L'une des meilleures tragé
dies de Thomas Corneille ^1678).
— Elle met en scène la mort du comte dEssex (1601), ancien favori d'Elisabeth, que la reine livre au bourreau pour se venger de ses dédains présumés.
3. L'impression de Rousseau est exacte et semble provenir de ce que les caractères au théâtre prennent, quand ils sont bien traités, une généralité qui fait défaut
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a ses règles, ses iiiaxinn's, sa morale à jiait, aiii>i (|iie son lan^rage et ses vètemens. On se dit bien que rien de tout cela ne nous convient, et l'on se croiroit aussi ridicule d'adopter les vertus de ses héros, que de parler en vers et d'endosser un habit à la romaine. Voilà donc àr peu près à quoi servent tous ces grands sentimens et toutes ces brillantes maximes qu'on vante avec tant d'emphase; à les reléguer à jamais sur la scène, et à nous montrer la vertu comme un jeu de théâtre, bon pour amuser le public, mais qu'il y auroit de la folie à vouloir transporter sérieusement dans la société. Ainsi H la plus avantageuse impression des meilleures tragédies/» >£ est de réduire à quelques afTections passagères, stériles, ^ et sans effet, tous les devoirs de l'homme; à nous faire l applaudir de notre courage en louant celui des autres, de notre humanité en plaignant les maux que nous au-/ rions pu guérir, de notre charité en disant au pauvre. Dieu vous assiste !
On peut, il est vrai, donner un appareil plus simple à la scène, et rapprocher dans la comédie le ton du théâtre de celui du monde : mais de cette manière on ne corrige pas les mœurs, on les peint; et un laid visage ne paroît point laid à celui qui le porte. Que si l'on veut les corriger par leur charge, on quitte la vraisemblance et la nature, et le tableau ne fait plus d'effet. La charge ne rend pas les objets haïssables, elle ne les rend que ridicules; et de là résulte un très-grand inconvénient, c'est qu'à force de craindre les ridicules, les vices n'etfrayent l)lus, et qu'on ne sauroit guérir les premiers sans fo-
aux personnages individuels, historiques ou anecdotiques. Mais c'est pour cela même que ces ca-
ractères gt'néraux nous offrent en quelque mesure notre propre imase.
menter les autres. Pourquoi, direz-vous, supposer cette opposition nécessaire? Pourquoi, monsieur? Parce que les bons ne tournent point les méchans en dérision, mais les écrasent de leur mépris, et que rien n'est moins plaisant et risible que l'indignation de la vertu*. L^ejndicule, au contraire, est l'arme favorite du vice. C'est par ellejxu'attaquant dans le fond des cœurs le respect qu'^jidoit à la vertu, il éteint enfin l'amour qu'on lui porte^ / i Ainsi tout nous force d'abandonner cette vaine idée de perfection qu'on nous veut donner de la forme des spectacles, dirigés vers l'utilité publique^ C'est une erreur, disoit le grave Murait-, d'espérer qu'on y montre fidèlement les véritables rapports des choses : car, en général, le poète ne peut qu'altérer ces rapports pour les accommoder au goût du peuple. Dans le comique, il les diminue et les met au-dessous de l'homme; dans le tragique,
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1. Ici commencent à se manifester l'humeur sombre de Rousseau et sa répugnance contre la raison qui sourit au lieu de s'indigner. Il s'identifie dès à présent au personnage d'Alceste, qui est, comme on va le voir, son grand grief contre Molière.
2. Béat Louis de Murait (1665- 17i9), né à Berne, s'engagea dans le mouvement piétiste dont cette ville avait été le centre à la fin du xvii* siècle, et qui rayonna de là dans les divers pays protestants de la Suisse : sa vie en fut profondément troublée. C'est un des esprits les plus curieux de son temps et l'un des premiers Suisses qui aient pris une place distinguée dans la littérature française. 11 avait voyagé. Ses Lettres sur les Anglais et les
Français (1723) firent une grande impression. C'est dans ce livre que se trouve l'opinion sur le théâtre dont Rousseau fait usage au profit de sa thèse. — Il estimait beaucoup Murait, le cite souvent dans la Nouvelle HéMse, et trouvait en effet chez lui, sur les mœurs comparées des grandes capitales et de la Suisse, exactement sa propre façon de voir :
« Les gens sensés, qui ont vu les mœurs étrangères, le luxe et la vie licencieuse de la jeunesse s'introduire parmi nous, ont prévu dès lors la ruine de la nation, et l'ont prédite. » — Voy. Joseph Texte, Béat Louis de Murait et les origines du cosmopolitisme littéraire au xviii* siècle {Revue d'histoire littéraire de la France.
\o janvier 1894).
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il les (MoikI pour les rciKlic Ihtokiucs, et It's mcl audessus de riiunianilt'. Aiusi jauiais ils ue sout à sa mesure, et toujours uous voyous au tln'àlre d'autres êtres que uos seiublables. J'aj(tuteiai ([ue celte dillV-reuce est si vraie et si recounue, (juAristote eu lait uue règle dans sa Poétique* : Comœdia enim détériores, tragœdia nieliores quant ninic siiut, imitari conanlur. Ne voilà-t-il pas uue iuiitatiou bien euteudue, qui se propose pour objet ce qui u'est poiut, et laisse, cutre le dt'iaut et l'excès, ce qui est, comme une chose inutile? Mais qu'importe la vérité de l'imitation, pourvu que l'illusion y soit? il ne s'agit que de piquer la curiosité du peuple. Ces X)rodiuctions d'esprit, comme la plupart des autres, n'ont pour but que les applaudissemens. Quand l'auteur en reçoit et que les acteurs les partagent, la pièce est parvenue à son but, et Ion n'y cherche point d'autre utilité. Or, si le bien est nul, reste le mal; et, comme celui-ci n'est pas douteux, la question me paroît décidée. Mais passons à quelques exemples qui puissent en rendre la solution plus sensible.
Je crois pouvoir avancer, comme une vérité facile à prouver, en conséquence des précédentes, que le théâtre françois, avec les défauts qui lui restent, est cependant à peu près aussi parfait qu'il peut l'être, soit pour l'agrément, soit pour l'utilité; et que ces deux avantages y sont dans un rapport qu'on ne peut troubler sans ôter à l'un plus qu'on ne donneroit à l'autre, ce qui rendroit ce même théâtre moins parfait encoref Ce n'est pas qu'un homme de génie ne puisse inventer un genre de pièces préférable à ceux qui sont établis : mais ce nouveau genre, ayant besoin pour se soutenir des taleiis de l'auteur,