LETTRE XLI
204. Regardant comme certain que l'on s'appliquera a répandre l'éducation religieuse, avec tout le soin, toute la prudence et toute la libéralité nécessaires pour en assurer le succès, j'en viens maintenant aux cours d'études qu'aura à prescrire le Surintendant, pour les écoles normales, modèles et élémentaires.
205. Et d'abord pour les écoles normales, le cours des études devrait embrasser la lecture d'après les principes les plus approuvés, l'écriture, la grammaire française et anglaise, avec des exercices à écrire et composer dans les deux langues, l'arithmétique, le mesurage et la tenue des livres, la géographie, et principalement celle du Nouveau Monde, dans tous ses rapports pratiques, l'usage des globes, les élémens de l'astronomie et de la navigation, les élémens de la géométrie pratique, l'art de d'écrire des cartes et des plans ; les élémens de la chimie appliquée aux arts et métiers ; les principes de l'agriculture, et de la culture des jardins, un cours abrégé de mécanique, l'histoire naturelle, l'histoire sacrée, l'histoire ancienne et l'histoire moderne, la philosophie morale, et la loi municipale du pays, en y ajoutant la couture, le tricottage, et toutes les branches utiles des ouvrages à l'aiguille, dans l'école normale pour les filles ; mais par-dessus tout,
Uesieçons- théoriques et pratiques sur les meilleures méthodes de confia ire "î es classes, diriger l'instruction, maintenir'l'ordre et la discipline dans une école d'arrondissement, en un mot, la meilleure méthode d'enseigner.
206. La suggestion que j'ai faite au No. 156, touchant la convenance d'obliger les étudians des écoles modèles, de donner caution pour le remboursement de l'allouancedont il y est question, dans le cas où à l'expiration de leurs cours, ils n'embrasseraient pas l'état d'Instituteurs, ne devrait ,pas être mise en oubli, elle me parait également applicable ici.
207. La durée du cours d'études pour les écoles modèles, pourrait, suivant moi, être limitée à trois années ; ii est pourtant vrai de dire, que l'expérience ^sera'le meilleur guide là dessus.
208. Il est évident que l'on devrait ici, avoir égard ajoutes les observations, suggestions et récommandationsque renferment les Lettres XXXVIII etXXXIX, touchant le choix du site, La' construction etc. des maisons d'écoles, et tout ce qui y a rapport.
20$. Comme la -difficulté de bien conduire une école, provient du manque ie connaissances du monde et des enfans, ainsi que du manque de connaissance »et de savoir se conduire lui-même, chez le maître, le défaut de système dans la direction et les exercices de l'école, de manière à tenir tous les enfans utilement -employés, et d'autres causes, il sera du devoir du Professeur de s'occuper particulièrement et diligemment de ces objets importans.
210. Dans les écoles modèles, les études pourraient être moins étendues, et bornées aux branches ordinaires d'une éducation française et anglaise, telles que d'épeler, lire et écrire) l'histoire sacrée, l'histoire ancienne et Phistoire moderne5 ïd géographie dans tous ses rapports pratiques, et surtout celle de P Amérique, l'arithmétique, le mesurage et la tenue des livres ; en ajoutant pour les filles, la couture, le tricettage et tousouvrages à l'aiguille qui peuvent être d'aucune utilité. Toutefois, je suis décidemment d'avis qu'aussitôt qu'il se pourra, le cours d'études dans les écoles modèles, devra être assimilé autant que possible, à celui des écoles normales. Mais ce qui demandera une attention toute particulière de la part des Instituteurs dans les écoles modèles, c'est la manière de conduire les classes, diriger l'instruction, et maintenir l'ordre et l'autorité dans les écoles d'arrondissemens. Ce que j'ai dit au Nos. 208 et 209, est également applicable aux écoles modèles.
211. II est difficile quant à présent, de déterminer la durée du cours dans les écoles modèles ; il est probable que deux années suffiraient. Au reste, lorsque le système sera mis en opération, l'on pourra bientôt, au moyen d'un peu d'expérience, prescrire qu'elle devra être la durée des études ; l'on pourra d'ailleurs, au besoin, puiser beaucoup de renseignemens dans les retours et Rapports des Bureaux des Gardiens des écoles, pourvus au No. 159.
212. J'en viens maintenant aux écoles élémentaires. Le cours d'études n'y doit pas être celui des écoles modèles, et encore moins celui des écoles normales, principalement lorsque le système ne fera que commencer à opérer. Qu'on se rappelé néanmoins, qu'il faut donner à toutle peuple, une éducation pratique, et lui communiquer lés connaissances qu'il pourra mettre à profit pour lui-même, et dans l'intérêt de toute ïa société. Je suis donc d'avis qu'il suffirait d'enseigner à lire et à écrire, la grammaire, l'arithmétique, la géographie, l'histoire sacrée, au moyen du livre d'extraits que j'ai recommandé de faire de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont le maître ou la maîtresse lirait un passage tous les jours; ou si, comme moi, on le jugeait utile, l'on pourrait y joindre un court abrégé d'histoire sacrée composé exprès pour les enfans, aussi bien qu'une géographie de la Bible. Quant à l'histoire en général, je pense que les enfans pourraient apprendre beaucoup, à l'aide d'un bon traité de géographie, tel que la géographie de Parley qui est admirablement propre à leur communiquer des connaissances historiques, géographiques et morales qui leur sont nécessaires, et à laquelle l'on pourrait faire quelques changemens, pour la mieux adapter à l'usage de nos écoles. J'attache une grande importance à la géographie, si elle est bien enseignée. Ceux qui voudront se procurer une meilleure éducation, pourront aller à l'école modèle où ils trouveront les moyens de se perfectionner.
213. Il est impossible de déterminer combien de tems l'on devra tenir les enfans aux écoles élémentaires ; leurs progrès, ou leur défaut de succès, mettront les parens et les Instituteurs en état de connaître et suivre la marche convenable à cet égard.
LETTRE XLH.
214. Il est un autre sujet qui est digne de la considération du public, c'est la durée de l'année scolaire. Les enfans devront-ils,, à l'exception de quelques semaines de vacances, fréquenter les écoles durant l'année entière, ou bien l'époque de l'entrée et de la clôture des écoles, devra-t-elle être, de suite, déterminée par la loi des écoles?
215. Dans d'autres pays, du moins dans les sections rurales, la durée des cours, est quelquefois limitée à huit mois sur l'année, suivant les circonstances. En Canada, il ne doit pas en être ainsi, suivant moi; si Fon peut se procurer des maîtres compétens, je pense qu'il sera mieux et plus avantageux au système et aux enfans, de tenir les écoles ouvertes dans toutes les saisons, pourvu qu'une vacance raisonnable soit accordée, l'une en hiver, (vacance de Noël) et l'autre en été (vacance de mi-été.)
Ces Vacances seront doublement avantageuses ; elles procureront aux enfans, un repos qui leur est indispensable, et elle donneront aux maîtres d'écoles élémentaires, l'occasion de fréquenter les écoles modèles du Comté, pour s'y perfectionner. Chaque vacance pourra être de trois semaines.
217. Il est évident que les vacances pour les écoles modèles, devront avoir lieu à des époques différentes de celles que l'on accordera auxenfansdes écoles élémentaires.
218. La loi des écoles devrait être précise sur ce point, je veux dire qu'il devrait y être déclaré que les écoles se tiendront toute l'année, sauf et excepté quelques vacances, dont le Surintendant déterminera l'époque et la durée.
219. J'ai déjà suggéré la convenance que les Gardiens des écoles, les visitassent souvent, sans avis préalable, afin de pouvoir mieux juger des progrès des enfans, ainsi que delà compétence des maîtres. Qu'il me soit maintenant permis d'ajouter, qu'il devrait y avoir dans chaque école, à la veille des vacances, un examen qui ne fût pas précédé de préparatifs mécaniques comme on en voit dans la plupart des institutions publiques : les parens s'y rendraient, leur présence encouragerait les maîtres et les écoliers, et serait une source de satisfaction pour toutes les parties.
220. Il devrait être tenu un Régistre, afin de perpétuer d'année en année, les noms des enfans de meilleure conduite et de plus grande capacité, avec tels commentaires sur leur conduite méritoire, qui seraient propres à les faire regarder comme dignes d'imitation par leurs compagnons, ou ceux qui les suivront. La même règle pourrait avoir son application dans toutes les écoles. J'anticipe les meilleurs résultats de ce procédé, si on le suit.
221. A chaque examen public, le Régistre devrait être accessible au public, ce qui serait un moyen de surveillance efficace sur le maître, pour qu'il s'acquittât strictement de ses devoirs ; et ce serait aussi un aiguillon des plus encourageans pour les élèves.
222. L'on pourrait donner des prix ou marques de distinction, aux enfans qui se seraient le mieux comportés, et auraient eu le plus grand succès dans leurs études, durant l'année ; des livres seraient coûteux, mais des guirlandes de feuilles d'érables., feraient aussi bien, sans avoir l'inconvénient de causer des dépenses inutiles.
223. Ainsi, l'on devrait invariablement adopter, et ensuite mettre en pratique avec une fermeté tempérée par la prudence, tout ce qui peut récompenser le mérite, et encourager les enfans ; et l'on devrait faire tout ce qui pourrait servir de contrepoids ou de correctif aux inclination, vicieuses ou à la mauvaise conduite. A cette fin, l'on pourrait tenir un autre Régistre ou Journal, auquel l'on donne-
rait le nom de "Rôle de Mérite" ou "Journal de Classe," dans lequel on feraiè tous les jours une entrée de l'assistance, des études et de la conduite de chaqueécolier, et dont on pourrait lire un Rapport, toutes les semaines, en présence de toute l'école.