Les objets qui garnissent les murs
2. Chambre chaufifée par un poêle. — Cf. Descartes, hisc. de la méthode, 2' partie : « Le commencement (le riiiver m'arrêta en un
quartier où, ne trouvant aucune conversation qui me divertit..., je demeurois tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j'avois tout le loisir de m'entretenir de mes pensées. »
.l.-.T. ROUSSEAT".
mens est de chanter avec leurs femmes et leurs enfans
^•^Ç les psaumes à quatre parties; et l'on est tout étonné
^ X^d'entendre sortir de ces cabanes champêtres l'harmonie
^ I>'jJU"" forte et mâle de GoudimelS depuis si longtemps oubliée
^.tf^ de nos savans artistes.
\ Je ne pouvois non plus me lasser de parcourir ces charmantes demeures, que les habitans de m'y témoigner la plus franche hospitalité. Malheureusement j'étois jeune; ma curiosité n'étoit que celle d'un enfant, et je songeois plus à m'amuser qu'à m'instruire. Depuis trente ans, le peu d'observations que je fis se sont effacées de -V ma mémoire. Je me souviens seulement que j'admirois sans cesse, en ces hommes singuliers, un mélange étonnant de iinesse et de simplicité, qu'on croiroit presque incompatibles, et que je n'ai plus observé nulle part. Du reste, je n'ai rien retenu de leurs mœurs, de leur société, de leurs caractères. Aujourd'hui que j'y porterois d'autres yeux, faut-il ne revoir plus cet heureux pays ^\ Hélas! il est sur la route du mien.
N Après cette légère idée, supposons qu'au sommet de la montagne dont je viens de parler, au centre des habitations, on établisse un spectacle tixe et peu coûteux, sous prétexte, par exemple, d'otlrir une honnête récréation à des gens continuellement occupés, et en état de
1. Musicien franc-comtois du XVI' siècle, qui a composé un chant à quatre parties sur les psaumes traduits par Clément Marot et Théodore de Bèze. 11 fut tué à
'Lyon en 1572 après la Saint-Darthélemy.
2. 11 revit quatre ans après, avec im désenchantement complet, « ce pays qu'il avait tant
aimé ». — « J'y croyois retrouver, dit-il, ce qui m'avoit charmé dans ma jeunesse, tout est changé ; c'est un autre paysage, un autre air, un autre ciel, d'autres hommes; et, ne voyant plus mes montagnons avec des yeux de vingt ans. je les trouve beaucoup vieillis. » {Lettre à M. le maréchal de Luxembourg, Motiers. le 20 janvier 1763.1 »
supporter cette petite dépense; supposons encore qu'ils prennent du goût pour ce même spectacle, et cherchons ce qui doit résulter de son établissement.
Je vois d'abord que leurs travaux, cessant d'être leurs "^i amusemens aussitôt qu'ils en auront un autre, celui-ci les dégoûtera des premiers, le zèle ne fournira plus tant de loisir, ni les mêmes inventions. D'ailleurs il y aura chaque jour un temps réel de perdu pour ceux qui assisteront au spectacle ; et l'on ne se remet pas à l'ouvrage l'esprit rempli de ce qu'on vient de voir; on en parle, ou l'on y songe. Par conséquent relâchement de .travail : premier préjudice.
Quelque peu qu'on paye à la porte, on paye enfin ; « c'est toujours une dépense qu'on ne faisoit pas. Il en coûte pour soi, pour sa femme, pour ses enfans, quand on les y mène, et il les y faut mener quelquefois. De plus, un ouvrier ne va point dans une assemblée se montrer en habit de travail; il faut prendre plus souvent ses habits des dimanches, changer de linge plus souvent, se poudrer, se raser : tout cela coûte du temps et de l'argent. Augmentation de dépense : deuxième préjudice.
Un" travail moms assidu eT~îme dépense plus forte exigent un dédommagement. On le trouvera sur le prix n des ouvrages qu'on sera forcé de renchérir. Plusieurs marchands, rebutés de cette augmentation, quitteront les Montagnons* et se pourvoiront chez les autres Suisses leurs voisins, qui, sans être moins industrieux, n'auront point de spectacles, et n'augmenteront pûJJit leurs prix. Diminution de débh : troisième préjudice^
Dans les mauvais temps les chemins ne sont pas pra-(^
' C'est le nom quon donne dans le pays aux liabitans de cette montagne.
•I.-J. liOl'SSEAr
ficalilos: ol connue il faudra toiijoius, dans ces leinps-là, (|iie la troupe vive, elle n'interrompra pas ses représentations. On ne pourra donc éviter de rendre le spectacle abordable en tout temps. L'hiver il faudra faire des chemins dans la neige, peut-être les paver; et Dieu veuille qu'on n'y mette pas des lanternes 1 Voilà des dépenses publiques; par conséquent des contributions de la part • des particuliers. Établissement d'impôts : quatrième prémilice.
<) I^T^s^femmes des Montagnons, allant d'abord pour voir, et ensuite pour être vues S voudront être parées; elles voudront l'être avec distinction; la femme de M. le justicier- ne voudra pas se montrer au spectacle mise comme celle du maître d'école; la femme du maître d'école s'efforcera de se mettre comme celle du justicier. De là naîtra bientôt une émulation de parure qui ruinera les maris, les gagnera peut-être, et qui trouvera sans cesse mille nouveaux moyens d'éluder les lois somptuaires. Ijitroduction du luxe : cinquième préjudicejJJ
' Tout le reste esTTacile à concevoir. Sans mettre en ligne de compte les autres inconvéniens dont j'ai parlé, ou dont je parlerai dans la suite ; sans avoir égard à l'espèce du spectacle et à ses effets moraux, je m'en tiens uniquement à ce qui regarde le travail et le gain, et je ci;ois montrer, par une conséquence évidente, commentj^nf peuple aisé, mais qui doit son bien-être à son industrie, changeant la réalité contre l'apparence, se ruine à l'instant qu'il veut briller.
1. 11 leur applique le mot d'Ovide sur les belles dames de Rome (Ars am., I, 99) :
Spcctatum veniunt, veniunt spec- [tentur ut ipsje.