V) INTRODUCTION
çais, et leur demanda des instructions et des exemples. On ne tarda pas en effet à envoyer à Constantinople des généraux, des ofticiers de toutes armes , des savans , des artistes , et même des artisans de toutes les classes.
Quelque temps après, en 1797, le Grand- Seigneur, voulant faire exécuter dans le port . de sa capitale des travaux importans , et surtout une Forme pour radouber les vaisseaux de ligne , à Vinstar de celle que M. Brogniart avoit construite à Toulon , offrit à ce célèbre constructeur de passer à Constantinople avec des adjoints en état d'entreprendre et d'exécuter ces ouvrages.
M. Brogniart, déjà avancé en âge, et d'une foible santé, se vit forcé de refuser cette nouvelle occasion de faire briller ses talens.
Le gouvernement français le remplaça dignement par le choix qu'il fit de M. Ferregeau , ingénieur en chef des ponts et chaussées , dont l'expérience et l'activité promettoicnt un plein succès ; il désigna aussi ses collaborateurs.. C'est en qualité de dessinateur, que je fus compris dans celte honorable mission.
INTRODUCTION. vij
A notre arrivée à Constantinople , nous fumes surpris de voir les travaux pour lesquels nous avions été appelés, commencés par des ingénieurs étrangers. Il est vrai que les retards que l'on avoit apportés en France à notre départ , les accidens multipliés , les vents contraires, les longues relâches, qui avoient prolongé notre traversée outre mesure ; le bruit même qu'on avoit malignement répandu, que nous avions été pris en mer par les Anglais , ou que nous avions fait naufrage; enfin, l'impatience de jouir, l'un des traits les plus saillans du caractère turc, tout avoit été contre nous, devoit faire manquer notre mission, et la rendre inutile.
Je profitai néanmoins de foccasion de ce voyage pour recueillir, dans les contrées que je parcourois, ce que mes foibles connoissances me mettoient à portée d'observer avec fruit; et; dans la vue d'étendre mes jouissances en les faisant partager à ma famille et à mes amis, je déposai ces observations dans des Lettres écrites sur les lieux même; j'y joignis des vues exactes , dessinées d'après nature.
viij ^ INTRODUCTION.
C'est nn choix de ces Lettres et Dessins que je me proposai de publier ; mais d'autres voyages, des devoirs à remplir, et la gravure de mes dessins faite par moi-même, retardèrent de quelques années l'exécution de ce projet, et donnèrent le temps à un voyageur distingué, M. le docteur Pouqueville, qui, depuis, a parcouru à peu près les mêmes contrées, de faire paroître son Voyage en Morée. Je fus donc obligé de supprimer du mien tout ce qui n'auroit été qu'une répétition fastidieuse , et qu'on auroit pu prendre pour un plagiat.
Cependant, les objets vus par diverses personnes , sans cesser d'être les mêmes , peuvent inspirer des réflexions différentes, suivant l'aspect sous lequel on les envisage. Le même lieu, qu'un poëte embellira de tous les charmes de l'imagination, ne présentera à l'observateur profond qu'une source de regrets ; mais le peintre doit imiter la nature , s'il veut conserver la ressemblance qu'on exige dans un portrait. C'est sous ce point de vue que je considérois les objets , que je cher-