COU., X
3 Ephes., m, 2(i.
vie : Est enini crux vera arbor vilœ quœ fructum vitœ tulit Christum \ »
Nous pouvons entendre de la Croix, qui résume la céleste sagesse et les dons de la bonté divine, ces paroles de Salomon : « Elle est l'arbre de vie pour ceux qui la saisissent, et celui qui la possède est heureux : Lignum vilœ est his qui apprehenderunt eam, et qui tenuerit eam beatus 2. »
De même que les fruits de l'arbre de vie renouvelaient dans l'homme innocent la force et la vie et devenaient une source d'immortalité, ainsi les sublimes enseignements de la Croix et son influence surnaturelle fortifient et renouvellent la vie divine dans les âmes. Plantée au milieu du jardin de la sainte Eglise, la Croix préserve delà mort les âmes qui lui demandent ses fruits de vie et cfiinmortalité.
La Croix est encore l'arbre du salut opposé à l'arbre de la science du bien et du mal, dont le fruit a donné la mort à notre premier père.
Profond et admirable dessein de la miséricorde divine qui a effacé, par le fruit de l'arbre de la Croix, la malédiction qui nous venait de l'arbre de la science du bien et du mal 1 « Nous étions morts par le péché et Dieu nous a rendu la vie avec Jésus-Christ nous remettant tous nos péchés, effaçant ce qui était contre nous, le titre du décret qui nous était opposé, le faisant disparaître en l'attachant à la Croix3. » De telle sorte que « là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé : Ubi abilndavit delictwm superabundavit gratia \ »
Après avoir touché à l'arbre mystérieux, le premier homme et sa postérité avaient été frappés des foudres de la malédiction divine : Jésus-Christ a pris sur lui cette
1 Contra Faust., cap. \ il.
- ProV., m, 18.
3 Cotoss., m, 14.
' Rom., v, 20.
malédiction et il l'a détruite parle supplice de la Croix que la loi mosaïque déclarait un supplice de malédiction : Malediclus qui prndet in ligna '. « Il nous a rachètes de la malédiction de la loi, dit saint Paul, en se faisant luimême maudit : Ckristus redemit nos de malediclione legis, factus pro nobis malediclus*. »
L'Église célèbre ce dessein de la sagesse et de la miséricorde divines quand elle chante ces paroles de la liturgie sacrée : « Afin que la vie jaillît de la source d'où venait la mort et que celui qui avait triomphé par le bois, fût, par le même bois, h jamais vaincu3. »
« Tout a été réuni dans l'IIomme-Dieu, dit saint Grégoire de Nazian a, pour réparer tout ce qui avait été détruit dans notre premier père. Le contraste est partout : arbre contre arbre, main contre main. Ici la main qui s'étend dans la résignation : là, celle qui s'étend dans la concupiscence; ici la main qui est attachée par des clous : là, celle qui cherche des sensations voluptueuses ; d'un côté, la main qui unit les extrémités de la terre : de l'autre celle qui chasse Adam du paradis. L'élévation est opposée à la chute ; le vinaigre et le iiel à la sensualité et à la gourmandise ; la mort à la mort; les ténèbres aux tenèbres; la sépulture au retour à la poussière. Enfin la résurrection du Christ est le gage de la nôtre4. »
L'échelle de Jacob est aussi la figure de la Croix. « Jésus nous a ouvert le ciel par la Croix, dit Bossuet, c'est pourquoi je la compare à cette mystérieuse échelle qui parut au patriarche Jacob, « où il voyait les anges monter et descendre"! a Oue veut dire ceci, chrétiens:' N'est-ce pas nous faire entendre que la Croix de notre Sauveur renoue le commerce entre le ciel et la terre ; que.
1 DfiUTER., XXI, 23.
a (ivi.Ai., m, 13.
3 Ul unili' mots orLebatur, iade vila resurgeret et qui in UgûO vincebat,ia li^no qiioque vinceretur. [Prœf. de (Iruce).
I Oral,
■ Gen., xxvm, 12.
par cette Croix, les saints anges viennent a nous, comme a leurs frères, à leurs alliés, et en môme temps, nors apprennent que, par la même Croix, nous pouvons remonter au ciel avec eux, pour remplir les places que leurs ingrats compagnons ont laissées vacantes l? »
La Croix est la verge miraculeuse de Moïse2; elle a frappé la pierre qui est Jésus-Christ3, et des plaies béantes, du côté ouvert du Fils de Dieu, elle a fait jaillir les Ilots intarissables de la grâce surnaturelle et de la vie divine 4.
La Croix a été figurée encore par le serpent d'airain que Moïse éleva dans le désert comme le signe et l'arbre du salut, afin que tous ceux qui le regardaient fussent guéris de la morsure des serpents envoyés par la justice irritée de Dieu. C'est l'interprétation du divin Maître luimême dans l'Evangile de saint Jean : « Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, disait le Sauveur, il faut que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il obtienne la vie éternelle 5. »
La Croix est encore ce bois mystérieux jeté par Moïse dans les eaux de Marath 6, pour en adoucir l'amertume. « Par ce bois, dit saint Augustin, Dieu a rendu ces eaux suaves, annonçant ainsi à l'avance la gloire et la grâce de la Croix \ »
Oui, c'est la Croix qui ôte leur amertume aux eaux si profondes et si troublées de nos épreuves et de nos douleurs. Elle met la résignation, la paix et la joie là où la nature abandonnée à elle-même ne trouve qu'abattement.
1 Discours sur la verlu de la Croix de Jésus-Christ.
2 NlM., XXII.
3 Oinnes eumdem potum spiritalem biberunt : bibebaut aulem de spiritali conséquente eos petra : petra au te m erat Christus. (I Cor.,x, l.ï
4 Haurietis aquas cum gaudio de fontibus salvatoris. (Isaijs, xii, 13.) G Sicut Moyses ex al ta vit serpentent in deserto, ita exaltari oportet
Filium hominis, ut oinuis qui crédit in ipsum non pereat, sed habeat vilain setemam. (Joan., ni, 14, 15.)
8 Exod., w, 23 et seq.
7 S. Arr.., in Exod. n 171.
tristesse et désespoir. Quand la Croix touche au calice de nos douleurs, elle le consacre et en fait le calice des divines ivresses, le calice de notre amour et de notre félicité : Calix meus inebrians, quam prœclarus est 1 !
Le signe de la Croix est représenté par le sang de l'agneau qui préservait la demeure des enfants d'Israël, à l'heure où passait Fange exterminateur2 ; et aussi par ce signe de Thau dont parle Ezéchiel, qui avait la forme exacte de la Croix et qui, imprimé sur le front, écartait les coups de la justice divine3.
Moïse devant ses bras en forme de Croix sur la montagne et obtenant ainsi au peuple de Dieu la victoire sur les armées d'Amalec4, est la ligure frappante de Jésus- Christ étendant les bras sur la Croix dans le sacrifice du Calvaire, les étendant encore, chaque jour et à chaque instant du jour, sur tous les points du monde, dans le sacrifice de nos autels. Quand Moïse abaissait ses bras fatigués, Amalec était victorieux ; quand il les relevait dans l'ardeur de ses supplications, la victoire revenait aux armées d'Israël. Et ainsi, depuis dix-neuf siècles, quand les divins enseignements du Calvaire sont méconnus; quand la Croix n'est plus adorée et aimée ; quand la pénitence et l'immolation n'ont plus de divines et irrésistibles séductions sur les âmes des fidèles et des pasteurs; quand l'épreuve et la persécution n'élèvent plus les cœurs audessus de la terre dans les élans du sacrifice et de l'espérance, les défaillances se multiplient et la défaite se met dans les légions de Dieu, l'erreur fait reculer la vérité, et la haine est victorieuse de l'éternel amour.
Pour annoncer la Croix, Dieu a ajoute à l'éclat des figures l'autorité de la prophétie.
Ecoutez la grande voix dlsaïe dans un récit qui parait
1 ps. xxii, 5.
2 Exod., xn, 7 et seq.
:i Ezech., IX, 4.
4 Exod., xvn, 12, 13.
T. il. 13
moins une vue de l'avenir que la narration du passe : « Nous l'avons vu, et il n'avait rien qui attirât l'attention,
et nous l'avons méconnu. SI nous a paru un objet de mépris, 1(3 dernier des hommes, un Immine de douleurs, qui sait ce qu'est la souffrance. Sun visage était comme caché et méprisable et nous ne l'avons pas reconnu. Véritablement il a pris sur lui nos langueurs et il s'est charge de nos douleurs. Nous l'avons considère eoinme un lépreux, comme un homme frappe de Dieu et humilie. Il a été percé de plaies pour nos iniquités et brisé pour nos crimes. Le châtiment, condition de notre peine, est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses blessures. Il a été offert parce qu'il l'a voulu. Il n'a pas ouvert la bouche. Il sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger ; il demeurera dans le silence comme l'agneau devant celui qui le tond. 11 est mort au milieu des douleurs, ayant été condamne par des juges \ »
Dans les clartés de sa vision, David contemple le Rédempteur sur le bois de son supplice. Il entend le cri de sa douleur : « Ils ont perce mes pieds et mes mains. Ils ont compté tous mes os ; ils se sont divise mes Vêtements et ils ont jeté ma robe au soi t ?. «
Puis ce sont les conquêtes et les gloires de la Croix que célèbrent les prophètes. Après avoir salué dans l'avenir la puissance de celui qui sera appelé l'Admirable, le Conseiller, le Dieu, le Fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix, Isaïe chante : « C'est sur ses épaules que reposera la puissance : Et principatus super humerum cjtis3. » — « Qui racontera sa génération:'... Lorsqu'il aura livré son âme pour le péché, il verra sa race durer longtemps, et la volonté de Dieu sera accomplie pour lui4. » — « Le Seigneur élèvera son étendard aux regards d'un peuple
1 Isai£, lui, 1 el seq.
2 Ps. xxi, 18, 19.