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(3) Grelser, De Cruee, lib. I, c. ij Lipsius, De Crwce % Hb. I, c. vî, vu, viii, îx ; Sandini, Hist. famil. sacr., p. 236. ,, \ fJ j .j t '-
grâce à l'ingénieux emblème du monogramme du Christ qui, la cachant facilement aux yeux inexpérimentés, l'empêchait d'être un sujet de scandale pour les juifs convertis, et une folie pour les gentils, appelés à l'admirable lumière de l'Evangile.
Quant aux sculptures chrétiennes, elles sont un peu plus rares que les peintures; mais néanmoins on en trouve assez dans les catacombes pour apprécier l'art primitif. Entre plusieurs beaux sarcophages de marbre, nous en citerons quelques-uns provenant des catacombes Vaticanes. Le principal bas-relief de l'un d'eux représente la résurrection des morts, à la voix puissante d'Ezéchiel. Le prophète est debout, la main étendue, en signe de commandement; près de lui, deux hommes apparaissent sur leurs pieds, tandis qu'un autre est étendu par terre sans mouvement et sans vie. A côté, on voit deux têtes, Tune qui paraît vivante, l'autre qui commence à se couvrir de peau (1). Ce marbre est vivant; on dirait que le souffle divin l'anime, et que l'on entend le bruit effrayant des ossements secs qui se rapprochent au solennel Surgite, ossa arida ! du prophète.
Sur la frise d'un autre, on voit le divin enfant couché dans un berceau en forme de panier ; il est enveloppé de langes qui ne laissent apercevoir que la tête. Derrière le berceau se tiennent la sainte Vierge et saint Joseph. Marie est assise; son époux est debout, la main étendue et les yeux fixés vers l'enfant. Au pied de la crèche, on voit le bœuf et l'âne réchauffant de leur haleine le Verbe fait chair.
Un troisième nous fait voir les mages adorant le Sauveur. Les princes orientaux portent la tunique ordinaire, rattachée par une ceinture et surmontée du sagum, espèce de manteau ouvert seulement par devant. Leur tête est ornée du bonnet phrygien : il laisse les oreilles à découvert, descend en triangle derrière la tête et, s' élevant au-dessus du sommet, forme une pointe recourbée.
(1) Boltari, 1. 1, p. 157.
Leur chaussure est formée d'une semelle qui fait corps avec le bas. Des chameaux sont derrière eux.
Le sarcophage de Probus, préfet du prétoire, et l'urne sépulcrale de sainte Agnès, à la place Navone, sont encore deux su* perbes morceaux de sculpture chrétienne que je ne puis m'empêcher de citer. L'arliste y a représenté le Sauveur sous les traits de F adolescence. Va autre sarcophage des grottes Vaticanesnous montre un coq placé sur une colonne. Il rappelle, dit Rasponi, V infirmité humaine, dont les pontifes eux-mêmes ne sont pas exempts {l).
Pour terminer ce petit essai sur les peintures et les sculptures des catacombes, je vous dirai, cher Edouard, avec le savant et judicieux Boldetti, que « dans celte variété de peintures et de sculptures, il est très-facile de distinguer par la différence de style la différence des époques. On voit que les plus belles appartiennent presque toutes aux temps les plus anciens, parce qu'alors la peinture et la sculpture n'avaient point encore dégénéré. Or l'artiste chrétien imitait ce qui se faisait. Au contraire, celles qui sont plus mal dessinées accusent les âges suivants, âges de décadence non-seulement pour la peinture, mais pour tous les arts en général. Néanmoins ces dernières ne sont pas toutes postérieures aux persécutions; car, bien que dans les premiers siècles la peinture et la sculpture fussent cultivées avec succès, nous sommes certains qu'elles n'atteignaient pas toujours la perfection sous le pinceau ou le ciseau de tous les artistes. Les œuvres de ce genre devaient être encore moins parfaites dans les catacombes, parce que la pauvreté des fidèles ne leur permettait pas de choisir les meilleurs artistes ; et que, ne pouvant se servir des païens pour leurs peintures et leurs bas- reliefs sacrés, il est très-vraisemblable que la plupart de ceux qui les exécutèrent
(i) Pontifices huraanae imbecillitatis admonentur. (Rasponi, De Bas, Later., lib. I, c. xiv.)
étaient beaucoup plus habiles dam la science de la verte que àèiîÀ Fart du dessin (1). » ./ " ' f ' '
Nous awlia jeté un cqup d r œil rapide enrla ricKô tioHefetion cfo fçssqueset de bas-reliefs que possède la Rome' souterraine. Achevons d'exarmoej les autres objets d'art qui complètent ce vaste et intéressant musée , je veux dire lea lampes de : b'hmft, d'argile» ou terre cuite; les coupes ou calice» qui servaient feat ^ Voblation dp saint sacriBce qu'à la distribution de radtifoble eucharistie sous Fespèce du vin; les vases de bronzé/ de verte ou de terre, placés au-dessus des tombeaux des martyrs et renfern&M les testes: de leur sang; les anneaux d'argent et* nie bronze, et enfin lefc divers bijoux qui ont appartenir airxchrétfcns des premiers siècles et qui se retrouvent dans les catacortibes.
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•^ Toi ^aî 1 des vfeux chrétiens éclairas les ténèbtes, ' ' lampe, qu'a$-tu vu (tanfc leurs cryptes funèbres ? ,; '
Qu'a^s-tu vu, quand tesfïancs, maintenant tout pduàreux, ^cev^ient Ja lfqueiu'.niédessàire à tésfeux/ r Q^apjtt l'huile QpjLW*iss*it les atdeurs.de ta, flamme, Qufind, tremblait 4^ns le^doigUd'un enftrot, d'une 'fenune^ > Jadis ? tu descend^ jusqu'au soipbre séfloyr r . , . .,., . ; , •■ , Où dormaient les martyrs, loin. du bruit et du jour ?, . i ,: , » w ' Samt flambeau des proscrits, 1 petit vaisseau fragile , f .
Que fabriqua le bronze ou que forma l'argile, , , , , . ,
De la nuit des tombeaux sondant la profondeur, Quelle ombre a dissipé ta modeste splendeur ?
(i) Boldetti, cité par l'abbé Gaume, t. III, p. 294. (•<" ^ « ! M -' K ^
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Quel spectacle touchant, quel douloureux mystère '
As-tu donc entrevus dans le sein de la terre, Durant ces jours de deuil où la main du bourreau Exerçait sa fureur sur l'Église au berceau ?
— J'ai brillé, trois cents ans, dans la caverne sainte,
Et, trois cents ans, j'ai vu, toute pâle de crainte,
Des hommes, dont le crime était de croire en Dieu,
Venir cacher leur front, chaque jour, en ce lieu.
Loin de livrer leur cœur à la morne tristesse,
Ils étaient résignés et remplis d'allégresse :
On eût dit que la mort ne les effrayait pas,
Et, pour le mieux braver, qu'ils fuyaient le trépas ;
Car, les tourments pour eux possédant de doux charmes,
Ils mettaient leur bonheur à répandre des larmes.
Leur bouche ne s'ouvrait que pour bénir le ciel ;
Leurs paroles n'avaient ni dureté, ni fiel,
Et, semblables aux flots du ruisseau qui murmure,
S'échappaient de leur cœur par une lèvre pure.
Enfants du même Dieu, sous l'œil de l'Éternel,
Ces hommes se donnaient le baiser fraternel ;
Ni la faim ni le froid ne pouvaient les abattre ;
Ils s'encourageaient tous à prier, à combattre ;
Ne voyant dans la mort que la fin de l'exil,
Eux-mêmes de sa faux ils aiguisaient le fil,
La flattaient du regard, de la main, du sourire,
Et lui disaient des mots qu'eux seuls pouvaient lui dire.
Le glaive des tyrans moissonna ces héros,
Et j'ai vu dans la crypte ensevelir les os !
J'ai vu de blonds enfants, j'ai vu de jeunes mères Tremper un pain bien dur dans des larmes amères, Et qui, pour étouffer les sanglots de leur voix, Sur leur lèvre flétrie avaient collé la croix.
J'ai vu de bons vieillards, courbés par les années, Se pencher vers le sol, comme des fleurs fanées :
Mais le corps souffrait seul, l'âme avait sa vigueur ; Du chemin qui restait connaissant la longueur, Et ne se livrant point aux tortures du doute, D'un œil calme ils sondaient les torrents de la route; Et disaient que leur pied, quoique bien fatigué, Pour les passer saurait encor trouver un gué.
J'ai vu, devant l'autel où je servais de cierges, J'ai vu, les bras tendus, prier de blanches vierges Qui demandaient à Dieu la force des martyrs; Leurs longs cheveux bouclés, bien aimés des zéphyrs, Retombaient tristement sur leurs chastes épaules, Semblables aux rameaux que recourbent les saules. • A leur cœur effrayé parlait l'Époux divin : Car nulle, en ce moment, ne l'invoquait en vain ; Et, joyeuse aux accents de cette voix chérie, Chaque vierge disait, d'une voix attendrie :
a Qu'ils viennent ! Je suis prête: Avec vous, ô Seigneur, « Je pourrai de la mort envisager l'horreur ; oc La beauté fugitive est un brillant mensonge, « Et nos jours, ici-bas, s'écoulent comme un songe ! »
J'ai vu gémir la veuve, aux longs voiles de lin ; J'ai vu, près d'un tombeau, sangloter l'orphelin : Ils étaient affaissés sous le rhagrin qui tue, Mais leur âme priait, quoique étant abattue.
Le prêtre leur disait des mots consolateurs Et leur montrait le ciel pour étancher leurs pleurs ; Ils écoutaient sa voix parlant dans le silence ; Puis redressaient leur front au vent de l'espérance, Comme un lis incliné se redresse au vallon, Quand la brise embaumée a chassé l'aquilon.
J'ai vu tous ces chrétiens, tous ces bannis du monde, Ensevelis vivants dans une nuit profonde ; J'ai vu tous ces martyrs, j'ai vu tous ces vainqueurs, Dont l'injustice humaine avait blessé les cœurs,
Manger le pain de vie et boire le calice, A l'auguste moment du divin sacrifice; J'ai vu leurs yeux flétris redevenir joyeux A la table que Dieu dressait ainsi pour eux.
Ils trouvaient tant de force en l'aliment céleste, Que chacun, devenu plus vigoureux, plus leste, S'avançait au combat comme y marche un géant, Bravant son ennemi des gestes et du chant.
Moi-même, pauvre lampe, à présent inutile,
Et dont l'argile sec ne peut plus garder d'huile,
Moi-même, bien souvent, je leur disais toqt bas :
« Chrétiens, contemplez-moi, moi qui guide vos pas.
« De votre âme, voyez, ma flamme est le symbole ;
« Gomme elle, vers le ciel il faut qu'elle s'envole,
« Après avoir brûlé tous ses trésors d'amour :
a Car, elle aussi, ne tient d'huile que pour un jour.
a Bien plus, de votre corps mon argile est l'emblème :
« Le temps le dissoudra, n.ous périrons de même,
« Puisque c'est du limon, notre père commun,
a Que nous sommes sortis, au principe, chacun.
« En outre (et c'est pour vous bien digne de remarque),
« Ma forme qui rappelle une petite barque,
« Ma forme vous apprend que, sur des flots houleux,
a Vous ramez vers un port, matelots courageux ;
« Que le ciel est le but de votre long voyage,
a Et qu'en le regardant l'on échappe au naufrage ! »
Voilà ce qu'humble lampe alors je leur disais,
Moi que le temps condamne à l'oubli désormais.
— lampe des tombeaux, ton erreur est étrange l
Il faut pour te toucher avoir les doigts d'un ange,
Petit vaisseau d'argile, auguste et vénéré.
Te baiser est pour moi bonheur inespéré.
Ah 1 je voudrais toujours, guidé par ta lumière,
Marcher dans les sentiers où marchèrent nos pères;
Oui, je voudrais, comme eux, te portant en ma main, Du ciel, à ta clarté, faire tout le chemin !
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Suite des catacombes considérées comme musée. — Lampes. — Pourquoi leur grande quantité. — Quel était leur symbole. — Coupes servant au sacrifice et k la distribution du précieux sang. — Absence des lacrymatoires dans les catacombes. — Le vase du sang. — 11 est avec la palme un signe certain du martyre. — Anneaux et autres bijoux des premiers chrétiens. — C'est aux catacombes qu'il faut aller étudier l'art chrétien.
Rome, le 12 février 1851.*
Le nombre des lampes de bronze, et principalement d* argile, que l'on rencontre, à chaque pas, dans les catacombes, est infini.
Pour descendre dans ces sombres souterrains, où ne pénétraient jamais les rayons du soleil, il fallait aux chrétiens des flambeaux ou des lampes, afin de guider leurs pas à travers les milliers de galeries étroites qui forment le vaste labyrinthe de la grande nécropole. .Chaque fidèle avait donc un flambeau quelconque qu'il allumait à l'entrée de la catacombe ; et ce flambeau était ordinairement une humble lampe d'argile qu'il portait de la main droite, relevant de la gauche les plis de sa tunique ou de sa toge. Outre ces lampes privées, il y en avait d'autres, appartenant à la communauté, et placées, de distance en distance, à droite et à gauche, dans de petites niches pratiquées dans les parois des galeries, pour éclairer ceux que leurs fonctions sacrées obligeaient à parcourir sans cesse la catacombe, avec de saints fardeaux, qui ne leur eussent pas permis de tenir une lampe à la main.
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Un autre motif multipliait encore les lampes dans les cimetières chrétiens ; c'était la piété, la dévotion pour les morts en général et pour les martyrs en particulier. Ainsi, près des loculi, dans les cubicula, dans les cryptes moyennes et grandes, on voit des pierres saillantes, ayant la forme d'une console ou d'une tablette, qui servaient à recevoir des lampes. Le plus souvent, elles étaient suspendues, par des chaînettes de fer, à la voûte des galeries et des églises (1).
Les cierges que nous brûlons aujourd'hui dans nos temples catholiques sont un souvenir des flambeaux et des lampes des catacombes, qui, se multipliant «aux jours de fête, changeaient en une brillante illumination les épaisses ténèbres de ces cavernes profondes. Une double raison d'utilité et de piété engageait donc les chrétiens à entretenir dans leurs cimetières cette clarté mystérieuse et nécessaire, emblème de charité, symbole de l'immortalité de Fâme, feu subtil échappant aux horreurs de la nuit des tombeaux.
Les païens eux-mêmes employaient les lampes et les torches dans leurs cérémonies funèbres. Plus le personnage dont ils plaçaient les cendres dans le tombeau avait été grand, riche et vertueux, plus ils environnaient son urne de lampes. Ils craignaient que Tâme du défunt ne souffrît de se voir seule au milieu des froides ténèbres du sépulcre, et leur compassion les portait à entretenir des lampes sur la tombe des morts chers à leur cœur. De là l'usage, parmi le pauvre peuple que l'indigence empêchait de subvenir aux frais coûteux de l'entretien des lampes, de déposer des parfums et des fleurs sur les tombeau r en souhaitant que la terre fût légère^ ou ïair tranquille au êtres bien-aimés qu'ils renfermaient.
Le catholicisme, ennemi delà superstition, consacre et ennoblit les sentiments les plus respectables delà nature; il poétise la dou-
(1) Marchi, p. 136.
leur, en plaçant auprès d'elle l'espérance. Inspirés par la foi, les premiers fidèles voyaient dans leurs frères, et surtout dans les martyrs, les héros du Christ, les victorieux al hl êtes de la croix ; aussi, leur décernant les honneurs de l'ovation, accompagnaientils, avec des torches, des lampes et des chants, ces triomphateurs illustres jusqu'au Capitole invisible de l'éternité (1). Ces illuminations des sépulcres chrétiens proclamaient la gloire céleste des saints, dont ils gardaient les corps, et la croyance de l'Eglise à la résurrection future de ces mêmes corps. N'avons-nous pas déjà lu, cher Edouard, sur la pierre des loculi, ces mots qui révèlent une haute espérance : In pace f vwas in Deo 9 vivas in œternum? « Dans la paix, vis en Dieu, vis dans l'éternité I »
Vous concevez maintenant, mon ami, comment il se fait que Ton retrouve une aussi grande quantité de lampes dans les catacombes. Leur forme est presque toujours la même. Elles ressemblent à une petite barque ou nacelle, emblème de la barque de l'Eglise que gouverne le pontife romain , successeur de saint Pierre; symbole de la nef du chrétien, voguant difficilement sur la mer orageuse du monde, et devant sans cesse diriger ses voiles vers le port du salut. Quelques-unes affectent une autre forme. Ce sont celles qui servaient aux marches processionnelles. J'en possède une de cette espèce. Elle est ronde et percée par le milieu, de manière à pouvoir être mise au sommet d'un bâton ; son bec est avancé et plus large que celui des autres.
Les lampes en bronze sont une exception, car la généralité est en terre cuite. A l'une des extrémités de la nacelle se trouve une petite anse pour en faciliter le port ; l'extrémité opposée présente un ou deux becs destinés à l'issue de la mèche; l'ouverture pour verser l'huile se trouve au milieu. Deux anneaux d'où part une double chaînette, qui se termine par un crochet, accompagnent
(i) Àd significandum lumine fidei illustrâtes sanctos decessisse, et modo in superna patria, lumine gloriae splendere. (S. Hieronym., Contr. Vigil.)
les lampes suspendues aux parois des galeries ou aux voûtes des cryptes.
De nombreux emblèmes ornent ces lampes. On y voit tour à tour le monogramme du Christ, la croix, le bon Pasteur, le poisson, la colombe, le cerf, l'agneau, le cep de vigne, la couronne de palme, le chandelier à sept branches, et quelquefois même la figure d'un martyr triomphant, c'est-à-dire les bras étendus vers le ciel. Les lampes qui portent la croix sont très-rares, mais il s'en trouve encore parfois. J'ai un fragment précieux qui présente le signe auguste de notre rédemption.
Ces petites lampes, composées de terre et de feu, disaient aux chrétiens qui les portaient : La terre c'est votre corps ; le feu, c'est votre âme. Comme moi, vous devez briller et échauffer; comme moi, vous devez vous consumer en brillant et en échauffant (1). Sublime leçon donnée en un langage bien simple, mais aussi qui était comprise de tout le monde. Néophytes, enfants, pauvres femmes, gens illettrés de tous les âges et de toutes les conditions comprenaient ce muet discours qui leur expliquait et leur origine et leur destinée. Les secrets de Dieu se révélaient ainsi aux humbles et aux petits.
cher Edouard, prenons avec un saint respect, entre nos doigts, et portons amoureusement à nos lèvres, ces lampes grossières en apparence, et qui, pourtant, sont un foyer d'où s'échappent des clartés éblouissantes. Elles ont été l'image fidèle des chrétiens, nos pères dans la foi, comme ceux-ci étaient l'image du divin maître, cette véritable lampe où les splendeurs de la divinité brillent sous l'enveloppe terrestre de l'humanité (2).
(1) L'abbé Gaume, Les trois Rome, t. III, p. 188.
(2) Lucerna, lumen in testa; lumen in vase; divinitas in humanitate. Vas humanitas, lumen divini tas. Praecessit Christus ferens lucernam, sequitur christianus tenens exempli semitara. Proposuit humanitatem lucentem,ex divinitate extulit lucernam ut videamusfide,ambulemus operatione,dirigamur imitatione. (Hug. a S. Vict., 1. 1, Annot. in PsaL, c. lxxix.)
« verbe vivo, et ont plutôt la même signification que le bibas et « le bibatis gravés sur d'autres verres mieux orthographiés.
« De là découlent deux conséquences. La première , que ce& « vases de verre , destinés soit au sacrifice de l'autel , soit à la « communion des chrétiens, sous l'espèce du vin , doivent être « antérieurs au pape Urbain I er , c'est-à-dire à l'an 222 de l'ère « vulgaire. Il est certain , d'une part, que le pape saint Zéphi- « rin ordonna que ces vases fussent au moins de verre , inter- « disant les matières de moindre qualité, et conciliant ainsi « une plus grande décence avec la pauvreté. D'autre part , il « est également certain que le pape Urbain I er prohiba même « les vases de terre, à cause de la fragilité de cette mate tière (1).
<( La seconde conséquence concerne ces vases de verre qui « contiennent le sang des martyrs. Suivant le témoignage de « Boldetti et de Bianchini , on en a trouvé un grand nombre « encore tachés de sang , qui , à raison de leurs inscriptions , « doivent avoir d'abord servi à l'usage de l'eucharistie ; et , « cela posé, ce serait une extravagance inadmissible que de les <( considérer comme des vases de parfum. Ils viennent donc « fortifier les nombreux arguments qui appuient cette vérité in- « contestable de l'histoire ecclésiastique (2) . »
Avez-vous remarqué , cher Edouard , ce touchant rapprochement entre la coupe du sacrifice et le vase du sang des martyrs î Le même verre dans lequel le témoin de Jésus-Christ a bu le sang de la grands victime contient son propre sang, épongé dans l'arène ou sur le glaive du bourreau. Il reste toujours le vase du. sang. Quelle belle destinée !
Je ne puis laisser passer une aussi heureuse transition. Nous allons donc examiner de suite ce que les archéologues chrétiens
({) Conc. Tribur., c. xvm; Décret., part, m de Consecr., dist. î, c. xliv,. (2) Martyre de S. Sabinian, Annal, de philos, chrét., avril 1842.
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appellent le vase du sang; puis je terminerai cette longue lettre par la description des anneaux et autres bijoux des catacombes.
Les païens , vous le savez, avaient la coutume de répandre une grande abondance de larmes aux funérailles de leurs proches et de leurs amis. Des femmes, appelées prœficœ, faisaient l'étrange métier de pleurer au convoi des riches ; et, pour exciter chez elles l'appareil lacrymal, souvent elles s'arrachaient les cheveux , se frappaient et s'égratignaient le visage en chantant des airs lugubres. De petites fioles de verre , au col long et étroit , recevaient le produit de cette douleur factice, et , sous le nom de lacrymatoireSy allaient, en assez grand nombre, reposer dans l'urne sépulcrale avec les cendres du mort. 11 n'en était pas de même parmi les chrétiens , qui , pleins d'espérance en la résurrection future, pleuraient leurs morts avec le cœur, et non avec les yeux seuls. Jusqu'à ce jour, aucun lacrymatoire n'a été retrouvé dans leurs tombeaux; ce qui prouve évidemment qu'ils n'en faisaient pas usage. Un autre vase, d'ailleurs, remplaçait pour eux cette fiole inutile et mensongère : c'était le vase du sang des martyrs.
En général, ces vases sont de verre; on en trouve un petit nombre en terre cuite, et quelques-uns seulement en bronze. Leur forme est celle d'une petite bouteille à col étroit et quelquefois allongé. Us sont scellés, avec du ciment, à l'extérieur de la niche sépulcrale, et ne se retrouvent qu'au-dessus du tombeau des martyrs, qu'ils servent à faire reconnaître, autant que la palme et l'inscription. Quelques-uns portent le mot sanguis, en abrégé; ce qui enlève toute espèce de doute sur leur destination, contestée par certains archéologues qui prétendent que ces vases ne renfermaient autre chose que des parfums. Mais les savantes dissertations de Bosio, de Boldetti, de Mamachi, de Marchi, de Gaume, de Raoul Rochette et de l'abbé Gerbet réduisent à néant l'assertion purement gratuite, pour ne pas dire ridicule de ces demi.
savants. Tous les vases rencontrés jusqu'à présent au-dessus des loculi, et souvent même dans leur intérieur, ne contenaient que du sang à Tétai de concrétion. Ce sang a été analysé par les meilleurs chimistes, qui l'ont reconnu pour être du sang humain. Leibnitz lui-même, ce philosophe protestant dont la science a rendu le nom universel, raconte, dans les termes suivants, les procédés et le résultat d'un examen sérieux auquel il s'est livré pour découvrir si la substance concrète, trouvée dans les vases dont nous parlons , était du sang ou une autre substance quelconque :
ce J'ai examiné attentivement, dit-il, un fragment de vase de ce verre apporté du cimetière de Callixle, et teint d'une couleur ce rougeâtre, afin de bien distinguer de quelle nature était cette ce couleur, c'est-à-dire si, comme parlent aujourd'hui les phy- « siciens, elle appartenait au règne animal ou au règne minéral, ce II m'est venu en pensée d'employer une dissolution de sel amcc moniaque avec de l'eau commune , et d'essayer si par ce ce moyen je pourrais détacher quelque chose du verre, et le ren- « dre soluble. J'ai réussi sur-le-champ et au delà de toute este pérance. En conséquence, j'ai pensé avec raison que cette a matière était plutôt sanguine que terrestre ou animale. Celtece ci, en effet, douée d'une grande propriété corrosive, aurait, « pendant un si long espace de temps, pénétré plus profondece ment dans le verre, et n'aurait pas cédé si vite à un simple lace vage (1). »
Le témoignage d'un aussi célèbre philosophe protestant, en une pareille matière, ne saurait être douteux. D'ailleurs, l'histoire est là pour nous apprendre que la coutume des premiers chrétiens était de recueillir précieusement le sang des martyrs avec des linges et des éponges ; puis d'exprimer cette liqueur sacrée dans de petits vases de terre, de verre ou de bronze, qu'ils pla-
(\) Apud Fabrelli, Inscript, antiq., c. vin.
(aient auprès du tombeau des martyrs (1). C'est ainsi que sainte Praxède et sainte Pudentienne , filles du sénateur Pudens, recueillirent, avec un zèle infatigable et au péril même de leur vie, le sang et les restes précieux de (rots mille victimes, égorgées dans les murs de Rome, en haine du nom de Jésus-Christ (2). Le courageux exemple de ces saintes femmes fut suivi par les illustres matrones Priscille, Cyriaque, Lutine, Marcelle, Juste, Théodoraet autres, qui, durant trois siècles, se tinrent constamment auprès des roues, des chevalets, des gibets et des amphithéâtres, pour recueillir avec une sainte avidité le sang des martyrs. L'impératrice Serena, elle-même, ne quitta-t-elle pas furtivement pendant la nuit le palais de Dioctétien, son féroce époux, afin de venir ramasser sur le lieu du supplice le corps mutilé de la noble Susanne, jeune vierge martyrisée par Tordre du tyran ; et, après avoir étanché avec son voile le sang qui souillait la sainte victime, n'alla-t-elle point cacher au fond de la demeure impériale cette inestimable relique (3) ? Ce n'est pas seulement à Rome que nous retrouvons ce zèle admirable, ce courage héroïque, celte tendre piété envers les restes et le sang précieux des martyrs; mais Carthage, Nicomédie, Sébaste et un nombre considérable d'autres villes nous fournissent des
(1) Tanti faciebant sacras martyrum reliquias, ut sudoris, si possent, guttas baurirent, et stillas sanguinis, etiam persecutore vidente, atque exerto gladio minitante, qualibet arte subriperent, atque reconderent. (Baron., An. 261, n°34.)
(2) Dans l'église de Sainte-Praxède, à Rome, on voit cette sainte pressant, sur le bord d'un puits, une éponge pleine de sang. L'usage des éponges pour recueillir le sang des martyrs, attesté par les monuments primitifs, est devenu palpable par la découverte d'un grand nombre de vases où se trouvait encore l'éponge imbibée de sang. (Boldetti , cité par Gaume , t. III , p. 542.)
(3) Serena augusla, cum gaudio noclu veniens, collegit corpus sanclae martyris, et sanguinem ejus illic fusum suo velamine extersit, posuitque in capsa argentea palatio suo, ubi diu noctuque furlivis vicibus orare non cessabat. [Acta S. Susan., apud Sur., u Aug.)
faits semblables que l'histoire a consignés dans ses fastes et qu'il serait trop long de relater ici.
Après le sang de Jésus-Christ, il n'en est pas de plus précieux aux yeux de la foi que celui des généreux athlètes qui sont morts pour avoir confessé la divinité du Fils de Marie en présence des tyrans. Aussi nous concevons pourquoi les premiers chrétiens le recueillaient avec tant d'empressement. Oh ! combien sont vénérables ces petits vases, dépositaires d'un tel trésor ! Avec quel respect ne doit-on pas les baiser, les presser sur son cœur! Boldetti en a vu qui renfermaient encore un sang liquide et vermeil, mais le plus souvent ce sang est concret et adhérent aux parois intactes ou brisées du vase, dont plusieurs, comme je vous l'ai déjà dit, portent écrites, sur le ciment, qui les scelle au tuf et qui les entoure, les deux lettres SA, abréviation du mot sanguis (1).
Salut, vase d'honneur, pauvre par ta matière, mais riche par ton contenu ! Salut, fiole admirable, ampoule sacrée, perle d'une valeur infinie, salut I Tu brilles, au milieu des autres vases delà Rome souterraine, comme le saphir enchâssé dans l'or auprès de la pierre brute qui gît dans l'ombre ; car, au mérite de transmettre à la postérité le sang qui baigna les chevalets, les roues, les ongles de fer, le glaive et l'arène, tu joins celui d'avoir contenu le vin céleste, le breuvage trois fois saint, qui lave les péchés du monde et donne la vie éternelle. Tu es passé de la main du pontife sacrificateur au loculus d'un martyr ; tu n'as fait que changer d'autel ! Dix-huit siècles de ténèbres n'ont point obscurci ton éclat, car c'est au rayon lumineux qui s'échappe de ton orbe brillant que l'Eglise reconnaît avec joie la tombe d'un témoin du Christ!...
Je crois vous en avoir dit assez, mon cher Edouard, sur le vase du sang. Maintenant je vous parlerai d'un autre vase que
(i) Boldelti, lib. I, c. xxvni, xxix et xxxvm.
j'ai en ma possession, et qui, par sa forme, semble avoir servi à la conservation du saint chrême ou des saintes huiles. 11 ressemble à une petite amphore très-gracieuse, privée de son pied. Cette circonstance prouve qu'il n'était pas destiné à être déposé sur un autel ou dans la niche taillée au-dessus du loculus, comme la coupe sacrée et le vase du sang, mais bien à être porté, suspendu au cou, au moyen d'une chaînette ou d'un cordon quelconque, venant s'attacher à deux anses, placées un peu au-dessous de l'ouverture du vase, qui est assez grande. Une croix grecque, très-saillante, occupe le milieu du flanc principal; elle est entourée d'une inscription qui forme la couronne. L'autre flanc, aplati, comme le premier, vers ses extrémités, présente la figure d'une délicieuse coquille, semblable à celle dont nous nous servons ordinairement pour verser l'eau du baptême. Ce vase est en plomb, métal très-souvent employé par les premiers chrétiens, à cause de son peu de valeur, qui s'harmonisait avec leur esprit de pauvreté. Ainsi l'on trouve dans les tombeaux des catacombes un assez grand nombre d'objets en plomb; tels que : des colombes, des coqs, des paons, et d'autres figures emblématiques. Je possède une de ces colombes et un de ces coqs, qui sont dans un très-bon état de conservation, eu égard aux dix-huit siècles qu'ils ont passés dans la poussière dévorante d'un sépulcre. Mais à quoi servait le curieux vase dont nous parlons? Sa forme et sa petitesse indiquent qu'il a été porté sur le cœur de quelque chrétien de la primitive Eglise. Ce chrétien était-il un minisire des autels, ou un simple fidèle destiné au martyre? A-t-il contenu l'huile sainte de l'extrême- onction ou le sang précieux de Jésus-Christ, qu'en ces temps de persécution nos pères portaient quelquefois sur eux avec le pain consacré, afin de les prendre en viatique, s'ils venaient à être conduits à la mort par les ordres d'un juge inique? Plusieurs savants, qui l'ont examiné, pensent qu'il aura servi à renfermer les saintes huiles plutôt que le vin de l'adorable eucharistie. Ils fondent leur sentiment sur le peu de capacité du
vase, qui n'eût pas permis au martyr de partager le divin breuvage avec une épouse, une mère, un enfant, compagnons de ses chaînes et de son supplice, tandis qu'il était très-facile au pontife ou au prêtre, ministres du sacrement de l' extrême-onction, de porter sur eux ce petit vase, renfermant l'huile sainte, matière du sacrement des infirmes. Quoi qu'il en soit, cette ampoule sacrée n'en est pas moins précieuse aux yeux de la foi, comme à ceux de l'art primitif. Il est à regretter que son inscription, mutilée par les siècles qui, en plusieurs endroits, y ont déposé une croûte épaisse, ne soit pas entièrement lisible ; car elle jetterait probablement un grand jour sur l'usage de ce vase, dont la forme est si gracieuse. Je crois qu'il ne doit pas remonter au delà du troisième siècle, parce qu'avant ce temps la croix ne se rencontre pas aux catacombes. Les anneaux des martyrs et des premiers chrétiens sont encore l'objet d'une sainte curiosité. On en trouve de fort précieux dans les catacombes. Ils sont ordinairement de bronze, avec ou sans pierre au chaton. Quelques-uns sont en argent ; j'ignore s'il en existe en or. Leur forme varie ; le plus souvent elle affecte une figure légèrement ovale. J'en ai vu un qui décrit un losange assez parfait dans son contour extérieur. Aringbi parle d'un anneau chrétien trouvé dans les catacombes, et dont la pierre est d'une grande beauté. C'est un superbe onyx gravé, et au milieu duquel on voit une barque violemment agitée par les ûots ; les rameurs, placés sur l'avant et sur l'arrière, luttent avec énergie ; une gracieuse colombe repose sur la poupe, et regarde tranquillement la manœuvre. Du pont s'élance un seul mât portant à son sommet une petite barque, sur laquelle est perchée une autre colombe. A quelques pas de la proue, saint Pierre marche sur les flots, et tend la main au Sauveur, debout et majestueusement immobile sur les ondes agitées. Au-dessus de la tête de Notre-Seigneur et de celle du prince des Apôtres, on lit ces initiales grecques et latines : IHC. PET. Jésus, Petrus. Enfin, sous la quille du vaisseau, on voit un monstre marin, la gueule
béante, et dont la position exprime la douleur et la rage (1). Il n'est pas besoin de vous dire que tout ceci se trouve renfermé dans un cadre dont la dimension, fort restreinte, dépasse à peine quelques lignes.
Les sujets les plus ordinaires qui se rencontrent sur les pierres annulaires des temps primitifs sont : le bon pasteur avec l'agneau sur les épaules et quelques autres brebis à ses pieds ; le poisson emblématique ; le monogramme du Sauveur avec ou sans la couronne; l'agneau portant la croix; la colombe; la palme; enfin, presque tous les sujets symboliques dont je vous ai déjà entretenu. Pour la plupart, ces pierres annulaires sont en cornaline.
Qui ne voudrait posséder, comme vous, un anneau des catacombes? Quelles idées de bonheur ne doit-on pas, cher Edouard, attacher à la jouissance d'un semblable trésor ! Cet anneau de bronze que les siècles ont revêtu d'une patine verte, et que vous mettez à votre doigt, a été porté, il y a dix-sept cents ans, par un martyr ! Il a été le témoin des larmes verséesdans la sainteobscurité des catacombes, aux jours de l'angoisse et de la tribulation; il a entendu des soupirs d'amour poussés vers le ciel; il a vu les lions et les tigres de l'amphithéâtre; peut-être est-il retombé de leur gueule ensanglantée avec le doigt à moitié dévoré du martyr. Il a vu les chevalets et les roues; il a senti les lanières et les ongles de fer ; il a été teint d'un sang généreux ; il a vu l'âme de son maître s'envoler au ciel; il est descendu avec son corps inanimé dans le cimetière souterrain, où il est resté caché avec ses ossements durant dix-huit siècles. Quel glorieux passé ! Quelle superbe origine ! Ah ! conservez-le précieusement, cet anneau sacré que tant d'autres chrétiens fervents vous envient; gardez-le comme une sainte relique, cher Edouard ; portez-le comme un palladium mystérieux qui vous protégera, comme une égide puissante derrière laquelle vous serez à l'abri des traits de l'enfer !
(t) Aringhi, cité dans Gaume, t. III, p. 314.
Il faut pourtant que je termine cette lettre. Mais comment la clore, sans vous dire encore quelques mots sur ces charmantes petites colombes de bronze qui servaient d'épingles aux vierges chrétiennes pour attacher leur voile ; sur ces broches antiques qui servaient à agrafer les tuniques et les manteaux des premiers fidèles ? Parmi ces colombes, ces paons, ces poissons, et autres sujets symboliques qui forment le thème ordinaire de ces bijoux de bronze, mille fois plus précieux que des bijoux d'or, je dois vous citer une croix grecque émaillée et un cheval agenouillé, qui font partie de ma collection. Le premier de ces deux objets a d'autant plus de valeur, au point de vue archéologique et artistique, qu'il est plus rare. La croix est parfaitement formée ; les quatre croisillons sont égaux, et présentent un cercle émaillé de rouge dans un autre cercle émaillé de blanc; la rosace du milieu offre trois cercles également émaillés de rouge et de blanc. Quant au second, représentant un cheval dont le genou droit est plié jusqu'à terre, c'est quelque chose de fort curieux comme objet d'art primitif. Il est l'emblème de la force s'humiliant devant l'invisible majesté du Dieu des chrétiens, qui est tout à la fois le Dieu de la paix et le Dieu de la guerre. 11 aura sans doute agrafé le manteau d'un soldat martyr.
Je passe sous silence une foule d'autres richesses religieuses et artistiques. Il faudrait écrire d'énormes in-folio, si l'on voulait décrire tout ce qui se trouve aux catacombes, où chaque pierre, chaque fragment de mortier, chaque grain de sable et de poussière parlent au cœur chrétien, et lui disent des choses impossibles à rendre avec une plume, des choses telles que les âmes vraiment catholiques, c'est-à-dire pures, croyantes, aimantes, savent en ressentir. C'est aux catacombes que doivent accourir tous les artistes qui veulent jeter leurs idées dans le moule chrétien. Là seulement, en parcourant les immenses galeries de la Rome souterraine, ils verront de ces types célestes, de ces fortes images, de ces vastes plans qui séduisent, qui frappent, qui stupéfient autant