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Iules Simon, Diev, Patrie, Liberté, p

service social de l'enseignement ; car vos instituteurs peuvent éviter le service militaire, en accomplissant leur engagement de dix ans; les maîtres congréganistes, presque tous, restent fidèles jusqu'à leur dernier jour à ces rudes labeurs, et épuisent dans ces labeurs, leur santé et leur vie.

Il n'y a pas d'égalité dans les traitements : car le traitement d'un frère de nos écoles ne dépasse pas sept cents francs. Certes, — et on ne saurait trop le redire, — cet avantage n'est pas à mépriser, en ce moment surtout et dans l'état lamentable où se trouvent les finances de l'État et des communes.

J'ai cité ailleurs une commune où cinq Frères, luges dans un appartement délabré, recevaient 1,500 francs par an, ou 300 francs chacun. Ils donnaient encore des leçons supplémentaires; ils faisaient l'aumône, et soignaient parfois les malades. Ils ont été remplaces par trois instituteurs, dont le directeur seul, re.oit un traitement de 2,500 francs et a un appartement de cinq pièces, dans de magnifiques bâtiments récemment construits.

Vos instituteurs ont des pensions de retraite. Les Frères n'en ont pas ; ils vivent et meurent dans la pauvreté.

Il n'y a pas d'égalité, dans l'unité de la direction et dans la méthode. C'est l'aveu d'un de vos -inspecteurs généraux, démontrant à des contradicteurs la supériorité de l'enseignement congréganisle : « Chez nous, disait-il, il y a beaucoup d'officiers et peu ou point de soldats. Dans les écoles des Frères, quelque nombreuses qu'elles soient, il y a un officier qui commande et des soldats qui obéissent. »

Il n'y a pas égalité absolue dans le dévouement. Non pas que je conteste le dévouement sincère de vos instituteurs; mais en comparant l'ensemble de leur vie avec celle des maîtres congréganisles, l'égalité parfaite ne peut être admise. Les Frères de nos Ecoles sont soumis, eu effet.

non seulement à un travail incessant, niais à la vie la plus austère et la plus dure. Je défie bien, non seulement Messieurs les Ministres, les Sénateurs et les Députés, mais vos instituteurs eux-mêmes, de supporter, pendant quelques semaines, la règle que les Frères de nos Ecoles acceptent avec joie, pour leur vie tout entière.

Il n'y a pas égalité dans les succès, au point de vue de l'éducation. Demandez ce qu'elles en pensent, aux familles même indifférentes, ou hostiles à la religion. Laissez, une fois encore, à ces familles la liberté, et vous verrez en qui elles ont confiance, pour l'éducation de leurs enfants. Allez donc interroger loyalement les populations de ces communes où vos instituteurs et vos institutrices, honnêtes et capables, je ne veux pas le contester, ont remplacé les maîtres et maîtresses congréganistes; etoffrez-leur le choix entre ce qu'elles ont perdu et ce que vous leur avez donné. Vous verrez si elles hésiteront.'

Il n'y a pas égalité, enfin, dans les succès, au point de Vue de l'instruction elle-même ; car partout, les succès affirment en particulier la supériorité de renseignement des Frères des Ecoles Chrétiennes ; et un de vos inspecteurs généraux leur disait, dans une exposition internationale de pédagogie : « Vous avez sauvé l'honneur de la France. »

Que dis-je ? Vous êtes vous-même si convaincu de ces succès, qu ils vous inspirent une véritable terreur: et que cette terreur elle-même inspire vos décrets et nos lois.

Vous avez dit que nous demandions une faveur, au point de vue du service militaire. Non, Monsieur le Ministre ; nous ne demandons que l'égalité. Nous demandons que les instituteurs des écoles privées et les instituteurs des écoles publiques soient exempts du service militaire. Mais, si une faveur était nécessaire, qui donc l'aurait méritée?

Si vous avez refuse d'admettre l'égalité entre les deu\

enseignements, vous avez affirmé la liberté pleine et entière des écoles privées. Il est inutile que je rappelle vos paroles, je les citais il y a quelques instants.

Et cette liberté, ici encore, comment Pentendez-vous".' Nous avez affirmé que l'État était le maître de Venseignemenl public, et que l'État avait charge d'âmes; et vous vous êtes attiré d'un ancien ministre républicain, de M. de Marcère, cette sévère réponse : « Ce qu'on vous demande, c'est la liberté de l'enseignement, c'est-à-dire l'égalité, entendez-vous? Car la liberté et l'égalité, c'est tout un... L'État n'a pas charge de mon âme, ni de celle de mes enfants, ni de celle de vos enfants à vous-même, Monsieur le Ministre. C'est là une parole — vous vous êtes défendu contre l'épithète, mais enlin elle convient parfaitement au mot — c'est une parole jacobine. »

L'Etat, maître de l'enseignement public, c'est, dans les villes et les villages où les écoles publiques existent seules, et partout où les parents, placés sous la dépendance du gouvernement et des municipalités, sont obligés d'envoyer leurs enfants dans ces écoles; c'est demain, dans la France entière, c'est l'éducation et l'instruction des enfants, c'est l'âme de tout un peuple à la merci de l'Etat. L'Etat, c'est vous aujourd'hui, Monsieur le Ministre. L'État, dans quelques mois peut-être, ce sera le gouvernement des députés qui organisent les grèves et qui -glorifient les assassins !

Toutes ces démonstrations, je les ai déjà faites, et je nous renouvelle le défi d'y répondre un seul mot.

Vous affirmez que les écoles privées ou les écoles congréganistes ont une pleine et entière liberté. M. Chesnelong vous a démontre jusqu'à l'évidence que vous les frappez à mort.

Ces affirmations ne peuvent être ni démenties ni discutées, mais il est nécessaire que la France les connaisse et qu'elle en apprécie la valeur.

Oui, au point de vue de l'enseignement, au point de vue

strictement pédagogique,, le Sénat a voté la destruction des écoles privées et des Congrégations enseignantes.

Quand les Frères des Ecoles Chrétiennes auront prépare pendant quatre ans, cinq ans, dix ans peut-être, et au prix de quels sacrifices! des jeunes gens de choix à la difficile mission de l'enseignement; quand ils les auront formés par un travail incessant et pénétrés de tous les détails de leur incomparable méthode, le service militaire les saisira. Lorsqu'ils auront passé quatre ans, et plus tard trois ans au moins sous le poids des exigences du service militaire, dans l'impossibilité absolue de poursuivre leurs études, que restera-t-il à ces jeunes gens de cette préparation si précieuse, si nécessaire? En supposant qu'ils restent fidèles à leur premier dessein, quelle difficulté de reprendre leurs études, quels efforts, pour réparer le temps perdu!

On vous a rappelé ces paroles de M. Jules Ferry : « Nous savons très bien que le service militaire, le service d'un an nous enlèvera des instituteurs. Nous ne nous faisons pas d'illusion à cet égard. Plus d'un et des meilleurs, parmi les jeunes gens pourvus du brevet de capacité qui seront désormais soumis au service d'un an, se sentira attiré par le prestige de la vie militaire, de répauletfe. Le recrutement des instituteurs — je le dis avec une pleine franch se, et je crois que c'est l'avis de toutes les personnes compétentes — aura à en souffrir. »

Que sera-ce du service de trois ans ou de quatre ans?

Cette raison s'applique aux instituteurs publics comme aux instituteurs privés. Mais il y a entre eux, à un autre point de vue, une différence essentielle que M. Chcsnejpng signalait en ces termes : « En rentrant du service militaire, les instituteurs publics trouveront un poste qui les attend, une carrière tout ouverte où ils n'auront qu'à reprendre leurs classes. Mais l'instituteur libre, lui, ne sera pas dans ce cas : il devra rouvrir une carrière interrompue ; il devra, sur de nouveaux frais et avec de nouveaux hasards, fonder une nouvelle école.

« Dans ces conditions, soyez-en sûr, la carrière de l'enseignement libre ne tentera pins personne. Vous n'en rendez pas seulement l'accès difficile, mais vous le fermez. Quand le personnel actuel aura disparu, l'enseignement libre sera mort, absolument mort, il ne pourra pas renaître. Et je vous défie de soutenir à eette tribune que ce n'est pas là une conséquence forcée et indéniable de votre article 58. »

Quant aux congrégations enseignantes, vous les détruisez fatalement en rendant leur recrutement impossible. Quels sont, en effet, les membres de ces congrégations qui, après avoir passé par la vie des casernes et des camps, accepteront de nouveau le joug des trois vœux qui sont l'essence même de la vie religieuse?

Ce qui fait le caractère, la force et la vie des congrégations religieuses, c'est le noviciat; le noviciat est la source première de leurs vertus et de leurs succès. Mais comment l'influence du noviciat résistera-t-elle aux influences et aux périls du service militaire? Certes, ce n'est pas moi qui calomnierai l'armée française; mais personne ne contestera que la vie des casernes et des camps est le péril suprême pour les vocations religieuses et les vocations ecclésiastiques.

Kl puis, pensez-vous que les parents permettront à leurs enfants de se préparer pendant de longues années à l'enseignement, dans une congrégation religieuse, quand ils verront leur vocation ainsi compromise, quand ils auront constaté l'inutilité de tant de travaux et de tant de sacrifices ? Oui, une fois encore, votre loi supprime les congrégations enseignantes dans leur source première.

Et vous osez affirmer que vous n'opprimez pas les écoles congréganistes, et vous osez affirmer que ces écoles sont absolument libres! Où est donc la négation de la liberté, si elle n'est point ici? Où donc est l'oppression, si ceci n'est pas l'oppression? C'est l'oppression sans limite, c'est l'oppression jusqu'à la destruction et l'anéantisse-

ment. Une fois encore, Monsieur le Ministre, que faitesvous de la valeur et de la signification des mots, et quelle langue parlez-vous à la tribune française?

Vous êtes allé plus loin encore, et il faut bien ici que je cite vos paroles, car on aurait peine à croire à mon affirmation. Voici ces paroles : « Quand vous venez me demander aujourd'hui au moment même où nous organisons le service de l'État, de l'enseignement public, d'accorder les mêmes faveurs et les mêmes privilèges à l'enseignement congréganiste, ce n'est pas me demander de faire de la liberté, cela : c'est me demander de faire de l'anarchie. »

Ainsi, c'est bien entendu, la liberté des négations sacrilèges, la liberté de l'immoralité qui s'étale partout, la liberté des grèves qui ruinent les patrons et les ouvriers, et qui menacent la sécurité de notre pays, la liberté des réunions où tous les crimes sont encouragés et glorifies, la liberté absolue des membres de la Commune devenus députés, en attendant qu'ils deviennent ministres, la la liberté des théories sauvages exposées à la tribune de nos assemblées, ces libertés-là ne sont pas l'anarchie, ce sont des libertés précieuses et nécessaires, des libertés qui font aujourd'hui déjà et qui feront demain plus encore la prospérité et la gloire de la France. Mais la liberté de la religion de la majorité des Français, la liberté des familles chrétiennes, la liberté des consciences et des âmes, la liberté de l'enseignement privé et des congrégations enseignantes, la liberté du dévouement dans nos hôpitaux, la liberté de l'enfance, la liberté de la vie, de la mort et de la sépulture elle-même, la liberté des admirables Frères de nos Ecoles, etde nos religieuses héroïques, vous l'avez dit, c'est l'anarchie !

Évidemment, Monsieur le Ministre, vous avez jure de dépasser les plus sombres prévisions, et de jeter un perpétuel detl au sens commun et au sens moral!

Je ne puis rappeler ici les services rendus à la eau--'

de l'enseignement primaire par tant de Congrégations si régulières, si humbles et si dévouées. Les catholiques, le clergé, l'épiscopat ne payent-ils pas le tribut d'une vivo, reconnaissance à la Congrégation des Frères de la Doctrine chrétienne, fondée dans le diocèse de Nancy, aux Congrégations des Frères de l'Instruction Chrétienne ou de l'abbé de Lamennais, des Frères de la Croix de Jésus, de la Sainte-Famille, de Saint-Gabriel, de Saint-Viateur, de Saint-Joseph, des Petits-Frères de Marie, des Marianistes, et à tant d'autres encore que je ne puis nommer?

Mais je l'ai déjà fait remarquer, et je trahirais un grand devoir de justice et de reconnaissance si je n'insistais de nouveau : l'article que le Sénat vient de voter atteint, au premier rang, les Frères des Ecoles Chrétiennes, les disciples de l'abbé de la Salle. Quelle congrégation pourrait leur être comparée, au point de vue du nombre des maîtres qu'ils fournissent à l'enseignement primaire, et au point de vue de l'éclat des services qu'ils rendent dans l'univers entier? Pour moi, je les connais bien, je les ai étudiés de près : dans leurs constitutions, dans leurs noviciats, dans leurs travaux de chaque jour, dans leur vie si austère et si pauvre; et j'affirme que parmi les congrégations religieuses d'hommes, il n'en est pas une qui soit supérieure à ce grand Institut par l'esprit religieux, par la régularité, par l'obéissance parfaite et par le vrai dévouement. Ces humbles religieux, ils sont bien les Frères, les Chers Frères do's ouvriers et des pauvres, dont ils élèvent les enfants. C'est leur saint Fondateur qui a été le vrai initiateur de l'enseignement des enfants du peuple. Le grand Lorrain, Pierre Fourier, qui avait réussi à fonder l'enseignement des jeunes filles, avait échoué pour l'enseignement des garçons.

Cet enseignement des écoles primaires, des écoles vraiment nationales, parce qu'on y enseigne au peuple la langue nationale, c'est l'abbé de la Salle et ses disciples qui l'ont fondé.

Permettez-moi de eiler lies paroles que je prononçais sur ce sujet, en 1878, dans l'église de Saint-Roch, ii Paris1.

« Qui peut contester que la langue est une des causes les plus puissantes de l'unité d'un peuple? Elle fait circuler dans toutes les intelligences comme un principe uniquede vie ; elle transmet, d'une extrémité à l'autre d'un grand pays, avec la douceur eL la force des mêmes accents, les mêmes anxiétés et les mêmes douleurs, les mêmes joies et les mêmes espérances. Elle fait tressaillir toutes les âmes aux chants des poètes et sous la parole enflammée .des orateurs. Elle porte l'empreinte de l'esprit du peuple et elle conserve à cet esprit ses tendances, ses qualités et ses caractères distinctifs.

« C'est pourquoi, répandre dans tout un peuple la connaissance de la langue nationale, est une grande œuvre de patriotisme. Or, cette œuvre, non seulement les Frères des Écoles Chrétiennes l'accomplissent chaque joui' admirablement; mais ils ont été les premiers à l'entreprendre. A l'époque où le vénérable de la Salle fondait son Institut, la langue de Vaugelas et de saint François de Sales, la langue de Pascal, de Corneille et de Bossuet, la langue de Racine, de Fléchier et de Fénelon avait acquis, sous les efforts du génie, toute son harmonie, toute sa vigueur et toute sa beauté. Elle était devenue la langue de la politique et des cours, des savants et des académies ; delà Salle voulut en faire la langue du peuple.

« Certes, l'entreprise était difficile et capable de déconcerter l'intelligence la plus élevée et le cœur le plus va il lant. Pour y consacrer uniquement tous les efforts de ses disciples, le saint Fondateur leur interdit l'étude de la langue latine.

« Il lutte contre les préjugés avec une indomptable

! Sermon de charité en faveur des Petits Noviciats des Frère$ d- - Écoles Chrétiennes. Œuvres oratoires, t. I. Bray et R. et aux, 8-2, rue Bonaparte, à Paris.

énergie; il surmonte tous les obstacles par sa prudence, son babil été et la persévérance des maîtres qu'il a formés. Il rédige lui-même, dans cette langue, des alphabets, des catéchismes, des traités élémentaires; il en réduit les principes aux règles les plus claires et les plus simples: il groupe les lettres, puis les syllabes ; il analyse, il divise, il subdivise les phrases; il précise le sens de chaque parole.

« A la méthode déplorable qui consacrait successivement à chaque élève, aux dépens des autres, toute l'action du maître, il substitue la méthode qui concentre l'attention de tous sur une seule leçon. Il fonde enfin cet enseignement qui ne sera jamais surpassé.

« Si donc l'instruction du peuple a réalisé d'incontestables progrès ; si la langue française cr-i parlée des Alpes aux rivages de la Bretagne, des frontières de la Belgique au sommet des Pyrénées, c'est au Fondateur des Ecoles Chrétiennes et à ses disciples que nous devons ce que j'appellerais un prodige de patriotisme.

« Et ne l'oublions pas, par l'influence de la langue et parla clarté de sa méthode, cet enseignement a contribués! conserver à l'esprit fiançais l'élévation, la netteté, la rapidit' des conceptions, et cette faculté d'exposition qu'aucun autre peuple ne possède au même degré.

« Ainsi, en resserrant les liens de l'unité nationale, en répandant l'instruction parmi les classes populaires, le vénérable de la Salle et ses humbles disciples ont créé, au sein du peuple de France, un courant qui transmet les pensées élevées, les passions généreuses, l'ardeur du savoir, l'admiration pour les nobles actions et pour les chefs-d'œuvre de l'esprit humain. »

Est-ce là, dites-moi, un service public?

Et c'est cet enseignement que vous voulez leur ravir, et c'est de ces écoles qu'ils ont créées que vous voulez les bannir !

Faut-il rappeler le dévouement des Frères des Écoles

Chrétiennes pendant notre dernière et lamentable guerre,

et les éloges qui leur ont été décernés par des généraux sur les champs de bataille? Faut-il rappeler ce prix destiné par la ville de Boston à la personne qui avait montré le plus de dévouement pendant le siège de Paris, et qui a été accordé par l'Académie Française, interprète de l'admiration de l'étranger et de la reconnaissance nationale aux Frères des Écoles Chrétiennes? Faut-il redire ce témoignage de l'illustre compagnie, déclarant qu'elle est heureuse de rendre justice à ces religieux si dévoués, et que ce prix sera comme la croix d'honneur attachée au drapeau du régiment.

Eh bien, ces religieux et ces Français, cet admirable Institut et ce régiment héroïque, vous les condamnez a mort I La France ne vous le pardonnera pas.

Mais ce n'est pas seulement au milieu de nous que les Frères des Écoles Cbrétiennes aiment et servent la patrie : partout où ils portent leurs pas, partout où ils ouvrent une école, ils font respecter et aimer la France. ils font rayonner l'ascendant de notre pays. Et. dites-moi, la France amoindrie et humiliée que vous nous faites tous les jours, peut-elle dédaigner de pareils auxiliaires:'

Écoutez, parmi tant d'autres que je pourrais citer, ces témoignages que j'emprunte au rapport d'un inspecteur général honoraire de l'Instruction publique ' : « Un de nos plus illustres hommes de mer qui a fait trois fois le tour du monde, l'amiral La ttoncière Le Nourry, prési dant un jour une modeste distribution de prix, disait ;m\ Frères directeurs de l'Ecole : « Je vous ai rencontres, mes Frères, sur bien des points du globe. Partout vous faites honneur au nom français, partout vous inculquez aux populations, par le respect de la religion, le respect affectueux de la France. »

1 Les petits noviciats des Frères des Écoles Chrétien)! es. Rapport présenté par M. Eupène Rendu, inspecteur général honoraire de l'Instruction publique, ancien député, délégué du conseil de l'enseignement primaire libre, dans la séance annuelle du 16 décembre 1885.

« Qui dit catholique en Orient dit Français, et, ajoute le rapport, toute école religieuse qui s'élève sur les rivages de Tunisie, d'Egypte ou de Syrie est une forteresse pacifique d'où rayonne, avec le respect de notre drapeau, un invincible amour de la France. »

« En 1860, Fuad-Pacha disait au consul français de Syrie : « Je ne crains pas les quarante mille baïonnettes que vous avez à Damas. Je crains les soixante robes que voilà, dit-il en montrant les religieux. — Et pourquoi? demanda le consul. — Parce que ces robes-là font germer la France dans ce pays *. »

Admirables paroles! Oui,, ces humbles Frères font germer la France au milieu de nous, dans les pays lointains et sur tous les rivages du monde ! Oui, ils font germer la France des fortes croyances et des nobles vertus, la France des guerriers valeureux, des ouvriers laborieux et honnêtes et des familles bénies, la France des héros et des saints, la France puissante, respectée et aimée, la France des nobles alliances et des pacifiques conquêtes, la vraie France, Monsieur le Ministre.

La France que font germer ceux qui outragent ces humbles Frères et qui les persécutent, c'est la France des alliances impuissantes ou de l'abandon, la France qui laisse massacrer, dans les pays qu'elle veut conquérir, ses enfants dévoués et ses seuls alliés fidèles, les missionnaires et les chrétiens, la France des traités que nous connaissons, la France qui envoie, pour la représenter dans des régions lointaines, les prétendus amis du peuple, comblés d'or et de dignités, tandis que le peuple, auquel ils s'efforcent d'enlever toute consolation et toute espérance, tandis que le peuple manque de pain. Et quelle France, grand Dieu! vont-ils faire germer là-bas!

1 M. Rendu ajoute : « Qui raconte ce trait? Un écrivain du Journal des Débats, M. Gabriel Charmes », et il cite encore le témoignage de M. Francis Charmes, aujourd'hui directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères, et qui appelle les Frères des Ecoles chrétiennes : « Ces vaillants pionniers qui défrichent le terrain où notre civilisation poussera. »

Vous êtes pour cette France-là, sans doute, Monsieur le Minisire, puisque l'autre France vous la combattez sans pitié. Moi, je suis pour la France qui fait germer, au milieu de nous et au loin, la justice et la vraie liberté. Je suis pour la France qui fait germer l'enseignement chrétien, la pauvreté volontaire, l'abnégation sans limite, le dévouement qui donne tout et qui ne coûte rien. Je suis contre la France des ambitieux et des blasphémateurs, des révoltés et des persécuteurs. Je suis pour la France des Écoles chrétiennes et des Sieurs de charité.

Mais il faut finir, et je veux le redire en finissant, la question que je traite ici, est pour les catholiques une question de vie ou de mort. La cause que je défends, c'est la cause de l'existence des congrégations enseignantes et de l'enseignement chrétien, c'est la cause de la liberté des consciences et des âmes, et par conséquent de toutes les libertés et de tous les droits, la cause de la justice et du patriotisme.

C'est la cause de la religion. Après les écoles primaires libres, les écoles secondaires et supérieures seront détruites, les séminaristes et les prêtres seront, jusqu'à l'âge de quarante ans, soumis au service militaire ; le recrutement du clergé et le service des paroisses deviendront impossibles, et la religion catholique et toute religion disparaîtra.

C'est la cause du passe, qui a droit à notre reconnaissance, et qui est la seule assise sur laquelle nous puissions bâtir; c'est la cause <lu présent désolé par des luttes et des angoisses de chaque jour: c'est la cau<c de l'avenir qui apparaît lugubre et qui peut devenir fatal pour notre pays, cardans ces luttes, la France elle-même peut périr.

Il s'agit d'être ou de n'être pas. Les catholiques de France le comprendront-ils enfin ?

\ nus espérez, sans doute, Monsieur le Ministre, qu'ilrie le comprendront pas ! Ri vous nie demandes à quoi

peuvent aboutir mes protestations. Elles ne peuvent arrêter, je le reconnais, ni les Chambres ni le gouvernement, sur les pentes fatales où ils sont engagés, et je ne vois pas qu'elles émeuvent beaucoup, en ce moment, les catholiques de France. Les félicitations qui me sont adressées ne constituent, je le sais, ni une résistance sérieuse contre vos desseins, ni un secours efficace pour les causes que je défends.

Mais ce ne sont pas les catholiques seulement qui restent ensevelis dans l'indifférence, ce sont tous les Français soucieux de leurs libertés et de leurs droits, de la sécurité et de l'avenir de leur pays, qui attendent pour protester, pour se lever et pour agir, que nos maux soient sans remède et que nous touchions au fond des abîmes.

Mais, quoi qu'il en soit de cet aveuglement fatal et de cette insouciance criminelle, j'aurai du moins accompli mon devoir; j'aurai fait entendre les revendications de la religion persécutée, de la liberté outragée, de la justice foulée aux pieds, les revendications des faibles et des vaincus. J'aurai, une fois encore, délivré mon âme, si je ne puis délivrer les autres.

S'il faut succomber, je succomberai comme le soldat qui, sur les remparts démantelés, sur la brèche ouverte vers laquelle s'élancent les légions du vainqueur, salue d'un dernier cri d'amour et de fidélité le drapeau qu'il défend encore du dernier tronçon de son épée...

Mais non, quoi qu'il arrive, je ne désespérerai pas. Je ne désespérerai pas, parce que je crois au droit imprescriptible et à la justice éternelle, parce que je crois au Cœur de mon Dieu et à l'âme de la France.

Recevez, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments respectueux.

f Charles-François,

Évoque de Nancy et de Toul.

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