous voyons encore maintenant se former de cette manière un terrain très-fertile semblable au terrain noir, près de Nyby, au nord-ouest de l'Esthonie *.
Partout dans les environs de Nyby il y a de grands marais, nourris par un lac situé un peu plus haut. Leur limite, du côté du S-E., est une petite colline marneuse (Argaste meggi en esthonien), dont l'argile calcaire d'un blanc jaune est irès-dure et contient beaucoup de fragments roulés de granit et de calcaire de la Grauwacke. Les fragments calcaires contiennent souvent le Cyclocrinites Spaskii, le Sarcinula organon, le Calamopora gothlandica et d'autres fossiles. du terrain de la Grauwacke; ils sont souvent polis et sillonnés, et leur diamètre atteint jusqu'à une toise. La décomposition du calcaire forme une argile qui fait effervescence avec les acides.
Tout ce terrain à blocs granitiques et calcaires roulés repose
Voyez mon mémoire: dritter Nachtrag zur Infusorienkunde Russlands avec une carte. Moscou 1852,
sur une argile bleu foncé qui se rencontre partout aux environs de Suttlep, de Nyby, de Lickholm, de Birkas sur l'île de Nuck, et qui constitue un terrain très-fertile.
Le côté nord-ouest des grands marais de Nyby est limité par une argile semblable assez dure qui couvre l'argile bleue; elle est très-fragile à l'état sec et contient des paillettes de mica et des grains quartzeux.
L'argile est couverte par une couche sablonneuse dont les grains sont quelquefois collés de manière à former un grès compacte; ce sable contient aussi des fragments d'un calcaire dur à Cyclocrinites qui renferme souvent des crystaux de spath calcaire.
Le sable de son côté est couvert d'un gazon qui devient de plus en plus compacte. -
L'argile bleue qui sert de base à toutes ces couches est trèscompacte et prend, quand elle est desséchée une teinte plus claire et presque grise, elle happe peu à la langue et renferme peu de grains quartzeux ; les paillettes de mica lui manquent entièrement et les couches les plus hautes contiennent quelques racines de roseaux ou d'autres plantes aquatiques ; elle forme partout aussi le fond de la Baltique , dont les golfes tranquilles sont couverts d'une couche très-épaisse de vase (en russe grias de mer).
L'argile qui la couvre immédiatement, est plus quartzeuse ; elle contient plus de racines de graminées ou de roseaux, surtout les longues feuilles étroites du Zostera marina, et son odeur est très-particulière ; elle n'est pas exclusivement argileuse et contient beaucoup de plantes décomposées; on y distingue des racines trèsfines provenant probablement de différentes espèces de Pota mogeton. On pourrait prendre cette argile pour de la vase ou de la boue marine de Hapsal, si salutaire dans différentes maladies ; elle est d'un gris foncé et se change à l'air en poudre très-fine, comme le terrain noir du midi de la Russie qui paraît avoir la même origine.
Sur ce terrain argileux de Nyby repose un autre terrain noir tourbeux qui passe vers le haut en une tourbe véritable qui ne se compose que de racines de graminées et de mousses de différentes espèces. La tourbe est couverte d'une vase aqueuse qui passe plus haut en eau pure d'un brun foncé, en formant de la sorte une nappe d'eau particulière sur la tourbe; une couche d'un gazon tourbeux nage sur cette eau et forme le marais vert (en allemand Grünlandsmoor) de l'Esthonie, dans lequel il y a de petites
élévations arrondies marécageuses qui composent le haut marais (en allemand Hochlandsmoor).
Quand un marais commence s'établir, il se forme d’ aborde à la surface du sol humide et au-dessus de la nappe d'eau un gazon tourbeux dans lequel on voit paraître bientôt des plantes aquatiques , surtout le Menyanthes trifoliata, ensuite des Carices, p. e. les Carex paradoxa, Davalliana, pauciflora et beaucoup d'autres, l'Eriophorum alpinum et gracile, les Drosera rotundifolia et longifolia, les Pedicularis palustris et sceptrum Carolinum, les Vaccinium Vitis idaea et Myrtillus, et parmi ces plantes se voient le Schoenus ferrugineus, leJuncus communis, les Scirpus compressus et rufus et beaucoup d'autres genres.
À la suite il se montre dans ce gazon spongieux élastique, des élévations arrondies, disséminées dans le marais vert et s’élevant quelquefois à 2 où 3 pieds ; ces monticules sont couverts de B etula nana, de Myrica gale, de Ledum palustre, de Rubus chamaemorus, d'Andromeda polifolia et calyculata, dEmpetrum nigrum, dOxycoccus palustris et surtout dHypnum aquatiques de Sphagnum et de Polyirichum:
La couche supérieure de ces hauts marais devient de plus en plus sèche et forme une croute dHypnum, de Sphaignesetde Polytrics, sur laquelle la tourbe elle-même se développe bientôt jusqu'à une épaisseur de 6 pieds. Il est facile de reconnaitre dans cette tourbe la mousse encore fraiche immédiatement au-dessous de la surface, mais plus on descend au fond du marais, plus on trouve la mousse décomposée et d'un brun foncé. La tourbe devient de plus en plus compacte par le mélange des plantes mentionnées, dont les couches annuelles ont servi successivement de substratum aux végétations nouvelles. Les marais finissent par devenir plus hauts que le sol sec environnant, les plantes entièrement décomposées au fond forment enfin la tourbe, dans laquelle on ne reconnait que les racines et les tiges de quelques plantes plus ténaces que les autres.
Il n'est pas rare de voir dans cette tourbe ou au-dessous une autre couche tourbeuse renfermant des racines d'arbres, principalement d'Abies excelsa, de Pinus sylvestris et quelquefois aussi de chènes et dormes qui se décomposent le plus
difficilement; on y a trouvé même des aiguilles à tricoter et un bas commencé et nommément dans le marais d'Ekmès, ce qui prouve qu'il y avait là autrefois une ancienne forêt habitée et qui a été envahie par un marais.
Ces marais proviennent à l'ordinaire de lacs d'eau douce, dans lesquels vivent les mêmes D'iatomées qui se trouvent aussi dans la couche marécageuse au-dessous de la tourbe. Les lacs sont trèsnombreux dans ce pays marécageux de l'Esthonie et naissent pour la plupart à la suite des pluies et des neiges d'hiver très-abondantes dans ces régions.
Les mêmes marais ainsi que des forêts souterraines envahies, comme en Esthonie , par les marais, se retrouvent aussi en Livonie et en Courlande, le long du bord de la Baltique.
Le marais de Beibès en Courlande est un des plus grands de ces marais; ses limites sont d'un côté Mischof et Neusorgen, de l'autre Charlottenhof et Neuhof; on y voit de très-grands marais, des prairies et des forêts humides qui recouvrent partout un terrain d'ancienne culture, dans lequel se rencontrent des troncs de chênes et de pins d'un diamêtre de 3 à 4 pieds. Les troncs y sont entassés les uns sur les autres et comprennent plusieurs générations. Ce n'est pas seulement par l'affaissement du sol, mais aussi par suite de la destruction des forêts par l'homme que le terrain s’est changé successivement en marais. Le bas fond de ces forêts souterraines se compose d'un sable de mer très-fin, ancienne alluvion du pays ; plus bas on rencontre une argile en couches alternantes avec un grès grossier et enfin on arrive sur un calcaire argileux appartenant au vieux grès rouge. Les environs de Mitau offrent à-peu-près les mêmes couches et les mêmes phénomènes.
Les marais de la Russie méridionale sont également accompagnés de lacs d’eau douce et même d'eau salée, preuve qu'ils tirent leur origine de ces lacs et de la mer Noire qui s’est de plus en plus retirée vers le midi. Il y a plusieurs lacs d'eau salée dans la Russie méridionale, p. e. près de Slavänsk entre Isioume et Bakhmoute ; l'eau de ce lac contient les mêmes espèces de Diatomées, que la Baltique et principalement lAchnantes salina et l'A subsessilis, l'Amphora aponina et l'A. coffeaeformis, le Gallionella varians, le Fragilaria capucina, un Arcella et quelques autres espèces, ainsi que des Conferves.
On peut par conséquent supposer que ces lacs d’eau salée sont
les anciens restes de la mer d'Azoff ou de la mer Noire, car il y a aussi des lacs d’eau salée semblables dans l'Esthonie du nord-ouest qui indiquent les anciennes limites de la Baltique.
Nous voyons ainsi partout en Russie les suites du desséchement des grands marais et des lacs d'eau douce ou d'eau salée; cependant il y a toujours encore beaucoup de lacs et de marais au nord de la Russie; mais ils manquent plutôt au sud. Ils se rencontrent sur une grande échelle dans le district de Pinsk du gouvernement de Minsk et dans celui de Valdaï du gouvernement de Novogorod. Les coquilles propres dans ces marais ou lacs, sont les genres Limnaeus, Paludina, Planorbis, Arodon, dont les tests se détruisent facilement et ne laissent aucune trâce de leur présence dans les dépôts d'alluvion de ces lacs.
Il est difficile d'attendre un desséchement naturel complet de ces marais, encore moins un desséchement artificiel par l'homme, comme nous le voyons sur le chemin de fer de St. Petersbourg à Moscou , où tous les travaux et les frais pour faire disparaître ces marais non produit, jusqu à présent, aucun résultat satisfaisant.
Le sol ny est soumis à aucun exhaussement lent et successif, ce qui est fort défavorable au desséchement des marais. C'était probablement le cas contraire dans la Russie méridionale, où tout le sol est sorti du fond de la mer pendant les siècles antéhistoriques. La cause de ce rehaussement provenait probablement de légers tremblements de terre, qui se répétaient souvent, même dans notre époque, et qui produisirent le soulèvement successif de ces vastes contrées. Ces
tremblements de terre suivent ordinairement la direction des bords du Dniester, en passant de la Moldavie par la Bessarabie à Kamenetz-Podolsk, et de là recevant une direction orientale, passent à Kremenetz, Krementschouk, et finissent à la presquile de Crimée.
Un tel tremblement de terre se fit sentir en 1836, et pendant les 15 années précédentes on avait observé à Kamenctz-Podolsk plus de 20 tremblements assez remarquables, dont l'un des plus forts * ou plutôt des plus étendus s'étendit sur toute la Russie méridionale, c'est-à-dire sur un espace de 600 à 700 verstes carrées, en passant de la ville d'Odessa et de Nicolaiew par Tyrospol au bord du Dniester à Toultschine, à Winnitza, à Shitomir et finit à Kremenetz, limite septentrionale ordinaire des tremblements de terre.
Naturh. Skizze I, c. p+ 108.
Il est bien probable que ces tremblements de terre dans le terrain granitique et porphyrique du midi de la Russie ont occasionné le soulèvement successif du terrain et la disposition des grands lacs primitifs et des marais de la Russie méridionale, d'autant plus qu'ils y existaient encore pendant les temps historiques sur une vaste étendue. Car HeropoTE décrit non seulement de grands marais, mais aussi de grands lacs d'eau douce et des forêts, là où il n'y a maintenant qu'une steppe aride ou de vastes plaines couvertes du terrain noir, produit du desséchement des lacs d'eau douce après la destruction des forêts voisines.
Encore maintenant nous voyons au midi du gouvernement de Minsk les restes de cette dépression marécageuse, par laquelle la rivière de Pripät coule avec tous ses affluents; le niveau de ceite dépression est si bas qu'il se couvre au printemps après la fonte des neiges entièrement de l'eau des rivières qui débordent de tous côtés et même sur la route de poste. Cette dépression près de Béline et à la frontière du gouvernement de Minsk aux environs de Pinsk et des villes de Kobryne et de Proschani ne s'élève qu'à 480 pieds audessus du niveau de la Baltique ; elle fait au sud la limite de la haute plaine d'Avratyne, qui se prolonge de Tarnopole sur la frontière d'Autriche vers l’orient aux villes de Proskourow, de Staro-Konstantinow, de Makhnowka, et de-là au Dniester, de sorte que toute cette région se divise en deux bassins fluviatiles. De la pente méridionale de la haute plaine coule la rivière du Boug avec ses fleuves collatéraux ; il y arrive aussi quelques affluents du Dniester. De l'autre pente septentrionale viennent les affluents des rivières de Pripät, la Tetereva , l'Ouscha , le Sloutsch, l'Horyne, le Styr, le Stochod et beaucoup d'autres, dont le nombre est si grand que toute la région située sur la pente septentrionale du haut-plateau d'Avratyne ne forme que des marais impénétrables.
Il existe aussi beaucoup plus vers le nord une autre haute plaine mais beaucoup plus petite que celle d'Avratyne; c'est la plaine d'Oschmäna qui s'élève près de Topyschki à 1030 pieds au-dessus du niveau de la Baltique. Oschmäna est situé à 50 verstes au midi de Vilna et cependant le blé y mürit 3 ou 4 semaines plus tard qu'à Vilna, parceque la localité est beaucoup plus haute.
Nous voyons beaucoup de fleuves y prendre leurs sources, la Berezine, le grand Niemen, à l'ouest de Grodno, et d'autres fleuves collatéraux du Pripät, l'Oressa, le Sloutsch, le Lan, la Zna, la Sschtschara, la Jatziolda et tant d'autres.
La dépression marécageuse de Pinsk est limitée à l'occident par la rivière du Boug qui coule du sud-est au nord-ouest et qui est séparée par-une petite plaine élevée, sur la frontière de Pologne, de la sources du Pripät et du Pina. Ces deux rivières ont une toute autre direction; elles vont de l'occident à l'orient.
La limite de la dépression à l’orient est tout-à-fait ouverte, car la rivière de Pripät et beaucoup de rivières collatérales y passent à l'est et délivrent Ja dépression marécageuse de sa grande masse d'eau.
C'est l'aspect actuel de la dépression ; sur toute son extension se trouvent des forêts de Conifères et des plantes aquatiques. I ny a pas de doute que du temps d'Heropore, toute la région au midi de la Russie n'offrait pas encore ces grands lacs et ces marais impénétrables, comme cela se voit par sa description de la Scythie qui se distinguait alors par la quantité de grandes rivières, qui avaient presque toutes, selon cet auteur, leurs sources dans les lacs. HerODoTE fait sortir de ces lacs le Tyras ou Dniester, le Bough ou Hypanis, le Hypacyris, le Panticapes, le Dnieper ou Borysthenes, le Don ou Tanaïs ; mais on ne voit plus de lacs aux sources de ces fleuves, parce que l'eau des lacs à dû disparaître par le soulèvement successif du terrain. Il décrit dans le pays des Boudines, tribu slave qui habitait alors au nord de la source du Dniester, une très-grande dépression marécageuse aux confins du Pripät, où Darius, Roi de Perse, pendant son expédition contre les Seythes , depuis le Danube, ou nordest, a dù passer quatre fleuves, qu'HErOpOTE à nommés le Lycus, l'Oarus, le Tanaïs et le Syrgis et qu'il fit tomber dans le lac Maeotis. Ces fleuves correspondent peut-être aux rivières de Sloutsch, de Horyne, de Lan et de Styr, et le lac lui-même, nommé sans doute par erreur, chez HEropotTE lac Maeotis, a dù former un grand bassin d'eau, qui existait alors encore dans la dépression de Pinsk et qui dès-lors a diminué de plus en plus de grandeur. HERODOTE ne fit probablement que comparer ce lac avec le lac d'Azoff (le Maeotis selon lui) et les copistes de ses livres historiques qui connaissaient mieux le Maeotide que le lac de Pinsk, nommèrent celui-ci le lac Maeotis.
Les Boudines ou Vendes * habitaient alors cette dépression
Ex
Voyez mon ouvrage: Alte Geographie des südlichen Russlands. Berlin 1838, p. 316. |
marécageuse, au milieu de laquelle se trouvait un grand lac rempli de castors et de Loutres qui ne se trouvent pas au lac d’Azoff, autour duquel n'habitaient pas non plus les Vendes, puisqu'ils ne vivaient pas au-delà de la haute plaine d'Avratyne, pourvue de forêts et très-fertile, leur patrie primitive.
C'est aussi ici que se trouve le commencement de la région boisée (en polonais Polesïe) près des villages de Baranowka et de Kamionka, non loin de la source du Slotsch, où l'on voit la dépression marécageuse couverte de forêts de Conifères et interrompue par quelques collines granitiques qui ne s'élèvent pas haut.
La quantité des rivières de la pente méridionale du haut plateau d'Avratyne, à la source du Boug, n'est pas moins remarquable ; tous les confluents de la rive droite de cette rivière proviennent de la dépression et formaient d'abord des lacs assez considérables, le Votko, le Votetschko, le Sharkowo , le Soulnitza, le Dokna, le Berschadka, le Sawranka, le Kodema et beaucoup d'autres de sorte que le Boug élargit rapidement son courant.
Plus loin à l'orient il y a dans le gouvernement de Kiew, aux environs de Korssoune, une autre grande dépression marécageuse, également riche en lacs et en rivières, parmi lesquelles se distingue principalement la rivière de Ross, confluent du Dnieper au sud de Kiew. |
Les rivières Tasmine et [rdène y prennent leurs sources aux limites des districts de Tschighirinsk, de Tscherkask, de Zwenigorodkowsk et toutes les deux tombent dans le Dnieper; les gouvernements de Kiew, de Poltava et de Kherson s'approchent ici l'un de l'autre et $e distinguent par leur fertilité.
C'est Le long du courant du Pripät jusqu'à son embouchure dans le Dnieper, au nord de Kiew, et le long du Dnieper aux bords des rivières de Ross, de Tasmine et d'Irdine qu'existait dans l'antiquité le grand lac ci-dessus mentionné, dont HeroDoTE nous a laissé la description et qui à été habité par les Boudines.
Les lacs, en se desséchant dans les endroits bas des gouvernements de Kiew, de Tschernigow et de Poltava, déposaient le terrain noir qui s y trouve en grande abondance et encore plus loin, au gouvernement de Kherson, le long des rivages bas des rivières du Don et du Donetz, où il y avait sans doute de semblables lacs d'eau douce.
Dans la description des rivières du midi de la Russie H£RoDoOTE
fait mention de la rivière Ponticapes, laquelle descendait du nord et arrosait tout le pays des Scythes agricoles jusqu'au Dnieper (le Borysthène selon Heropore) ; le Ponticapes , après avoir passé la région boisée (Hylae a dans la description d'HeRODOTE), se joignait au Dnieper; il suivrait de-là que cette rivière était la Samara qui tombe du côté gauche dans le Dnieper, où il y a maintenant une steppe aride, mais alors il s'y trouvait un pays boisé, parce qu'il y avait autrefois plus de rivières principales et collatérales qu'aujourd'hui, comme on le voit aussi par la description détaillée d'Heronore; ces fleuves n'y ont laissé que leurs lits secs en ravins profonds.
HeropotE fait en outre mention de la rivière d'Hypocyris qui sortie d'un lac tombait près de la ville de Karkinitis dans la mer Noire ou plutôt dans le liman du Dnieper. La rivière d'Ingouletz pourrait bien être prise pour le Ponticapes et le pays boisé devrait, par conséquent, se trouver entre l'Ingouletz et le Dnieper.
Toute la description de cette région fertile du midi de la Russie, très-bien connue et parcourue par les anciens Grecs, nous fait voir que la Russie méridionale abondait jadis en rivières qui n'existent plus et qui n'ont laissé de leur existence que leurs lits sous forme de profonds ravins, qui se rencontrent surtout dans les gouvernements de Volhynie, de Podolie, de Kherson, de Khiew, de Kharkow et de Poltava. Entre ces fleuves desséchés se trouvaient autrefois des régions boisées (les Hylae ae) et des prairies très-fertiles, habitées par les Scythes agricoles. Les forêts dans lesquelles vivaient beaucoup de chevaux sauvages, des boeufs primitifs et des cerfs de dif- -férentes espèces ne se trouvaient pas seulement dans ces régions du continent méridionale de la Russie, mais encore sur les îles adjacentes, comme p.e. sur l'île près de l'embouchure du Danube ; HeropoTE et SrRABON la nomment Peucé à cause des forêts à pins qui y existaient alors en grande quantité, quoique maintenant il ny en ait pas un seul arbre, pas un seul arbrisseau, et selon les observations de Mr. pe Norpuanx * il ne se trouve sur cette île que 15 espèces de plantes, parmi lesquelles il y a le blé ordinaire (S ecale cereale L.), dernier reste de la culture des Grecs dans ce lieu. |
L'île de Leu ce située dans le temps à l'embouchure du Dniester, n y existe plus ; elle s'était jointe à la suite du soulèvement du ter-
* Bullet. scient, de l’Acad. des Sc. de St. Petersb, T. I, No. 13.
rain à la côte voisine et a disparu, comme les petites îles de Bysholm et de Harja au nord-ouest de l'Esthonie se sont réunies à la ci-devant île de Nuck et celle-ci au continent de l'Esthonie.
Tout cela nous montre le ÉRAnee changement de la surface de la Russie méridionale qui passa peu-à-peu en steppe aride de marécageuse et boisée qu'elle était, là où le bas fond était sablonneux ou calcaire ; car l'eau superficielle des neiges et de l'atmosphère humide en général, devait disparaitre de plus en plus dans la profondeur, sans pouvoir exercer aucune influence sur la fertilité des couches superficielles du terrain, de sorte qu'aucun peuple agricole n'habite cette steppe à cause du manque d'eau complet; par conséquent STRABON fait mention, quatre siècles après Heropore, d'une région qu'il nomme la steppe des Gêtes entre le Danube et le Dniester, laquelle déjà était partout aride et sans eau.
Je n'ai pourtant pas réussi à observer les Diatomées ou les Infusoires dans le terrain marécageux , il est cependant probable qu'il s'en trouvera comme en d'autres endroits de la Russie, p. e. dans le gouvernement de Moscou entre Khoroschowo et Assoukine, où sur une couche d'argile noire jurassique repose un sable à blocs arénacés roulés, d'une épaisseur de 3 pieds, et appartenant peut-être au terrain crétacé et sur celui-ci un terrain à infusoires d'une épaisseur de 4 pieds ; il est couvert d'abord par une argile de 2 pieds, ensuite par une couche de lignite terreux de 4 pieds et par une couche d'argile de 2 pieds et enfin celle-ci par une couche de sable de 5 pieds. Toutes ces couches sont couvertes d'un sable d'alluvion d'une puissance de 20 pieds et contiennent des blocs erratiques du nord. Il est bien remarquable de voir que ces blocs qui proviennent de Scandinavie et de Finlande, se trouvent au-dessus du terrain à infusoires ou à Diatomées qui habitent encore les eaux douces de la Russie. D'après cela le transport des blocs erratiques au cnuverne: ment de Moscou doit être três-moderne.
J'ai observé dans ce terrain à infusoires de Moscou les espèces suivantes :
Nucula viridula Kürz., oblonga Kürz., elliptica Kürz., viridis Enr, cuspidata Kürz., major Kürz. et cryptocephala Kürz., Amphora ovalis Kürz, Cocconema cistula Eur, Cymbella gastroides Kürz. et cuspidata Kürz., Synedra gracilis Kürz., affinis Kürz, tenuissima Kürz., capitata Kürz., biceps Kürz. et fami-
liaris Kürz., Sphenella rostellata Kürz., Melosira (Gallionella) varians Eur. et subflexilis Kürz., Cyclotella opercularis Ac. et en outre une quantité de Phytolitaires, surtout le Lithostylidium biconcavum Enr.
En d'autres endroitsle sous-sol des marais se composait d'argile ou d'un sol argileux ; les forêts, ayant été détruites par l'homme, diminuaient peu-à-peu dans les environs des lacs et des marais qui par un soulèvement successif très-lent se desséchaient eux-mêmes ou ont été desséchés par l'art des habitants , comme les marais aux environs de Nyby *; c'est ici que se forma le terrain noir, riche partout en restes de son origine marécageuse. L'eau ne pouvait disparaître de la surface parce que sous le terrain noir se trouvait immédiatement un sol argileux ; elle devait rester dans le terrain noir ou lui donner une humidité continuelle et par conséquent une fertilité extraordinaire. | |
Dans ce cas-là les environs diletzkaja Zaschtschita près d'Orenburg sont très-curieux. Le terrain noir y abonde en coquilles d'eau douce **, en Planorbis marginatus et P. spirorbis, en Limnaeus minutus var. pulla Zx6r., en Succinea amphibia, d'une variété particulière qui se distingue par le bord supérieur muni d'une élévation ou crête transversale en fil, comme le Limnaeus Weissii de Zukowce. Le terrain y contient beaucoup dePhytolitaires, semblables à ceux qui se trouvent dans le terrain noir de la Russie méridionale; il se forma, à ce quil paraît du desséchement d'un lac. Plus haut le terrain noir passe à un terrain brun marneux ou argileux d’une épaisseur de plus d'une archine et contient le Planorbis marginatus, le Limnaeus palustris, le Paludina impura et en outre beaucoup d'impressions de feuilles de Saule s ou plutôt de chênes dont j'ai donné plus haut deux figures et la description ***.
Cette couche d'argile est couverte d'une marne presque gypseuse et blanche comme de la craie, d’une épaisseur de 2 ou 3 archines , et contient les mêmes empreintes de feuilles et presque les
Voy. mon mémoire : dritter Nachtrag zur Infusorienkunde Russlands, avec une carte 1. c. p. 52.
Il y a aussi aux environs de ce un terrain re à Coquilles d’eau douce, à Paludines et à Volvates, voy. Naturhist, SKIZZE l. © D JO
FE Voy.rp. 41oret Aal!
mêmes coquilles d'eau douce. Elle est de son côté couverte d'une marne argileuse d'un brun-jaune à petites veines de gypse, qui la traversent en tous sens; la marne a l'épaisseur de 1!/, archine. Enfin elle est couverte elle-même d'un terrain d'alluvion ou d'un grès blanc à bandes rouges et jaunes et ne contient que peu de gypse ; cette dernière couche n'a pas plus de 2, 3 ou archines de grosseur.
Toutes ces couches forment d'après les observations de Mr. QuaLex- WanGENHEIM *, une colline qui repose sur le terrain salifère d'Iletzkaja Zaschtschita et qui se trouve à une distance de 3 verstes des couches de sel. La colline s'est formée, à ce qu'il paraît, par un sédiment mécanique des marais et des lacs anciens d'eau douce et peut-être aussi d'eau salée qui à la suite est devenue de l’eau douce ; les lacs se desséchaient à différentes époques pendant le dépot des alluvions. Le terrain autour de la colline s'est enfoncé successivement et les marais ont disparu.
Le terrain noir d'Iletzkaja se distingue, en ce qu'il contient des coquilles d'eau douce, de chaque autre terrain semblable du midi de la Russie, mais les coquilles sont si friables qu'elles ne manqueront pas de disparaître bientôt dans cette localité humide et marécageuse.
Les couches modernes qui couvrent les mines de sel d'Iletzkaja font présumer que celles-ci sont du même âge que les mines de sel de Koulpi près d'Erivane , qui appartiennent à la même période tertiaire, que celles de Wieliczka.
Il me reste encore à faire mention des bassins tertiaires du Caucase et des bords de la mer Caspienne, que j'avais déjà observés pendant mon voyage au Caucase en 1825 et 1826 **. C'est aux environs de Tiflis, près de Mzcheti au confluent de l'Aragwi dans la rivière du Kour, et de-là le long du Kour vers l'ouest aux environs de Gori près de Gortscharepsk, qu'est le bassin tertiaire Géo rgien qui passe plus vers l'ouest en Imérétie le long des bords de Koirila au bassin imérétien, séparé par une haute chaine de montagnes calcaires du bassin de Géorgie; le Kwirila prend sa source à la pente de l'ouest de cette chaine et tombe dans le Rion ou an-
* Voy. le Bullet. de la Société des Naturalistes de Moscou, No. IV, 1848, p. 437.
“* Voyez man ouvrage: Reise auf dem kaspischen Meere und in den Kaukasus. Stuttgart, Bd. I, p. 191, 196 und Fauna caspio-caucasica cum 40 tabulis lithogr. coloratis. Petropoli 1841.
cien Phase, confluent de la mer Noire. Le Kour, au contraire, prenant sa source dans les hautes montagnes du paschalik d'Akhalzike longe à l'est le pied de la chaine montagneuse d'Imérétie et passe près de Gori, de Mzcheti et de Tiflis, pour tomber de un cours très-long à l'est dans la mer Caspienne.
Le bassin tertiaire géorgien est plus développé que celui d'Imérétie qui repose distinctement près de Souram et de Sarapane sur un bassin crétacé à Venus fabaea, Thetis minor, à Scaphites nodosus, à Ammonites osseticus m. très-grand et à beaucoup d'autres espèces du terrain crétacé.
Les limites de ces deux bassins tertiaires, du bassin géorgien et du bassin imérétien sont aussi les limites naturelles du courant des eaux du Kour et du Rion. Celui-ci prend sa source au-delà d'Oni dans les hautes montagnes de Radscho à la frontière de l'Ossétie, et après avoir reçu le Kwirila, torrent également rapide, comme le Rion à sa source, s'élargit très-sensiblement et tombe près de Poti dans la mer Noire. Le Kour, sorti du Paschalik d'Akhalzike, passe près de la forteresse de ce nom et près d'Azchur , presque tout droit vers le sud et, s’approchant de la chaine de montagnes nommée plus haut, reprend en Cartalinie la direction de l’est et reçoit près de Mzcheti l'Aragwi, torrent très-rapide, qui descend de la haute montagne de la croix en Ossétie. C’est ici, près du village de Dsegwi aux environs de Mzscheti, que le bassin tertiaire de Géorgie prend un grand développement et devient très-riche en coquilles fossiles formant les mêmes espèces que celles du bassin volhyno-podolien et du bessarabien. Le bassin imérétien paraît être du même âge tertiaire moyen que le géorgien, quoique d'après les recherches de Mr. Dusois aux environs d'Akhalzike, Mr. de Buca y ait déterminé * une couche tertiaire ancienne (léocène); n'ayant pas visité moi-même la localité d'Akhalzike et n'ayant pas à ma disposition les coquilles de ce bassin, entouré de tous les cotés de masses volcaniques, je n'en puis pas juger et je renvoie à la description de Mr. pe Bucx. Les coquilles tertiaires y sont quelquefois enfermées dans une roche trappéenne d'un vert foncé, comme Îles coquilles tertiaires du Vicentin, du val de Noto en Sicile, et des îles Aléoutiennes, où une semblable roche pyroxénique enveloppe les coquilles fossiles.
Bull. de la Soc. de Géol, de France. 1835. T. VIT, p. 157.
Un peu plus ancien que les bassins de Géorgie et de l'Imérétie semble être le bassin arménien, dont le centre, dans la province de l'Arménie, est occupé par les mines de sel de Koulpi, qui montrent un grand développement au bord droit de l'Araxe, au nordouest de la chaine d'Ararat, tout-à-fait comme les mines de sel de Wieliczka et de Bokhnia près de Cracovie, qui se trouvent également au pied d'une grande chaine de montagnes (des Carpathes) non loin des sources de la Vistule, laquelle après le soulèvement des Carpathes, a fait écouler l'eau de mer du bassin tertiaire polonais dans la Baltique, comme l'Araxe l'a fait découler du bassin arménien, dans la Caspienne après le soulèvement de l'Ararate. Ces mines de sel se trouvent au pied de hautes montagnes, comme la molasse de la Suisse au pied des Alpes, et semblent être aussi du même âge tertiaire, comme nous pouvons du moins le conclure d'après les coquilles fossiles des mines de sel de Wieliczka ; car on y a observé quelques espèces de Cythérines parmi les Crustacées, beaucoup de Mollusques, le Pecten cristatus, le Nucula compta ou N. Polii Puz., vivant encore dans le Méditerranée, le Venus radiata, Cytherea lincta, Cerithium lima, Rissoa elongata, Trochus sp., Ringicula buccinea, Natica epiglottina, enfin beaucoup de Bryozoaires, comme plusieurs espèces de. Vincularia, Hornera,:Biloculina, Triloculinea, Quinqueloculina, Melania et mêmes des Infusoires, comme des Monade s d'un pourpre clair, par lesquels le sel semble avoir sa couleur rose. Il est probable que les mêmes animaux fossiles se retrouveront aussi dans le sel de Koulpi, avec les mêmes couches de gypse, de soufre, avec les mêmes lignites et quelques débris de Thuites et de Juglans salinarum de Wieliczka ; c'est par conséquent un terrain tertiaire moderne qui fait passage au terrain d'ambre de la Baltique.
Nous connaissons beaucoup mieux les bassins de l'Imérétie et de la Géorgie que celui de l'Arménie, et nous allons maintenant faire l'énumération des espèces caractéristiques des deux bassins pour montrer leur identité avec les bassins volhyno-podolien et bessarabien. Les coquilles y sont en général très-mal conservées, les tests ne sont presque jamais entiers, ce ne sont ordinairement que des empreintes ou des noyaux difficiles à déterminer et agglomérés en grande quantité les uns aux autres ; il s’en forme un calcaire d'un
jaune ou d'un rouge foncé rempli de petits débris de coquilles. J'ai réussi à détérminer les espèces suivantes :
Trochus podolicus; très-fréquent, principalement dans la variété figuré sur la PL IX, fig. 7 d; il est tantôt plus déprimé, tantôt plus alongé ; les tours s'accroissent plus ou moins rapidement et sont plats aux deux bords noueux, le milieu des tours entre les deux bords est strié ou à côtes transversales à peine noueuses, comme le sont aussi quelques variétés de Volhynie et de Podolie ; la base est plus aplatie et beaucoup moins bombée que dans l'espèce de Volhynie; l'ombilic est toujours couvert. La grandeur de la coquille est toujours inférieure à celle de Volhynie quelquefois elle est de moitié plus petite, n'ayant que 1 ligne de long, mais montrant tout-à-fait la même forme que la coquille de Volhynie. L’espèce est très-fréquente près du village de Dsegwi dans un calcaire tertiaire, qui contient encore beaucoup d'autres Trochus, Venus et Mactres d'une grandeur remarquable.
Trochus Cordieranus, de la même localité, très-grand, même plus grand que l'espèce de Bessarabie, ses tours sont arrondis, striés transversalement, les stries sont plus nombreuses que dans l'espèce de Bessarabie, les sutures sont plus profondes parce que le bord inférieur des tours est plus prononcé , la base est dépourvue de stries, mais très-bombée. Il y en a néanmoins quelques variétés à tours un peu plus plats et à stries moins nombreuses, qui, par conséquent, font le passage au Trochuspodolicus, surtout quand les stries deviennent plus grandes et forment des crêtes presque noueuses.
Trochus papilla, espèce très-caractéristique pour le bassin de Bessarabie , qui se retrouve de la même grandeur à Dsegwi; sa coquille est déprimée-conoïde, large d'un pouce à sa base et haute de 7 lignes ; les tours s’accroissent rapidement, ils sont un peu bombés et striés transversalement de stries fines, il y a 3 ou 4 stries très-fines entre deux stries plus grosses :; le bord inférieur du dernier tour est plus tranchant et la base est également bombée comme les tours ; l'orifice du dernier tour est très-déprimé , plus large que haut, son bord extérieur est aigu ainsi que le supérieur, l'ombilic est couvert. Il est par conséquent tout-à-fait identique avec le Tr ochus papilla de Bessarabie.
LeTrochus varius Gx., ou plutôt une espèce semblable se trouve dans le bassin de lImérétie près de Sarapane, dans un
calcaire d'un brun ou rouge foncé qui ne se compose que de restes de Cardium et de Venus; le noyeau du Trochus se rencontre très-rarement parmi de nombreuses Bucardes; il est un peu moins grand que l'espèce vivante de la mer Noire ou de la Méditerranée ; les tours sont un peu moins arrondis, leur bord inférieur est moins tranchant, les stries transversales sont moins distinctes, une strie plus fine se.trouve entre deux stries un peu plus grosses, la base est bombée à stries encore moins distinctes, l'ouverture du dernier tour est aiguë en haut, arrondie et élargie en bas, l'ombilic est assez grand.
Les Paludines du bassin géorgien sont très-fréquentes ; j'ai observé dans le calcaire de Dsegwi les Paludina protracta, nympha, exigua et zonata, cest-à-dire des espèces caracléristiques pour le bassin de Volhynie et de Bessarabie. Les P a ludina protracta et nympha nont été trouvés jusquà présent qu'en Volhynie, le Paludina exigua vient d'un calcaire moëllon littoral du Daghestan et des environs de Bakou, et le Paludina zonata se rencontre en Volhynie et en Bessarabie, où il est marqué de deux bandes transversales d'un jaune-orange, qui manquent à l'espèce entièrement calcinée du Caucase quoique la forme générale soit absolument la même. |
Le Rissoa elongata se trouve à Dsegwi tout-à-fait comme en Volhynie et en Podolie, mais un peu plus grand.
Le Tornatella conspicua paraît se trouver aussi dans le Caucase à Dsegwi, comme-en Volhynie à Zukowce , je dois dire cependant que je n'ai pas observé l'ouverture de la coquille si caractéristique par ses dents au bord columellaire.
Buccinum dissitum, espèce très-caractéristique du bassin de Volhynie et de Bessarabie ; il se rencontre à Dsegwi un peu plus petit qu'à l'ordinaire, et pourvu de grands noeuds formant une rangée simple transversale au bord supérieur des tours , te dernier des tours est très-bombé à ouverture très-grande ; l'espèce de Dsegwi se distingue par beaucoup de variétés.
Le Mactra podolica se trouve à Dsegwi avec la même forme et la même grandeur, comme en Volhynie et en Bessarabie.
Le Mactra ponderosa s'y rencontre un peu plus rarement.
Les Venus incrassata, dissita, tricuspis et obliqua sont quatre espèces assez fréquentes à Dsegwi: les trois premières se trouvent aussi dans le bassin volhyno-podolien et
d’Eichwald, Lethaea rossica. 1. 3 Gi
la quatrième est particulière au bassin géorgien; elle est la plus petite et la plus rare, large de 7!/, lignes et longue de 5 lignes ; elle est un peu rétrécie, arrondie en avant et élargie en arrière ; ses crochets assez prononcés sont très-rapprochés du bord antérieur, une crête grosse el arrondie commence aux crochets et passe obliquement jusqu'aux bords postérieur et inférieur de la coquille ; tous les bords sont très-tranchants et entièrement fermés ; les trois dents sont très-marquées, lécusson est long et large et les crochets sont très-peu saillants. Le test très-mince est rarement conservé, il est lisse ou marqué de stries d'accroissement très-fines et concentriques.
Le Cardium plicatum du bassin volhyno-podolien est trèscommun dans le calcaire coquillier tertiaire des environs de Sarapane, en Imérétie, il y forme des couches horizontales d'un rouge ou d'un brun foncé avec des empreintes de Tellina(Donax)reflexa de Venus incrassata, de petits tubes d'une Serpule et le test d'une très-petite Patelle ou de l'Ancylus marginatus du bassin de Volhynie.
Le Cardium trigonoides parait se trouver en petits individus dans le même calcaire brun rouge de lImérétie.
Le Cardium obsoletum est plus fréquent dans le calcaire jaune des environs de Dsegwi près de Mzcheti, de la même grandeur et de la même forme que l'espèce de Volhynie et de Bessarabie ; ses pelites côtes rayonnantes et écailleuses sont rapprochées les unes des autres et les écailles qui sont très-fines se recouvrent les unes les autres.
Le Tellina reflexa est caractéristique pour le bassin de Volhynie et de Podolie ; il se trouve en petits fragments, reconnaissables par l'enfoncement oblique au bord postérieur de la coquille plate et très-mince ; près de Mzcheti à Dsegwi et près de Sarapane en Imérélie.
Le Donax dentiger du bassin volhyno-podolien se rencontre aussi à Dsegwi ; ik est caractérisé par le bord inférieur crénelé à l'intérieur des valves.
Le Crassatella concinna du bassin volhyno-podolien parait se retrouver aux environs de Dsegwi, mais en empreintes peu caractéristiques.
Le Corbula dilatata du bassin volhyno-podolien nest pas rare dans le bassin de Géorgie près de Dsegwi, les deux
valves se trouvent toujours isolées et un peu plus petites qu'à l'ordinaire.
Le Corbula ibera du calcaire tertiaire de Dsegwi est une espèce particulière plus grande et plus bombée que la précédente ; elle a le crochet de la grande valve très-prononcé, la valve également large des deux côtés arrondis est striée grossièrement , les stries sont transversales: les bords de la valve sont obtus et arrondis.
Le Nucula compta Gorpr., fossile du terrain tertiaire de la Sicile et vivant dans la Méditerranée , semble s'y trouver aussi mais seulement sous la forme d'empreintes de la surface extérieur de la coquille, difficiles à déterminer ; Mr. Panerr l'a nommée Nucula Poli et cest à cette espèce que les empreintes ressemblent le plus.
Outre ces trois bassins méditerranéens du Caucase, le bassin de la Géorgie, de lImérétie et de l'Arménie, il y a encore un bassin litoral le long des bords de la mer Caspienne, qui en diffère essenliellement par d'autres espèces de coquilles, qui ressemblent beaucoup plus aux espèces du calcaire littoral du bord nord de la mer Noire.
Le bassin littoral du Caucase se trouve fortement développé aux bords occidental et oriental de la mer Caspienne; toutes les collines aux environs de Tarkhi sont formées par les couches les plus anciennes du bassin et se prolongent de-là avec la même hauteur le long du bord occidental de la mer près de Derbend , où les roches calcaires se composent de grains très-fins de quartz et de très-petits débris de coquilles à peine raconnaissables comme telles, à lexception de quelques fragments qui paraissent appartenir au genre Cardium. Ce même calcaire poreux ou celluleux se trouve aussi aux environs de Bakou, sur la presqu'ile d'Apscheron et plus loin, vers le sud, au bord de la mer sur la route de Sallian.
Le calcaire assez compacte de Tarkhi contient de nombreux noyaux de Dreissenta (Mytilus) Brardii qui ressemblent un peu à un petit Mytilus edulis, et de noyaux de Mactra caspia que j'avais pris autrefois pour des moules de Cyrènes. Parmi ces deux espèces on trouve assez fréquemment les noyaux d'un Cardium très-difficile à déterminer: ces moules ne ressemblent cependant pas aux espèces ordinaires de la mer Caspienne, et je crois plutôt que cest le Cardium littorale du calcaire moëllon
d'Odessa ; il a 7 lignes de long et à peu près 8”, lignes de large, ses côtes sont un peu plus larges que les espaces qui les séparent et dans lesquels se voient des côtes fines, comme cela se voit aussi quelquefois dans le Cardium litorale; les crochets sont peu prononcés et le test qui les entoure est lisse, les deux côtés sont arrondis et les valves étaient, à ce qu'il paraît, entièrement fermées. L'espèce appartient au sousgenre d'A dacna à cause du manque complet des dents du bord cardinal; elle ressemble à l'extérieur un peu au Monodacna (Cardium) plicata.
Le calcaire littoral du Daghestan aux environs du village de Beibat et de Bakou sur la presqu'île d’Apschéron se compose d’une foule de petites espèces de Paludines et de Risso a que j'ai decrites dans le temps dans ma Faune caspio-caucasienne; ce sont surtout les suivantes qui, mêlées aux espèces de Nerita, de Cardium et de Mytilus, sont collées ensemble presque sans ciment calcaire. Rissoa caspia, conus, dimidiata,exigua et triton, Paludina variabilis, Nerita liturata, Cardium crassum, edule,rusticum et trigonoides, Monodacna catillus, caspia, intermedia et propinqua; Adacna protracta, Dreissena polymorpha et Brardii. Le calcaire moëllon de Bakou est quelquefois argileux et peu compacte et ne Contient que le Monodacna propinqua et quelques autres coquilles , comme espèces caractéristiques; quelquefois il est plus dur et se compose de coquilles conglutinées et superposées les unes aux autres ; alors il renferme le Mytilus polymorphus et le Dreissenia Brardi, le Cardium crassum, etrusticu m, le Paludina variabilis et le Nerita liturata en grands individus.
Le bord oriental de la mer Caspienne s'élève également en collines très-hautes qui forment le haut-plateau ou l'Usturte, situé entre la mer Caspienne et le lac d’Aral. Le calcaire tertiaire de l'Usturte est marneux, argileux et quartzeux, tantôt compact, tantôt celluleux et poreux ou composé de coquilles minces superposées les unes aux autres, comme à Tjukkaragane, où le Mactra caspia, le Donax priscus, le Cardium plicatum, le Dreissena Brardii et peut-être un Lucina (ou Mactra) caragana le composent enlièrement. Le calcaire tertiaire repose à l'est de la mer, entre le golfe de Manghischlak et celui de Karassou , sur le terrain crétacé ; cest tantôt la craie blanche, qui forme l'Aktau ou le mont blanc.
tantôt le grès vert d'un brun-noir, formant le Karatau ou le mont noir, qui compose au bord de la mer une chaine à part, dont le pied est occupé partout par le terrain tertiaire.
Plus loin, au sud du bord oriental, se rencontre un autre calcaire celluleux à Dreissenia Brardi et à Lucina caragana, surtout près du golfe de Bektemirischan; quelquefois le calcaire y est d'une couleur rose, plus loin entre les golfes d'Alexandre et de Kenderlinsk le calcaire est d'un bleu-clair, surtout sur une langue de terre, qui avance dans la mer devant l'entrée du golfe de Karabogas ; il y contient le Dreissena polymorpha, le Cardium crassum etedule, le Monodacnacatillus, le Neritina liturata, quelques petits Rissoas ou Paludines, vivant encore dans la mer.
Plus haut l'Usturte se compose d'un calcaire coquillier jaune ou rouge à Bullina usturtensis, à Bulla pupa, à Paludina Îlammea sans bandes longitudinales, à Paludina nympha et zZonata quoique sans bandes transversales d'un jaune orange, à Rissoa conus, à Venus gentilis, à Artemis usturtensis, à Donax priscus avec le bord inférieur non dentelé, mais lisse en-dedans et à crochets situés presque au milieu du bord supérieur , enfin à Cardium obsoletu m qui se trouve un peu plus souvent que les autres espèces, et à Cardium Deshayesii Payr., espèce très-remarquable, parce quelle se trouve aussi dans le bassin de Volhynie près de Zukowce, Zalisce, Bilka et en Sicile ; elle vit encore dans la Méditerranée ; je n'en connais que des fragments du calcaire rouge clair de l'Usturte.
En d'autres endroits le calcaire poreux se compose du Ca rdium edule et du Dreissena Brardi, ou il contient de grands noyaux de plus d'un pouce de diamêtre, d'un Venus à peine bombé, à 3 dents très-grosses et avec une grande impression profonde oblique qui passe par le milieu et en-dedans des valves, depuis les crochets jusqu'au bord inférieur, presque comme dansleLucina radula. Un autre Lucina beaucoup plus grand et plus bombé s’y trouve aussi, quoique seulement en noyaux ou en empreintes de la surface extérieure des coquilles ; il est très-bombé et strié transversalement , à stries grossières concentriques et diffère de toutes les espèces connues je propose de le nommer Lucina ventricosa.
Quelquefois c'est un grès très-fin qui ne se compose que de
Artemis usturtensis et qui forme en quelques endroits de l'Usturte des couches très-puissantes ; ces coquilles ne vivent plus dans la mer Caspienne , mais elles y ont vécu autrefois, à ce qu'il paraît, dans de petits golfes tranquilles ; où elles ont pu se multiplier en énorme quantité. Un autre calcaire tertiaire marneux occupe la pente orientale de l'Usturte au bord du lac d’Aral, dont les îles et les bords se composent d'un terrain crétacé, surtout de grès vert, rempli de coquilles caractéristiques de ce terrain.
Le bord septentrional de la mer Caspienne est entièrement dépourvu de calcaire tertiaire, et sans collines ; contrairement à ce qu'on voit sur ces deux autres rives , toute la côte est plate, sabloneuse ou argileuse, couverte de hauts roseaux; partout on y rencontre les coquilles de la mer, dispersées sur les rivages des grandes rivières , sur ceux de l'Oural (ancien Yaik) et du Volga, même jusqu'à Tzaritzyne, où un sable brun-foncé s'élève à 20 toises au-dessus du niveau de la rivière et renferme l'A dacna edentula, le Monodacna trigonoides, les Dreissena Brardi et rostriformis Desn., celui-ci est un peu plus petit que celui du terrain ferrugineux de Kertsch, mais il ne diffère du Dreissena polymorpha* que par les crochets courbés en bas.
Tout le bord septentrional se souleva successivement, l’eau de la mer recula et laissa à sec les nombreuses coquilles qui l'avaient peuplé. Un tel soulèvement successif du bord oriental de la mer au sud du mont Balkhan , fit dessécher l'embouchure de l'Oxus ou l'Amoudarja au golfe de Balkhan et donna à son courant une autre direction vers le lac d'Aral, direction qu'il a conservée jusqu'à nos jours.
Le Dreissena polymorpha monte le Volga encore beaucoup plus haut et se rencontre par conséquent aussi dans le gouvernement de Simbirsk et de Casan, surtout dans le sable de la rivière près de Tetiusch et de Spask; mais elle vit encore dans le Volga.
Table générale,
Acmaea angulata 141. 461 compressiuscula 142 » laevigata 141 Actaeon spina 257 Adacna edentula 70. 103 laeviuscula 100 plicata 100
» protracta 103 Alicula Lichtensteinii 308
» Volhynica 308 Alnites succineus 439 Alveolina costulata 8. 44
L Haueri 8. 44 Amphidiscus truncatus 494 Amphiplea glutinosa 295 Amphora ovalis 507 Anatina prisca 125 Ancillaria coniformis 213 conus 213
» glandiformis 213 Ancylus compressus 142
x marginatus 297 Antilope rupicapra 371 Arca barbata 76. 78 barbatula 76 anomala 78 antiquata 78 cucullaeaeformis didyma 78 diluvii 77. 78 mytiloides 78 nodulosa 76 pectinata 78 scopulina 76 » semidentata 78 Arcella ecornis 494
» globulus 494 Arctomys spelaeus 384 Argonauta Zborzewskii 7 Artemis intermedia 116
“ usturtensis 919. 518 Astarte borealis 127 crassatellaeformis 110 planata 105
d'Eichwald, Lethaea rossiea,