‹ Lettre à M. de Falloux, ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 11 sur 65 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Rome, le 26 juin 1848.

A la noble dame, M** Rose Libri, à Florence.

Madame ,

Je crois que demain même l'Epoca rendra compte de la brochure de votre fil* et mon cher ami Guillaume. Je suis bien fâché que plusieurs jours se soient passés contre mon désir et malgré mon empressement. Mais vous savez que les journalistes sou firent tous de la maladie de la lenteur.

Quant à la réponse au rapport de M. Boucly, je la regarde comme triomphait» et complète dans toutes ses parties; chose, au reste, dont je n'aurais jamais jw douter. Mais je loue Libri «le l'avoir faite, sinon pour autre chose, pour la consolation de ses amis et de vous, tres-chère dame.

Quant au cas qu'il vous plaît de faire de ce peu de mots que j'ai publiés dus CEpoca, vous m'accorderez que mon silence aurait été déloyal, et qu'il a été tu devoir strict et absolu pour moi de parler. Je n'en suis pas moins charmé d'avoir fait quelque chose qui put vous être agréable, et je vous remercie infiniment de la satisfaction que vous m'en témoignez. En écrivant à votre fils, rappelezmoi très-affectueusement à son souvenir, et priez-le de me conserver toujours tout entière son ancienne amitié.

Commandez-moi et croyez-moi sincèrement

Votre très-dévoué

Terenzio MAMIANI.

On a vu que M. Guerrazzi n'était pas, à ce qu'il disait, de mes ami$> et pourtant il n'a pas cessé de publier article sur article, prenant ma défense avec une ardeur et un zèle incomparables. Celui de ces article» auquel M. Mamiani faisait allusion commençait par ces mots, certainement beaucoup trop flatteurs pour que je puisse en accepter tout l'honneur: a Guillaume Libri est un des plus beaux astres de la science dans le ciel « italien. Son génie est d'une nature telle, qu'il a plus d'envieux que de « rivaux. » Plus tard, il publia dans le Corriere Livornese * deux longs

1 Voyez le Corriere Livornese du 15 et du 17 juin 1848.

articles, d'autant plus concluants et efficaces, qu'en sa qualité de jurisconsulte, il avait tout à fait qualité pour donner son avis sur le Rapport de M. Boucly. Je voudrais reproduire en entier ces articles qui sont de véritables consultations légales ; mais comme malheureusement je n'ai actuellement que le second sous les yeux, et qu'on n'a pas pu me procurer le numéro du journal qui contenait le premier, je vais me borner à donner les conclusions de ce second article. Elles font assez connaître dans quel esprit ces articles ont été rédigés :

« Cet extrait, dit M. Guerrazzi, ne paraîtra pas trop long à quiconque réfléchira de quel homme de génie il s'agit, et combien il est nécessaire de justifier une belle renommée italienne. Honneur à l'intelligence! Etudions-nous à conserver intacte la réputation du génie, afin qu'il soit un miroir où Dieu réfléchisse sa sagesse pour illuminer les mortels. Rappelons -nous que tout semble fragile ici-bas ; que les édifices tombent en ruine , les cités disparaissent, les royaumes tombent, et que le temps balaye de ses froides ailes jusqu'aux ruines elles-mêmes,

Le pimplee fan lieto

Di lor Seako il deserto, e l'armonia Vince di mille secoli il silenzio.

« Je ne veux pas faire un trop grand crime aux Français de l'accusation élevée contre Libri. Courier fut accusé à tort autrefois ici , à Florence, d'avoir fait la fameuse tache d'encre suites Pastorales de Longus. Maintenant, Libri est accusé à tort , en France, d'avoir soustrait des ouvrages aux bibliothèques. C'est un compte soldé; il eût mieux valu qu'il restât ouvert; mais n'importe : pardonnons à notre tour , et tirons de tout cela une conclusion bonne à savoir, excellente à pratiquer. — Soyons lents à porter notre jugement sur tous les hommes , spécialement sur les hommes supérieurs, quand il s'agit d'une accusation infâme; et plus particulièrement encore quand Us appartiennent à une foi politique différente de la nôtre , parce que l'esprit de parti obscurcit l'intelligence, et nous attire plus souvent quil ne convient hors du sentier de la justice. « Florence, 11 juin 1848.

« F. D. Guerrazzi. »

Si j'ai reproduit les paroles de M. Guerrazzi avec les éloges qu'il me donne et que je suis loin de mériter, c'est pour montrer encore plus clairement quelle est l'opinion que l'on a de moi dans celte Italie» d'où, au dire de quelques journaux ! , j'avais fui pour me soustraire à des peines infamantes. En cas pareil, la générosité honore également celui qui donne et celui qui reçoit. D'ailleurs, au moment où le National disait qu'après mon départ il n'y avait à l'Institut qu'un Italien de moins *, on a peut-être compris qu'il y avait en Italie tin Italien déplus. J'ajouterai que dans ses articles, M. Guerrazzi parle en détail de ces 316 lettres autographes qui avaient été dérobées aux archives de Florence, et que j'ai rachetées au prix de 2,400 francs, à Paris, le 25 mars 1845, par acte enregistré le 27 du même mois et reçu le 29 par M. Bonnaire, notaire à Paris. J'offris ces 516 lettres en présent au gouvernement de Toscane, qui ne voulut absolument pas les accepter sans m'en rembourser le prix. Ce fait a été constaté dans le n° 147 de la Gazette officielle de Florence de l'année dernière, et sert jusqu'à un certain point à expliquer les calomnies qui ont été répandues contre moi par des gens qui avaient mis les archives de Florence au pillage, et que j'avais ainsi démasqués. Oa a déjà vu 3 , par une lettre de l'ancien bibliothécaire du grand-duc de Toscane, que les bibliothèques de Florence avaient subi de nombreuses spoliations.

Après les préliminaires de forme, l'acte dont il s'agit contenait ce qui suit :

(( M. Charon vend par ces présentes, sous la garantie du droit « et de l'authenticité, à M. Libri qui l'accepte, les trois cent seiie « lettres autographes italiennes ci-après énoncées, dont il dé- « clare être légitimement propriétaire, et qui sont tout ce qui lui « reste actuellement d'une collection beaucoup plus nombreuse « qu'il a reçue d'Italie et qu'il a achetée à trois époques diffé- « rentes. La présente vente est faite sous les conditions suivantes, u que les soussignés s'obligent à exécuter chacun en ce qui le « concerne, savoir :

« De la part de M. Libri, de prendre les lettres autographes « présentement vendues dans l'étal où elles se trouvent actuelle- « ment, sans pouvoir exiger aucune indemnité pour cause de « vétusté ou de détérioration.

« Et de la part de M. Charon, de ne pouvoir disposer, avant

• Voyez pag. 179, 183.

* Lisez pag. 178.

» Page 117.

« d'en avoir fait la proposition à M. Libri, de toutes les autres « pièces provenant de même origine qui lui ont été promises et « qui doivent lui arriver d'Kalie.

« Ensuite la présente vente est faite moyennant la somme de « deux mille quatre cents francs que M. Charon reconnaît avoir « reçue comptant de M. Libri, dont quittance. »

Suit la signature des sept témoins, savoir :

M. le prince Emmanuel de la Cisterna. M. le comte Terenzio Mamiani délia Rovere.

M. Letronne, garde général des archives du Royaume. M. Danton, inspecteur de l'Université, ancien chef du cabinet au ministère de l'instruction publique.

M. Coste, professeur au collège de France.

Le marquis Ginori, de Florence.

M. Génie, chef du cabinet au ministère des affaires étrangères.

L'acte par lequel ces 316 lettres furent rétablies dans les Archives des Médicis est entre mes mains. 11 est du 3 septembre 1846, signé par le chevalier Mutti (avvocato regio), par M. Moisè, conservateur des Archives des Médicis, et par le chevalier del Rosso, qui me représentait dans cette affaire.

Cet exemple prouve mieux que tout ce qu'on a pu dire ailleurs, que rien n'est plus commun que de voir mettre en vente des autographes dérobés à des établissements publics qui ne savent même pas ce qu'ils ont perdu, et qu'il faudrait y songer à deux fois avant de mal parler des gens qui se trouvent possesseurs d'objets qui ont passé déjà par différentes mains sans qu'il soit possible le plus souvent de retrouver la filière qu'ils ont suivie. Ces 316 lettres que, par amour des lettres, je rachetai et que j'offris gratuitement au gouvernement Toscan, pour lui prouver que les Archives des Médicis avaient été mises au pillage, et pour l'engager à veiller sur ce dépôt précieux, m'ont valu mille tracasseries et ont porté les voleurs que je démasquais ainsi à répandre une foule de calomnies contre moi. J'ai reçu la même récompense en France pour les livres que j'ai donnés à différentes bibliothèques, ou que j'ai restitués, après en avoir fait l'acquisition, aux établissements d'où ils avaient été enlevés 1 .

Après avoir reproduit, du moins en partie, les déclarations de M. Mamiani et de M. Guerrazzi en ma faveur, je vais donner encore deux lettres adressées à ma mère par deux autres hommes d'Etat bien connus (le marquis Gino Capponi, qui était naguère encore président du conseil des ministres en Toscane, et M. Gioberti, écrivain célèbre et ministre

1 Voyez plus loin, pag. 308-311.

prépondérant dans le cabinet piémontais), <|iii serv iront aussi à montrer quelle est l'opinion que Ton a de moi en Italie. Je pourrais produire une foule de lettres analogues, émanées de sources tout aussi respectables; mais il m'a semblé qu'après de tels noms, il ne fallait rien ajouter.

Alla Nobil Donna signora Rosa Libri, a Firenze.

« Pregialissima Signora ,

« Ebbi già perla posta un esemplare del libretto, del quale un allro csemplare mi viene poi favorito da lei, e di quel primo la prego a ringraziarcGuglielmo. Hosenlilo dal libretto quanto mi è stalo possibile; ma in verità non era perme bisogno ctae le dicliiarazioni dci falli venissero a conlradire l'accusa, la quale o non sorgeva o cadeva a terra scuza pubblicità cl senza seguito, se glt odii polilici e una rivoluzione di quclla fatla non vi avessero sofïïato dentro. Un'accusa a quel modo gencrica non era da farne conlo, e più raccoglitori di libri vi andarono soggeltl; ora a me gode l'animo che l'oslililà délia pubblicaxione abbia provocalo la risposla, e che nei più avversi venga cosl forzala una persuasione la quale ella puô essere ben cerla, e la prego scrivcrlo a suo figlio, ch' era già intera nell' animo mio addolorato quando lessi quesla in lutto strann impulazione.

« Mi creda sempre con lutto l'ossequio,

Devotissimo servo, G. Capponi

Di casa, 14 giugno.

Page 1