SIXIÈME LIGNE
Canal RichelieH.
Les Caoadiens établissent , sur leur territoire, un caoal qui complétera une autre communication entre l*Ëst et rOuest, c'est-à-dire entre THudson et le Saint- Laurent, entre New-York et Québec. La grande fissure en ligne droite, qui forme à Tlludson un si beau lit, entre New- York et Troy, s'est prolongée beaucoup au delà. £lle se continue, toujours dirigée au Nord, jusqu'au Saint-Laurent, par le lac Cbamplaîn, qui occupe une longue et étroite dépression au milieu des montagnes, et par la rivière Richelieu. Entre le lac Champlain et THudson ^ Ton n'a à traverser qu'une crête élevée de 39™, 75 au-dessus de l'Hudson, et de 46°^, 45 au-dessus du lac. La rivière Richelieu, qui sort de l'extrémité opposée du lac, et qui se décharge dans le Saint-Laurent, est interrompue par des rapides. On y achève, sur une longueur de quatre lieues trois quarts, un canal latéral établi sur de belles dimensions (t), qui sera livré au commerce avant un an; il aura coûté 4,870,000 fr., ou 394,000 fr. par lieue. La distance de New-Yorii à Québec, par les canaux et les fleuves, sera de cent quatre-vingt-dix lieues.
Un. chemin de fer, actuellement en construction,
(1) il y a 19 met. 50 de large à la ligne d^eau, 1 met. 80 de profondeur. Les écluoes ont 56 met. 50 de long sur 7 met. 30 de large. 11 doit éirc praticable pour les goeleiK» du lac.
LETTIUS XXIL t«T
qui part de ëaiiit-Jcan , où commenoent, da cdté du lao, les rapides de la rivière Rtdieliea, et qui doit se terminer ati village de la Prairie, sur le Saint-Laurent, vis-à-vis de Montréal, après un parcours de six lieues et demie, fera, pour cette dernière ville, ce que le canal précédent doit faire pour Qu^)ec. Il coûtera très-peu, environ 125,000 fr. par lieue, ou en tout 800,000 fr. La distance de Nevir-York à Montréal sera ainsi de cent quarante-cinq lieues.
Communications entre la vaUée du Mississipi et celle
du Saint-Laurent,
Il n'existe entre ces deux vallées aucune chaîne de montagnes. Le bassin des grands lacs, dont les eaux réunies forment le Saint-Laurent, n'est séparé du bassin duMissîssipi que par un contre-fort des Âlléglianys» descendant de TEst à TOuest, dont la plus grande hauteur au-dessus des lacs est à peine de 150 mètres, et qui s'abaisse rapidement vers TOuest, au point de ne plus être élevé, sur les bords du lac Michigan, que d'un petit nombre de mètres. Durant la saison des plaies qui gonflent les ruisseaux et emplissent les marais ^u point départage, nos Français du Canada passaient en pirogue du lac Michigan dans la rivière des Illinois (i). Ce contre-fort occupe en largeur ce qui lui manque
(t) lis suivaient la rivière Pleine.
198 LES T0IB9 DE COIIllOlflCATIOIl.
en hanteor. Ce D*est point une crête, c*e6t on plaieao qui se confond gradoellement par dea pentes douces arec les plaines qui Fentourent. Son faite aplati est rempli de marécages, et offre ainsi de grandes facilités d'alimentation pour les canaux qui auraient à le traverser. Vers l*0ne8t, là où il est à peu près au niveaa du sol, il offre souvent le caractère général d'aridité qui appartient aux Prairiei avec lesquelles il se confond.
PREMIÈRE LIGNE
Canal d^Okio.
Entre les deux vallées il n*y a d'achevée encore qu'une grande communication. C'est le canal de l'État d^Ohio qui traverse cet État du Nord au Sud , et s'étend de Portsmouth sur le fleuve Ohio, à Gleveland, petite ville toute neuve, née aux bords du lac Érié depuis l'établissement du canal. Il a cent vingt- deux lieues de long, et a coûté 22,730,000 fr., soit 186,000 fr. par lieue. Ce prix est très-bas ; cependant toutes les écluses sont en pierres de taille. Il est vrai que le terrain était éminemment favorable.
Cet ouvrage a été exécuté aux frais de l'État d'Ohio qui l'entreprit à la même époque où la Pensylvanie et Baltimore se jetaient, à la suite de New-^York, dans les travaux publics. Ce jeune État, avec sa population de cultivateurs, qui ne comptait pas dans son sein un seul homme de l'art, dont les citoyens les pins éclairés
LETTRE XXII. 19d
n avaient jamais Yii d^autre canal que celui de New-York au lac Ërié , a pu , avec Taide de quelques ingénieurs de second ordre empruntés à TËtat de New-York, exécuter un canal plus long que le plus long canal de France, avec plus d'intelligence et dliabileté que n'en a déployé la Pensylvanie , malgré les lumières dont Philadelphie abonde. Il y a, dans cette population agricole de TOhio , presque toute originaire de la Nouvelle-Angleterre , un instinct des affaires , une sagacité pratique et une aptitude à faire tous les métiers sans les avoir appris, que Ton chercherait en vain dans la population anglo-geripanique de la Pensylvanie. Les législateurs, sous la direction de qui se sont exécutés les travaux publics dans Tun et Tautre État, étaient, comme cela se rencontre ordinairement aux États-Unis, rimage parfaite de la masse qui les avait nommés, avec ses qualités et ses défauts. Les commissaires des canaux de TÉtat d'Ohio joignaient à un beau désintéressement un bon sens admirable ; c'est à eux que doit revenir là majeure part de la gloire d'avoir conçu le canal de TOhio, de l'avoir tracé et fait exécuter. C'étaient des avocats et des agriculteurs, qui se mirent à faire des canaux tout naturellement, sans efforts, et sans soupçonner qu'en Europe on n'ose se charger de pareils travaux , à moins de s'y être préparé par de longues études scientifiques. Aujourd'hui, dans cet État, établir des canaux n'est plus uu art, ce n'est qu'un métier. La science de la canalisation 8*y "est vulgarisée. Le premier venu , dans les bar-rooms, vous exposera, en prenant un verre de whiskey, comment
130 LES VOIES DB COmONICATION.
8*alifneiite un point de partage et coDimeiit se fondo une éclase. Tous nos mystères des ponts et chaussées sont ici tombés dans le domaine public, à peu près comme les méthodes de la géométrie descriptive que nous retrouvons dans les ateliers, où elles se perpétuaient par tradition , bien des siècles avant que Monge ne leur donnUit la sanction de la théorie.
J'ai déjà dit que les États d'Ohio , d'Indiana et dlllinois forpiaient un grand triangle, tout entier compris dans la vallée du Mississipi , k Texception d'une étroite langue de terre qui borde les lacs, et appartient, par conséquent, au bassin du Saint- Laurent. La pente général^ du terrain y est du Nord au Sud ; les cours d'eau y sont généralement dirigés dans ce sens ; c'est particulièrement vrai pour les grands affluents de rOhio et du Mississipi. Cette disposition des vallées secondaires n'est pas moins favorab^le que la configuration et l'humidité du plateau, qui sépare les deux bassins , à la création de beaucoup de voies de communication , de canaux surtout, entre l'Ohio ou le Mississipi, et les lacs d'autre part.