‹ Letters à Édouard sur les catacombes romainesChapitre 21 sur 85 · TEMPORE ADRIANI · texte numérisé non relu

TEMPORE ADRIANI

1MPERÀTORIS

MARIYS ADOLESCENS DYX

M1L1TVM QVI SAT1S V1XIT

DVM VITAM PRO ciÔ CVM SAN

GVINE CONSVNSIT IN PACE

TANDEM QVIEVIT BENEMERENTES

CVM LACRIMIS ET METV POSYERVNT

1D. Yl.

a Au temps de l'empereur Adrien, Marius, jeune homme, officier de l'armée, qui vécut assez puisqu'il donna sa vie avec son sang pour

Jésas-Christ, reposa enfin dans la paix. Ses amis, bien méritants, lut ont posé cette tombe, dans les larmes et la frayeur, le six des ides. »

Le désir ardent que les premiers chrétiens avaient de reposer dans les catacombes, auprès des corps des saints martyrs, les engageait souvent à acheter, dès leur vivant, le ïoculus où ils voulaient dormir après leur mort. Voici un tombeau que les fossoyeurs Anastase et Antiochus ont vendu à Benenatus et à Gaudiosa , son épouse :

LOCVS BENBNATI

ET GAVDIOSjE COMPARES f

SE VIV1 COMPARAVERUNT

AB ANASTASIO ET ANTIOCHO FS.

o C'est ici le lieu que Benenatus et Gaudiosa, époux en Jésus- Christ, se sont acheté, de leur vivant, d' Anastase et d' Antiochus, fossoyeurs. »

Là, c'est une noble matrone, appelée Domnina, qui a acheté de Successus, un trisomum ou locuîus à trois corps :

SE BIBA EMET DOMNINA

LOCVM A SVCCESSV TRISOMVM VB1 POSITI...

a De son vivant, Domnina a acheté de Successus un loculus à trois corps, où reposent... »

L'inscription n'est pas achevée. Sans doute que Domnina l'avait fait graver de suite après l'acquisition du tombeau destiné à elle et aux siens. La mort l'aura surprise peut-être à l'improviste. Le fossoyeur Successus l'aura mise en possession de son trisomum, dans un moment où les martyrs descendaient nombreux dans les catacombes ; il n'aura pas eu le temps de terminer l'inscription.

Admirez, cher Edouard, cette foi ardente, cette vive espérance des premiers chrétiens qui leur faisait marquer d'avance leur

place parmi les morts. Bien différents des païens qui redoutaient le tombeau, ils y aspiraient de toutes les forces de leur âme, comme au terme de leurs douleurs, comme à la fin de tons leurs travaux. Quelle compagnie plus sainte pouvaient-ils choisir pour attendre le jour de la résurrection générale que la compagnie des martyrs, dans laquelle ils comptaient tant de parents et d'amis !...

Il faut que je vous parle, ici, d'un genre de pierres tumulaires que les savants appellent opistographes et qui se rencontrent parfois dans les catacombes. Ce sont des pierres qui portent d'un côté une inscription chrétienne, et de l'autre une inscription païenne. Gomment se fait-il que ces sortes de pierres se trouvent dans les catacombes ? Je vais vous l'expliquer.

Les chrétiens, souvent obligés de vivre dans leurs cimetières, devaient apporter un grand soin à clore hermétiquement leurs tombeaux ; pour cela il leur fallait un nombre considérable de dalles funèbres. Quand la persécution ajoutait, dans une semaine, plusieurs milliers de victimes aux décès ordinaires, il est évident que, les dalles venant à manquer, les fossoyeurs devaient s'en procurer comme ils pouvaient. Or, comme l'entrée des catacombes se trouvait ordinairement sur le bord des voies romaines, dans le voisinage des tombeaux païens qui, pour la plupart, tombaient en ruine, il est présumable et même certain que, durant la nuit, ils ne se seront fait aucun scrupule de prendre les marbres païens que le temps, les guerres civiles ou l'incurie de leurs propriétaires avaient détachés du mausolée. Ces marbres endommagés étaient alors une riche moisson pour les fossoyeurs qui, les taillant à la hâte, et les ajustant sur le loculus du martyr, les y scellaient, ayant soin de tourner F inscription païenne, mutilée et à moitié effacée, du côté qui ne se voyait pas. .Sur le côté extérieur, ils gravaient l'inscription chrétienne. Cette pénurie de pierres tombales explique pourquoi nous trouvons dans les catacombes une si étonnante variété de fermetures tumulaires, en marbre fin, en albâtre, en serpentin, en jaune et en vert antiques

en. marbre africain, en pierre ordinaire, en briques écornées, souvent de plusieurs morceaux, quelquefois grattées ou couvertes de chaux, afin de faire disparaître d'anciennes inscriptions. La nécessité forçait les fossoyeurs de prendre tout ce qui leur tombait sous la main ; et dans ces temps de carnage, papes, prêtres, vierges, dames romaines, tout le monde devenait fossoyeurs.

Voici un modèle d'une de ces inscriptions ospistographes. Du côté delà pierre qui regardait le loculvs, on lit :

JVLIjE palestrice

CONJVGI INCOMPARABILI

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