LA CROIX
2 février 1884.
Nos Très Chers Frères,
Une année s'est écoulée depuis le jour où nous vous adressions noire dernière lettre pastorale. Pendant cette année les liens qui nous unissent à vous sont devenus plus doux et plus forts. Nous avons parcouru ce vaste et beau diocèse pour visiter un grand nombre de paroisses, administrer le Sacrement de Continuation, présider de touchantes cérémonies et donner une impulsion salutaire aux œuvres catholiques et diocésaines. Partout nous avons été édifié et consolé ; partout le clergé si intelligent et si dévoué, les populations empressées et dociles nous ont entouré de témoignages de respect et d'affection ; partout nous avons eu à louer et à bénir le concours de généreux et vaillants chrétiens.
Que Dieu vous rende au centuple les joies que vous nous avez données. Qu'il nous accorde la grâce la plus pré-
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cieuse de toutes, celle de l'aire dans une plus grand»; mesure et à tous sans exception, le bien qui est le seul but de notre mission et le seul désir de notre cœur.
Après avoir réfléchi devant Dieu, nous avons choisi pour sujet de cette lettre pastorale la Croix adorable de >'otre- Seigneur Jésus-Christ.
La Croix est méconnue d'un grand nombre: elle est outragée chaque jour par une presse qui ne respecte rien, elle est repoussée, bannie par une haine ou une faiblesse qui, sous le voile d'une liberté menteuse, portent atteinte aux droits des consciences catholiques et aux glorieuses traditions de notre pays.
C'est donc l'heure d'affirmer la grandeur et la gloire de la Croix. C^est l'heure de la saluer dans l'éclat des figures de la loi ancienne, dans les oracles des prophètes qui l'ont annoncée ; de recueillir ses divins enseignements ; de rappeler sa puissance et ses victoires, de démontrer sa divinité; c'est l'heure d'accomplir, avec une fidélité plus généreuse, avec un plus ardent amour, les devoirs que nous impose ce signe de notre rédemption, ce symbole de notre foi, ce foyer de nos espérances, cette source unique de notre régénération et de notre salut.
Quel sujet, d'ailleurs, est plus cher à la piété catholique? Quel sujet pourrait mieux répondre aux épreuves de tous, en ces temps de périls et de combats, à la nécessite pressante de proclamer les grandes et éternelles vérités qui éclairent et qui sauvent, les difficiles mais indispensables devoirs de la pénitence, du dévouement, du sacrifice ? Quel sujet serait plus puissant pour relever, dans la lumière et l'espoir qui viennent d'en haut, les cœurs abattus, les Ames hésitantes et troublées?
•Lu puissance et le règne de la Croix précèdent de beaucoup son apparition sur la montagne du Calvaire. Dieu qui, pendant quatre mille ans, a préparé la venue de son Fils, la mission du Rédempteur d'Israël et du inonde, a annoncé la Croix par l'éclat des symboles et des figures et par les chants inspirés des prophètes.
Saint Paul nous apprend que tout, dans la loi antienne, était l'ombre des réalités à venir, la ligure de la Rédemption et de la loi nouvelle : Omnia in figuris contingebant illis, et ces choses ont été écrites pour servir à notre instruction : Scripta suntautem ad nostram correplionem '.
« L'Agneau de Dieu a été immolé dès l'origine du inonde », dit encore le grand Apôtre,: Agnus qui occisus est ab origine mundi. 11 a été immolé dès l'origine du inonde, par l'efficacité de la Rédemption qui s'étend à tous les hommes et a tous les temps, et par les sacrifices de la loi mosaïque et du sacerdoce lévilique qui annonçaient le sacrifice suprême et le sacerdoce éternel.
Le sacerdoce hébraïque, en effet, remonte jusqu'aux pieds de la Croix comme le sacerdoce catholique en descend. Les assises des deux sacerdoces ont été les apôtres et les prophètes ; mais la pierre angulaire qui porte les assises elles-mêmes, c'est le Christ Jésus : Superœdificati super fundamenlum apostolornm et prophetarum, ipso summo angnlari lapide Christo Jesu 2.
La première ligure de la Croix est l'arbre de vie qui étendait ses rameaux bénis et qui offrait ses fruits divins au premier homme dans l'innocence et le bonheur des premiers jours. « La Croix, a dit saint Augustin, est le véritable arbre de vie qui a porté Jésus-Christ le fruit de