‹ Lettre à M. de Falloux, ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 12 sur 65 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

A la noble dame Madame Rose Libri, à Florence.

Madame , J'avais déjà reçu par la poste un exemplaire de la brochure dont vous m'avez fait la faveur de m'envoyer un second exemplaire. Pour le premier, je vous prie de vouloir bien en remercier Guillaume. J'ai éprouvé à la lecture du petit livre tous les sentiments que je devais éprouver; mais, en vérité, il n'y avait pas basais pour moi que l'éclaircissement des faits vlut contredire une accusation qui ne se serait pas élevée, ou serait tombée sans publicité et sans suite, si les haines politiques et une révolution d'une teUe nature ne s'y étaient pas mêlées. Une accusation laite d'une manière si générale ne m. ritait pas qu'on en tint compte, et bien des collecteurs de livres furent en butte à des accusations pareilles. Maintenant je suis bien aise que l'hostilité de la publication (du rapport Boucly) ait provoqué la réponse , et que les personnes les plu» hostiles soie** ainsi

forcées d'avoir une persuasion qui, vous pouvez en être sûre et je vous prie de l'écrire à voire fils, était déjà complète dans mon esprit affligé lorsque je lus cette imputation tout à fait étrange.

Croyez-moi toujours , avec tout le respect ,

Votre très-dévoué serviteur, G. CAPPONI.

De la maison, le 14 juin.

Alla gentilissima signora Rosa Libri, a Firenze.

« Illustrissima Signora,

« La ringrazio délia copia che mi ha gralificato délia difesa scritta dal signor Guglielmo Libri. La leggerô con gran piacere corne tosto i disturbi del viaggio mi conccdano un istante di tempo. Non già per convincermi dell' innocenza del suo célèbre figlio, troppo chiara a chi lo conoscc, ma per goder del trionfo ch'Egli riporla sopra i suoi calunniatori. Io non parlicipo a tutte le sue opinioni poliliche, ma ho sempre ammirato il suo ingegno e venerata la sua persona -, onde mi è carissimo Tassisterealla sconfilta dei nemici délia sua fama.

« Partirô in brève pcl Piemonle dove attenderô ansioso l'Appendice ctTclla ha la gentilezza di promcltermi. Non occorre che io la consoli dell' indegna pcrsecuzione mossa a chi lanto le altiene, giacchè essa, non che macchiare il suo nome, lo renderà più chiaro e illibato.

« Mi creda quale mi reco a onor d'essere con altissima stima,

« Suo devotissimo obbligatissimo servitore,

«GlOBERTI. »

(traduction.) A Madame Rosa Libri, à Florence.

Madame ,

Je vous remercie de l'exemplaire de la défense écrite par M. Guillaume Libri, que vous avez eu la bonté de nrenvoyer. Aussitôt que les tracas de mon voyage m'accorderont un instant de temps, je la lirai avec grand plaisir, non pas pour me convaincre de l'innocence de votre célèbre fils , trop claire pour quiconque le connaît, mais pour jouir de son triomphe sur ses calomniateurs.

Je ne partage pas toutes ses opinions politiques, mais j'ai toujours admiré son

esprit et vénéré sa personne; c'est pourquoi je suit charmé d'assister à la déf des ennemis de sa renommée.

Je partirai sous peu de jours pour le Piémont, où j'attendrai avec impatic l'appendice que vous avez l'obligeance de me promettre. Il n'est pat besoin t je cherche à vous consoler de l'indigne persécution dirigée contre une persoi qui vous est si chère; car cette persécution, an lieu de salir son nom , le rem plus pur et plus illustre.

Croyez-moi, comme je m'honore d'être avec la plus haute estime,

Votre très-dévoué et très-obligé servit* Florence , 6 juillet 1848. GIOBERTI.

d a vu (page 115) que je dois les extraits suivants à M. Picchioni, a dû naturellement se borner à quelques-uns des journaux principaux, ux surtout qu'il a pu se procurer facilement. Excepté les Débats, tous ournaux de France ont reproduit en entier ou par extraite le rapport [. Boucly, lequel rapport a été aussi reproduit par tous les journaux igers. Sous peine de réimprimer des milliers de fois le rapport de toucly , je ne saurais donner ici tous ces articles qui, même par de ries citations, ont porté dans tous les coins de la terre les calomnies ndues contre moi par le Moniteur ; je désire seulement qu'on n'oupas qu'aucune rectification n'a jamais été admise. L'extrait de ui a été publié contre moi dans les journaux français formerait jros volume, et il serait bien difficile aujourd'hui de rassembler à 3 ces feuilles qui ne se sont dispersées, ou qui n'ont disparu qu'après r produit un effet funeste. On a presque oublié aujourd'hui tous journaux, sortis de terre après la révolution . de Février et auxs, après les journées de juin, le gouvernement français a dû ; une guerre opiniâtre. On sait que dans le célèbre Rapport de la mission d'enquête sur Vinsurrection qui a éclaté dans la journée 13 ;um, etc., il se trouve (tome II, pag. 277) une énumération, qui ) complétée depuis, de 171 nouveaux journaux publiés à Paris depuis ournées de Février. Les deux derniers portés sur cette liste s'appel- , on le sait assez, VIncendie et le Sanguinaire. Ce n'était pas, e conçoit bien, dans de tels journaux que j'étais attaqué avec moins nénagement. Quelle réputation aurait pu résister à un tel ensemble taques, quelque méprisables qu'elles puissent paraître? Qu'on lise les clés suivants, et qu'on les juge :

Le National du 21 mars 1848.

M. Libri, qui avaitélé dénoncé au ministre delà justice pour straction de livres manuscrits précieux dans les bibliothè- $s, s'est sauvé en Angleterre-, il était membre de l'Académie sciences (section de géométrie), professeur au Collège de mce, professeur à la Faculté des sciences. Il était arrivé à trois positions par l'élection, mais par l'élection corrompue, e qu'on la pratiquait sous l'ex-monarchie.»

Le National du 22 mars 1848.

académie des sciences. — Séance du 20 mars.

«Il n'y avait en effet rien de changé à l'Académie des sciences

de Paris... Il n'y avait qu'un Italien de moins. Cet homme, deux fois réfugié, a été chercher par delà la Manche un nouveau foyer cl de nouvelles bibliothèques. Que nos amis de l'autre côté de l'eau le tiennent bien ; c'est tout ce que nous leur souhaitons. Quant à l'absent qui les visite, son nom, Dieu merci! ne paraîtra plus dans nos colonnes. »

Le Natimal du 23 mars 1848.

a Une perquisition opérée aujourd'hui par MM. Landrin, commissaire du gouvernement près le tribunal de la Seine, et Hatton, juge d'instruction, dans le logement que M. Libri occupait à la Sorbonnc, a procuré, dit-on , la saisie de pièces qui ne laissent aucun doute sur la réalité des soustractions imputées à M. Libri. Les indices qui ont été recueillis font, à ce qu'on assure, espérer qu'on retrouvera une partie notable des Manuscrits précieux enlevés dans nos bibliothèques. »

Le National du 24 mars 1848.

« Le Moni leur d'hier, 22 mars, contient une note ainsi conçue:

« C'est par erreur que quelques journaux ont annoncé qu'un a document judiciaire, relatif à M. Libri, avait été tiré des arec chives du ministère des aflaires étrangères; aucun document <( n'est sorti de ce ministère pour être livré à la publicité, d

« Celle note pourrait sembler en contradiction avec ce qui a été dit au Moniteur du 21 mars, que le document en qu^lion a été trouvé dans les carions du ministère des affaires étrangères.

u Yoici le fait dans son détail :

« Le rapport de M. Boucly a été trouvé, pendant les journées du combat, dans un carton placé dans le cabinet de M. Guiaot. Le fait s'explique, en ce que M. Hébert, ne voulant pas prendre sur lui de décider la question posée par M. Boucly, en aurait référé à M. Guizot. Celui-ci aurait enfoui le rapport dans ses cartons.

« Cette copie est sur papier à tôle, portant ces mots : Parquet du tribunal de première instance de la Seine; au bas de la première page on lit : A son excellence le Ministre de la justice; enfin, la pièce est signée de la main de M. Boucly.

« L'authenticité de cette copie est complète. Elle existe, telle qu'on vient de la décrire, au ministère de l'instruction publique.

L'original proprement dit est nécessairement au parquet , où il est sans doute facile de le retrouver.»

Le National du 24 mars 1848.

« On a saisi aujourd'hui 30,000 volumes provenant de la bibliothèque de M. L., et dont un certain nombre étaient disséminés dans les mains de personnes qui en ignoraient la valeur. — L'instruction se poursuit. »

Le National au 5 avril 1848.

« On assure que le sieur L., qui a commis dans nos bibliothèques des vols si audacieux, avait été condamné autrefois, en Italie, à deux ans de prison pour des actes du même genre. C'est à la suite de celte condamnation qu'il est venu en France, où il s'est fait passer pour réfugié politique. »

Le National du 24 avril 1848.

« On lit dans la Gazette des Tribunaux :

«M. Landrin, commissaire du gouvernement, vient de re- « quérir une instruction criminelle à l'occasion de détournea ments de manuscrits commis à la Bibliothèque nationale. »

Le National Au 2 mai 1848.

« Il paraît que les poursuites ordonnées par M. Landrin, procureur de la République, pour arriver à la découverte de manuscrits, qu'on disait appartenir à la Bibliothèque nationale, ont été couronnées de succès, et que des oyvrages très-importants ont été retrouvés et mis sous la main de la justice f .»

1 Le National ne s'est pas arrêté, comme d'autres journaux , dans ses ait*» ques contre moi. Il m'a poursuivi encore dans des articles' dont on m'a parlé, mais dont on ne m'a pas envoyé l'extrait. La lettre suivante , publiée dans 17£lustration du 9 décembre 1848, en fournira la preuve :

c Monsieur le Rédacteur,

« Le Journal des Débats du 30 novembre annonçait, sur la foi d'une lettré écrite de Londres, que l'affaire de M. Libri touchait à sa fin, et qu'il ne t resterait rien de l'échafaudage de calomnies dressé contre ce savant. » Uft jegfttftl de

La Réforme du 22 mars 1848.

« M. Libri, qui avait clé dénoncé au minislrt de la justice pour soustraction de livres et manuscrits précieux dans les bibliothèques, s'est sauvé en Angleterre ; il était membre de l'Académie des sciences (section de géométrie) , professeur au Collège de France, professeur à la Faculté des sciences. Il était arrivé à ces trois positions par l'élection , mais par l'élection corrompue , telle qu'on la pratiquait sous l'ex-monarchie. »

Paris, qui a eu le grand malheur, croyons-nous, de se prêter avec plus de passion que de justice et de réflexion à donner cours aux accusations qui font F objet de l'instruction judiciaire poursuivie depuis huit mois contre M. Libri, ce journal, qui devrait avoir appris à détester la calomnie et les calomniateurs, proteste contre les renseignements recueillis par le Journal . des Débats, en ces termes :

« Le Journal des Débats serait mieux instruit s'il n'allait pas puiser ses renie seignements à Londres. Voici les faits certains que nous pouvons lui appren- « dre: L'instruction dirigée contre M. Libri est sur le point d'être terminée; a si elle ne Test point encore, c'est uniquement par suite des nombreuses et « minutieuses investigations qui ont dû être faites dans les bibliothèques de « Paris. Nous nous croyons assez bien informé pour déclarer que ces re- « cherches donneront probablement un résultat contraire de tous points a ceci lui qu'annonce le Journal des Débats. »

a Je connais, Monsieur, aussi bien que le journal en question les nombreuses et minutieuses investigations faites dans les bibliothèques de Paris. Les recherches n'ont pas amené ce que ce journal espère Le fameux rapport de M. Boucly, qui a été l'origine de l'enquête, a dû être abandonné, malgré le zèle des personnes chargées de contrôler tous les livres et de lire tous les papiers et toutes les lettres de M. Libri.

a La réponse de M. Libri, publiée à la fin d'avril dernier, a convaincu tous les hommes honnêtes et impartiaux , et déconcerté même l'ardeur des commissaires inquisiteurs. On s'est rejeté depuis, à la vérité, sur des suppositions qui n'avaient pas été articulées dans le rapport Boucly ; on a annonce des découvertes non prévues ; mais il faut attendre que ces nouvelles accusations se produisent, et je ne crois pas m'aveuturer en disant qu'elles iront rejoindre tes dénonciations anonymes qui ont servi de thème à ce fameux rapport.

« Puisque le journal en question sait tant de choses, puisque la justice n'a ries de caché pour lui, il apprendra bientôt que M. Libri proteste contre le mode d'instruction suivi à son égard; contre le choix des commissaires, jeunes gens ni peu étourdis, qui s'étaient déclarés, d'avance ses adversaires; contre les procédés de ces jeunes gens, qui ont pu, depuis huit mois, entrer chez lui, en sortir, emporter des papiers et des livres, les rapporter ou en remporter sans aucune garantie pour la justice; contre la présence à son domicile, au moment des séances de l'enquête, de personnes étrangères et hostiles, et contre bien d'antres irrégularités.

« Je répète donc, monsieur, que le journal en question a tort de faire son affaire personnelle de l'affaire contre M. Libri, et qu'il s'ôte par là le droit de se plaindre quand on l'accuse, lui et ses amis, de beaucoup de choses dont il cherche à se défendre, et pour lesquelles je me porterais moi-même sa caution, sachant que ses façons d'agir ne répondent pas toujours à l'honnêteté de ses principes et de ses intentions.

« Recevez, etc. P. »

La Réforme du 24 mars 1848.

« L'instruction ordonnée sur la réquisition de M. Landrin , commissaire du gouvernement, concernant les faits relatifs à M. Libri, dont nous ayons parlé dans notre numéro d'hier, est confiée à M. Hatton, juge d'instruction, et se suit activement. Une perquisition a été, ce matin, opérée par MM. Landrin et Hatton, au domicile de M. Libri et chez une personne inculpée de complicité. Certains documents saisis font espérer qu'on pourra retrouver plusieurs des manuscrits dérobés. »

La Réforme du 19 avril 1848.

«Encore un nouveau scandale qui nous a été légué par le gouvernement déchu. L'affaire Libri a prouvé avec quelle audace quelques satisfaits pillaient les richesses de nos archives. Un des conservateurs de la Bibliothèque nationale vient d'être surpris, dit un journal, en flagrant délit de dilapidation. Par suite d'un mandat, etc.:»

La Réforme du 24 avril 1848.

. « M. Landrin, commissaire du gouvernement, vientde requérir une instruction criminelle à l'occasion des soustractions de manuscrits commises à la Bibliothèque nationale. »

Le Constitutionnel du 20 mars 1848.

« Le Moniteur publie aujourd'hui un rapport de M. Boucly, procureur de la République, à M. Hébert, ministre de la justice, en date du 4 février. Ce document, trouvé au ministère des affaires étrangères, est d'une assez grande élendue; il est tout entier relatif à des investigations faites sur diverses plaintes qui accusaient M. Libri, membre de l'Institut, d'avoir soustrait, dans diverses bibliothèques publiques, des livres et manuscrits prédeux, afin d'en opérer la vente à son profit.

« Après avoir énuméré les indices accusateurs qui s'élèvent contre M. Libri, ce rapport se termine en ces termes... (Suit la citation.)

« Le journal officiel n'ajoute rien à la publication de ce document. »

ta*

Le Constitutionnel du 24 mars 1848.

« Nous avons publié une partie du rapport de M. Boudj, adressé à M. Hébert, garde des sceaux, sur les soustractions de manuscrits et livres précieux imputées à M. Libri, membre de l'Académie des sciences, et inspecteur des bibliothèques. Nous avons en même temps annoncé, d'après le Moniteur, que le document Judiciaire relatif à M. Libri avait été trouvé dans tas cartons du ministre des affaires étrangères.

« Yoici comment, ce matin, le Moniteur raconte le fait dans son détail... (Suit la citation.)

«Les journaux judiciaires annoncent, au sujet de l'affaire de M. Libri, que l'instruction ordonnée sur la réquisition de M. Landrin a été confiée à M. Hatton , juge d'instruction. Avant-hier, etc.. (Voir le Droit et la Gazette des Tribunaux.)

« Ces perquisitions ont amené la découverte de plus de 30,000 volumes provenant de vols effectués par M. Libri dans les bibliothèques publiques.

« Un journal annonce que de nombreuses commissions rogatoires, etc.. (Voir la Gazette des tribunaux.)

« D'un autre côté le Droit s'exprime ainsi sur le départ de M. Libri :

« On raconte qu'à une des dernières assemblées de l'Académie (( des sciences, etc.. » (Voir le Droit du 23 mars.)

Le Siècle, 20 mars 1848.

(Analyse du rapport Boucly, terminée par cette réflexion :) « Après avoir analysé le document officiel publié par le Moniteur, il nous suffira d'ajouter que M. Libri, bien qu'étranger, est un des hommes qui sont entrés le plus avant dans les bonnes grâces du dernier gouvernement, et qui ont eu le plus de part à sa faveur. Il est vrai qu'on se servait de lui pour attaquer les hommes de l'opposition, pour diiïamer Villustre secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, M. Arago, et pour outrager les princes et les peuples de l'Italie qui aspiraient à la liberté. »

Le Siècle, 22 mars 1848.

(Donne l'anecdote de l'Académie des sciences textuellement comme elle est dans le Droit du 23 mars.)

La Liberté^ 24 mars 1848.

« Une perquisition opérée aujourd'hui par M. Landrin, commissaire du gouvernement près le tribunal de la Seine, et par M. Halton, juge d'instruction, dans le logement que M. Libri occupait à la Sorbonne, a procuré, dit-on, la saisie de pièces qui ne laissent aucun doute sur la réalité des soustractions imputées à M. Libri. Les indices qui ont été recueillis font, à ce qu'on assure, espérer qu'on retrouvera une partie notable des manuscrits précieux enlevés dans nos bibliothèques. On sait que M. Libri est parti pour l'Angleterre. »

Liberté^ 24 macs 1848.

« Le Moniteur d'hier 22 mars contient une note ainsi conçue. . . (Sait la citation.)

<c Cette note pourrait sembler en contradiction avec ce qui a été dit au Moniteur du 21 mars, que le document en question a été tfouvé dans les cartons du ministre des affairés étrangères.

« Toici le fait dans son détail :

« Le rapport de M. Boucly a été trouvé, pendant les journées du combat, dans un carton placé dans le cabinet de M. Guizot. Le fait s'expliquerait en ce que M. Hébert, ne voulant pas prendre sur lui de décider la question posée par M. Boucly, en aurait référé à M. Guizot. Celui-ci aurait enfoui le rapport dans «es cartons.

« Cette copie est sur papier à tète portant ces mots : Parquet du tribunal de première instance du département de la Seine. Au bas delà première page, on lit : A son Excellence le Ministre de la justice; enfin la pièce est signée de la main de M. Boucly.

« L'authenticité de cette copie est complète; elle existe, telle qu'on vient de la décrire, au ministère de l'instruction publique. L'original proprement dit est nécessairement au parquet, où il sera sans doute facile de le retrouver. »

La Liberté, 4 avril 1848.

«On assure que le sieur Libri, qui a commis dans nos bibliothèques des vols si audacieux, avait été condamné en Italie pour des actes du même genre. C'est à la suite de celte condamnation

qu'il est venu en France, où il s'est fait passer pour réfugié politique. »

La Liberté, 2 mai 1848.

« Un journal annonce queles poursuites ordonnées par M. Laadrin, procureur de la République, pour arriver & la découverte de manuscrits qu'on disait appartenir à la Bibliothèque nationale, ont été couronnées de succès, et que des ouvrages trèsimportants ont été retrouvés et mis sous la main de la justice.

m La Démocratie pacifique , 20 mars 1848.

« Les détails qu'on va lire sont extraits d'une pièce trouvée dans les cartons du ministère des affaires étrangères, et publiée ce malin dans le Moniteur. Ils prouvent une fois de plus que l'homme n'a pas deux consciences, et que la corruption politique est incompatible avec l'honneur dans la vie privée.... (Soit le rapport de M. Boucly.)

<( M. Libri s'est sauvé en Angleterre ; il était membre de l'Académie des sciences (section de géométrie), professeur au Collège de France et à la Faculté des sciences. Il était arrivé à ces trois positions par l'élection, mais par l'élection corrompue, telle qu'on la pratiquait sous la monarchie. »

La Démocratie pacifique, du 24 mars 1848.

(Note identique â celle de la Liberté du même jour, avec ce litre :

a Si librum reddidisset. » )

Gazette des Tribunaux, 21 mars 1848.

« Depuis quelques années, de vagues rumeurs circulaient dans le public sur des soustractions qui auraient été commises dans les bibliothèques de l'Etat. On prétendait que des éditions précieuses, que des manuscrits d'un grand prix avaient disparu et avaient été vendus à l'étranger. Le document suivant permet de connaître la vérité sur ces fraudes criminelles-, c'est un rapport adressé par M. le procureur du roi Boucly à M. le garde des sceaux Hébert, et qui a été trouvé dans les carions du ministère des affaires élrangères. Ce document, que nous croyons devoir publier en entier, esl ainsi conçu... » (Suit le Rapport de M. Boucly.)

Gazette des Tribunaux , 23 mars 1848.

« La Gazette des tribunaux a publié, d'après le Moniteur, un rapport adressé par M. Boucly, ancien procureur du roi, à M. Hébert, garde des sceaux, relativement aux soustractions de manuscrits et livres précieux imputées à M. Libri. Une note insérée aujourd'hui dans le Moniteur déclare que ce rapport judiciaire n'a pas été tiré des archives du ministère des affaires étrangères. Il paraît que cette pièce, communiquée par M. Hébert à M. Guizot, a été, au moment où la foule s'est introduite dans l'hôtel du boulevard des Capucines, trouvé dans le cabinet de l'ex-président du Conseil, et que c'est par le citoyen qui s'en est alors emparé, qu'elle a été communiquée au Moniteur*.

« Quoi qu'il en soit, dès que le commissaire du gouvernement près le tribunal de la Seine, M. Landrin, a eu. connaissance des inculpations qui pesaient contre M. Libri, il a requis qu'il fût procédé à une information qui a été confiée à M. Halton, juge d'instruction. On assure que les deux magistrats ont opéré aujourd'hui une perquisition , d'abord dans le logement occupé à la Sorbonne par M. Libri, et ensuite chez une personne impliquée dans la poursuite comme complice de la spoliation de nos bibliothèques. M. Libri a, dit-on, quitté Paris depuis quinze jours, après avoir fait enlever sa bibliothèque. Toutefois , on prétend que la perquisition a amené la saisie de pièces qui prouvent les soustractions imputées à M. Libri, et qui donnent l'espoir de retrouver la plupart des manuscrits détournés.

« On ajoute que M. Hatton, juge d'instruction, a ensuite décerné de nombreuses commissions rogatoires, qui ont été expédiées particulièrement à Montpellier, à Carpentras, à Troyes, à Auxerre, à Poitiers, à Grenoble, à Lyon. Plusieurs témoins ont été en même temps appelés dans le cabinet du juge, qui a re~

1 C'est là effectivement ce qu'ont voulu faire croire les personnes qui s'étaient emparées de la pièce et ce qu'elles ont répandu dans Paris. Mais d'abord on sait crue le ministère des affaires étrangères n'a pas été envahi par le peuple, comme d'autres établissements, et qu'il n'a été envahi que par quelques journalistes dont on saurait facilement les noms dans lesnbureaux du National. D'ailleurs , le citoyen qui s'en était emparé (on appelait à cette époque citoyens les gens qui s'emparaient de quelque objet appartenant à l'État) pouvait bien communiquer cette pièce au Moniteur, mais elle ne pouvait être publiée daus le journal officiel que par l'ordre du Gouvernement provisoire. Pourquoi ne pas dire qui a donné cet ordre ? Faut-il que je raconte cette histoire dont je connais tous les détails ? C'est cet empressement du gouvernement à publier, dans le Moniteur, une pièce dont un citoyen s'était emparé, qui a fait dire à un homme haut placé ; « qu'on avait profité d'un vol pour commettre une lâcheté. »

cueilli les déclarations de MM. Tcchener fils, libraire; Carteron, employé aux Archives-, Tripier, garde des archives de l'ancienne liste civile-, Tilliard, libraire; Lacabane, employé de la Bibliothèque nationale; Chauchard, sous-bibliothécaire du ministère de l'instruction publique ; Scott, marchand d'estampes; Moreau, restaurateur de livres; Simonin, réparateur et laveur de livres et gravures.

«D'autres témoins, au nombre desquels figure M, Allard, chef du service de sûreté, sont assignés pour être entendus demain.

« M. Libri, contre qui un mandat d'amener avait été décerné, est arrivé en Angleterre, par Folkstone. »

Gazette des Tribunaux, 25 mars 1848.

« L'instruction relative aux soustractions de livres et de manuscrits des bibliothèques de l'Etat, imputées à M. Libri, s'eit poursuivie aujourd'hui ; de nouvelles perquisitions ont eu lieu, et de nombreuses saisies ont été opérées. Un des commissaires spéciaux du bureau des délégations de la préfecture de police, M. Foucault, s'élanl présenté porteur de mandats de M. le juge d'instruction Hatton, au domicile du sieur G..., rue de l'Est, y a trouvé 30 volumes paraissant avoir été soustraits dans les bibliothèques publiques, lesquels ont été placés sous les scellés. Le même commissaire de police a saisi, dans le domicile abandonné par M. Libri, rue d Enfer, 45, 10,000 volumes, et 20,000 autres dans un second appartement, qu'il avait loué quelqaei maisons plus bas, rue d'Enfer, 78. Chez un sieur V..., relieur, on a également saisi 30 volumes précieux que M. Libri lui avait confiés pour en faire, suivant la prévention, dénaturer la reliure, et enfin, chez un autre relieur, deux caisses de livres qui lui avaient été remises dans le même but, ont été mises sous le scellé, après le procès-verbal dressé de leur contenu. »

Gazette des Tribunaux, 23 avril 1848.

« M. Landrin, commissaire difrgouvernemenl, vient de requérir une instruction criminelle ù l'occasion de détournements de ma* nuscrils commis à la Bibliothèque nationale. »

Le Droit, 22 mars 1848.

« Ce rapport constate les soustractions les plus criminelles com-

mites dans les bibliothèques publiques, et imputées à M. Libri. * Nous ne pouvons qu'analyser cette pièce, qui est fort longue. En voici la substance... » (Suit la citation.)

Le Droit, 23 mars 1848.

et L'instruction ordonnée sur la réquisition de M. Landrin , commissaire du gouvernement, concernant les faits relatifs à M. Libri, dont nous avons parlé dans notre numéro d'hier, et confiée à M. Hatlon, juge d'instruction, se suit activement. Une perquisition a été, ce matin, opérée par MM. Landrin et Hatton, au domicile de M. Libri et chez une personne inculpée de complicité. Certains documents saisis font espérer qu'on pourra retrouver plusieurs des manuscrits dérobés.

«Divers témoins ont été entendus aujourd'hui par le juge d'instruction Hatlon. On croit que M. Libri a quitté Paris dans la journée d'hier.

« On nous communique, relativement à ce personnage, un fait qui n'aurait que quelques jours de date, et que nous avons tout lieu de croire exact. On raconte qu'à une des dernières assem blées de l'Académie des sciences, M. Libri se serait présenté dans le sein de l'Académie. Son arrivée aurait produit sur ses collègues déjà réunis une impression pénible. Un membre aurait aussitôt pris une feuille de papier, et y aurait écrit à peu près ce qui suit : « On a droit de s'étonner que M. Libri ait le courage de venir siéger dans une réunion d'hommes honorables. » Le papier aurait circulé de main en main, et serait enfin arrivé dans celles de M. Libri, couvert des signatures de tous les assistants. Celui-ci se serait immédiatement levé et aurait fui honteusement. »

Le Droit, 24 mars 1848.

« Hier, en exécution d'une ordonnance délivrée par M. Hatton, juge d'instruction, M. Foucault, commissaire de police, a procédé à diverses perquisitions dans le domicile de plusieurs personnes désignées comme ayant reçu en dépôt de M. Libri des ouvrages provenant des soustractions commises par lui.

«Ces perquisitions ont été couronnées d'un plein succès ; ainsi, rue de L'Est, 30 volumes pris dans une bibliothèque ont été retrouvés; un même nombre d'ouvrages, également volés, ont été

découverts chez un relieur, auquel ils avaient été confiés pour qu'il changeât leurs couvertures ; enfin, sans parler de plusieurs caisses remplies de livres, laissées rue Saint-Jacques, on a mis sous les scellés, dans une maison rue d'Enfer, 45 , 10,000 volumes provenant de vols de même nature, et encore rue d'Enfer, 78, 20,000 autres volumes •. »

Le Corsaire, 23 mars 1848.

« La révélation des vois de livres et de manuscrits commis par M. Libri, membre de l'Institut, nous offre un nouvel exemple de la prédestination de l'influence fatale de certains noms.

« Si c'est l'aveugle hasard qui a présidé à l'appellation de cet homme, nominatif pluriel d'un substantif latin, avouez que c'est bien singulier.

« Libri ! C'est précisément ce qui l'a perdu! »

Le Charivari, 27 mars 1848.

« Un inventaire que s'est permis de faire la justice chez M. Libri, qui, en partant, avait pourtant bien recommandé à son portier de ne confier sa clef à personne , vient de nous apprendre

ï < Le Droit est un journal spécial et sérieux: à l'époque où il a publié l'article que je reproduis ici, il était dirigé par un savant jurisconsulte qui depuis, en

Susdite de procureur de la République, a présidé à l'instruction dirigée contre moi. 'est ici surtout que l'on reconnaît les tristes effets de cette préoccupation qui a porté tant de personnes, même des jurisconsultes du plus grand mérite, à ne pas me considérer comme accusé, mais à me regarder comme coupable , dès que le Moniteur eut parlé contre moi au nom du Gouvernement provisoire. Que trouve-t-on en effet dans cet article du Droit? Les fables les plus absurdes y sont présentées comme des vérités incontestables. On n'y parle que de volumes pris dans une bibliothèque, d'ouvrages également volés , de 10,000 volumes provenant de vols, de 20,000 autres volumes, etc., etc. 1 J'apprends de bonne source que les experts eux-mêmes ont renoncé actuellement à ce système d'exagération fabuleuse , et qu'après avoir contribué à propager de telles calomnies, ils se rejettent aujourd'hui sur quelques fragments de la valeur d'une trentaine de francs, d'origine suspecte, qu'on aurait trouvés chez moi ! J'ai déjà répondu surabondamment à ces imputations (pag. 33 et suiv.). 11 est bon cependant défaire remarquer que , tandis que la Gazette des Tribunaux (voyez ci-dessus, paç. 186), annonçant les mêmes bruits, se tenait dans la réserve qui convient aux jurisconsultes et introduisait dans son récit des formes dubitatives, telles que volumes paraissant avoir été soustraits, des faits imputés suivant la prévention, etc. , le Droit, au contraire, annonçait tout d'une manière positive, comme si ces calomnies eussent été des faits déjà démontrés. Ajoutons qu'après la publication de ma Réponse au Rapport de M. Boucly, la Gazette des Tribunaux publia un extrait de mon écrit, l'appuyant ainsi de toute son autorité, procédé que j'ai su apprécier autant qu'il le méritait. Je dois regretter que le Droit n'ait jamais accueilli aucune de mes réclamations.

que la bibliothèque dudit Libri s'élevait à 30,000 volumes , lesquels ont été empruntés à différentes bibliothèques publiques. L'amour des livres est une belle chose, mais il ne faut pas le pousser jusqu'au fanatisme. Il esLvrai que M. Libri était lialien , et les passions sont bien plus vives chez les habitants du midi de l'Europe....

« M. Libri connaissait bien son affaire, et la preuve, c'est qu'il a fallu une révolution pour l'empêcher de continuer son petit commerce. Et pourtant il était libéral, car il s'était dit que la meilleure manière de faire circuler les idées, c'était de faire voyager les livres. »

Après avoir pris par lei articles précédents nue faible idée de l'acharnement avec lequel la presse française en masse s'est ruée sur moi, oa se demandera quels out été les mMfs qui Pont portée à me prendre pour objet d'une si longue et si ardente persécution, sans vouloir jamais admettre aucune réponse, aucune rectification. Un tel acharnement si persistant , et dont rien n'avait encore offert d'exemple , tient au concours d'une multitude de circonstances. L'article de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, que j'ai reproduit précédemment (pag. 17-18), prouve que j'avais dans cette Ecole, et particulièrement dans les exporta, des ennemis qui se prévalaient de la position que M. Carnot leur avait faite pour colporter les bruits les plus absurdes contre moi. On a vu aussi (pag. 7) que d'autres personnes avaient agi. Aux yeux de beaucoup de. gens , après Février bien entendu, mon départ n'était rien , ce n'était qu'un Italien de moins ( voyez ci-dessus , page 178). Pour beaucoup d'autres , m'atlaquer, me calomnier, était un moyen de flatter les dictateurs de Février (voyez ci-dessus, page 7). Puis il y avait les gens qui voulaient s'emparer de mes places. Tout cela pourtant n'aurait pas suffi pour expliquer une persistance si rare dans un pays où les impressions les plus vives s'effacent en quelques jours. Ce que voulaient surtout les vainqueurs de Février en me frappant, c'était frapper le parti conservateur et s'attaquer même indirectement à M. Guizot. Ce but, auquel d'anciens conservateurs eux-mêmes n'ont pas craint de prêter naïvement les mains, a été bien compris par la presse étrangère, qui , jugeant sans passion, voit le fond des choses (lisez ci-dessus , pag. 10-11). Plusieurs journaux français dont on ne m'a pas envoyé les extraits , mais qui m'ont été signalés , dévoilaient franchement leurs desseins. A défaut de ces journaux, les extraits suivants des correspondances envoyées de Paris au Times et au Morning-Chronicle 7 et publiées à cette époque par ces deux organes si connus de la presse anglaise, feront bien comprendre à qui s'adressaient surtout les calomnies dont j'étais l'objet , et mettront clairement en évidence le caractère politique de la persécution dirigée contre moi. Montrer que les gens qui me calomniaient osaient rêver de porter atteinte à la réputation de l'homme pour lequel la France n'aura jamais assez d'admiration et de respect, c'est infliger à mes ennemis la punition qu'ils méritent.

Extrait du Morning Chronicle du 22 mars 1848. (Correspondance de Paris.)

« On a découvert ici une affaire scandaleuse qui produit une pénible sensaliondans lemondcIitléraire.Dansleitfomïeurd'hier ' se trouye un document trouvé parmi les papiers que M. Génie,

secrétaire de M. Guizot, a laissés au ministère des affaires étrangères. C'est un rapport adressé par M. Boucly, procureur du roi, au ministre des affaires étrangères, relativement à quelques accusations portées contre M. Libri , membre bien connu de Tlustitut et professeur de l'Université, qui aurait soustrait des livres dans des bibliothèques publiques. M. Libri avait la confiance de M. Guizot et de M. Duchâtelpl était fréquemment employé par ces deux ministres pour faire des recherches dans les bibliothèques publiques 5 il avait, par conséquent, libre accès à toutes les collections les plus précieuses de France, et il profita de l'occasion qui lui était ainsi fournie pour soustraire des ouvrages précieux des bibliothèques de Paris, de Carpentras, de Montpellier, de la Chartreuse de Grenoble et d'autres endroits pour une valeur qui s'élève, selon les calculs que l'on en fait, à trois ou quatre cent mille francs. La date du rapport remonte au 4 février dernier. Plusieurs des ouvrages ont été vendus en vente publique à Paris, et quelques-uns sont entrés au British Muséum. Un Psautier manuscrit , appartenant à la Chartreuse de Grenoble, se trouvait parmi les objets volés et a été acheté par un amateur éminent de Londres , au prix de 280 livres sterling. Ce qui jette encore plus d'intérêt sur cette affaire, c'est que M. Libri était l'ami intime de M. Guizot et a été son confident jusqu'au dernier moment, quoique M. Guizot ait été parfaitement instruit des soupçons dirigés contre lui ; car le gouvernement avait, depuis plus de deux ans, des informations à ce sujet. Les amis de M. Guizot ont toujours dit de lui, avec un orgueil bien légitime, qu'il était pur, indifférent à l'argent, et qu'il quitterait le ministère aussi pauvre qu'il y était entré. Je crois que M. Guizot mérite à cet égard toute la confiance qu'on veut lui donner. J'entends dire qu'il quille la France sans fortune. Mais si M. Guizot était indifférent à l'argent, il Tétait aussi quant à l'intégrité de ceux qui l'entouraient. Il est bien reconnu que M. Guizot ne s'inquiétait pas de ce qu'était la conduite d'un homme, pourvu qu'il fût un instrument convenable à ses desseins. Il n'y eut jamais de ministre qui eût autour de lui des agents plus corrompus ou moins scrupuleux : tant que les délits restaient inconnus au public, peu importait à M. Guizot quelle fût la conduite privée d'un agent» Ses relations avec M. Libri prouvent qu'il né se sentait pas souillé par des rapports journaliers avec un homme soupçonné d'un vol déshonorant.

Jusqu'au 24 février, M. Libri a été en communication journalière avec M. Guizot. C'était lui qui écrivait dans le Journal des Débats les articles dans lesquels la politique italienne de M. Guizot était défendue, et pour les faire, il avait à sa disposition toute la correspondance la plus secrète du ministre. C'était lui aussi qui écrivait les articles de la Revue des deux Mondes, pour défendre l'administration de M. Guizot. L'exposé de cette affaire a produit une très-pénible sensation ici, et cette sensation est autant celle du regret pour la tache qu'en reçoit la réputation de M. Guizot que pour le déshonneur de M. Libri lui-même. M. Libri a été averti de cette découverte par une personne de sa connaissance, qui occupe maintenant un poste important au ministère des affaires étrangères. Il a immédiatement quitté la France, et est maintenant en Angleterre. »

Extrait de la correspondance de Paris du journal le Times du 24 mars 1848.

a Le scandale que produit le vol considérable de livres et de manuscrits enlevés aux bibliothèques publiques de la France par un savant, membre de l'Université et de l'Institut •, employé par le dernier ministère pour inspecter ces établissements, cause plus de sensation qu'on n'aurait dû s'y attendre au milieu de tant d'agitation. Mais c'est un fait affligeant. Le rapport de l'exprocureur du roi, trouvé dans les papiers du ministère des affaires étrangères, laisse peu de doute à ce sujet. Ce qui est inexplicable, c'est que ces perles étaient connues de la police, que le coupable était désigné depuis deux ans, et que pourtant il continuait à être employé. On croit fermement ici que le ministère du roi et ses agents étaient tellement dans la dépendance les uns des autres, par leur culpabilité mutuelle, qu'ils preuaient tous carte blanche pour faire ce qui leur convenait : aucun n'osait jeter la première pierre. Guizot est presque la seule exception; son impopularité n'a pas produit une seule imputation contre son intégrité personnelle -, mais pourtant il ne pouvait pas ignorer ce qui se passait autour de lui. On s'attend à d'autres éclats plus graves. Une foule de gens sont compromis par la

* Dans un article publié la veille, le Times, annonçant les calomnies qu'on répandait contre moi , m'avait nommé en toutes lettres.

correspondance laissée dans différents bureaux, et que la catastrophe subite n'a pas donné le temps de détruire. Des preuves de vénalité , de corruption , d'avidité sordide , d'inconcevable bassesse, sont entre les mains des républicains. Ils se réservent d'écraser les coupables s'ils osent se présenter aux élections de l'Assemblée. Il paraît qu'on a fait prévenir quelques-uns d'entre eux qu'on en savait assez pour rendre prudent leur éloignement de France, de peur qu'il n'arrive quelque chose de pis. »

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