VIXIT QUI VIXIT IV. X. TEM
«Alexandre n'est pas mort, mais il vit par delà les astres, et son
corps repose dans ce tombeau. Il finit sa vie sous l'empereur Antonio, qui paya par la haine les bienfaits qu'il pouvait recevoir. Agenouillé pour sacrifier au vrai Dieu, il est conduit au supplice. temps lamentables! où nous ne pouvons pas même offrir en sûreté les saints mystères et nos prières dans les cavernes) Quoi de plus misérable que la vie ! mais quoi de plus misérable que la mort, puisque nous ne pouvons pas même être inhumés par nos amis ou par nos proches ! Enfin, il brille dans le ciel. Il a peu vécu, celui qui n'a vécu que quatorze ans. »
Cette inscription ne laisse-t-elle pas une vague et douce tristesse dans votre âme ? Pauvre agneau, égorgé au printemps de ta vie ; tendre victime, immolée à quatorze ans , que ton supplice dut arracher de larmes aux yeux de ta mère ! Hélas ! cher Edouard, qu'ils devaient être sombres et tristes, ces jours où les bourreaux ne respectaient pas même la vie d'un enfant, priant sur un tombeau 1 Pourtant, n'enviez-vous pas le sort de cet adolescent qui a remporté si jeune la palme du martyre ; qui, à peine entré dans le monde, en a secoué la poussière, et s'est envolé au ciel sans connaître les misères humaines ?. . .
Tous les chrétiens néanmoins n'allaient pas demander un asile aux catacombes ; il en restait un assez grand nombre dans la ville. C'étaient ceux qui se sentaient la force d'affronter les tortures des tyrans, ceux que la mort et ses horreurs n'effrayaient pas. « Il fallait bien qu'il restât quelqu'un parmi les païens pourob- « server ce qui se passait, et en avertir l'Eglise; pour visiter, « consoler, encourager les martyrs dans leurs cachots, les accom- « pagner devant les juges, et prendre note de leur interrogatoire; « les suivre au lieu de leur supplice," recueillir leur sang, et « transporter leurs restes précieux dans la grande nécropole, ce D'autres encore demeuraient dans Rome , soit parce que leur « emploi, tel, par exemple , que la profession militaire , ne leur « permettait pas de s'éloigner ; soit parce qu'il était indispensable « de pourvoir à la subsistance des frères cachés dans les cime»
« itères; soit enfin parce que, n'étant pas obligés de fuir, risse « croyaient assez forts pour braver la fureur des bourreaux, tons « s'exposer au malheur affreux de Papostasie (1). »
Les faibles seuls n'étaient pourtant pas les hôtes habituels des catacombes, aux jours de la persécution. L'histoire nous montre le troupeau de Jésus- Christ conduit dans les cimetières souter~ rains par ses pontifes. Saint Pierre, saint Callixte, saint Urbain» saint Pontien, saint Antère, saint Fabien, saint Corneille, saint Etienne, saint Sixte II, saint Caïus, et beaucoup d'autres infatigables pasteurs, accomplirent toutes les fonctions de leur suprême apostolat dans les cryptes consacrées par le tombeau des martyrs,
Baronius, au tome XII e de ses Annales, nous dit que des chrétiens, arrivant à Rome, trouvèrent l'apôtre dans un lieu qui est appelé Vatican, enseignant de nombreuses bandes de peuple (S), Ce lieu, appelé Vatican, est la catacombe célèbre que nous nom* mons aujourd'hui les Grottes valicanes, et dans laquelle se trouve le glorieux tombeau du prince des Apôtres.
Les papes saint Etienne et saint Sixte furent martyrisés dans les catacombes mêmes. Saint Etienne fut arrêté au moment où il célébrait la messe ; et il eut la tête tranchée sur sa propre chaire pontificale, qui, en cette occasion, servit de billot aux satellites dé l'empereur (3). Saint Caïus, Dalmate de naissance et parent de l'empereur Dioclétien, se tint, pendant huit ans, caché, avec soi! troupeau, dans les cimetières et les cryptes des martyrs.
Lorsque le divin Auguste, qui avait signé ou confirmé redit de persécution , se trouvait assez repu du sang des chrétiens, et que les lions de l'amphithéâtre n'en voulaient plus, alors un défcret
(1) L'abbé Gaume, Les trois Romes, 1. 111, p. 120.
(2) Ingrcdientes vero Romam invenerunt apostolum in loco qui dicitur Vatican us, docens multas populorum turmas. (Bar., Annal., XII, an. 1145-
1150, et Àcta S. Martial., apud Arringbi, lib. II, c. iv, p. 140.)
(3) Ibique dum missarum solemnia perficit, advenientibus iterum imperatorum satellilibus, ei in sua sede caput abscinditur. (Acta 5. Steph. y apud Ciampini, c. xvn, p. 151.)
ûapécial permettait aux fidèles le libre accès de leurs catacombes. C'est ainsi que nous voyons l'empereur Galien, effrayé , sans doute» de la mort affreuse de Valérien, son père, écorché tout vif parles Perses, laisser tomber tout à coup sa fureur contre l'Eglise, etaiitoriser par un rescrit les évéques et leur troupeau à retourner dans leurs cimetières» dont l'entrée leur avait été interdite sous peine de mort (1).
Une des catacombes qui a abrité le plus de chrétiens, durant les persécutions, est, sans contredit, celle de Prétextât, sur la voie Àppienne. Son étendue est immense, et le père Marchi affirme que : « En considérant la grandeur des cryptes, la forme des « iucernaires et le nombre des communications d'un étage à « l'autre , on trouve de telles dimensions, que la catacombe de u Prétextât est aux autres catacombes ce qu'est la basilique de «i Saint-Pierre aux églises de Rome. Si Ton avait le temps de la « déblayer et de la parcourir, on verrait le faubourg colossal de ce la Rome souterraine, tandis que nous n'en connaissons encore « que les petits et les moyens quartiers (2). »
Cette citation de l'ouvrage intéressant que le savant Jésuite vient de publier sur les cimetières des premiers chrétiens vous donnera une idée, mon cher Edouard, des lieux dans lesquels nous venons de suivre nos pères, persécutés pour le nom de Jésus: Vous pouvez mieux comprendre maintenant comment ils pouvaient vivre des mois entiers dans les entrailles de la terre, étant approvisionnés par les fidèles, restés secrètement dans Rome, et pouvant quelquefois se hasarder, pendant les ténèbres de la nuit, à franchir le seuil de leurs cavernes pour respirer un air plus pur, nécessaire à la santé de leurs enfants.
Ah ! que nous sommes loin du zèle, du courage, de la foi de ce peuple de martyrs qui vivaient dans la douleur et mouraient
(i) Exstat ejus constitutio quam ad episcopos misit, permittens Mis illa loca recipere quœ cœmeteria vocantur. (Euseb., lib. VII, c. xiii.) (2) Marchi, p. 174.
dans la joie ! Un rien nous inquiète, nous tourmente, nous abat. Nous rougissons souvent de paraître chrétiens; l'ombre d'un impie nous effraye, nous craignons ses sarcasmes , nous cachons soigneusement à ses yeux nos croyances religieuses ; nous tremblons qu'il ne découvre dans nos actions quelques reflets de cette foi qui j semblable à une lanterne sourde, .concentre tous ses rayons en nos cœurs; nous sacrifions, en un mot, notre conscience au respect humain. Pourtant, ce monde qui nous rend ses esclaves, ce monde devant lequel nous tremblons, n'a pas de chevalets pour nous étendre, d'instruments de tortures pour déchirer notre corps, d'amphithéâtre pour s'amuser à nous faire dévorer par des lions et des tigres, de glaive pour nous décapiter ; non, il n'a rien de tout cela, car le règne des Nérons est passé. Tout ce qu'il peut opposer à notre foi, à notre vertu, c'est son mépris. Mais ce mépris, nous devons en être fiers, puisqu'il est pour nous une marque de salut ; puisqu'il est écrit dans l'Evangile :
<c Vous êtes heureux lorsque les hommes vous maudiront et « vous persécuteront, et diront faussement de vous toute sorte ce de .mal à cause de moi. Réjouissez -vous et soyez remplis d'al- « légresse, parce que votre récompense est grande dans les a cieux(l)! »
(1) Beali estis cum maledixerint vobis, et persecuti vos fueriat, et dixerint omne malum adversum vos raenlientes, propter me. Gaudete et exulmte, quoniam raerces vestra copiosa est in cœlis. (S. Malth., c. v, versets 1 1 et 12.)
Ils disaient, ces cœurs froids, Us disaient, ces impies :
— a Parmi nous seulement se trouvent les génies ; « Le Christ a pu de Rome abattre les remparts;
« Hais il nous a laissé le royaume des arts.
« C'est à nous qu'appartient l'étincelle sacrée ;
a Du temple de la Gloire à nous seuls est l'entrée;
a Gardiens de ses lauriers, gardiens de ses autels,
« Nous seuls portons au front des rayons immortels ! »
— Insensés, rétractez vos stupides paroles.
L'Église a tout conquis ; elle a des auréoles, Des couronnes de gloire autant et plus que vous. Vos sciences, vos arts, vos talents sont à nous. La foi prête au génie une force nouvelle ; Nous avons le foyer, vous avez l'étincelle.
Le paganisme a pu vous léguer ses ciseaux, Ses idoles d'airain, ses marbres, ses tableaux ; Vous avez de la Grècp imité la sculpture, Apelles vous a fait le don de la peinture ; L'Egypte, vous montrant ses granits orgueilleux, Vous apprit à bâtir des palais somptueux; Vous avez, en un mot, hérité du vieux monde Les superbes talents, la science profonde ; Mais tout cela n'est point possédé de vous seuls, Car cette Antiquité, cousue en ses linceuls, Est aussi notre mère, et de son héritage Nous avons avec vous consommé le partage.
Le beau, le vrai, le pur, c'est nous qui l'avons pris ; Nous avons l'urne entière, et non pas un débris.
Ne dites point, menteurs, que l'Église est sans homme,
Quand notre aigle de Meaux vaut bien tous ceux de Rome*
Quel philosophe grec, quel orateur latin
A jamais surpassé le savoir d'Augustin?
Quel peintre, dites-moi, quel sculpteur de l'Attique
A rêvé l'art chrétien de l'époque gothique?
Raphaël, Michel-Ange, aux talents créateurs,
Qui guida leurs pinceaux, qui broya leurs couleurs?
Mais remontons plus haut, et, franchissant les tombes,
Allons chercher l'artiste au fond des catacombes.
Là, dans l'obscurité, des peintres inconnus
Ont tracé des tableaux sur des murs noirs et nus;
Là, se retrouve encor de l'Église naissante
Les talents primitifs et la grâce touchante.
L'artiste, d'un martyr décorant le tombeau,
A mêlé ses couleurs aux clartés d'un flambeau ;
Aucun rayon du jour n'éclairant l'antre sombre,
Il a peint ses sujets, presque noyé dans l'ombre.
Et pourtant qu'ils sont beaux, ces vieux types chrétiens
Que découvre notre œil sur les tombeaux anciens !
Comme les traits sont purs, les têtes ravissantes!
Ces vierges aux doux yeux, aux figures charmantes,
Comme leur main parfaite a des doigts accomplis !
Comme de leurs manteaux se drapent bien les plis !
La Bible, ici, nous offre une foule d'images : C'est Adam du figuier empruntant les feuillages ; Caïn tuant Abel ; Noé sur son vaisseau ; La colombe dans l'Arche apportant un rameau ; Abraham immolant son fils sur la montagne ; Jacob que sa famille en Egypte accohipagne ; Les Hébreux qu'à la mort le ciel vient d'arracher ; Moïse de sa verge entr'ouvrant le rocher ; La manne du désert, le doux pain du miracle ; Le grand prêtre Aaron au seuil du Tabernacle ;
Le Sauveur figuré par le serpent d'airain ; Enfin , Jonàs vomi par un monstre marin.
Puis, l'Évangile au peintre a fourni ses symboles : C'est Jésus expliquant aux Juifs ses paraboles ; Le pasteur au bercail rendant l'agneau perdu; Les vierges et l'Époux si longtemps attendu ; Lazare du tombeau sortant tout plein de vie ; C'est Jean le bien-aimé ; c'est la Vierge Marie ; C'est Pierre le pécheur, qui s'appelait Simon,* Et dont le Christ un jour voulut changer le nom ; C'est Paul, eoadjuteur du Prince des Apôtres, Sévère pour lui-même, indulgent pour les autres ; Ce sont de saints martyrs, des prêtres, des guerriers, Des vieillards, des enfants, couronnés de lauriers ; Ce sont, de tous côtés, des vierges, des matrones. Abandonnant pour Dieu des palais ou des trônes, Et qui, délaissant tout pour mériter les Cieux, Ont voulu s'enterrer vivantes dans ces lieux. Comme leur pose est belle et pleine de noblesse ! Ici, rien du pinceau ne trahit la faiblesse ; Le pli sait s'allonger, la forme s'arrondir ; Tout accuse un talent que la foi sut grandir.
Hais du Christ à présent voyez cette figure.
Comme l'artiste a bien imité la nature !
Oh ! quel regardtflivin 1 quel front majestueux !
Cette lèvre qui garde un sourire amoureux,
Cette aimable rougeur dont sa joue est empreinte,
Ces deux grands yeux d'azur où la douceur est peinte,
Ce galbe antique et pur, ces gracieux contours
Que les siècles n'ont pu détruire dans leur cours,
Cette barbe soyeuse au reflet qui chatoie,
Ces longs cheveux boucles dont chaque flot ondoie,
Tout montre le talent de l'habile pinceau
Qui fixa cette image au fronton d'un tombeau.
Combien d'autres portraits et d'autres têtes blondes Peuvent montrer les murs de ces cryptes profondes !
Dites-nous maintenant, philosophes menteurs, Si Fart n'eut point pour nous de souffles créateurs ; Si le catholicisme, à sa première enfance, M'avait du vrai talent aucune connaissance; S'il ne possédait pas aussi ces feux sacrés Dont vos savants croyaient s'être seuls emparés? Oui, les plus beaux sujets, notre foi les engendre; Il n'est rien de si grand qu'elle ne puisse rendre ; Son flambeau du génie empêche les écarts, Et c'est le seul foyer où se chauffent les arts !
809MAIRB.
Les catacombes considérées comme musée chrétien. — Peintures. — Leurs sujets sont tirés des livres saints. — Portraits de Notre-Seigneur, de la saiute Vierge, et des apôtres saint Pierre et saint Paul. — Peintures représentant les agapes. — La croix ne se retrouve pas dans les fresques et les inscriptions des trois premiers siècles. — Sculptures. — Sarcophages ornés de superbes bas-reliefs et trouvés dans les catacombes.
Rome, le 5 jpvrier 1851.
Je commence cette lettre, mon cher Edouard, dans laquelle je veux vous entretenir des catacombes considérées sous le point de vue de musée chrétien, par une citation d'un ouvrage fort intéressant intitulé Tableau des Catacombes, et sorti de la plume d'un savant archéologue, M. Raoul Rocbelte.
« Les catacombes, dit ce savant, destinées à la sépulture des ce premiers chrétiens, longtemps peuplées de martyrs, ornées à « des époques de persécution, et sous l'empire d'idées tristes et
ce de devoir» pénibles, n'offrent cependant de tontes parts que « des traits héroïques et des sujets aimables et gracieux : des « images du bon Pasteur, des représentations de vendanges, des «scènes pastorales, des agapes, des figures de chrétiens en « prières; des symboles de fruits, de fleurs, de palmes, de « couronnes; des agneaux, des cerfs, des colombes; en un « mot, rien que des motifs de joie, d'innocence et de charité... ce Occupés seulement, au milieu des épreuves d'une vie si agitée « et souvent d'une mort si horrible, de la récompense céleste oc qui les attendait, les chrétiens ne voyaient dans la mort, « et même dans le supplice, qu'une voie prompte et sûre pour « arriver à ce bonheur éternel. Loin d'associer à cette image te celle des tortures ou des privations qui leur ouvraient le ciel, « ils se plaisaient à l'égayer de riantes couleurs, à la présenter « sous des symboles aimables, à l'orner de pourpre et de fleurs ; a car c'est ainsi que nous apparaît l'asile de la mort dans les ca- « tacombes chrétiennes (1). »
Retournons donc aujourd'hui à la vaste nécropole, afin d'y étudier, en artistes chrétiens, les pieuses peintures, les bas-reliefs admirables, les coupes, les vases, les lampes, les anneaux et autres objets de formes et de matières diverses dont les premiers fidèles l'avaient enrichie, et qui s'y retrouvent dans un état de conservation, tel que Ton reste dans l'étonnement en songeant qu'ils nous sont parvenus aussi intacts, après avoir traversé dix-sept siècles.
D'abord, parlons des peintures.
Quel saisissement religieux on éprouve, lorsque, à la lueur du flambeau que Ton lient à la main, l'on aperçoit sur les voûtes et les parois des cryptes de la Rome souterraine ces fresques, dixhuit ou dix-sept fois séculaires, que nul artiste n'a signées et qui vous redisent les pensées, les affections, la foi et l'espérance des
(\) Raoul Rochette, Tableau des Catacombes, p. 108.
premiers chrétiens ! Ici , point , de » copiés ; . col socU ; les originaux) mêmes que nous avons sous les, yeuxi> i . . . i ' : ) ' *
Ne pouvant mettre les livres saia^e.ntre le^ mains! de tpotle monde, tant par prudence que par f»anquô>de copistes, |nos< pères» en avaient, pei^t le^ plus begmx types sur fe* murs de la granjle> cité des martyrs» afin de pourrir leur esprit et leur . cœur p*r4a vue joumaltère, de ces images sacrées qui .leur, rappelaient eHeur> origine et leur wmr, et Jeqrs felpeuns; préspits et la gloire éternelle qui en devait ptre> la répoj&peuse, Ges» peintures étaient donc pour eu* d'une impiété uUUt4 » >potir ,nô !pas dire d'une nécessité , irçdispensatye ;; aussi rptrquviOiWHnoiis dans presque toutes les catacombes fàs tablçaux représentant tantôt des sujets tirés de rApçien Teslfcjjnjçrçt, tantôt des scènes de r Evangile.
Ici, qnartiste jwpwu» dQflt les anges seuls savent le nom, a peint tour à tour ; ; A^ai et Eve, chassés du paradis terrestre pour avoir mangé dn fouit défendu; Gain tuant son frère Abel; Noé se renfermant dans son arche pour échapper au déluge ; Joseph vendu par ses ; .foères ; Moïse, causant avec Dieu sur la montagne d'Horeb, receyant les tables de la loi sur le Sinaï, faisant jaillir l'eau du rocher de Raphidim et montrant aux Hébreux la manne topibée du ciel ; Pharaon englouti dans les flots ; l'Arche d'alliance ; Samson; David; Elie; Job sur son fumier; les trois enfants dans la fournaise ; Daniel dans la fosse aux lions ; Jonas sortant de la baleine ; Ezéchiel.
Là, nous assistons aux faits principaux de la vie du Sauveur ; ce sont : sa naissance dans retable de Béthléhem ; son adoration par les mages d'Arménie; sa présence au milieu des docteurs; son baptême par saint Jean ; la conversion de la Samaritaine ; la guérison de la femme atteinte d'un flux de sang, et celle de l'aveugle-né ; la multiplication des pains ; la bénédiction des petits enfants ; la résurrection de Lazare ; le bon Pasteur ; l'Agneau portant la croix ; la sainte Vierge ; saint Pierre et saint Paul.
Toutes ces peintures chrétiennes, exécutées souvent par un
pnocfewndon* la perfiéctioh laisse beaucoup à désirer, empruntent gtëriéraleihetitf pobr 1 la partie décorative, leurs motifs et leur dis-' fcttbùléo» & l'art fpaBen* (Ce: mélange du christianisme et du pagtuwËro^4iaos Ite* fres(Jueside& catacombes remonte aux temps àpobtoli4ueset à tfère'desi persécutions ; il est une preuve de leur Jiddteaprtiquitié.i ' ■•
j y< rCette preuve^ dit M. Raoul Roche t te, Revient, en quelque tr sorte, '■ palpable à mesure qu'on se livre à ' l'examen détaillé de JtfKeéb peinturés, en 'commençant par celles du cimetière de Saint- *)CaHi*to,> qui sofat les plue anciennes dans l'ordre chronolo- «flgitjuéj et; qui représentent aussi la portion la plus considét< «table cte ce genre de monuments chrétiens. L'exécution en est ici giépéràlémèdl plus soigtiee ou moins défectueuse, l'ordonnance ft! ! plqs Hblie et plusf variée; ce qui vient évidemment de ce qu'elles ifitôuclàént dé pluàpi-ès 1 à l'antiquité. Elles offrent aussi, dans « les éléments mêmes de décoration dont elles se composent, fr phtè Ôè islymboiés puisés directement dans les données anti- . «fc^ues, 'eï j^d'à des sujets' purement profanes, bien qu'âppro- «''ffriés à J Une ihétiftrtion 1 chrétienne. Ce qui devient une nouvelle * -p^èuVe ? de * la jirius hatitë antiquité relative des peintures de ce &4ifriètife*e; ■■■•'" i
' &"Fbtir 'celles des autres cimetières, à mesure que l'irfiperfeck 'ffori 1 Au traVlait y fetccnse de plus en plus le progris de la décai'tîencé; lèê remihiscerûîes antiques y deviennent aussi de plus <i' etf pltuS Mes, 1 'et leis' Sujets chrétiens s'y montrent exclusive- 1 « J thétttM! y' a donc, dans ces peintures des catacombes, un' «' dohblfe èfajet d'observations et d'études f pour Tantiquaire chrè- «"tiôhi'Oi'y'voït expfret- çatf degrés Fart antique entré lès mains «-'èfctfâïenhès-, ! et ^"on ^ Voit ëh tourne femps apparaître les pre- ^^WfeWs'éfedùchfes dé 'cksWypeï tiéïefctes auxquels Tà'tt (Je la re^ * '>àkU&h& sût 1 abiiilèé lèfedtlvèrnebt èlî Ia ! couleur '(i)î â " ]
ii/;5»i/;'l ii'p ?o :noJ fin' ii;> \)>'v fS r!. : i':v •«■"«•■ , " !> v J "f- J /'
Dans les fresques des catacombes, notre divin Sauveur est représenté tantôt sous les traits d'un adolescent dans la fleur et la beauté de l'âge, tantôt sous ceux d'un homme dans la force de la virilité. On reconnaît dans ce dernier portrait ce type majestueux que tous donnent au Messie. Il a cet air doux et vénérable dont parle la tradition ; ces cheveux d'une couleur incomparable, qui, partagés sur le sommet de la tête, à la manière des Nazaréens, tombent en boucles jusqu'au-dessous des oreilles et se répandent sur les épaules avec beaucoup de grâce; ce front uni et large; ces joues marquées d'une aimable rougeur; ce nez et cette bouche formés avec une admirable symétrie; cette barbe épaisse, et d'une couleur qui répond à celle des cheveux, descendant environ d'un pouce au-dessous du menton et se bifurquant vers le milieu; ces yeux brillants, clairs et sereins. Oh I quelle tendre émotion ne ressent-on pas devant cette divine tête dont les traits nous rappellent un ami, un père, un sauveur S
La sainte Vierge, dans les peintures primitives, tient sur ses genoux l'enfant Jésus; sa tête est ornée d'un voile relevé par devant, tombant sur les épaules, et dont les plis viennent reposer sur les bras. Un collier de perles entoure son cou, et se marie à une légère bandelette qui va se rattacher au sommet du front. Le gracieux visage de l'auguste Mère de Dieu respire la douceur et la bonté; l'œil attendri ne peut se lasser de le contempler avec amour. Ses bras sont étendus dans l'attitude de la prière. Cette posture suppliante prouve que les premiers chrétiens n'adoraient pas la sainte Vierge, mais qu'ils ^regardaient comme leur patronne, leur médiatrice, leur intercesseur auprès de Dieu. Convenez, cher Edouard, que ce vénérable portrait, si multiplié dans les catacombes, est un démenti solennel jeté à la face des protestants et autres iconoclastes qui accusent d'idolâtrie notre profond respect* pour la mère de Jésus-Christ. Pauvres gens , ils sont bien à plaindre d'avoir retranché du christianisme tout ce qui faisait sa beauté, sa poésie, son génie 1 Pour eux, plus d'art chrétien.
plus de suave piété, plus de naïves et douces croyances. Leur culte est froid comme le marbre des tombeaux. Que dis- je? Ils n'eu ont pas de culte; car tout culte suppose un sacrifice, et ils ont renversé l'autel !
Les peintres modernes donnent ordinairement à saint Pierre un front chauve, et à saint Paul une chevelure épaisse, légèrement crépue. Ils se trompent; car les types primitifs des glorieux princes des apôtres nous les montrent d'une manière toute différente. Saint Pierre, humble pêcheur de la mer de Galilée, porte une chevelure touffue ; saint Paul, au contraire, homme d'étude, versé dans les saintes Ecritures, a la tête chenue.
Le costume et les habitudes religieuses des premiers fidèles «ont parvenus jusqu'à nous dans les précieuses fresques qui illustrent le grand livre des catacombes. Nous les y voyons, en effet, vêtus de la tunique et du manteau, portant les cheveux coupés, la barbe courte, la chaussure romaine. Pour les femmes, elles ont le voile, et cette sobriété d'ornements qui sied à la modestie chrétienne. Tous prient debout, les bras étendus et les yeux levés vers le ciel.
Le touchant tableau des agapes fait partie du musée des catacombes; on le rencontre dans le cimetière de Sainte- Agnès et «dans celui des Saints Marcellin et Pierre. A la voûte de Varcosolium, est peinte une table en forme' de fer à cheval. Six convives sont assis comme nous, et non point couchés comme les ^anciens, autour de la table, sur laquelle on voit trois plats : plusieurs convives portent les aliments à leur bouche. Devant la table, on voit huit paniers et deux vases destinés aux provisions. Dans la catacombe des Saints Marcellin et Pierre, il n'y a que •cinq convives; au milieu d'eux est une femme que Ton reconnaît a sa simple tunique et à ses cheveux rattachés sur le sommet de la tête. A droite et à gauche sont deux hommes, dont l'un porte le manteau par-dessus la tunique. Les deux extrémités de la table, qui forme également le fer à cheval, sont occupées par
deux femmes assises sur des fauteuils et qui paraissent assister au repas sans y prendre part. Au-dessus de leurs têtes, on lit les deux inscriptions suivantes :