Justicier est, dans la princi
pauté de Neuehàtel. le nom du magistrat local ; Rousseau avait mis d'abord, par inadvertance : M. le Chntelnin, qui est le terme correspondant à celui de justicier pour l'Etat de Berne.
LETTRE A M. DALEMBERT. t>0
\Au rosle, il ne faut point se récrier conlre la chimère de ma supposition; je ne la donne que pour telle, et ne veux que rendre sensibles du plus au moins ses suites inévitables. Otez quelques circonstances, vous retrouverez ailleurs d'autres Montagnons ; et, mutatis mutandis, l'exemple a son application.
Ainsi, quand il seroit vrai que les spectacles ne sont pas mauvais en eux-mêmes, on auroit toujours à chercher s'ils ne le deviendroient point à l'égard du peuple auquel on les destine. En certains lieux, ils seront utiles pour attirer des étrangers, pour augmenter la circulation des espèces, pour exciter les artistes S pour varier les modes, pour occuper les gens trop riches ou aspirant à l'être, pour les rendre moins malfaisans, pour distraire le peuple de ses misères, pour lui faire oublier ses chefs en voyant ses baladins, pour maintenir et perfectionner le goût quand l'honnêteté est perdue, pour couvrir d'un vernis de procédés la laideur du vice, pour empêcher, en un mot, que les mauvaises mœurs ne dégénèrent en brigandage. . En d^autres lieux ils ne serviroient qu'îf détruire ramoui^du travail, 'a décourager llindustrie, à rumer les particuliers, à leur inspirer le-goùt de l'oisivetéTiriéur faire chercher les moyens de subsister sans rien faire, à rendre un peuple^nactif et lâche, à l'empêcher de voir les objets publîcs^tpartic^îîîers dt^jt il doit s'occuper, "a tourner~Ta^^sagesse^ en ridicule, a ^substituer un jargon de théâtre à la pratique des vertus, à mettre toute la morale en métapliy^siqup, h travestir leg. citoyens erTbeaux espritlJes mères de famille en petites maîtresses, eTTësTilles enamoureuses de comédic///I^'efret
1. Les ouvriers de métiers, dans I /tr, non au travail, niais à l'invenla langue ^u temps ; pour les exci- | tion^
1(10 .T.-J. ROISSEAF.
p.nn'ian sera le même sur tous les hommes; mais les hommes, ainsi changés, conviendront plus ou moins à leur pays. En devenant égaux, les mauvais gagneront, les bons perdront encore davantage ; tous contracteront un caractère de mollesse, un esprit d'inaction, qui ôtera aux uns de grandes vertus, et préservera les autres de méditer de grands crimes.
De ces nouvelles réflexions il résulte une conséquence directement contraire à celle que je tirois des premières 2, savoir que, quand le peuple est corrompu, les spectacles lui sont bons, et mauvais quand il est bon lui-même. Il sembleroit donc que ces deux effets contraires devroient s'entre-détruire, et les spectacles rester indifTérens à tous : mais il y a cette difterence, que l'effet qui renforce le bien et le mal, étant tiré de l'esprit des pièces, est sujet comme elles à mille modifications qui le réduisent presque à rien 5; au lieu que celui qui change le bien en mal, et le mal en bien, résultant de l'existence même du spectacle, est un effet constant, réel, qui revient tous les jours et doit l'emporter à la fm.
Il suit de là que, pour juger s'il est à propos ou non d'établir un théâtre en quelque ville, il faut premièrement savoir si les mœurs y sont bonnes ou mauvaisesj question sur laquelle il ne m'appartient peut-être pas de prononcer par rapport à nous. Quoi qu'il en soit, tout ce que je puis accorder là-dessus c'est qu'il est vrai que la
1. Cet effet général, il le détermine quelques lignes plus bas :
« caractère de mollesse, esprit d'inaction )^. Le mot de raffineî?!*»»/. dans toute rétendue du sens, dirait bien la cbose.