L'abbé Dubos
membre et secrétaire perpétuel de l'Académie française, outre divers écrit.s estimés sur l'histoire
(notamment l'Histoire critique de l'établissement de la monarchie française dans les Gaules, souvent citée et discutée par Montesquieu), s'était fait remarquer dans un tout autre genre par ses Réflexions critiques sur la poésie et sur la i)einture (1719), où se trouve la théorie dont parle ici Rousseau.
LETTRE A M. DAI.EMBEUT.
sont pures et sans mélange d'inquiétude pour nousmêmes. En donnant des pleurs à ces tlctions, nous avons satisfait à tons les droits de l'humanité, sans avoir plus rien à mettre du nôtre; au lieu que les infortunés en personne exigeroient de nous des soins, des soulagemens, des consolations, des travaux, qui pourroient nous associer à leurs peines, qui coiiteroient du moins à notre indolence, et dont nous sommes bien aises d'être exemptés. On diroit que notre cœur se resserre, de peur de s'attendrir à nos dépens.
Au fond, quand un homme est allé admirer de belles actions dans des fables et pleurer des malheurs imaginaires, qu'a-t-on encore à exiger de lui? >''est-il pas content de lui-même? Ne s'applaudit-il pas de sa belle âme? ne s'est-il pas acquitté de tout ce qu'il doit à la vertu par Thommage qu'il vient de lui rendre? Que voudroit-on qu'il fit de plus? Qu'il la pratiquât lui-même? il n'a point de rôle à jouer : il n'est pas comédien ^
Plus j'y réfléchis, et plus je trouve que tout ce qu'on met en représentation au théâtre, on ne l'approche pas de nous, on l'en éloigne. Quand je vois le Comte cVEssex^, le règne d'Elisabeth se recule, à mes yeux, de dix siècles; et si l'on jouoit un événement arrivé hier dans Paris, on me le feroit supposer du temps de Molière''. Le théâtre