‹ Lettre à M. d'Alembert sur les spectaclesChapitre 74 sur 78 · s. -ont. : >ans rien... : ellipse peu correcte · texte numérisé non relu

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LETTRE A M. DAEEMBERT. 201

ionnité, la journéo sans la trouver trop ionrriio, ol la vie sans la trouver trop courte. Ils s'en relournoient chaque soir, gais et dispos, prendre leur Irugal repas, contens de leur pat lie. de leurs concitoyens et d'eux-niènies. Si l'on demande quelque exeuqde de ces divertissemens publics, en voici un rapporté par Plutarque*. Il y avoit, dit-il, toujours trois danses en autant de bandes, selon la différence des âges; et ces danses se faisoient au chant de chaque bande. Celle des vieillards conimençoit la première, en chantant le couplet suivant :

Nous avons été jadis Jeunes, vaillans et hardis.

Suivoit celle des hommes, qui chantoient à leur tour, en frappant de leurs armes en cadence :

Nous le sommes maintenant.

A l'épreuve à tout venant.

ne savoit plus ce quon faisoit. toutes les têtes étoient tournées d'une ivresse plus douce que celle du vin. Après avoir [a] resté quelque temps encore à rire et à causer sur la place, il fallut se séparer : chacun se retira paisiblement avec sa famille ; et voilà comment ces aimables et prudentes fennnes ramenèrent leurs maris, non pas en troublant leurs jjlaisirs. mais en allant les partager. Je sens bien que ce spectacle dont je fus si touché seroit sans attraits pour mille autres; il faut des yeux faits pour le voir, et un cœur fait pour le sentir. >'on, il n'y a de pure joie que la joie publique, et les vrais sentimens de la nature ne régnent que sur le peuple. Ali ! dignité, fille de l'orgueil et mère de l'ennui, jamais tes tristes esclaves eurent-ils un pareil moment en leur vie?

(a) Voy. p. 140, note 1.

i. Plntarque. Iiixiititfn Inconicn. 13. — Lycurgiie. 21,

J.-.T. ROUSSEAU

Ensuite venoieiit les enfans, qui leur répondoient en chantant de tonte leur force :

Et noiir; bientôt le serons, Qui tous vous surpasserons.

VoiHï^îion sieur, les spectacles qu'il faut à des républiquesfïOuant à celui dont votre article Genève m'a forcé Tîïï^trailer dans cet essai, si jamais l'intérêt particulier vient à bout de l'établir dans nos murs, j'en prévois les tristes effets; j'en ai montré quelques-uns, j'en pourrois montrer davantage. Mais c'est trop craindre un malheur imaginaire que la vigilance de nos magistrats saura prévenir. Je ne prétends point instruire des hommes plus sages que moi : il me suftit d'en avoir dit assez pour consoler la jeunesse de mon pays d'être privée d'un amusement qui coùteroit si cher à la patrie. J'exhorte cette heureuse jeunesse à profiter de l'avis qui termine votre article. Puisse-t-elle connoître et mériter son sort ! puisse-t-elle sentir toujours combien le solide bonheur est préférable aux vains plaisirs qui le détruisent ! puisse-t-elle transmettre à ses descendans les vertus, la liberté, la paix qu'elle tient de ses pères ! c'est le dernier vœu par lequel je tînis mes écrits*, c'est celui par lequel finira ma vie.

1. Dans son état de maladie et de tristesse, Rousseau croyait toujours que l'ouvrage auquel il mettait la dernière main serait aussi le dernier de sa vie. Au moment

où il donnait sa Lettre sur les spectacles . la Nouvelle Héloïse était à peu près achevée, YEmile et le Contrat social sur le chantier.

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