‹ Lettre à M. de Falloux, ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 62 sur 65 · Recueil de Chansons, MS. in · texte numérisé non relu

Recueil de Chansons, MS. in

J28, 129. Manquent ces deux volumes MSS., du XIII^ siècle, in-8, contenant le Cartulaire de l'abbaye de Saint-Ymier.

L'affaire de la signature de Molière, mise en vente par un marchand d'autographes et réclamée par la Bibliothèque royale après avoir passé par les mains de M. Campe non, membre de l'Académie française et de M. Irlande, secrétaire de la présidence de la Chambre des pairs, a en beaucoup de retentissement, mais elle n'est qu'imparfaitement connue du public. J'ai pensé qu'il serait bon de faire connaître les faits en les appuyant sur les pièces authentiques qui ont été publiées dans la préface d'un catalogue d'autographes dont la vente a eu lieu dans la salle Silvestre, à Paris, le 1G avril 1846 et jours suivants. On verra par ce catalogue imprimé chez Fournier, rue Saint-Benoît, à Paris, mais qui n\ eu nécessairement qu'une publicité fort restreinte, que la Bibliothèque royale, quoique voulant prouver que la pièce avait été soustraite d'une manière illégitime de cet établissement, n'a nullement songé à la réclamer par la voie criminelle. Reconnaissant (voyez plus loin, page 261) qu'on pouvait être détenteur de bonne foi d'objets dont elle aurait été privée d'une façon déloyale, la Bibliothèque royale a soutenu que les objets qui lui appartenaient étaient inaliénables et imprescriptibles et que, bien que possédée de bonne foi, cette pièce devait lui être restituée. Le tri* bunal de première instance avait repoussé cette prétention, qui fut accueillie sur appel par la Cour royale. Or, il est résulté de ce procès civil trois faits fort curieux et assez contradictoires. 1° Que pendant que la Bibliothèque royale faisait constater par la Cour royale que tous les objets qui lui appartenaient étaient inaliénables, elle déclarait officiellement dans le Moniteur (voyez plus loin, page 261) avoir vendu, en 4825, une masse considérable de vieux parchemins choisis par une Commission et qui ne devaient rien contenir d'intéressant. — 2° Que M. Fossé d'Arcosse et M. Feuillet de Conches ont déclaré qu'à cette même époque on vendait publiquement à la Bibliothèque royale des autographes précieux à raison de 5 à 5 fr. la pièce, et M. Fossé d'Arcosse a déclaré avoir encore entre les mains plusieurs de ces pièces qu'il avait achetées de cette manière par l'entremise de M. Duchesne, aujourd'hui conservateur des estampes à la Bibliothèque royale (nationale). Il a été établi également que d'autres autographes précieux étaient sortis encore plus récemment par voie d'échange ou de vente, du même établissement, qu'il y en avait entre les mains de M. de Monmerqué, conseiller à la Cour royale, et qu'une autre signature de Molière, provenant également de la Bibliothèque royale, après avoir passé par les mains de M. Campenon

dans celles de M. Auger, membre, comme M. Campenon, de l'Académie française, était devenue, par suite de la vente faite après la mort de M. Aliger, la propriété d'un autre amateur de Paris. — 5° Enfin, que pendant qu'où annonçait que tout ce qui avait appartenu à la Bibliothèque royale était inaliénable, et qu'on réclamait si vigoureusement une des deux signatures de Molière, on laissait l'autre entre les mains de celui qui la possédait, comme on laissait entre les mains de M. Fossé d'Arcosse les pièces dont il se déclarait possesseur, comme on laissait entre les mains de vingt amateurs connus des objets qu'ils possèdent au su de tout le monde et qui sont sortis du même établissement ; comme on laissait également à M. Cigogne le rarissime Triumphededame V étoile dont il a été déjà question (page 34), et que, dans son Manuel si connu, M. Brunet annonçait avoir été volé à la Bibliothèque nationale en 1794! Laisser certaines personnes possesseurs paisibles d'objets notoirement soustraits de la Bibliothèque nationale tandis qu'on intenterait des procès civils aux uns et qu'on s'associerait même dans^'ombre aux poursuites judiciaires dirigées contre les autres, et cela toujours pour un seul et même fait, ce serait avoir deux poids et deux mesures. J'ai à la Bibliothèque nationale d'anciens amis pour lesquels je conserverai toujours un souvenir affectueux. On m'assure, mais je ne le croirai que sur des preuves évidentes, qu'il y a aussi dans cet établissement des personnes qui, avec une certaine réserve, il est vrai, et en restant derrière le rideau, se sont associées à la persécution dont je suis l'objet. Ce qui est certain, c'est que les élèves de l'Ecole des Chartes, chargés d'examiner mes collections, ont annoncé publiquement, comme une preuve de ma prétendue culpabilité, avoir trouvé chez moi des objets provenant de la Bibliothèque nationale. Sans revenir sur ce que j'ai déjà dit à cet égard (pag. 32 et suiv.), je demanderai quel profit on espère retirer d'une telle conduite? Croit-on donner le change à l'opinion, faire passer sur le compte d'un Italien, d'un absent, les immenses déprédations commises à différentes époques Ans cet établissement, et rendre cet absent responsable des masses de livres, d'autographes et d'objets de toute nature que la Bibliothèque nationale a perdus? Sans juger cette conduite sous le rapport de Y honnêteté, mais en la considérant uniquement sous celui de VutUitèy ne voit-on pas que l'on ne ferait que provoquer par là une réponse qui serait une histoire détaillée de toutes les pertes éprouvées par cet établissement, avec toutes les circonstances propres à éclairer le public et la justice? Les dissensions intestines de la Bibliothèque nationale, ce que les divers conservateurs ont écrit et surtout ce qu'ils ont dit les uns contre les autres, tout cela a déjà fait naître beaucoup de dé-

Gance dans le public, qui ferait un accueil favorable à tout ce qui Tien drait satisfaire sa curiosité. Sans foire aucune application |>ersonnelle, je prendrai la liberté de rappeler que l'administration des postes rtfusa pendant longtemps d'admettre que des soustractions de lettres et de valeurs considérables pussent avoir lieu par le fait de certains employés. Elle répondit par des refus obstinés à toutes les réclamations qui lui furent adressées à ce sujet. On alla même jusqu'à supposer que certains négociants avaient pu feindre des pertes pour cacher le véritable état de leur! affaires. Enfin, la vérilé se fit jour, et Ton a su à quoi s'en tenir sur l'origine de ces soustractions. Croit-on que ce soit dans l'administrât»* des postes seulement que des employés peu ou point rétribués, que deft personnes appelées du dehors pour des travaux extraordinaires et qui ne recevaient qu'une faible indemnité aient pu chercher, à une époque quelconque, à profiler des trésors qui étaient mis sans contrôle à leur disposition ? Je ne dis rien que je ue puisse au besoin appuyer sur des documents.

Voici la préface du catalogue dont je viens de parler, et dans Itqudi on raconte en détail l'affaire de l'autographe de Molière.

« Si MM. les amateurs reportent leur pensée vers nos précédents catalogues , ils se souviendront que la quittance de Molière, par nous mise en vente en 1844 , a déjà été l'objet d'une discussion contradictoire devant le tribunal civil de la Seine, lequel avait débouté de ses prétentions la Bibliothèque royale. Celte même quittance devait occuper, dans ces derniers temps, la Cour royale de Paris, par suite de rappel formé ès-nom delà Bibliothèque, par M. Naudet, son directeur.

En effet, les audiences des 27 décembre et 3 janvier dernier, en la première Chambre, présidence de M. le premier président Séguier, ont été consacrées à l'examen de celte importante question. Elle était digne, à tous égards, de la |olIicitude de la jus* ticc et du public. D'une part, des dois avaient, dit-on, été commis à la Bibliothèque, et il importail d'en atteindre les auteurs. — Des dois, disons-nous, — du moins MM. les conservateurs croyaient-ils pouvoir l'insinuer; car, en cette affaire, c'est surtout par insinuation qu'ont procédé nos adversaires. D'une part, il était important de savoir, une bonne fois pour toutes, si, contrairement a l'arrêt du tribunal de première instance, les meubles, jusqu'ici considérés comme aliénables, du domaine de l'Etat, seraient désormais assimilés au domaine de la liste

civile, qui n'est qu'usufruitière ; au domaine public , qui est de piano inaliénable et imprescriptible.

La Cour royale a décidé, par son jugement dans l'espèce, que les manuscrits et autographes de la Bibliothèque royale sont inaliénables et imprescriptibles, comme faisant partie du domaine public; que la vente de tels manuscrits ou autographes est nulle, et que le détenteur ne peut exciper de sa bonne foi.

Nous demandons à MM. les amateurs la permission de reprendre succinctement, pour plus de clarté, les faits à leur origine.

La quittance de Molière dont il s'agit était, depuis 1825, dans les mains de l'un des membres les plus vénérables de l'Académie française, feu M. Campenon. Plusieurs conservateurs, qui visitaient cet académicien, ont vu chez lui cette pièce, qu'il montrait à qui la voulait voir. Les conservateurs ne s'émurent point alors. Ce ne fut qu'en 1844, lorsque nous annonçâmes la vente de cette pièce dans la collection provenant du cabinet de M. Lalande , que M. Naudet, devenu directeur de la Bibliothèque, forma opposition, et que le tribunal de première instance fut appelé & décider sur la question. Voici le certificat que nous présentâmes au tribunal pour établir notre propriété.

« Je soussigné déclare, pour servir à qui de droit, qu'au mois d'avril f 838, j'ai acquis de M. Campenon, membre de l'Académie française, et par voie d'échange, une quittance de Molière sur parchemin, datée de Paris le 7 août 1669, pour une somme à lui payée pour avoir joué, à Sainl-Germain-en-Laye, devant Louis XIV, le Tartufe et V Avare, en lui donnant, en remplacement de cette pièce, une vingtaine d'autres lettres autographes, parmi lesquelles il s'en trouvait de saint Vincent de Paul, de saint François de Sales, de Turenne, du Grand Condé, etc. 5 et qu'en «novembre 1843, j'ai recédé cette pièce à M. Cbaron, avec un certain nombre d'autres.

« Paris, 24 juillet 1844.

« Signé, Lalande. »

M. Lalande était de la plus parfaite bonne foi dans son acquisition, de la plus parfaite bonne foi dans la rétrocession qu'il nous avait faite; notre personnelle bonne foi était également de toute évidence, et nos adversaires eux-mêmes ne l'ont pas mise en doute. II ne s'agissait donc point là d'un manuscrit d'origine douteuse, détenu par abus ou par capitulation de conscience -, c'était un achat fait en plein soleil ; il y avait trois possesseurs successifs connus, et la possession en dehors de la Bibliothèque remontait à vingt et un ans. En vain chercheraiton, toujours par insinuation, à faire perdre de son importance, au témoignage de M. Lalande ; mais comment infirmer celle du témoignage de la veuve respectée de M. Campenon, dont voici le certificat écrit et signé de sa main :

« Je soussignée, J.-B. Clanchy de Monvalon, veuve de M. Campenon, de l'Académie française, certifie qu'il est à nu connaissance que mon mari possédait une quittance sur parchemin de J.-B. -P. Molière, de la somme de cent quarante-quatre, livres, pour représentation des comédies de Y Avare et du Tartufe devant la cour, à Saint-Germain-cn-Laye,en date du 7 e jour d'août 1669;

<( Que je lui ai toujours entendu dire qu'il avait acquis cette pièce et plusieurs autres parchemins du môme genre dans une vente publique qui avait eu lieu à la Bibliothèque royale, sous l'administration de M. Dacier.

(( Je certifie de plus que celte pièce n'a jamais porté ni timbre ni estampille, et qu'en 1837 ou 1838, M. Campenon s'en est dessaisi par échange contre d'autres pièces autographes.

(( En foi de quoi j'ai signé le présent certificat. « Paris, le 30 décembre 1845.

« Signé, J.-B. Clanchy.de Monvalon, « veuve Campenon.»

L'origine de la pièce, la possession de M. Lalande, étaient donc justifiées et incontestables; et il fallait qu'elles le fussent, car nos adversaires eussent franchement crié au vol et attaqué Je voleur, s'il y eût eu réellement un voleur. Mais il n'y en avait pas : il n'y avait eu qu'un vendeur autorisé dans la personne de l'un des conservateurs de la Bibliothèque. Il y aurait, en effet, un oubli insigne de la vérité à soutenir le contraire, quand il est de notoriété qu'en 1825, le vénérable M. Dacier, le prédéces-

seur de M. Champollion-Figeac au département des manuscrits de la Bibliothèque royale, vendait de cinq à deux francs les parchemins doubles à qui en voulait acheter-, quand il est de notoriété que l'un des conservateurs, alors simple employé , M. Duchesnc aîné, en a vendu, et un grand nombre, par ordre de M. Dacier; quand il est de notoriété que les comptes de ces ventes étaient tenus par le môme M. Duchesne et par M. Paulin Paris, aujourd'hui membre de l'Institut, et sous-conservateur à la Bibliothèque royale; quand il est de notoriété que M. Fossé d'Arcosse, M. le marquis de Fiers, M. Guilbert de Pixérécourt, que MM. Campenon et Auger, de l'Académie française, ont acquis à cette espèce de marché 5 quand il est de notoriété enfin que plus récemment M. de Monmerqué, aussi distingué par ses talents que respectable par son caractère, a également acquis des pièces historiques de la Bibliothèque royale par voie d'échange, ce qui n'est en résumé qu'un mode de marché (par voie d'échange, point acquis au procès). Or, ce mode de marché se renouvelle sans cesse dans cet établissement, et, en définitive, au grand avantage de l'établissement lui-môme, qui s'enrichit en se dédoublant.

Qu'on lise les déclarations suivantes qui étaient entre les mains de M. Chaix-d'Est-Ange, et que les limites de sa plaidoirie, si admirable, comme toujours, ne lui ont pas permis de lire, et l'on jugera de la loyauté de notre récit.

Lettre de M. le comte d'Hauterive, membre de la Chambre des députés et sous-directeur au département des affaires étrangères, à M. Charon, ancien libraire-relieur, à Paris.

« Vous vous êtes adressé à moi, Monsieur, pour savoir s'il n'était pas à ma connaissance que M. Campenon ait possédé une quittance signée de Molière.

« Je ne puis que vous répéter ici ce que j'ai eu l'honneur de vous dire à ce sujet, savoir : qu'ayant eu moi-môme occasion d'acquérir, il y a environ dix ans, un petit volume portant sur sa première page une signature qu'on m'affirmait être celle de Molière, je fus trouver M. Campenon, qu'on m'avait assuré en posséder une véritable, et qui voulut bien me montrer, en effet,

une quittance sur parchemin, que je crois être la même que celle que vous m'avez présentée. II ajouta qu'il l'avait achetée, il y avait déjà longtemps, dans une vente de vieux parchemins faite par la bibliothèque royale, sous l'approbation de M. Dacier.

« J'ai appris depuis que iM. Campenon avait consenti à se dessaisir de cette pièce en faveur de M. Lalande, alors secrétaire de la présidence de la Chambre des pairs.

« Voilà tout ce que je sais de cette affaire, et tout ce que je puis en dire.

« Recevez etc.,

« Signé : Comte d'IlAUTERiVE. »

Lettre de M. Feuillet de Couches, sous-directeur au ministère des affaires étrangères, à M c Chaix- d'Est- Ange, avocat, membre de la Chambre des députés»

o Paris, 2 janvier 1846.

« Monsieur, « Je regretterais vivement d'avoir à paraître en aucune façon contradictoiremenl dans une affaire où la Bibliothèque royale fût intéressée. Je connais la plupart des conservateurs; je n'ai jamais eu qu'à me louer de la bonne grâce avec laquelle ils m'ont ouvert leur dépôt, fourni des renseignements, indiqué des ressources. M. Naudel, particulièrement, a été pour moi, dans tous les temps, la bonté même. Mais je ne crois pas manquer aux sentiments de gratitude que je dois à la bienveillance de ces savants, en portant devant vous un témoignage que je porterais devant eux. D'ailleurs, dans l'affaire dont vous m'entretenez, tout le monde est de bonne foi, accusateur et accusé. Le directeur de la Bibliothèque poursuit la réintégration de la quittance de Molière, parce qu'il croit qu'elle appartient à la Bibliothèque; qui le connaît sait à merveille que ce n'est pour lui qu'une affaire de conscience; mais, quand des témoignages irrécusables lui auront prouvé que la pièce en litige a depuis longtemps et légalement cessé d'appartenir au domaine de l'Etat, il sera le premier à retirer sa plainte. Et, d'abord, il paraît évident que la pièce en question, relative au payement d'une somme pour représentation du Tartufe et de VJvart devant Louis XIV, au palais de Saint-Germain, provient delà Bibliothèque royale. Du moins, feu M. Campenon, l'un des

ante de l'Académie française, entre les mains de qui je lai maintes fois, il y a neuf ou dix ans, m'a dit l'avoir achetée ^parlement des manuscrits de la Bibliothèque, où M. Dacier, ; conservateur, aliénait, au profit de ce dépôt, les quittances )les sur parchemin provenant des vieux résidus de la Cour comptes, achetés, puis revendus à l'Etal, par Cnron de imarchais. M. Campenon lavait payée cinq francs. Mais ; pièce n'était pas la seule de Molière qu'il eût achetée. )acier lui en avait cédé une primitivement au même prix, . Campenon l'avait cédée à son tour à son confrère d'Acaie, M. Auger, le commentateur de Molière. À la vente de .uger, cette quittance passa de mains en mains jusque dans s d'un amateur que je pourrais nommer au besoin et qui la e dans sa collection. Ce n'est pas tout; M. Campenon, alors es rares amateurs d'autographes, qui trouvent aujourd'hui nombreux disciples, acquit de la Bibliothèque bien d'autres hemins : la Béjard par exemple, François I er , la maréchale cre, Quinault, La Fontaine, etc. Je me rappelle encore les qu'il paya ces pièces que j'ai vues chez lui : ces prix tient de deux à cinq francs.

aucune de ces pièces, le parchemin en litige non plus que utres, ne portait de timbre intact ou effacé. M. Campenon un homme de probité scrupuleuse, et il eût à coup sûr exigé [. Dacier ou de son remplaçant en son absence, une pièce antique prouvant la légitimité de l'acquisition, si le parehepar une marque quelconque , eût porté le caractère d'une ; publique. D'ailleurs, le timbre delà Bibliothèque royale l'encre d'impression, et tout le monde sait que la science îs adroite serait impuissante à l'enlever sans qu'il en restât races fort apparentes. M. Campenon avait, disait-il, acheté scrupule , parce que M. Dacier lui avait affirmé être au- ) par le ministre de l'intérieur à aliéner les doubles inudes papiers et parchemins de la Cour des comptes, dont itlance de Molière faisait partie. Mon ami M. Duchesne aujourd'hui conservateur des estampes, alors un des prej employés de la Bibliothèque, et qui a vendu de ces gs parchemins au dépôt, non à moi , mais à notre ami lun, M, Fossé d'Arcosse, conseiller référendaire à la Cour ;omples, par ordre et pendant l'absence de M. Dacier; uehesne, dis-je, m'a répété à moi-même que c'est par cette

même lettre du ministre que M. Dacier se croyait suffisamment autorisé & aliéner les doubles inutiles, et que le produit de ces ventes suppléait en partie à la modicité dos fonds affectés alors à la reliure des manuscrits.

« J'ai beaucoup fait d'échanges avec M. Campenon. Je désirais vivement qu'il me cédlU son Molière. Il l'excepta toujours de nos marchés; mais M. Lalande, un amateur alors fort zélé, lui offrit une telle quantité de pièces historiques précieuses en échange de sa pièce favorite, qu'il la lui céda. M. Lalande II revendit cinq ou six ans après à M. Charon. Tels sont les fait! . qui sont à ma connaissance et dont je déposerais sous serment devant la Cour, s'il pouvait y avoir lieu. Je puis ajouter que nombre d'autres amateurs ont acheté des autographes dan9 le même temps, à la Bibliothèque : feu M. Gilbert de Pixérécourt, M. le marquis de Fiers, M. Fossé d'Arcosse. Je le tiens de lenr ■ bouche. Je crois aussi de ce nombre 31. le marquis de Château- ' giron. Le témoignage de ces trois derniers peut être invoqué. '

« Veuillez recevoir, etc.

« Signé, Feuillet de Conches. d »

j Lettre de M. Fossé d'Arcosse, conseiller-référendaire i

honoraire à la Cour des comptes, à M e Chaix-d'Est- !

Ange, avocat, membre de la Chambre des députés. i

<i Paris, 29 décembre 1845. !

« Monsieur,

« M. Charon, en m'apprenanl la remise à huitaine du jugement de l'affaire de la quittance de Molière, me prie de vous écrire directement ce que je puis vous affirmer relativement à cette affaire qui intéresse tous les collecteurs d'autographes, att nombre desquels je suis compté comme un des premiers qui se soient occupés de ce genre de collections.

«En ce qui concerne la quittance en elle-même, je n'ai acquis d'autre certitude que celle de l'existence de cette pièce entre les mains de M. Campenon, cl du désir qu'eut longtemps M. Lalande d'obtenir de lui au moyen d'un échange, échange dont il m'entretenait chaque fois que je le voyais, jusqu'à ce qu'enfin, le rencontrant un jour sur le quai Voltaire, il m'exprima en termes fort vifs toute sa joie d'avoir enfin terminé un échange avee M. Campenon, quoique ce ne fût pas sans de grands sacrifices

de sa part : ce sont ses expressions. Il me serait impossible de préciser aucune date \ mais j'atteste sur l'honneur l'exactitude de ce que je rapporte là.

«Quant aux ventes faites par la Bibliothèque royale, voici ce qui esta ma connaissance, et qu'au besoin j'attesterais sous serment devant la Cour.

« M. Duchesne, aujourd'hui conservateur des estampes à la Bibliothèque royale, avec lequel j'ai l'avantage d'être lié depuis plus de quarante ans, sachant que je recherchais les signatures autographes, me prévint de la vente qui se faisait à la Bibliothèque, de parchemins portant la signature de personnages illustres 1 à différents titres; et j'acquis, par son obligeante entremise, à raison de trois francs pièce, un assez grand nombre de ces signatures, dont malheureusement le détail est sorti de ma mémoire, mais parmi lesquelles toutefois se trouvaient celles des rois de France, Charles VIII et François 1 er , qui sont encore entre mes mains. La première, celle de Charles VIII, est apposée sur une ordonnance du 13 novembre 1497 pour régler les comptes de la dépense des funérailles du duc de Savoie, oncle du roi, et du comte de Montpensier, son cousin ; et la seconde, celle de François I er , l'est sur une déclaration donnée à Romorantin, le 14 mars 1520, pour régulariser la remise des deniers

1 Pour qu'on puisse avoir à la fois sous les yeux toutes les pièces relatives à cette affaire, je crois devoir reproduire de nouveau le passage suivant du Moniteur universel du 28 juillet 1845, que j'ai déjà cité :

« Parmi les observations qui ont été portées à la tribune au sujet de la Bi- « bliothèque du roi , il est une assertion qui ne peut pas rester sans réponse, « parce qu'elle compromet des intérêts soumis en ce moment à la décision de la « justice. Il n'est pas possible qu'un autographe de Molière ait disparu par l'ef- « fet d'une mesure ordonnée par le ministre de l'intérieur en 1823, et qu'il ait « été vendu avec de vieux papiers.

« Le ministre de l'intérieur, par décision du 20 janvier 1823 , autorisa l'ad- « ministration de la Bibliothèque royale à vendre, après examen, des parche- « mins jugés sans valeur. Le triage fut fait par des personnes dont le savoir et «t la probité sont au-dessus de toute contestation , et la signature de Molière ne « fut pas confondue avec les écritures jetées au rebut. On mit à part , avec soin, « quatre pièces qui portaient cette signature, et de ce nombre est celle dont « M. Lherbette a parlé, et que des hommes de lettres ont vue et copiée à la « Bibliothèque royale.

« Cet établissement n'a pu en être dépossédé que par un acte illégitime qui, « sans porter atteinte à la bonne foi des détenteurs, doit au moins vicier la pos- « session dans son origine.

« L'administration ne cessera pas «le poursuivre la revendication du droit de « la Bibliothèque royale jusqu'à la dernière limite des voies de justice. Le droit « de propriété de l'État est engagé, et les débats ne peuvent que mettre dans « tout leur jour la sollicitude vigilante eî éclairée qui, alors comme aujourd'hui, « présidait, dans l'administration de la Bibliothèque, à la gestion des intérêts de t ce grand dépôt national. »

royaux faite entre les mains de son beau-frère, le duc d'Atençon. Ces deux pièces ne portent aucune estampille de la Bibliothèque et je me rappelle très-bien que les autres n'en portaient pas non plus, ce point ayant fixé mon attention dans le ' temps, par ce motif que mes fonctions de comptabilité publique m'avaient habitué à rechercher eu toute chose Tordre méthodique.

ci Vous fixer l'époque de celte vente, c'est ce qui n'est pas en mon pouvoir ; tout- ce que je me rappelle, c'est qu'alors le respectable M Daeier, directeur de la Hibliolhèquc, était déjà retenu dans son lit par les infirmités qui mirent fin à son existence.

« Je souhaite, Monsieur, que ces renseignements puissent vous être de quelque utilité dans la cause confiée à votre talent siémincut, et je saisis avec un vif empressement l'occasion de vous assurer de la haute et profonde considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, etc.

« Signé .- Fosse d'Arcosse. »

31. Lalande. et nous, avions acquis avec d'autant plus de confiance, lui de IW. Campenon. nous de lui. que la pièce ne porlail aucun timbre, aucune marque ni estampille quelconque qui en fît une pi.'-ce d'archives: car on comprend que les pièces destinées par la Bibliothèque à rester toujours dans ses dépôts soienl rcvèlui s d'un timbr ■, tandis qu'on n'en met aucun à celles qui peuvent devenir monnaie d'èt'han'ie. La pièce en question n'avait été â la ihbiioih'qu;? royale l 'objet d'aucun enregistrement complet ou paru'!. Tout le monde sait que la Bibliothèque, indépendamment d»»s quittances de Molière précédemment, vendues, en possède encore quatre autres. Les seuls litres que piïl nous opposer, dans l'espèce, prescription à part, la Ribliolhèquc, étaient une déclaration de 31. (iuérard, de l'Institut, Pun dessous-cons-'rviîeursdu dépôt, attenant qu'il avait découvert la pièce dans les paivhciiiius classés par lui en 1823, et la mention de ladite quittance au livre sur .Moiière, écrit par 31. Taschereaii en 1824. Mais en déliuitivc, quelque honorable que soit le témoignage d'un tiers, rien peut-il suppléera l'existence d'un timbre dont l'administration conservatrice est tenue de frapper toute propriété du dépôt destinée à ne point être aliénée ? Ensuite oublie-t-on qu'il s'agit d'un fait remontant &

1823 ou 1825, époque où M. Guérard n'était encore qu'un tout jeune homme et simple élève de l'Ecole des Charles? Le triage des pièces dont sa jeune inexpérience était chargée, son expérience d'aujourd'hui l'avouerait-ellc? — Ces 750 kilogrammes de parchemin dits de rebut et vendus de l'aveu de la Bibliothèque, à 2 fr. 20 cent, le demi-kilogramme, à MM. Pochard et Henri, n'élaient-ils bien tous en effet que des rebuts ? Non assurément. Que de pièces historiques et littéraires des mains attentives n'y ont-elles pas glanées! C'est là que se sont trouvés des autographes de La Bruyère, de Quinault , de Racine, de Boi^au, delà femme de Molière, etc. : mieux que cela, une autre quittance de Molière lui-même, dont un de nos habiles artistes est possesseur, une quittance de Molière dont on mène aujourd'hui si grand bruit ! ! ! Belle occasion pour la Bibliothèque de faire un nouveau procès ! Elle a vendu : n'est-il pas tout simple qu'elle se fasse rendre?

Et disons-le à la décharge des classeurs du dépôt, une signature de Molière n'était pas, en 1825, ce qu'elle est aujourd'hui, une rareté autographique que les amateurs se disputeraient à la chaleur des enchères. Les collecteurs étaient alors une rareté plus grande encore. Et puis, des pièces historiques du roi Charles VII et du maréchal Pothon de Xainlrailles, des rois Charles VIII, Louis XI, Louis XII, François I er , de Philippe de Comynes , et de tant d'autres gloires de la France, dont la Bibliothèque disposait alors sans scrupule, n'élaienl-ce donc que des rebuts à côté d'une signature de notre poète comique, tout grand d'ailleurs qu'il puisse être ? Non , mais on ne veut pas avouer un oubli ou une négligence; M. le directeur aime mieux crier au vol ; il aime mieux même accuser de faux sans oser nommer un faussaire, car on a été jusqu'à alléguer qu'une altération criminelle aurait, sur la pièce, enlevé un timbre qui, bien évidemment, n'y avait jamais été apposé. Le certificat suivant de l'un de nos premiers chimistes, M. Payen, qui a expérimenté sur des pièces analogues, en fait foi :

Lettre de M. Payes . professeur fie chimie au Conservatoire des Arts et MMers* " .)/. ChaLc-d Est- Ange.

<• Paris, le 2 janvier 1846.

« Monsieur,

« Vous me demandez si la quittance sur parchemin, signée J.-B.-P. Molière, a porté un timbre semblable à ceux qu'on emploie sur les manuscrits de la Bibliothèque royale et qu'on aurait effacé. ^

<( Je ne crois pas que celle pièce ait jamais été timbrée, el voici les motifs sur lesquels mon avis se fonde :

« L'examen le plus attentif ne fait découvrir aucune altération mécanique ou chimique de nature à expliquer la disparition du timbre.

« L'écriture, en une encre ordinaire, a partout conservé sa superficie égale et nette.

« Aucune trace, soit de coloration rougeûlre, soit d'impression ou d'imbibition d'huile , n'existe sur une partie quelconque de celle pièce.

« On peut remarquer vers l'angle supérieur, à gauche, un petit trou arrondi el un amincissement notable: mais ce défaut, moins étendu que les timbres en usage, appartient à la peau, ainsi que le prouve la portion de ce défaut restée dans l'épaisseur du parchemin.

« Vous pourrez facilement remarquer, d'ailleurs , une partie d'un défaut semblable tout au bas de la quittance, au-dessous de la signature Gigault.

«Afin de vous donner une idée des traces laissées par les timbres rouges en encre grasse, après les moyens d'effaçage qu'on pourrait employer pour les faire disparaître, je vous envoie les échantillons de parchemins sur lesquels j'ai essayé quatre procédés différents, propres à enlever ces timbres.

« Vous remarquerez que tous onl laissé des traces évidentes, bien que sur quelques-uns on ait favorisé l'action chimique par un frottement capable d'attaquer sensiblement récriture en encre ordinaire.

«II ne faut pas oublier, d'ailleurs, que les timbres appliqués avec une pression plus forte que celle de la main ou plus an-

ciennement posés opposeraient plus de résistance aux réactifs que les échantillons timbrés exprès pour ces expériences, a Veuillez agréer, etc.

« Signé : Pàyen. »

1 En résumé, tous les gens droits et honnêtes, amis du bien public, veulent sans contredit que sauvegarde soit acquise aux archives de l'Etat. Ces dépôts précieux sont notre bien à tous, ils sont une partie de la richesse et de la gloire nationale ; tout le monde est d'accord sur ce point, tout le monde fait des vœux pour quel'inlégrité en soit maintenue entière et sacrée \ et nous, simple marchand, nous trouvons autant que personne que ce principe doit être proclamé haut et partout. Mais n'est-ce pas un spectacle au moins surprenant qu'une grande administration publique venant, sans offre d'indemnité, arracher violemment, par la main vénérée de la justice, ce qu'elle, administration, a publiquement vendu?...

Voici le texte du jugement rendu en première instance.

« Le tribunal, conformément aux conclusions de M. l'avocat du roi Anspach, a rendu le jugement suivant :

« Attendu que les documents de la cause établissent qu'antérieurement à 18*23, l'autographe appartenait à la Bibliothèque royale, et qu'elle en était encore en possession en 1825, comme on le voit dans l'ouvrage publié à cette époque par Taschereau sur la vie et les ouvrages de Molière ;

<c Attendu qu'il est constant et non méconnu qu'en avril 1838, l'autographe dont s'agit est passé, par suite d'échange, des mains de Campenon dans celles de Lalande, qui, depuis, Ta cédé à Charon, qui s'en trouve détenteur j

« Attendu que Lalande et Charon sont évidemment des possesseurs de bonne foi ;

« Que la môme bonne foi protège Campenon ;

« Attendu que la possession de Campenon , de Lalande et de Charon remonte à plus de trois années ;

« D'où il suit qu'à supposer que ledit autographe soit sorti de la Bibliothèque royale, même par un fait illicite et coupable, la propriété de Charon n'en serait pas moins légitime et incontestable, protégée qu'elle çst par une détention de bonne foi et de plus de trois années ;

a Attendu que si^ans un intérêt public, oadoit ranger parmi

les choses imprescriptibles les ouvrages, les manuscrits, les autographes et toutes les richesses littéraires, historiques, géographiques et scientifiques composant la Bibliothèque royale , il est juste de convenir que, pour les pièces ainsi hors du commerce et de la prescriplibililé, il faudrait nécessairement qu'elles se trouvassent revêtues d'un signe particulier et ostensible, qui signalerait aux yeux do tous leur caractère exceptionnel d'inalicnabililé, afin que la confiance et la bonne foi ne devinssent jamais victimes de la fraude ;

a Attendu que l'autographe dont s'agit ne porte ni estampille, ni marque, ni caractère proprn à le faire reconnaître, même à le faire supposer dépendant du domaine de la Bibliothèque royale;

u Que, dès lors, Lalande et Charon ont pu loyalement l'acquérir, sans même se douter que l'autographe appartenait à la Bibliothèque royale;

« Par ces motifs,

« Le tribunal déboute Naudet, ès-nom, de sa demande, et le condamne aux dépens. »

Voici maintenant le texte de l'arrêt rendu par la Cour royale d'appel sur les conclusions conformes de M. l'avocat général Nouguicr :

« La Cour ,

(( Considérant, en principe, que les ouvrages manuscrits, plans, autographes et autres objets appartenant à la Bibliothèque royale, sont inaliénables et imprescriptibles , comme faisant partie du domaine public ;

a Considérant, en fait, qu'il est établi qu'en 1823 l'autographe de Molière dont il s'agit au procès appartenait à la Bibliothèque; que l'ouvrage de M. Taschereau, publié en 1825, constate qu'à cette époque ledit autographe appartenait encore à la Bibliothèque ;

« Considérant, d'ailleurs, que la nature de la pièce en question et l'ouvrage de M. Taschereau démontraient suffisamment, pour Charon lui-môme, que l'autographe de Molière dont il s'agit dépendait du domaine public ;

<c Infirme-, ordonne que la pièce dont s'agit sera immédiatement remise au greffier de la Cour, pour être rétablie dans les archives de la Bibliothèque royale. »

Voici le récit donné par le Bulletin de l'Alliance des arts du 23 janvier 4844, de l'affaire des livres provenant de la Bibliothèque Mazarine et d'autres Bibliothèques publiques * ; livres qui s'étaient trouvés dans "la collection de M. de Soleinne :

Un incident de la vente des livres de M. de Soleinne.

« La Démocratie pacifique a inséré dans son numéro du 11 courant cet article communiqué, qui n'a été reproduit que par la Bibliographie de la France ; ces deux journaux se sont empressés, il est vrai, de se rétracter eux-mêmes :

« Il s'est passé, mardi soir, à la vente de la bibliothèque de M. de Soleinne, un fait sur lequel nous croyons devoir appeler l'attention du public et de l'autorité.

« Le n° 726 du catalogue, les OEuvres de maistre Roger de Collerye, ayant été mis sur table, on fît observer que ce volume portait le timbre de la bibliothèque Mazarine, et que cet ouvrage ne pouvait, par conséquent, être mis en vente.

« Le libraire chargé de la vente (M. Techener), le commissaire-priseur (M. Commendeur), et une personne décorée, qui paraissait présider à la vente, et que l'on nous a dit être M. Paul Lacroix, dit le bibliophile Jacob, ont tenu tête au public, composé de libraires et habitués aux ventes.

(( M. P. Lacroix a, de plus, déclaré qu'il y avait dans la bibliothèque de Soleinne une vingtaine de volumes appartenant à des bibliothèques publiques, et que tous seraient vendus par lui.

« Un des assistants a fait observer à M. Lacroix que, dans la note minutieusement ftdigée à la suite de l'article dont nous parlons, note qui indique même le nom du relieur du précieux volume, il s'était bien gardé d'indiquer que ce volume portait le timbre d'une bibliothèque publique. M. Lacroix a déclaré qu'il en était de même pour les vingt autres articles dont il a été parié plus haut, et que c'était à messieurs les bibliothécaires à venir vérifier par eux-mêmes si, parmi les livres mis en vente par

1 Voyez ci-dessus, pag. 55 et 56.

M. P. Lacroix, il s'en trouvait qui eussent été soustraits aux bibliothèques dont la garde leur est confiée.

« Nous ajouterons, pour terminer, que le volume des OEuoret de Roger de Collerye, petit in-8° de 104 feuillets, mis sur la table par M. Techener au prix de 220 fr., a été adjugé sans enchère au même M. Techener.

« Il est curieux de voir comme, en cette circonstance, M. Te-* chener a su prendre les intérêts de son mandataire, après avoir nié et mis à néant les droits et les intérêts d'un établissement public. »

Voici les deux réponses qui ont été faites à cet article :

« Monsieur le rédacteur, je dois répondre à une note qui s'est glissée, sans doute à votre insu, dans votre numéro du jeudi 11 janvier.

« On a vendu, dit celle note, le n° 726 du catalogue, OEuvret de maistre Roger de Collerye, quoique ce volume portât l'ancien timbre de la bibliothèque Mazarine. En effet, ledit volume, sorti de cette bibliothèque, on ne sait par quelles causes, avant qu'elle devînt propriété nationale, a circulé dans les ventes depuis quarante ans, et M. de Soleinne Ta acquis de bonne foi, sans que cette acquisition lui fût alors contestée. La bibliothèque Mazarine acluellc n'a aucune prétention à faire valoir sur les livres qu'elle a pu posséder à une époque où elle ne faisait point partie du domaine de TEtat.

« A propos de cet incident, qui amena une espèce de débat contradictoire, j'ai cru devoir fournir quelques explications qui ont été mal comprises par Fauteur de la note contre laquelle je m'inscris en faux.

« Je n'ai pas dit qu'il y avait dans la bibliothèque Soleinne une vingtaine de volumes appartenant à des bibliothèques publiques, et que tous seraient «vendus par moi.» Si j'avais pu dire une telle monstruosité, je ne serais pas seulement justiciable de l'opinion.

« J'ai dit et déclaré formellement que tous les livres qui se trouvaient dans la bibliothèque de M. de Soleinne appartenaient incontestablement à l'illustre amateur, par suite d'une acquisition faite de bonne foi, au grand jour, et presque sous les yeux des premiers bibliographes du monde : MM. Van Praet, Beuchol, Parison, Brunet, etc.; j'ai dit que ces livres étaient sans cesse, durant la vie de leur propriétaire, à la disposition

des gens de lettres et des bibliothécaires, et que leur possession avait été, pour ainsi dire, sanctionnée ; j'ai dit que nombre de ces volumes avaient autrefois appartenu à des bibliothèques publiques, notamment à la Bibliothèque du roi, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, etc. ; mais que depuis un siècle ou un demisiècle ils étaient tombés, on ignore par quelles vicissitudes, dans les mains des particuliers, et que ceux-ci les possédaient de plein droit.

« Là-dessus, j'ai cité quelques exemples que ma mémoire me présentait ; les n 08 550 et 561 du catalogue, le mystère des Actes des Apôtres (Paris, les Angeliers, 1540, in-fol.), et celui de la Destruction de Troye (Paris, Jean Driart, 1498, in-fol.), portent encore le timbre de la Bibliothèque du roi ; mais un autre timbre atteste que la Bibliothèque du roi les a vendus comme doubles ou inutiles vers le milieu du dernier siècle ; le n° 105 du catalogue, Y An des sept Dames (Anvers, Gérard Lecu, 1503, in-4°), porte le timbre de l'abbaye de Sainte-Geneviève; mais on sait que ce précieux volume avait disparu de la bibliothèque au moment où les couvents furent confisqués, et le savant M. Brunet, dès Tannée 1820, a signalé, dans son Manuel du Libraire, la provenance de ce livre unique, que M. de Soleinne racheta en 1819, à la vente de M" e d'Yves, à Bruxelles.

« Je soutiens donc que la bibliothèque de M. de Soleinne ne contient pas un seul volume dont l'acquisition n'ait été régulière et ne puisse être justifiée par les pièces comptables. Ce généreux bibliophile n'empruntait même pas de livres aux bibliothèques publiques, pour qu'on ne le soupçonnât pas de vouloir s'enrichir à leurs dépens, bien que ses antécédents et sa position le missent à l'abri d'un pareil soupçon.

« Quant à moi, qu'on n'accusera jamais de montrer peu de zèle pour les livres et pour les bibliothèques publiques, je regrette d'avoir à repousser comme injurieux les sentiments et les paroles qu'on me prête.

« Agréez, etc.

«Paul Lacroix,

(Bibliophile Jacob.) t Paris, 12 janvier 1844. »

« Monsieur le Rédacteur, voire journal de ce jour contient, au sujet de la vente Soleinnc, un article anonyme dans lequel se trouvent plusieurs assertions hasardées et malveillantes à mon égard.

<( Vous m'accusez d'avoir mis à néant les droits d'un établissement public, et le zèle de l'anonyme s'étend même jusqu'aux intérêts de mon mandant, que j'aurais trahis en mettant sur table au prix de 220 francs un volume de 104 feuillets (Roger de Collerye).

« Vous ignoriez sans doute, monsieur le rédacteur, quand vous avez livré au public l'article dont je me plains, que les livres du cardinal Mazarin avaient été vendus en 1649 par arrêt du parlement , et qu'on a encore aujourd'hui dans le commerce dei livres portant le timbre de la Bibliothèque Mazarine, qui n'ont jamais figuré sur le catalogue de cette bibliothèque depuis qu'elle est devenue propriété de l'État, et par conséquent ne lui ont jamais appartenu. Je citerai, par exemple, les Poésies de Vauquelin delà Fresnaye, imprimées à Cacn en 1612, qui, annoncées sur le catalogue de M. de Pixérécourt comme portant le timbre du cardinal Mazarin ( précisément le même que celui de Roger de Collerye). ont été vendues publiquement sans réclamation, et ne figurent pas, je l'ai vériûé aujourd'hui môme, sur le catalogue de la bibliothèque Mazarine.

« Vous ignoriez sans doute, monsieur, que le catalogue de la bibliothèque Mazarine, rédigé vers 1760 à 1780, porte en effet les OEuvres de Roger de Collerye, 1536, in-8, mais reliées en vea.u, tandis que l'exemplaire de M. de Soleinne porte une reliure en maroquin qui ne peut être postérieure à 1760, ainsi que pourront le juger toutes les personnes connaissant bien la reliure et le faire des relieurs de cette époque.

« 11 est donc certain pour moi que l'exemplaire de M. de Soleinne n'est pas celui qui figure sur le catalogue delà bibliothèque Mazarine ; en tous cas, les tribunaux prononceront *, et le livre appartiendra à qui de droit.

a Quant à la mise sur table, au sujet de laquelle l'anonyme s'est permis une insinuation malveillante, j'avais deux commis-

« Tous les amateurs de Paris savent qu'après quelques démarches, la Bibliothèque Mazarine a du renoncera se faire restituer ce livre, qui se trouve encore entre les mains de M. P., qui lavait acheté à la vente Soleinne.

sions pour ce volume, Tune à 220 fr., pour M. C... ; l'autre à 300 fr., pour M. P...: j'ai dû, pour ne trahir aucun des intérêts qui m'étaient confiés, mettre le livre sur table au prix de la plus basse commission : c'est ce que j'ai fait, cl c'est ce qu'aurait fait à ma place toute autre personne.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

(( J. Techener, Toujours place du Louvre, 12.

« N. B. Etant à l'instant même instruit de voire article, veuillez excuser la précipitation de cette réponse, dans laquelle j'aurais pu apporter encore d'autres exemples du fait que je vous ai cité plus haut. »

« Cet incident, qui a mis en trouble et en inquiétude tous les conservateurs des bibliothèques publiques de Paris, montre que Ton ignore généralement l'origine et les droits réels de ces bibliothèques.

« La Bibliothèque du roi a été fondée sous le règne de Charles Y, mais quoiqu'elle fît partie du domaine royal, elle fut plus d'une fois spoliée et dilapidée. Sous Charles VI, le duc de Bedford acheta les plus beaux manuscrits qu'elle contenait et les emporta en Angleterre ; sous Henri III, après les barricades de Paris, on enleva tous les volumes qui se trouvaient dans les appartements du roi et des princes pour les vendre à l'encan sur la place de l'Hôtel-de- Ville -, sous la Ligue, on mit encore en vente beaucoup de livres appartenant à cette bibliothèque -, sousLouisXIV, les bibliothécaires échangèrent des livres doubles avec les Patin, les Conrart et d'autres savants qui se formaient des collections particulières; sous Louis XV, à deux reprises, on vendit à l'amiable et aux enchères publiques les livres doubles qui étaient restés ou entrés depuis dans la Bibliothèque du roi. Enfin, à toutes les époques, des livres, prêtés ou volés, ont passé de main en main, par des ventes successives, faites de bonne foi : ces livres sont aujourd'hui la propriété incontestable des personnes qui les possèdent, et qui les ont rachetés bien légitimement, soit en France, soit à l'étranger.

« La Bibliothèque du roi doit réclamer, par tous les moyens de rigueur, les livres qu'elle a confiés ou qu'on lui a dérobés. A la mort de M. Auger, de l'Académie française, on trouva dans sa bibliothèque plus de trois cents volumes qu'il avait em-

pruntésà la Bibliothèque du roi, notamment toutes les anciennes éditions de Molière. A la mort de M. Daru, on fit réintégrer à la Bibliothèque du roi une quantité d'ouvrages qui lui avaient servi pour la rédaction de son Histoire de Bretagne. Tous les jours, dans les ventes après décès, ou par autorité de justice, on rencontre des volumes portant le timbre de la Bibliothèque du roi, et le commissaire-priseur a le soin de les rendre à qui de droit. Parmi les amas de livres thésaurises par M. Boulard, nous avons découvert nombre de livres de la Bibliothèque royale, que le hasard avait fait tomber chez les bouquinistes, et ces volumes ont été restitués, sans que les héritiers de M. Boulard demandassent même à être indemnisés par l'Etat.

« Mais, est-ce à dire que la Bibliothèque du roi est autorisée à reprendre partout où elle les reconnaîtra les livres qu'elle a autrefois vendus, ou môme ceux qui, dans un temps déjà éloigné, lui auraient été enlevés on ne sait comment? Le bien de l'Etat est inaliénable, d'accord ; mais il y a toujours la prescription du temps : quand on a acheté de bonne foi et qu'on peut le prouver, on est à l'abri de tout reproche et de toute revendication.

« Nous reviendrons sur cette question, qui est très-grave, et' qui n'a pas encore été traitée. Il s'agit de rassurer, dans leur juste et légitime possession, les amateurs qui ont des livres provenant d'une bibliothèque de l'Etat, mais aliénés ou distraits depuis longtemps. N'est-il pas étrange qu'on vienne, en 1844, revendiquer, au nom de l'Etat, des livres qui ont figuré dans les ventes de Gaignal et de La Vallière ? »

Parmi les cas les plus curieux de disparition de manuscrits, il faut compter celui d'un manuscrit précieux appartenant à la Bibliothèque de Berne, remis ù Paris, sous l'Empire, au ministère de l'intérieur, égaré presque immédiatement et retrouvé , vingt-huit ans après, dans la succession du célèbre orateur Manuel *, sans qu'on ait jamais essayé de savoir comment ce manuscrit était arrivé là. Comme ce fait est peu connu , je crois devoir donner ici une lettre publiée à ce sujet par M. A. Jubinal, et insérée dans le journal l'Artiste du 10 décembre 1837. Voici cette lettre, que je reproduis d'après l'impression séparée que M. Jubinal en a fait paraître lui-même eu 1838 (Paris, chez Ed. Pannier, iu-8°).

Monsieur,

Quelques feuilles périodiques, notamment le Journal de l'Instruction publique du 1 er octobre et le Courrier français du 4 et du 8 octobre dernier, ayant annoncé qu'un manuscrit de la Bibliothèque de Berne, jadis prêté à la France, avait été retrouvé après vingl-huitansde disparition, voulez-vousme permettre, bien que ce soit ici plutôt de la bibliographie pure et simple que de Part, de vous raconter en peu de mots l'histoire de ce manuscrit, depuis 1809 jusqu'à ce jour, d'autant plus que je la crois de nature à intéresser vos lecteurs ?

Voici les faits :

Le 11 juillet 1809, le ministre de l'intérieur invita son collègue des relations extérieures à charger l'ambassadeur de France à Berne de demander à la Bibliothèque de cette ville un manuscrit français du treizième siècle,coté n° 354, in-4°, sur vélin, de 275 feuillets, contenant : 1° des contes et des fabliaux ; 2° le Roman des sept Sages, en prose \ 3° le Roman du saint Graal ; en tout 77 pièces, dont la plus grande partie est encore inédite aujourd'hui. Un des employés au département des manuscrits de la Bibliothèque impériale, M. Méon, désirait en prendre communication pour rendre aussi complète que possible son édition de nos vieux fabliaux , et le ministre assurait dans sa lettre que le recueil demandé serait rendu très-promptement.

1 Qu'aurait-on dit si ce manuscrit avait été découvert chez moi? Et pourtant on n'a fait aucune recherche pour savoir comment il se trouvait dans la succession de Manuel !

Dans l'intérêt des lettres, et malgré sa répugnance à se séparer d'un manuscrit aussi précieux, M. Tscharner, bibliothécaire de Berne, s'empressa de satisfaire à cette demande. Le volume fut confié à M. le comte Auguste de Tallcyrand, alors ambassadeur de France en Suisse, qui, le 1 er août 1809, en accusa réception, et chargea un de ses amis, M. de l'Ëpinière, parlant pour Paris, de le remettre entre les mains de 31. le ministre de l'intérieur.

M. de l'Epinière s'acquitta de cette commission avec fidélité; non-seulement il fut se présenter en personne à M. le duc d'Otrante, alors chargé momentanément du ministère de l'intérieur, mais il exigea une quittance régulière, qu'il envoya à M. le comte Auguste de Talleyrand. Ce récépissé portait la date du 56 août 1809. Toutefois, le manuscrit ne parvint jamais à la fil* bliolhèque impériale, et tout ce qu'on put obtenir plus tard de M. le duc d'Olranle fut une réponse datée d'Aix, du 30 septembre 1810, dans laquelle il écrivait à l'un de ses successeurs : a Je « me rappelle très-bien le manuscrit dont Votre Excellence me « parle ; je l'ai reçu pendant que j'avais le portefeuille du mice nislère de l'intérieur. Je ne puis vous indiquer d'une manière uprécise où il se trouve maintenant; il a été longtemps danfi « mon cabinet; je l'ai fait examiner à plusieurs personnes », etc., etc.

Sur les réclamations de la Bibliothèque de Berne, vivement appuyées par M. le comte de Talleyrand, le ministre de Tintérieur d'alors voulut bien ordonner les recherches les plus exactes pour retrouver le manuscrit égaré ; mais elles restèrent sans succès.

La Bibliothèque de Berne renouvela ses sollicitations en 1814, 1818, 1820 et 1824; elles furent toujours accueillies par des promesses de restitution, mais elles n'obtinrent pas d'autre résultat.

Enfin, sous le ministère de M. le duc de Richelieu, on pensa qu'il était juste de donner à la Bibliothèque de Berne une sorte de dédommagement. Le 23 octobre 1824, M. le marquis de Moustier, ambassadeur de France en Suisse, offrit à cet établissement , au nom de la France, un exemplaire de la belle édition, grand in-folio, de l' Iconographie grecque et romaine, dont, en 1833, grâce à la bienveillante intervention de M. le comte de Rumigny, les deux derniers volumes furent également envoyés en Suisse.

Depuis, les choses en restèrent là. Mais la Bibliothèque de Berne, tout en ayant accepté Y Iconographie grecque et romaine, ne put se consoler de la perte de son manuscrit, précieux héritage de Henri Eslienne, de Bongars et de Goldast, dont il porte les signatures sur le feuillet de garde.

Oo le croyait à jamais perdu, lorsque, dans les premiers jours de novembre 1836, M. Grozet, libraire, fit avertir un de nos meilleurs hellénistes, M. Louis de Sinner, patricien bernois, qui habite Paris, qu'un manuscrit estampillé aux armes de la ville de Berne se trouvait en vente chez lui. M. de Sinner avait été pendant cinq ans attaché à la Bibliothèque de Berne en qualité de sous-bibliothécaire; en outre, il avait déjà été chargé, en 1820, de renouveler les réclamations de ses compatriotes auprès du gouvernement français. Il se transporta donc immédia-* tement chez M. Grozet, qui lui dit posséder légalement ce ma» quscrit, rayant acheté d'une dame, domiciliée alors rue de* Pré» tres-Sainl-Germain-1'Auxerrois, et à laquelle il était venu, avec d'autres livres, dans la succession de notre grand orateur Bfajuiel.

Après une vérification détaillée du recueil, qui constata positivement son identité, M. de Sinner écrivit à M. le professeur Trocltfel, premier bibliothécaire de la ville de Berne, pour lui annoncer la découverte inespérée du manuscrit perdu, dont la rançon était fixée par le libraire à la somme de 1,000 fr.

La Bibliothèque de Berne, pensant que, puisque le duc d'Otrante, alors ministre, s'était lui-même avoué coupable de néglif gence, le gouvernement français actuel croirait devoir racheter le volume qu'elle réclamait, essaya à ce sujet la voie des négociations diplomatiques ; mais elle n'obtint aucune réponse, et il ne lui fut pas possible d'amener M. Mole à rompre le silence. Cependant, les choses ne pouvant toujours rester en cet état, la Bibliothèque de Berne, par l'entremise de M. de Sinner, vient de faire remettre à M. Crozet les mille francs demandés , et, depuis le 6 décembre, ce long imbroglio bibliographique se trouve terminé par la réinslallalion du manuscrit dans son ancien dépôt.

Après cet exposé historique, il ne me reste que peu de mots à ajouter. Ne pensez-vous pas comme moi, lyonsieur, qu'il serait de la dignité du gouvernement français de dédommager la Bibliothèque de Berne, dont les ressources sont modiques, non

en lui offrant en argent h différence qui existe entre Vlconoqror phie qu'on lui a donnée et les mille francs dont il est question (la ville de Berne, dans sa fierté républicaine, croirait probablement devoir refuser), mais du moins en offrant à cet établissement étranger, comme complément des dépenses qu'on l'a obligé de faire, quelqu'une des belles collections publiées aux frais de l'Etat, telle, par exemple, que la collection des Documents inédits sur l'Histoire de France, ou toute autre qui semblerait convenable?

Ce serait très-certainement un exemplaire mieux placé, dans l'intérêt des lettres et de l'histoire, que ceux qui ont été donnés jusqu'ici, en France, à des personnes auxquelles, à peu d'exceptions prés, ils ne serviront aucunement. Et puis, qui sait? ce serait peut-être là aussi un moyen d'opérer à Berne, en faveur des idées françaises, une réaction, devenue singulièrement difficile depuis le désaccord diplomatique qui, en 1836, se manifeste entre notre ambassadeur et le gouvernement cantonnai.

Je vous livre cette dernière considération pour ce qu'elle vaut et comme elle m'arme, c'est-à-dire au bout de la plaine.

Agréez, monsieur, l'assurance, etc.

Votre bien dévoué, Achille Jubinal.

Au risque de me répéter et d'après le conseil de mes amis , je publie ici \a protestation que j'ai adressée il y a plusieurs mois à M. Pinard, procureur de la République (Voyez ci-dessus page 28 et 11 3). Elle lui fut présentée par deux personnes très-connues et très-dignes de confiance. Les faits que j'avance dans cette protestation sont tous confirmés par les documents que je publie aujourd'hui et par beaucoup d'autres que je garde entre mes mains. J'ai déjà dit que cette protestation, qu'on avait déclaré ne pas pouvoir recevoir régulièrement, n'a rien produit, rien arrêté. Les irrégularités que j'y signalais et qu'il était si facile de vérifier n'ont fait que se renouveler depuis, et les élèves de V École des Chartes, chargés de l'examen de ma collection, ont continué à être, apparemment du moins, chargés seuls de cette affaire ; faisant de nouvelles descentes, provoquant des saisies, se permettant de dresser, sans mission et sans qualité pour le faire, des espèces d'interrogatoires ; commettant, en un mot, une foule d'irrégularités dont j'ai les preuves entre les mains, sans qu'aucune des personnes dont j'invoquais le témoignage dans ma Réponse k M. Boucly, et qui pouvaient éclairer la justice, fût appelée par les magistrats. Je possède par voie de comparaison tous les éléments nécessaires pour faire juger du caractère de l'enquête dirigée contre moi. En 1840, pendant que j'étais à Florence, auprès de ma mère gravement malade, un domestique, que j'avais laissé dans mon appartement à Paris, s'enfuit , emportant mon argenterie, mon linge, des médailles précieuses et de l'argent que j'avais laissés dans certains meubles qu'il fractura. Il emporta aussi un nombre considérable de livres précieux imprimés ou manuscrits, ainsi que des autographes d'une grande valeur. Après avoir vendu une partie de ces objets à Paris, il se sauva en Angleterre , et offrit en vente au Biitish Muséum les manuscrits, les livres et les autographes qu'il avait encore. Là M. Panizzî, qui ne m'avait jamais vu et avec lequel je n'avais jamais eu aucune relation personnelle, reconnut des volumes qu'il savait (comme on sait ces choses-là entre bibliographes) que j'avais achetés quelques années auparavant en Angleterre, à la vente Heber ou chez des libraires. Avant que je pusse porter aucune plainte, avant même que la fuite de mon domestique me fût connue à Florence, M. Panizzi, qui n'achète pas de livres volés, fit saisir les objets qu'on lui offrait en vente, et ces objets me furent rendus depuis. Les meubles étaient fracturés, une partie des livres avait été retrouvée en la possession du voleur, et comme, par l'entremise bienveillante de M. Guizot, j'avais adressé de Florence une plainte au chef du parquet de Paris, une instruction fut commencée. A mon retour en France, je pus recueillir quelques renseignements assez précis sur les ventes que mon domestique avait faites à Paris avant son

départ. Ces renseignements furent adressés au juge chargé de l'instruction de cette affaire, qui était, si je ne me trompe, M. Legonidec, avec la description la plus détaillée des objets qui m'avaient été dérobés. Malgré ces renseignements, confirmés par la déposition de plusieurs témoins, aucune descente judiciaire n'eut lieu , on ne fit aucune recherche pour retrouver ce qui m'avait été dérobé, et sans M. Panizzi je n'aurais pu rien recouvrer. D'après l'inventaire détaillé que je fis dresser à cette époque , la perte finale que j'éprouvai se montait à dix mille francs environ. Je ne blâme personne de ce qu'on n'a pas cru devoir faire alors. Mais comment admettre que si l'on restait dans cette inaction pour ui fait avéré et constant, on puisse aujourd'hui, en ce qui me concerne, continuer depuis près d'un an à faire des enquêtes, des descentes , des saisies judiciaires sans qu'on ait encore administré un seul fait à l'appui des mesures exceptionnelles dirigées contre moi ? Cherche- t-on la vérité, ou mes ennemis voudraient-ils, avec tout cet apparat, tourner l'opinion contre moi, faire de l'intimidation, et me faire croire à tonte force coupable ? Le lecteur jugera. Pour le moment, revenons à la protestation. La voici :

A monsieur le procureur de la République près le tribunal civil du département de la Seine, en son parquet, à Paris.

Londres, le 25 novembre 1848.

Monsieur le procureur de la République,

Le 19 mars dernier, le Moniteur universel, journal officiel de la République française, publiait un rapport adressé, le 4 février précédent, à M. Hébert, garde des sceaux, par M. Boucly, procureur du roi. Ce rapport avait pour objet de faire connaître à M. le garde des sceaux, ministre de la justice, l'origine, le but et la nature de quelques recherches faites par M. le procureur du roi pour établir la provenance de certains volumes précieux qui avaient été décrits dans le catalogue de ma bibliothèque, imprimé à un grand nombre d'exemplaires, et qui furent vendus aux enchères publiques à Paris, pendant le mois de juillet 1847, en présence de tous les amateurs de livres que cette vente intéressait. Ce rapport, je l'avais provoqué et réclamé moimême à la première nouvelle que j'avais eue des démarches de M. le procureur du roi. Il fut trouvé, après les événe-

ments du 24 février, dans les cartons du ministre des affaires étrangères, qui l'avait reçu peu de jours auparavant ; je n'en avais pas eu connaissance, et j'étais loin d'en soupçonner l'existence, lorsque je me vis contraint de quitter Paris à la suite d'événements politiques qui pouvaient compromettre ma sûreté personnelle; je n'ai eu connaissance de cet étrange docurrtint que par la publication que le journal officiel en a faite. Aussitôt que j'ai pu réunir les pièces et les documents dont j'avais besoin, non-seulement pour détruire les moindres assertions contenues dans le rapport de M. Boucly, mais pour venger mon honneur offensé, j'ai publié ma réponse, et j'ose croire qu'elle a été telle qu'elle n'a laissé aucun doute défavorable dans l'esprit le plus prévenu. Ma justification a été complète, et il n'est resté de toutes les calomnies ramassées contre moi que la preuve de leur impuissance. Je ne sais, monsieur le procureur de la République, si vous avez eu sous les yeux ma Réponse au rapport de M. Boucly. Quoi qu'il en soit, j'ai l'honneur de vous en adresser un exemplaire avec cette lettre; je vous prie, dans l'intérêt de la justice, de vouloir bien faire joindre l'une et l'autre aux pièces de la procédure qui s'instruit encore contre moi.

D'après le M oniteur, M. le procureur du roi terminait ainsi son rapport : «Assurément, monsieur le garde des sceaux, « dans les circonstances ordinaires et vis-à-vis d'une perce sonne qui n'occuperait ni dans l'Université ni à l'Institut « la position de M. Libri, les indices déjà signalés pource raient suffire pour motiver dès à présent des poursuites a criminelles. En effet, la jurisprudence de la Cour de « cassation a toujours considéré comme un crime les « soustractions de livres commises dans les bibliothèques « publiques. Ce crime s'aggraverait en raison du carac- « tère dont était revêtu M. Libri, par suite d'une mission « spéciale du gouvernement. »

Cette conclusion est peu en harmonie, ce me semble, avec un autre passage du rapport, dans lequel M. le procureur du roi, comprenant mieux la véritable situation des choses et des personnes, disait : « Peut-être... une hésitation « moindre à vérifier certains faits , et surtout des explica- « tîons demandées à M. Libri lui-même (que je n'ai pas

o voulu interpeller ) eussent-elles fait disparaître les soup- « çons dirigés contre lui. » Mais après la publication du rapport, le retentissement qu'il donna aux dénonciations anonymes dos calomniateurs (it cesser les scrupules, et Ton n'hésita pas à diriger contre moi, absent, une poursuite criminelle dont je me plaindrais moins si l'instruction avait été accompagnée des formes protectrices que la loi doit assurer aux accusés dans l'intérêt de leur honneur et de leur fortune. Les formes régulières ont été omises à mon égard , certainement à l'insu des magistrats ; plusieurs actes de l'instruction commencée contre moi témoignent d'une légèreté bien fatale, sinon d'un système préconçu d'arbitraire et d'illégalité; ces actes, je suis forcé de le dire, sont encore tous les jours exécutés sans aucune garantie d'impartialité, et en l'absence de toute mesure conservatrice et légale.

Je dois donc à l'intérêt de mon honneur, qui me préoccupe par-dessus tout dans cette douloureuse affaire, de réclamer hautement contre des façons de procéder qui sont autant de flagrants attentats au droit sacré de la défense. Je dois réclamer aussi dans l'intérêt de mes créanciers, qui craignent, non sans raison, de voir compromis le gage de leur créance, et qui me demandent ce que je me propose de faire pour conserver ce gage, qu'ils m'avaient en quelque sorte confié. Ces créanciers comptaient sur mes ressources toutes mobilières, qui se composaient de livres, de manuscrits, de valeurs de portefeuille; mais j'ai dû leur déclarer que je ne pouvais plus répondre que de ma bonne volonté, parce que j'ignore ce que ces objets ont pu devenir depuis qu'ils ont été placés sous le séquestre, sans inventaire et sans gardien ; depuis surtout que mon domicile a été ouvert à toutes sortes de personnes, et que (j'en ai la preuve écrite) on a enlevé et on enlève encore journellement de chez moi des paquets de livres et de papiers. Jusqu'à présent, j'ai pu compter sur la résignation de mes créanciers • ils ont consenti à suspendre leurs poursuites; ils ont renoncé à jeter leur intervention au milieu des actes de l'instruction ; mais leur patience pourrait se lasser s'ils n'en entrevoyaient pas le terme.

Permettez-moi donc, monsieur le procureur de la Repu-

blique, de vous signaler, dans ce double intérêt, les actes irréguliers, les fâcheuses mesures et les formes insolites qui affectent, depuis son origine, l'instruction entamée contre moi, et poursuivie comme au hasard sur le terrain vague des insinuations et des conjectures.

,l°Le rapport confidentiel deM. le procureur du roi, Boucly, à M. le garde des sceaux, ministre de la justice, n'était nullement destiné à la publicité; il a paru néanmoins dans le journal officiel du gouvernement. Cette publication a été d'autant plus préjudiciable à mes intérêts, que j'étais dans ce moment même obligé de m'éloigner de France pour échapper aux actes de vindicte populaire dont mes ennemis me menaçaient publiquement en plein Institut, comme je l'ai constaté dans ma réponse à M. Boucly; cette publication a provoqué en outre contre moi une foule d'articles diffamatoires dans tous les journaux trompés sans doute par le caractère officiel du rapport et du journal qui l'avait fait connaître.

2° Le Moniteur universel, journal officiel de la République, a refusé d'insérer dans ses colonnes une lettre que je lui avais adressée à l'occasion de cette inqualifiable publication, et son refus a servi de prétexte aux autres journaux pour me refuser aussi la même réparation légale.

3° Depuis que j'ai quitté Paris, de nombreuses descentes ou visites ont été faites, soit dans mon domicile, soit dans celui de plusieurs personnes que l'on supposait dépositaires de livres ou de manuscrits appartenant à mes collections. Des saisies de livres et de manuscrits ont été opérées en effet, mais elles n'ont jamais été accompagnées d'inventaires descriptifs ; les objets saisis ont été transportés successivement dans divers lieux, sans que personne eût été autorisé à me représenter, sans qu'il ait été pris aucune précaution contre le dol ou la fraude, contre les soustractions ou les additions, en sorte que nul ne saurait dire si tous les livres et manuscrits saisis ont été transportés exactement dans les lieux désignés par la justice, et si ceux qui y auraient été transportés appartiennent réellement tous à mes collections.

4° ïl est vrai cependant que des scellés ont été, dans les premiers temps, apposés par le commissaire de police au-

— Moteur desdites saisies, et que les portes des lieux de dépôt ont été ainsi closes; mais depuis, ces scellés ont été fréquemment levés sur les demandes de différentes personnes se disant commissaires chargés de vérifications et d'expertises ; d'autres personnes, qui n'arguaient d'aucun mandat spécial , se sont introduites de la même manière dans les lieux de dépôt; toutes ces personnes, tantôt les unes, tantôt les autres, ont pu s'établir librement au milieu de mes collections, y faire de longues séances, sans la présence d'aucun gardien légal ou judiciaire ayant mission de me représenter et de me défendre contre les erreurs ou les fraudes, le commissaire de police se retirant dès qu'il avait levé les scellés et ne reparaissant, après plusieurs heures d'absence, que sur l'appel de ces mêmes personnes, pour réapposer les scellés. Plus tard, et depuis longtemps, ces formalités déjà si insuffisantes ont été négligées aussi, et outre les commissaires, un nombre considérable d'autres personnes ont continué à s'introduire librement, avec des vues hostiles, dans mon appartement, où il était défendu à mes amis et jusqu'à mes domestiques de pénétrer, même pour les soins de propreté.

5° Aucun avertissement ne m'a été donné au nom de la justice; je n'ai reçu aucune citation , aucune assignation, aucun mandat; je n'ai point été mis en demeure de me présenter, ni de me faire représenter par quelque fondé de pouvoir dûment autorisé ; en sorte que tous ces faits, dont les conséquences pourraient être si funestes pour moi, ont en lieu à mon insu, dans mon domicile et ailleurs, malgré mon absence légitime de fait et de droit.

6° Un portefeuille contenant des valeurs industrielles on commerciales et d'autres valeurs s'élevant ensemble à une somme de 45,000 francs environ, était dans mon domicile au moment où j'ai quitté Paris ; plusieurs de ces valeurs sont échues depuis, qui n'ont pu être présentées à échéance. J'ai réclamé sans résultat toutes ces valeurs, qui sont par leur nature étrangères à la poursuite et à l'instruction; j'ignore absolument ce qu'elles sont devenues, et je n'ai pu obtenir aucun renseignement à ce sujet.

7° On a saisi également mes meubles et mon linge, le linge et les meubles d'un de mes parents, dont la plainte n'a

pas été écoutée, et qui est retourné en Italie sans obtenir satisfaction. On a saisi chez moi et chez d'autres personnes des livres, des manuscrits, des objets précieux appartenant à mes amis et à divers libraires, qui me les avaient confiés ou offerts en vente, et au sujet desquels je n'avais pris aucune résolution au moment où j'ai quitté Paris.

8° Une commission d'experts a été nommée, dès le mois de mars, pour procéder à la vérification et à l'examen de mes livres et de mes manuscrits, et pour adresser son rapport aux magistrats chargés de l'instruction. Cette commission était composée de six membres, dont cinq ont été choisis parmi les anciens élèves de l'Ecole des Chartes. Or, il résulte du rapport de M. le procureur du roi, Boucly, que le recueil périodique intitulé ; la Bibliothèque de V Ecole des Chartes avait pris, dès 1847, l'initiative des dénonciations et des démarches contre moi. «Deux articles, insérés dans « cette Bibliothèque, V* et VI e livraisons de 1847, p. 462 « et 555 (dit M. Boucly), ont parlé dans des termes qui cher- «chentà faire naître le soupçon, non-seulement de la vente «de livres faite l'an dernier par M. Libri, mais encore de «manuscrits qu'il a livrés en Angleterre, sans en avoir ja- «mais publié le catalogue en France. L'un de ces articles « a été reproduit par le National. » Et ailleurs il dit encore : «Enfin, dans une de leurs dernières livraisons, les « rédacteurs de la Bibliothèque de V Ecole des Chartes ont « annoncé qu'ils avaient l'espoir de se procurer en Anglea terre la notice complète des manuscrits vendus par M. Li- «bri. Dans ce cas, leur but serait apparemment de rendre «ce catalogue public en France, et d'appeler ainsi, contre «M. Libri, les réclamations des villes qui trouveraient là « des manuscrits ayant appartenu à leurs bibliothèques. »

Certes, il suffirait de ces publications, ainsi caractérisées par M. Boucly, pour me donner le droit de récuser l'intervention de l'Ecole des Chartes dans cette affaire; mais ce droit s'étend et se fortifie par la conduite que les élèves de l'Ecole des Chartes, chargés de l'examen de mes papiers et de mes collections, ont tenue après avoir reçu de la justice cette mission délicate. Sans entrer ici dans le détail des divers propos, discours, menaces, actes par lesquels les experts ont montré leur animosité contre moi, je me bornerai

à signaler, d'après les documents authentiques que j'ai entre les mains, la conversation qu'un de ces experts a eue avec un homme très-honorable et très-connu dans Paris, auquel cet expert, élève de l'Ecole des Chartes, chargé d'examiner mes collections, disait en pleine rue, récemment, ces propres paroles : l'Ecole des Chartes ne sera contente* que lorsqu'elle aura fait pendre M. Libri. Un autre fait encore plus grave, si c'est possible, c'est l'article suivant, publié dans la Bibliothèque de l'Ecole des Cliartes de cette année (livraison de mars et avril 1848, p. 358), après la nomination de la Commission, et rédigé, suivant des témoins dignes de foi, sous l'influence de quelques-uns des experts eux-mêmes ; voici cet article :

« Depuis l'apparition du dernier cahier de la Bibliothènque, les charges que le bruit public faisait peser sur «M. Libri, et dont la divulgation subite engagea ce savant « trop avide de raretés bibliographiques à s'enfuir en Ance gleterre, ont pris corps; le rapport de M. Boucly, con- «cluant contre lui à des poursuites, a été publié dans les a journaux, et l'instruction de l'affaire se poursuit active- «ment aujourd'hui.

«M. Libri, en quittant la France, devenue à la fin inhos- «pitnlière pour lui, a cherché à mettre en lieu sûr sa riche «collection. Dix-huit caisses, si nous sommes bien infor- «més, l'ont accompagné dans son voyage à Londres, et «contenaient vraisemblablement les pièces les plus rares et « les plus compromettantes pour lui. Le reste, dont il préce parait la vente, s'est fondu comme par enchantement; «si bien que, lorsque la justice arriva chez lui, il ne s'y «trouvait plus un volume. Des tiers officieux, des relieurs, «des libraires, des amis s'étaient partagé le soin de cacher «cette bibliothèque, et il a fallu toute l'intelligente activité «des magistrats pour en obtenir la réintégration. Elle forme «environ quarante mille volumes, qui sont de nouveau «rassemblés dans l'ancien domicile de M. Libri, à la Sor- « bonne. Sur la désignation du ministre de l'instruction «publique, le juge chargé de l'instruction a délégué pour « procéder à l'examen de ces livres cinq archivistes-paléo- « graphes : MM. Ludovic Lalanne, Bourquelot, de Mas- « Latrie, J. Quicherat et Bordier, auxquels il a joint une

«des personnes qui assistaient M. Libri dans le classement «de sa bibliothèque et la rédaction de ses catalogues. »

Ces derniers faits si graves, et qu'il vous sera facile, Monsieur le procureur de la République, de vérifier, suffisent, et au delà, pour que j'aie le droit, non-seulement de récuser l'intervention des élèves de VEcole des Charles, rédacteurs de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, mais encore de leur contester la réserve, l'impartialité, le désintéressement nécessaires à des experts pour remplir un mandat de justice.

9° Cette Commission extra-judiciaire semble avoir terminé son travail d'expertise, puisqu'elle n'existe plus; cependant elle n'a point fait le rapport qu'on attendait d'elle; seulement, avant de se séparer, elle a mis de côté, toujours sans inventaire, et sans aucune garantie ni pour la justice, ni pour moi, une certaine masse de livres et de papiers qu'elle a déclarés susceptibles d'un examen plus approfondi.

10° Une seconde Commission d'experts a été constituée après la dissolution de la première, avec un mandat dont je ne connais pas l'étendue et la nature; mais, à en juger par ses actes, avec des pouvoirs tout à fait exceptionnels. Cette Commission, composée d'abord de trois membres, a été récemment portée à quatre, tous choisis parmi les élèves de l'Ecole des Chartes, et ayant fait partie de la précédente Commission.

11° Cette nouvelle Commission a commencé ses opérations en procédant ou faisant procéder à la levée des scellés que la première Commission avait fait apposer, et cela sans convoquer les membres de celle-ci ; la levée des scellés était cependant une opération commune qui, ne pouvant être accomplie qu'en la présence des anciens et des nouveaux experts, aurait dû être constatée par un procès-verbal commun.

12° Les membres de cette seconde Commission ont fréquemment pris chez moi des paquets de livres et de papiers appartenant (autant qu'on peut en juger en l'absence de tout inventaire) à mes collections; ils les ont transportés chez eux, sous prétexte de les vérifier et examiner ; ils ont rapporté ensuite, quand et comme ils l'ont voulu, d'autres paquets, sans que rien constatât l'identité des objets em-

portés et de ceux qu'on rapportait ; ces déplacements, qui n'étaient soumis à aucune surveillance, à aucun contrôle, ont été souvent opérés par un seul des trois experts. Il résulte de ces faits que l'intérêt de la justice, aussi bien que mon propre intérêt, sont sans garantie vis-à-vis de cette Commission.

13° Une Commission d'experts, comme celle qui a été nommée dans cette circonstance, n'a pas pour mission de dresser un acte d'accusation : son devoir est de chercher la vérité, de recueillir avec impartialité tous les faits favorables ou défavorables qui peuvent éclairer la justice. Cette Commission doit garder soigneusement tous les papiers qui lui sont confiés et donner une attention spéciale à tous les documents qui peuvent servir à établir les droits de la défense. Or, ce n'est pas là ce qu'ont fait les élèves de l'Ecole des Chartes chargés de cette expertise : s'emparant de tous mes papiers, de toutes mes correspondances, de tous les documents (contrats, bordereaux, factures, reçus, etc.) qui devaient servir à établir la provenance de mes collections, ils n'ont cherché qu'à ramasser des calomnies et à grouper des inductions contre moi ; et tel a été leur acharnement à cet égard, que, négligeant tout à fait des documents et des factures descriptives de libraires, factures qu'ils avaient trouvées chez moi, et qui établissaient l'origine de certains volumes, ils ont voulu chercher des arguments contre moi dans la présence de ces mêmes volumes parmi mes livres. Je ri avance rien dont je ri aie la preuve écrite entre les mains, et je puis démontrer que toutes les opérations des experts à mon égard ont eu pour objet, non pas de chercher la vérité à propos du rapport de M. Boucly, qui est complètement abandonné, mais de trouver un coupable à tout prix, afin d'appuyer sur de nouvelles calomnies les calomnies déjà publiées dans la Bibliothèque de V Ecole des Chartes contre moi.

14° Ces experts ont reçu leur mandat de la justice depuis plus de sept mois, et rien n'annonce qu'ils soient près de déposer leur rapport ; ils reçoivent des indemnités qui forment une somme déjà considérable et qui s'accroît incessamment. L'intérêt de la justice et le mien diffèrent de celui des experts ; mais l'intérêt de la justice, qui est aussi

le mien, demande que cette expertise soit enfin terminée, et qu'elle le soit par un rapport complet et détaillé, appuyé de documents et de pièces justificatives ; je demande communication de ce rapport, et d'avance je prends l'engagement de renverser toutes les accusations, toutes les insinuations qui seraient contraires à mon honneur.

15° Lorsque j'ai quitté Paris, j'ai laissé dans mon domicile deux personnes qui étaient alors à mon service et que j'avais chargées de la garde et de la conservation de mon mobilier; ces personnes avaient cru devoir, dans mon intérêt, faire quelques observations, assurément bien naturelles , sur divers actes et procédés dont elles étaient témoins; elles ont été punies l'une et l'autre par un emprisonnement de 48 heures qui a fini , comme il avait commencé, sans aucune formalité légale. Les élèves de l'École des Chartes ont fait défendre à mon domestique d'entrer chez moi, même pour nettoyer l'appartement; il m'a écrit récemment que mes meubles étaient fort détériorés.

le pourrais, monsieur le procureur de la République, ajouter encore à cette nomenclature de griefs déjà bien longue ; mais l'exposé qui précède suffit pour établir que l'instruction destinée à soutenir la poursuite dirigée contre moi est irrégulière sous plusieurs rapports, et que ces irrégularités sont de Tordre le plus élevé, car elles affectent essentiellement l'intérêt de la justice, celui de mon honneur et celui de ma fortune. 11 est de mon devoir de protester avec énergie, comme je proteste contre tout ce qui a été ainsi fait irrégulièrement et illégalement.

Je proteste dans l'intérêt de la justice et des magistrats qui sont ses organes, parce que leur religion a été surprise, parce que leurs intentions sont méconnues et peut-être leurs ordres foulés aux pieds ; parce qu'ils ignorent le caractère, la conduite et les précédents de ceux-là mêmes dont ils ont cru devoir invoquer le concours à titre d'experts.

Je proteste dans l'intérêt de mon honneur. Déjà, je puis le dire, le jour de la justice a commencé pour moi; j'ai vu s'évanouir les inculpations consignées dans le rapport de M. Boucly, et les témoignages publics d'estime et de sym-

Eathie que je reçois tous les jours des hommes les plus aut placés et des Compagnies savantes auxquelles j'ai

l'honneur d'appartenir, m'ont vengé de mes lâches calomniateurs.

Je ne saurais faire ici l'énumération de toutes les manifestations qui ont eu lieu à mon égard ; qu'il me suffise de rappeler que les journaux italiens les plus accrédités (l'Epoca de Rome du 24 avril 1848, et le Corriere Livomese des 15 et 17 juin 1848) contiennent des déclarations signées par le comte Mamiani, depuis ministrede l'intérieur à Rome, et par M. Guerrazzi, aujourd'hui ministre de l'intérieur à Florence, qui repoussent tous les deux, avec l'autorité de leur nom et de leur position, les bruits calomnieux qu'on s'était plu à répandre en France contre moi, à propos de l'opinion qu'on aurait eue de moi en Italie. En même temps il a paru en Allemagne, sous le patronage de l'Académie royale des sciences de Berlin et de l'Académie de Gœttingue les déclarations les plus fortes en ma faveur et contre mes calomniateurs. ( Voyez la Gazette privilégiée de Berlin du 11 juin 1848, et le Gœttingische Gelehrle Anzeigner du 7 et du 10 avril 1848. Dans ce dernier travail, signé par M. Stem , célèbre géomètre , comme l'autre déclaration était signée par M. Enckc, secrétaire perpétuel de l'Académie de Berlin, il est dit que j'ai imprimé une marque d'infamie sur le front de mes calomniateurs.) Je dois d'autant plus à ces hommes éminents, à ces illustres Compagnies, de ne pas laisser porter atteinte à la dignité d'un collègue qu'elles n'ont pas hésité à protéger et à défendre avec éclat.

Je proteste dans l'intérêt de ma fortune. Je ne possédais que mes collections et quelques valeurs mobilières, c'était le gage de mes créanciers. Ces collections, ces valeurs, que sont-elles devenues? que deviendront-elles? Je ne puis le prévoir ; mais je déclare dès à présent que, sous le prétexte des droits de la justice, on a pénétré dans mon domicile, dans celui de mes amis, de mes correspondants, de mes dépositaires, qu'on a saisi tout ce qui m'appartenait, et même des objets qui ne m'appartenaient pas ; qu'on a omis toutes les mesures de conservation, de garde, de séquestre; que des étrangers ont pu pénétrer chez moi, enlever ce qu'il leur a plu d'enlever, introduire ce qu'il leur a plu d'introduire au profit de leur haine ou de leur malignité, et que je

puis, en mon absence, avoir été dépouillé d'une part plus ou moins considérable de ma fortune '.

Et je dépose cette protestation dans vos mains, Monsieur le procureur de la République, afin qu'elle me protège et qu'elle protège la justice, afin qu elle conserve tous les droits que je crois avoir à des réparations, que je me réserve de poursuivre contre qui de droit, par toutes les voies civiles et criminelles.

J'ose vous demander de ne voir dans cet acte que la preuve de mon respect pour vos fonctions et votre caractère, et de la confiance que m'inspirent les lumières et l'équité de la magistrature française. Guillaume Libri.

* Tous les faits avancés dans cette protestât ion sont confirmés par les documents que je publie aujourd'hui. Qu'il me soit permis d'ajouter ici de courts éclaircissements. D'abord, la bibliothèque qu'on a saisie sans inventaire et remisé sans aucune formalité aux experts, valait bien la peine qu'on prit quelques précautions pour en assurer la conservation. C'était le fruit de mes épargnes, c'était toute ma fortune, à laquelle s'était jointe une partie notable de la fortune de ma mère, qui n'avait jamais hésité à me faire des avances considérables pour que je pusse satisfaire mes goûts. Au prix où étaient les livres avant la révolution, on peut évaluer à cent cinquante mille francs au moins la partie de ma bibliothèque qui a été formée par les ressources que j'ai tirées d'Italie , en y comprenant les livres que je possédais avant de m'établir en France et que j'ai fait venir d'Italie ( voyez page 76). Quant au prix de ma bibliothèque, les élèves de l'Ecole des Chartes l'ont évaluée eux-mêmes en totalité à sept cent cinquante mille francs ( voyez Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, tome III, p. 535). Il y avait dans cette estimation une exagération considérable. Dans ma Réponse au rapport de M. Boucly , j'ai déjà dit qu'une partie notable du prix de la vente de mes manuscrits et de mes livres de littérature avait servi à solder des comptes que j'avais avec des maisons de librairie ( je devais, par exemple, 37,975 fr. à MM. Payne et Foss , somme qui a été prise sur la vente qu'a faite pour mon compte M. Silvestre en 1847 ). Mais comme, après la vente de mes manuscrits , j'avais employé aussi des sommes très-considérables à acheter d'autres livres (j'ai, par exemple, entre les mains deux factures de M. Techener, libraire, chez lequel j'ai acheté et payé, le 11 et le 29 mai 1847, pour quarante-deux mille cinq cents francs de livres), il en résulte que, sans avoir eu une seule fois la valeur totale qu'on lui attribuait, ma bibliothèque, par ces accroissements successifs, présentait, au moment de la révolution de Février, une valeur de trois cent miÛe francs. C'est cette collection remplie de volumes précieux qu'on a livrée, comme on l'a déjà vu ( pag. 24-27 ) , sans aucune formalité, à tous ceux qui ont voulu entrer chez moi. C'est cette bibliothèque, qui était aussi le gage de quelques créanciers qui, frappés d'intimidation comme tous les autres , n'ont pas même tenté jusqu'à présent de faire la moindre démarche pour empêcher ce gage de s'évanouir, et qui s'adressent à moi qu'on a dépouillé de tout, pour obtenir un payement qu'il devrait être facile de trouver à Paris. J'ai parlé à différentes reprises aussi (pag. 23, 282) de ces 45,000 fr. de valeurs qui étaient chez moi et qui ont disparu. Il me serait facile de donner à cet égard tous les éclaircissements désirables. Si je ne le fais pas aujourd'hui, c'est que , bien que je sois dépouillé des titres, une partie de ces valeurs du moins ne saurait être réalisée par les gens qui s'en seraient emparés, et que, si je faisais savoir de quoi il s'agit, nul doute que toutes ces valeurs ne fussent saisies , comme on a déjà saisi tout ce qui m'appartenait ( et même ce qui ne m'appartenait pas, comme on a pu le voir aux pag. 19, 113 ) , sans en excepter mes meubles et mon linge , où il ne semble pas pourtant que les experts doivent constater la provenance de quelque établissement public.

Voici ce que je lis dans le Bulletin de V Alliance des Arts du 23 avril 4843 ( page 350 ) , au sujet des livres enlevés par un bibliothécaire à ht bibliothèque de Tours :

« Indre-et-Loire. — Le nommé Seytre, qui avait exercé les emplois de secrétaire intime du préfet, de bibliothécaire et d'archiviste à Troyes et à Tours, a comparu devant la Cour d'assises sous diverses préventions graves, celle, entre autres, de détournement de livres et manuscrits appartenant à la bibliothèque publique de Tours. Son système de défense a consisté en partie a rejeter sur la malveillance la plupart des bruits qui ont circulé sur son compte. C'est ainsi qu'on Pavait accusé, a-t-il dit, d'avoir volé un manuscrit û'Ogier le Danois, de la valeur de 8,000 fr., manuscrit qui a été retrouvé. Du reste, il reconnaît avoir emporté les différents livres et manuscrite, non dans l'intention de se les approprier, mais uniquement pour en prêter officieusement quelques-uns à des personnes oc^ cupées de travaux historiques, et les autres pour les consulter lui-même, ayant entrepris d'écrire l'histoire de l'abbaye de Saint- Julien et une histoire municipale des communes de Loches et de Chinon. Enfin , parmi les ouvrages saisis en sa possession, plusieurs auraient été par lui achetés chez des bouquinistes. L'accusé a ajouté qu'ayant été, à la suite d'une querelle électorale, obligé de quitter Tours, il fit son déménagement è ta hâte, et que les chargeurs entassèrent pêle-mêle tous les livres, même ceux qu'il se proposait de restituer à la Bibliothèque de Tours. Ces derniers auraient été ainsi transportés à son insu dans sa nouvelle résidence à Troyes, oit ils ont été saisis. Malgré ces assertions , l'accusé n'a pas réussi à se faire absoudre. Nous sommes heureux d'apprendre, par les débats de ce procès, que le beau manuscrit ô'Ogier le Danois, un des plus anciens qui existent do ce roman de chevalerie, n'est pas perdu pour la France et n'a point passé en Angleterre. »

Voici les passages originaux dans lesquels Haenel refad corriptè des pertes éprouvées par certaines bibiiothèques des provinces de France qu'il a visitées avant 1830, pertes dont il a été question précédemment (page 60). On peut consulter aussi à ce sujet le Voyage bibliographique en France de Dibdin ; Catalogus codicum manuscriptorum in bibîiotheca S. Vedasti, apud Atrebatium, par sir Thomas Phillips (Paris, 1829, in-8°), etc., etc.

Bibliothèque de la ville d'Amiens (1827).

« Magna pars librorum hujus bibliothecèe ex prœfectura, ubi asserbavantur, tempore belli civilis, aiîiota est, et codices ïflanuscripli quasi publiée ad exagium vendebantur su m m a 13,000 librarum monelae gallicœ. Sumamus harum membranarum pondo ufadm X libris monctœ gallicœ venditùm fuisse, qiiod pretiuril illo tempore maximum erat, cum ipse pretio Y librarum eiùerim, jactura ingens quam litterœ fecerunt facile compulari potest.Hac expilationebibliothecae faclum est, ut fragmenta 1 codicum manuscriptorum apud bibliopegos ad hune diem extileHtttj Dam fragmenta duorum codicum, quorum aller seculi X est, ipse emi. » (Haenel, col. 21.)

Aulun(m6).

«Dolètodutn est Hdratium (VI seculi) et Virgilium (Tllsectili) fjuofuïri mentio fit in catalogo, non inveniri. De liis cadicibtts tel. PrUhelic, ttiedic. doct. lugdunensis, bibliothecai quondam

£êssùlaneiisis praefectus quœrehti respondit se ipsurfi vidissé

eorumqùe admirdtum esse anliquitalëtti. » (Haenel, Càtalogi,

col. 61.)

Auxèrre{m6).

« Libri hùjus bibîiotheca, olim in bibliothecis àbbat. Pottiittia^ eëifôis , Clardvâllensis et eapituli Senonensis collocati * tieinde a tempore belli civilis sub ipso tecto seminarii in cumuio slhe ulld erdine cODjfccti, fcnno démuni 1825, Jussu pftefecti civitatis in tiovum, quo nuho sunt, œdiflcium translati sont, hac veto oecdstone rtiaxittà pars librorum roanuseriptordnl Comynat éuidaàï bUMiopdl» Âvéllëflëiisi vettdila esi. * (Hfcûël, Cafatojt, eol. 64.)

Carpentras.

Hœnel, qui a visité celte bibliothèque en 1826, dit, dans l'ouvrage cité (col. 115), qu'il n'y a trouvé à cette époque que 669 manuscrits, et il cite lui-même le Mémoire statistique sur le département de Fauclusc, imprimé à Carpentras en 1808, in-4°, dans lequel Fauteur, M. Pazzis, dit qu'à l'époque de la publication de son ouvrage la bibliothèque de Carpentras possédait près de deux mille manuscrits, dont quelques-uns très-précieux. Les manuscrits de Pereisc sont ceux qui font le plus d'honneur

à cette collection Malheureusement il en manque un certain

nombre, les uns passés en différentes mains, les autres égarés, quelques-uns absolument perdus.

Chdlons-sur-Marne (1826).

« Archium hujus civitatis in manus bibliopegi cujua-

dam Remcnsis incidit, qui cum membranas pannicibus ad conficienda instrumenta quae papillotes Franco-Galli vocant venderet, immensum carum numerum miserrimo modo perdidit. Nonnullas earum Remis emi. » (Hœnel, Catalogi, col. 118.)

Saint-Dié (1828).

« Archii,quod S. Diodatiest, maximaparsetemporum injuria evasit et in scriniis publicis reconditum jacuit ad hune usque annum 1828, quo urbis prœfecto, bono silicet viro, subito in mentem venit has membranas, quippe quum nullius momenti atque inutiles essent, publiée ad exagium vendere. Neque ipsum hujus egregii facti puduit, cum alla voce clamitaret, ipsius opéra atque consilio civitatem 800 francos, quos vocant, lucratam esse. Militas atque antiquissimas membranas istius viri stullitia interiisse a viro in re diplomatica peritissimo, qui eas illo vidittempore, quoexantiquis archiis congestœ sunt, compertum habeo... Membrana inter omnes antiquissima suscripla erat a regeChilderico, a. p. C. n. 663, quae ipsa interiit. » (Hœnel, Catalogi, col. 142.)

Voyez aussi ce que dit Hœnel dans le même ouvrage (col. 30, 190, 247, 249, 414, 482, 499, etc. , etc.), au sujet des perles immenses qu'ont éprouvées les bibliothèques d'Arras, de la cathédrale de Lyon, de Moulins, de Rouen, de Tours, etc. Veut-on

un exemple encore plus extraordinaire ; l'exemple d'une ville vendant au poids sa bibliothèque entière? Le voici ' :

« La ville de La Ferlé-Bernard , département de la Sarlhe, pa- <( triedu poêle Garnier, possédait une bibliothèque publique coince posée de bons livres et de manuscrits précieux -, vous la trouverez a encore mentionnée dans les dictionnaires et statistiques; elle « était encore là il y a trois ans, telle que l'avait formée la Ré- « volution, avec les débris des bibliothèques de couvents et de <( châteaux ; eh bien ! il y a trois ans , le Conseil municipal , « ayant besoin de fonds pour quelques travaux d'utilité publi- « que, a fait vendre au poids livres et manuscrits , et « ce, sans attendre le bon plaisir du préfet, qui n'a pu que s'in- « digner et gémir quand tout était vendu et emporté. C'est une « belle institution qu'un Conseil municipal, pour faire paver les « rues et vider les bibliothèques ! O mon vieux Garnier, qu'en <c dis-tu ? » (Bulletin de V Alliance des Arts, tom. VI, p. 51, année 1847.)

1 Pour d'autres faits curieux, voyez page515etsuiv.

Comme en temps de révolution on oublie vite, quelques personnes pourraient aujourd'hui trouver étrange ce que je dis, à la page 20, du choix des experts désignés et presque imposés à la justice par le ministre de l'instruction publique. D'abord, il n'y a pas de doute qu'ils n'aient été désignée par M. Carnet. C'est la Bibliothèque de l'Ecole dm Chartes elle-iiu nie qui le déclare (voyez ci-dessus, page 48). Quanta l'action que le gouvernement dictatorial sorti de la révolution de Février a exercée dans cette affaire, et celle qu'il s'efforçait d'exercer sur la justice en général, un simple rapprochement de dates suffira pour rétablir. C'est le 19 mars 1848 que le gouvernement lit insérer dans le Moniteur le fameux rapport de M. Boucly; le lendemain commençaient les persécutions, les saisies, sans aucune formalité, sans inventaire, sans aucune garantie, je ne dis pas pour moi, mais, ce qui est bien plus grave, pour la justice. Immédiatement après, M. Carnot, ministre de l'instruction publique, faisait, chose inouïe, insérer dans le Journal général de Ç instruction publique (du 22 mars) le rapport de M. Boucly, et désignait les membres de la Commission chargée d'examiner mes collections, en les choisissant parmi les personnes qui m'avaient déjà accusé et calomnié, et dont l'acharnement contre moi était constaté par le rapport même de M. Boucly. A la fin d'avril, cette Commission était en pleine activité, et elle faisait annoncer dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes (voyez ci-dessus, page 18) les belles découvertes qu'elle avait faites : 40,000 volumes environ cachés -chez des amis, chez des relieurs, chez des libraires; 48 caisses contenant les pièces les plus rares et les plus compromettantes m'ayant suivi à Londres, etc., etc. C'est seulement pour établir des dates, que je cite ces absurdes calomnies déjà réduites au néant, et abandonnées par ceux-là même qui les avaient les premiers mises en avant. Voyons maintenant quelle était l'attitude que prenait le gouvernement provisoire vis-à-vis de la magistrature pendant les mois de mars et d'avril.

Le 12 mars I8i8, le ministre de l'intérieur adressait aux commissaires du gouvernement une circulaire dans laquelle, après leur avoir dit: vos pouvoirs sont illimités, il consacrait un paragraphe spécial à ce qu'il appelait les rapports des commissaires avec la magistrature , et où se trouvaient ces passages significatifs.... Vous exigerez des parquets un concours dévoué.... Quant à la magistrature inamovible, vous la surveillerez, et vous pourrez usrr du droit de suspension, que nous

conférons à voire autorité souveraine.

Je pourrais produire une foule de preuves qui montreraient combien la magistrature se sentit atteinte dans son indépendance par cette circulaire. Je n'en donuerai qu'une seule, c'est la lettre de démission que, lelende-

main, un juge d'instruction, M. Barbuat Duplessis, adressa au ministre de la justice, en la faisant précéder d'une autre lettre tout aussi significative. Voici ces deux pièces :

« Meaux, 13 mars 1848.

« Monsieur le rédacteur,

« Magistrat inamovible, je n'ai pas reculé devant les difficul- « tés du moment, et j'ai conservé mes fonctions tant que j'ai « pensé pouvoir les exercer avec indépendance.

« Aujourd'hui, la circulaire de M. le ministre de l'intérieur « tendant à me priver de cette indépendance, je me fais un de- « voir de donner ma démission.

<* Youlant faire connaître à mes concitoyens le motif de ma « détermination, je vous adresse copie de ma lettre à M. le mia nistre de la justice, vous laissant libre de la publier.

« Je désire qu'on y voie mon amour pour la liberté et rindé- « pendance de tout citoyen.

« Recevez, etc..

« Barbuat Duplessis,

«Juge d'instruction. »

« Meaux, 13 mars 1848.

a Monsieur le ministre,

« J'ai l'honneur de vous envoyer ma démission de juge au « tribunal de première instance, séant à Meaux.

« Je dois le dire, ma dignité d'homme et de magistrat se sou- « lève à la pensée que, d'après la circulaire de VQtre collègue « de l'intérieur, je dois être surveillé.

« Je n'ai jamais craint l'examen de mes actes. Longtemps a j'ai appartenu à la magistrature (Jebout, et $i j'ai consenti à « m'asseoir, cela n'a pas été pour chercher un refuge dans l'ina- « movibilité. — Né libre, je l'ai toujours été -, j'ai toujours voulu <k et voudrai toujours l'être.

a Je ne veux pas, un seul instant, cesser d'être l'égal de tout a citoyen, dont je suis et veux être le frère.

« Je ne serai jamais hostile à mon pays, dont nul plus que « moi ne désire la liberté, l'honneur et la prospérité.

« Magistrat, je fais mon devoir de citoyen, et en brisant, à « regret, je l'avoue, et après treize années d'exercice, une caret riére qui, & mies yeux du moins, sauvegarde de la liberté, m'a « toujours semblé la plus belle des carrières, j'attendrai à mon

« poste que l'arrivée de mon successeur me rende ce que je f eux «t pour moi, non moins que pour tous, Liberté, Egalité, Fra- « ternilé.

« Je suis, Monsieur le ministre, votre concitoyen,

« A. Barbuat-Duplessis.

« Juge (Pinitructioo. »

Ces deux lettres ont été publiées par tous les journaux. Dans la Presse du 16 mars 4848, elles sont suivies d'une lettre de M. d'Àssailly, petitfils du général La Fayette, qui, parlant de ce même acte du gouvernement provisoire , s'exprime ainsi :

c On croit rêver en lisant la circulaire de M. Ledru-Rollin. On s'était « endormi hier, en France, sous une république ; ce matin , Ton s*éc veille transporté dans une satrapie de l'Orient, et Ton a sous les yeux « le feffta d'un vizir. »

Par un concours remarquable , il se trouve dans le même numéro de la Presse une lettre par laquelle M. de Rératry , vieux champion de la liberté, donnant sa démission motivée de membre du Conseil d'Etat, caractérise à la fois la circulaire de M. Ledru-Rollin , et une autre circulaire publiée le 6 mars par M. Garnot , ministre de l'instruction publique '. Voici quelques passages de cette lettre :

« Deux circulaires, émanées des bureaux de l'intérieur et de « Yinstruction publique, ont un caractère de réaction manifeste : « elles établissent des catégories entre les citoyens, qu'au mé- « pris des lois elles soumettent à des pouvoirs sans limites.

« L'une, mise comme une arme à la discrétion de très-jeunes « gens, encore chauds du feu des barricades, les autorise à bri- « ser Tépée dans la main d'un vieil officier, à dépouiller mo- « mentanément au moins de sa toge le juge inamovible, et réo duire au néant les choix du peuple dans les administrations « communales et départementales! L'autre, après avoir frappé « de sa réprobation la propriété, le talent et les services rendus « à l'Etat jusqu'au présent jour, n'appelle à la représentation « du pays que des hommes d'une instruction nulle ou douteuse, « et dénués de patrimoine ou sans position assurée par un tra- « vail honnête. »

1 On sait que dans cette circulaire M. Carnot s'exprime ainsi : « La plus grande « erreur contre laquelle il faille prémunir les populations de nos campagnes, c c'est que, pour être représentant, il soit nécessaire d'avoir de l'éducation et de « la fortune. »

C'est dans l'intervalle qui s'est écoulé entre la publication de ces circulaires et le décret du gouvernement provisoire qui déclarait que « le prin- « cipe de l'inamovibilité de la magistrature est incompatible avec le gou- « vernement républicain », c'est dans l'intervalle qui sépare les circulaires de MM. Carnot et Ledru-Rollin des décrets par lesquels le gouvernement suspendait coup sur coup de leurs fonctions huit conseillers à la Cour de cassation, ainsi que le président et quatre magistrats de la Cour des comptes ; c'est dans cet intervalle, dis-je, qu'ont eu lieu toutes les éuormes irrégularités dont j'ai été victime, et qu'on a pris les mesures exceptionnelles par lesquelles on a voulu me frapper. A ce moment, les dictateurs qui avaient annoncé dans le Moniteur la volonté de me perdre faisaient tout ployer au gré de leurs passions. Je parle de choses si patentes, je rappelle des faits si connus, qu'on pourrait m'adresser le reproche de me servir de lieux communs; mais tant qu'on ne saura pas s'affranchir des entraves mises dès le commencement à l'exercice de la justice à mon égard, tant qu'on ne me fera pas rentrer dans le droit commun, je serai autorisé à rappeler dans quelles déplorables circonstances et sous quelles influences ont pris naissance les persécutions dont je suis l'objet.

Je prie les personnes qui liront ceci de ne pas s'en prendre à moi si je m'applique parfois à démontrer des choses généralement connue», et qui, pour tous ceux qui ont quelque connaissance des livres, sont de? vérités banales. J'ai à repousser les attaques de gens qui, à beaucoup de mauvaise foi, joignent (quel que soit leur savoir en d'autres matières) beaucoup d'ignorance en fait de livres. Je m'arrêterai donc sur deux points qui ont donné lieu à des accusations, ou, pour mieux dire, à des insinuations perfides contre moi. Je veux parler des ventes d'autognphes doubles que j'aurais faites et d'achats eu bloc de collections considérables.

D'abord, comme il n'est pas défendu d'échanger nu de faire vendre des livres ou des autographes, et qu'il n'est pas défendu non plus d'en acheter en bloc plutôt qu'en détail, il semblerait qu'il faudrait chercher d'autres armes pour m 'attaquer; mais enfin, puisqu'on se place sur ce terrain, je dirai qu'il est constant et connu de tout le monde que tous les aiBf? tours de Paris ' et de l'Europe entière ont, de tout temps, mis en vente des parties plus ou moins considérables de leurs collections, et que, particulièrement en fait d'autographes, ils ont fait mettre en vente publique les pièces doubles qu'ils avaient entre les mains. Ce n'est pas commettre une indiscrétion que de rappeler qu'avant de faire vendre sa collection complète, M. Lalande, alors secrétaire de la présidence de la Chambre des pairs, avait acheté des collections entières qu'il a fait remettre en vente après avoir choisi ce qu'il lui convenait de garder. Les catalogues des différentes ventes de M. Lalande ont été publiés. Il y en a qui sont tout à fait anonymes; d'autres portent seulement l'initiale L., initiale qui, cela soit dit en passant, a pu faire croire à quelques personnes mal informées que ces autographes m'appartenaient. Les ventes que cet amateur passionné a fait faire ont produit beaucoup plus que celles dans lesquelles se trouvaient des autographes qui m'appartenaient. J'ai déjà parlé de la vente de la collection d'autographes de M me la marquise de Dolomieu et de celle de M. Collier de Heaubois. On pourrait citer M. de Pixérécourt, M. le marquis de Chàleaugiron et dix autres amateurs qui, dans ces dernières années, ont fait mettre en vente leurs collections en totalité ou en partie au su et au vu de tout le monde, quoique le plus souvent leur nom ne parût pas sur leur catalogue. Dans la préface

1 Tout le monde sait à Paris que. M. Ternaux, ancien député, n'a pas cessé, depuis grand nombre d'années, d'acheter des collections de livres pour les remettre en vente. C'est son plaisir, et il est le premier à l'avouer. Combien de fois M. deCoislin, M. de Lurde et vingt autres amateurs n'ont-ils pas mis en vente des livres? Qui ne sait que la partie la plus précieuse de la bibliothèque du prince d'Essling a été achetée par un bibliophile très-connu qui Ta remise en vente ?

catalogue, publié en 1847, des autographes provenant du cabinet amateur (ce n'est pas de ma collection que ces autographes étaient I et mis aux enchères les 10 et 11 mai 1847, par le ministère de olin, commissaire-priseur à Paris, je trouve l'indication des admi- » pièces de Boileau, de Racine, de La Fontaine, de Louiç XVl^ de 'e-Antoinette, découvertes par M. Feuillet et répandues * aujouri dans toutes les collections. Tous les ans il se faisait publiquement 4 )rès trois ou quatre ventes d'autographes, et les personnes chargées vente avaient soin de prévenir tous les amateurs qu'une vente se irait pour telle époque, et qu'on donnerait place dans le catalogue ûèces dont ils voudraient se défaire. Tout cela se passait loyaîe- ;, publiquement, et c'était tout simplement une manière d'écouler les :s doubles et d'en acheter d'autres. C'était pour ainsi dire un grand oge aux enchères qui se renouvelait à des époques déterminées, au moyen de ces ventes seulement que chacun se trouvait dans le !e pouvoir augmenter sa collection. Le goût des autographes s'élait nent répandu dans ces derniers temps, les belles pièces étaient de- 3S tellement chères, qu'il était difficile à la plupart des amateurs de ocurer, dans ces ventes, les pièces qu'ils désiraient. Par des achats iduels, on se serait ruiné en peu de temps. C'était seulement par it de collections considérables, d'archives entières, de corresponds d'hommes célèbres qui se préseptaient de temps à autre A vendre Diable, et dont le prjx dépassait les ressources des petits amateurs, î pouvait se mettre à même de satisfaire un gopt si cher et si ruineux, itographes, comme en toute autre chose, l'abondance de la mar- Jise produit une baisse de prix, et si le propriétaire d'une corresance dans laquelle se seraient trouvées, par exemple, yingt lettres praphes de Racine, ou cinquante lettres de Louis XVI, avait rais s ces lettres en vente à la fois, il en aurait trouvé 4 peine I e prix >e yendent en temps ordinaire trois ou quatre de ces lettres prises nent. 11 arrivait donc naturellement que les personnes quj voulaient re de semblables collectipns, et il s'eu découvrait tous les ans [u'une dans les archives des anciennes familles, et parfois dans rchives publiques vendues par ignorance ou autrement (voyez 60, etc. ), s'adressaient à des amateurs qui étaient à la piste s trouvailles. Une fois qu'on avait ainsi acheté en bloc pour ues milliers de francs une grande collection, on commençait a tirer les pièces les plus belles, ou celles auxquelles on attachait le de prix, et l'on mettait successivement en vente, à des intervalles e pouvaient pas être trop rapprochés, les pièces doubles, trjpjes, p|es même qu'on avait entre les maips. Ordinairement, ces achats )c avaient lieu sans catalogue descriptif, ou du moins avec des indi-

est-à-dire répandues par la mise en vente dans vingt catalogues successifs, e le savent tous les libraires, tous les amateurs.

cations si vagues, que cela De pouvait servir nullement à constater l'identité des pièces. On achetait les archives d'une famille, des correspondances entières, ou du moins des lots considérables sans aucune description détaillée. Ce n'était pas seulement dans ces ventes particulières et à huis clos que les choses se passaient ainsi ; très-souvent on mettait en vente publique des masses considérables de chartes ou d'autographes sans aucune description, ou avec les indications les plus génériques. Pour donner les preuves de ce que j'avance, je n*ai véritablement' que Tembarras du choix. Ainsi, par exemple, dans le catalogue publié par M. Silvestre, libraire, de la bibliothèque du cardinal Zondadari, mise aux enchères le 9 décembre !844 et jours suivants, je trouve (p. 160) les n os 453, 155, 454, 455 et 456 des autographes, qui ne portaient tous les cinq que cette indication : différents personnages illustres, 20 pièces; ce qui forme un total de 400 pièces autographes de personnages illustres. Comment celui qui aura acheté ces pièces pourra-t-il en constater l'identité? Autre exemple: dans le Catalogue d'autographes, manuscrits, etc., etc., de M. G*** (première partie), publié par M. Techener, et dont la vente a eu lieu le 2 février 4846, à Paris, se trouve à la Gn cette indication :

525. Sous ce numéro, il sera vendu un grand nombre de pièces que le temps n'a pas permis de cataloguer.

Dans la deuxième 'partie de cette même vente, annoncée pour les 6 et 7 février de la même année , je lis cette seule indication au numéro 46o : Lot de chartes et documents divers sur vélin, bulles , etc., qui sera détaillé en quelques lots. Il serait superflu de donner d'autres preuves d'un fait si universellement connu et qui s'applique aussi bien aux livres qu'aux chartes et aux autographes. Pour en revenir h ce qui me touche, je dirai qu'a plusieurs reprises j'ai fait de ces marchés en bloc, et que je m'en suis toujours très-bien trouvé. J'ai entre les mains la facture d'uu libraire célèbre qui m'a vendu, en une seule fois, 119 volumes contenant plus de vingt mille lettres autographes. Dans ce nombre, la facture n'en indiquait que deux, et qui même n'étaient pas les plus précieuses parmi celles que cet immense recueil contenait. Dans la collection des manuscrits du marquis Pucci, que j'ai achetée en Italie, et qui contenait 555 articles manuscrits (voyez ci-dessus, page 76), dont un assez grand nombre en plusieurs volumes, il y avait une multitude de lettres et écrits autographes qui n'étaient nullement annoncés (quoique la vente eût lieu d'après un inventaire), et qui dans l'inventaire n'étaient indiqués que comme ôqs paquets (fasci). J'ai déjà parlé, dans ma réponse à M. Bouely, d'un achat considérable que je fis à l'Hôtel du domaine de tous les papiers d'un vieux savant, vendus après décès et sans inventaire, sous la direction de M. Techener. Cette collection, je devrais dire ce fouillis, se composait d'une multitude de cartons, qui furent vendus ficelés, et dans lesquels je trouvai une masse d'autogra-

pbes. En répondant au rapport de M. Bouc! y, j'ai parlé également de l'achat que, le 8 février 1842, j'ai fait, par l'entremise de M. Merlin, de tous les papiers du célèbre Huet, qui se trouvaient entre les mains de MM. de Piedone et de Rancogne. Il y avait lu plus de 5,000 lettres autographes des personnages les plus célèbres du. dix-septième siècle, que j'achetai d'après un catalogue , et pourtant ce catalogue ne pourrait pas servir à constater l'identité d'une seule de ces pièces. Il ne s'y trouvait , en effet, que des indications de cette nature : 100 lettres de Bossuet ; 550 lettres de Ménage ; et puis tant de lettres d'Huyghens, tant de lettres de Leiboitz,tant de lettres d'IIévélius, etc. J'ajouterai, afin qu'on se rende compte du bénéfice qu'on pouvait faire en achetant ainsi en bloc , que , sans compter la commission, j'ai eu toute cette masse de papiers (outre les correspondances, il y avait plusieurs volumes manuscrits) pour 4,000 fr., et que , par des échanges et des ventes successives d'une partie des pièces doubles, j'ai tiré de cette collection plus de 10,000 francs , sans que le nombre des pièces qui la composaient fût diminué de plus d'un sixième. Je suis certain que, même en gardant les pièces les plus importantes, on aurait pu retirer de cette collection, mise en vente peu à peu, vingt mille francs au moins. Il en était de même de toutes les acquisitions que j'ai faites en bloc. Dans la grande collection des manuscrits Pucci, il y avait, sur 555 articles, 18 manuscrits du Dante. Je puis prouver qu'on m'offrait, en 1847, de ces 18 manuscrits, plus que ne m'avait coûté la collection entière. Il n'y avait à cela ni sorcellerie, ni miracle. Une certaine connaissance des livres, l'augmentation progressive du prix de toutes choses dans les années tranquilles qui ont précédé la révolution de Février, et l'effet de la vente en détail de toute acquisition faite en bloc d'une manière intelligente, avaient dû produire naturellement ce résultat. Je demande de nouveau pardon à mes lecteurs de les avoir entretenus longuement de choses si banales ; mais c'est que j'ai affaire à de telles gens !

Comme dans ma lettre a M. le ministre de l'instruction publique je rite, à différentes reprises, ma Mpunse au rapport de M. Boucly, j'ii pensé devoir, pour les personnes qui n'auront pas lu cette réponse dont ou a tiré 0,000 exemplaires à Paris et 5,000 à Londres, reproduire kt quelques passages relatifs à des faits importants. Et d'abord, voici k passage dans lequel je rends compte de la manière dont le ifopport de ■ M. Boucly a pris naissance.

<( Vers la fin du mois do janvier dernier, AI. Commendeur* commissairc-priseur à Paris, dont la probité est bien connue et auquel j'avais confié, il y a un an, le soin de présider à la tente d'une partie de mes livres, vint m'annoncer qu'il avait reçu l'invitation de se rendre au parquet avec le procès-verbal de celle vente. Là, M. Delalain, substitut de M. Boucly, procureur dû roi, lui avait demandé les noms des acquéreurs de deux volumes, un Théocrite d'Aide de 1495, et un Castiglione de 1528, qui avaient figuré dans le catalogue de mes livres sous les nu- ' méros 294 et 2701 . Après avoir fait connaître ces noms, M. Corn- . mendeur fut interpellé de la manière suivante : « Avez-vow : u entendu, pendant la vente, quelques personnes faire la remat- « que que des cachets auraient été enlevés sur certains livres?» A quoi M. Commendeur répondit vivement, qu'il n'avait rien entendu de pareil, et qu'aucun fait de cette nature n'était parvenu à sa connaissance. Comme nous le verrons plus loin, cette dernière partie de la déposition de M. Commendeur n'a pas été mentionnée dans l'article du Moniteur.

« En sortant du cabinet de M. Delalain, M. Commendeur vint chez moi. Quelques minutes de recherches dans mes papiers me suffirent pour pouvoir lui fournir la preuve écrite *, que ces deux volumes étaient entrés dans ma bibliothèque par des moyens parfaitement licites et réguliers.

« Fort de ma conscience, et armé des preuves qui constataient l'origine des deux volumes en question, je pouvais attendre tranquillement les suites de cette affaire. Il n'en fut pas ainsi. J'annonçai immédiatement à M. Commendeur et à une autre personne qui se trouvait alors chez moi, que j'irais au-devant de

« « Voyez plus loin aux §§ 19 et 23. »

l'attaque, et que je traduirais en justice quiconque aurait, par une dénonciation calomnieuse, motivé ces investigations du procureur du roi. M. Commendeur s'efforça vainement de nrapaiser, en me rappelant que dans d'autres circonstances récentes, notamment lors de la vente des livres de M. de Soleinne, la justice avait fait de semblables recherches qui n'avaient abouti à aucun résultat. Je persistai dans ma détermination. Sans perte de temps, le même jour, je me rendis auprès de M. Guizot *, président du Conseil des ministres, pour l'instruire de cette affaire, et pour lui demander son avis sur la manière d'obtenir une réparation. Pendant la conversation que j'eus l'honneur d'avoir avec lui à ce sujet, j'exhibai les pièces qui établissaient l'origine des deux volumes dont il s'agissait.

« Cet entretien eut lieu en présence d'un des employés supérieurs du ministère. M. Guizot me promit qu'il parlerait de cette affaire à M. Hébert, ministre de la justice. Craignant que le mouvement politique, déjà si vif à celte époque, ne fît perdre de vue pour un moment ce qui me concernait, j'insistai pour que M. Hébert fût consulté sans retard. M. Guizot eut la bonté d'accueillir ma demande, et il chargea la personne qui assistait à cet entretien d'aller, le lendemain matin de bonne heure, parler à M. Hébert. A midi, on me rapportait au ministère des affaires étrangères, où je l'attendais, la réponse du ministre de la justice. Il avait dit qu'il ne connaissait pas celle affaire, et qu'il demanderait des renseignements au procureur du roi.

« En recevant cette réponse, je m'empressai de rédiger une note dans laquelle, me plaignant de ce qui s'élait passé, j'annonçais que j'étais prêt à fournir les moyens de constater l'origine, parfaitement régulière, des deux volumes sur lesquels s'était portée l'attention du parquet. Je demandais en même temps l'autorisation de poursuivre devant les tribunaux ceux qui avaient pu, par des dénonciations calomnieuses , faire naître des soupçons dans l'esprit du procureur du roi. Cette note, dont je ne puis rapporter la substance, fut, en ma présence, adressée au ministre de la justice, afin que M. Hébert voulût bien la

* «Ce n'est pas sans regret que j'ai dû me résoudre à faire intervenir le témoignage de H. Guizot dans une affaire de cette nature ; mais le besoin de ma défense l'exigeait si impérieusement, que je n'ai pas pu hésiter. Je dois déclarer ici que, chaque fois que j'ai eu l'honneur de citer M. Guizot, j'ai eu soin de m'asstfrer que ses souvenirs étaient parfaitement d'accord avec les miens. »

transmeltre à M. Boucly. C'est à ma note que, sans en faire mention, ce fonctionnaire répond, dans le Rapport confidentiel qui a été inséré au Moniteur *, et c'est pour cela, sans doute, que ce rapport fut renvoyé au président du Conseil, qui avait transmis mes observations à M. Boucly.

« Ma note était très-nette, très-précise; elle doit exister encore au parquet. J'offrais les preuves de la légitime possession du Théocrite et du Castiglione, et je demandais en même temps le nom du calomniateur pour le traduire devant les tribunaux. J'ignorais, et je ne devais pas imaginer, que des actes d'une telle portée, que des investigations judiciaires eussent pu avoir lieu uniquement sur des dénonciations anonymes : on verra plus loin qu'il n'y en avait pas d'autres *. En lisant ma note, le procureur du roi, ou son substitut, a dû commencer à s'apercevoir qu'il s'était avancé un peu légèrement. Il avait procédé sans m'entendre, et j'annonçais des documents qui renversaient toute l'accusation ; il s'était appuyé sur des dénonciations anonymes, et je demandais à me trouver en face d'un calomniateur qu'on ne pouvait pas me représenter. Aussi ce rapport est-il plutôt une apologie de la conduite du parquet, qu'une appréciation impartiale des faits.

« Le rapport de M. Boucly ne parvint au ministère des affaires étrangères que très-peu de temps (deux ou trois jours, à ce qut m'a fait Ttionneur de me dire M. Guizot depuis) avant le 22 février. M. Guizot lut celte pièce, et d'après ce qu'il m'en a dit, la trouvant remplie de bruits vagues, d'assertions sans preuves, appuyées sur des dénonciations anonymes, et sachant d'ailleurs que je possédais des pièces qui établissaient la fausseté des seuls faits avancés dans ce document, il n'y attacha aucune importance sérieuse, et il continua à me témoigner la même amitié, la même confiance dont il ma toujours honoré. Personne ne me dit rien de ce rapport, et M. Guizot se proposa de me demander, plus tard , après l'affaire du Banquet , de fournir à M. Boucly les explications qu'il m'était si facile de lui présen-

1 «Je prends ce rapport tel qu'il a paru, quoique les falsifications qu'on y rencontre, et dont il sera question dans la suite, semblent annoncer que ainsi qu'on

* « Voyez les §§ 5 et H . »

ter, et de m'entendre avec lui pour les suites que je croirais devoir donner à cette affaire. Le Rapport resta au cabinet pour m 'être communiqué dans des moments plus tranquilles : voilà pourquoi on l'y a trouvé après la Révolution. »

L'animosité du National contre moi est ancienne, et c'est, à ma connaissance, le premier journal qui ait mis en circulation des calomnies contre moi. Je ferai peut-être connaître dans une autre occasion par quelle voie ces calomnies arrivaient au National. Pour le moment, je crois devoir reproduire ici quelques documents que j'avais déjà publiés dans ma Réponse, et qui prouvent qu'avant la révolution de Février, et lorsque la presse n'était pas libre de répandre la calomnie sur un individu quelconque, le National savait reconnaître qu'il m'avait calomnié sans aucune raison ; ce qui ne l'a pas empêché de recommencer. Je reproduis d'abord un article du Rapport de M. Boucly, et je le fais suivre de la réponse qui a déjà paru :

« § 25. Plusieurs fois déjà les journaux ont fait des allusions aux soupçons qui pèsent sur M. Libri, et qu'on représente comme étant d'une notoriété presque publique. Dans un article de critique littéraire, le National du 6 septembre 1844, voulant parler de M. Libri, le désignait « comme un homme bien connu pour le zèle qu'il met à conserver les bibliothèques. » On assure que M. Libri se trouva fort offensé de ces mots : des amis intervinrent de part et d'autre, sans que du reste il en soit résulté aucune rétractation de la part du journal.

« Depuis longtemps les journaux de l'opposition s'acharnaient à Paris contre les hommes franchement attachés au gouvernement de Juillet. Quoique très-malveillantes, les calomnies que ces journaux répandaient étaient cependant voilées avec beaucoup d'art, et bien qu'elles fussent parfois assez intelligibles, elles pouvaient être, au besoin, désavouées par leurs auteurs, et donnaient rarement lieu à exiger une réparation judiciaire. Il n'est pas nécessaire de rappeler toutes les calomnies qui ont été répandues en France contre les hommes les plus respectables, qui cependant reculaient presque toujours devant les difficultés et les périls d'un procès. On avait pris généralement le parti de mépriser ces infamies, et je crois que l'on avait eu tort. Pour moi, je n'ai rien à me reprocher à cet égard, et M. Boucly a été mal informé, lorsqu'il a cru que je faisais si bon marché de ma réputation. L'article du National dont il est parlé ici fut publié pendant que j'étais en route pour l'Italie. J'en eus connaissance, par hasard, dans une auberge. Mon nom n'était pas prononcé dans cet

article ; on y parlait vaguement de deux membres de l'Institut qui avaient eu une discussion à propos de Pascal, et qui étaient bien connus l'un et l'autre pour le zèle qu'ils mettaient à conserver les bibliothèques. Pour le public, la chose élait fort obscure ; pour quelques adeptes, il était clair qu'il s'agissait ici de M. Cousin el de moi. M. Cousin aura probablement méprisé une telle attaque. Quant à moi, loin de la négliger , j'écrivis immédiatement à plusieurs de mes amis de Paris, pour qu'ils eussent à demander une réparation. Je parlai de procès en diffamation. Un d'entre eux, que je nommerais, si je pouvais le faire sans inconvénient pour lui, me répondit qu'il avait consulté un de ses oncles, homme très-versé dans celte matière, et qu'aucun procès n'était possible contre une attaque si enveloppée; que, d'ailleurs, j'étais bien en position de mépriser de telles calomnies, el qu'il ne fallait plus y songer. J'avais adressé, à celle occasion, une lettre très-pressante à mon ami le comte Mamiani, en le priant de voir de ma part M. Paulin, ancien gérant du National, qui, ayant été l'éditeur de deux de mes ouvrages, avait conservé quelques relations avec moi. Je disais à M. Mamiani que je voulais à tout prix une réparation, et que, si on me la refusait, je l'obtiendrais, à mon rclour, n'importe par quel moyen. Les explications ne se firent pas attendre. Le 26 septembre, je recevais à Florence la réponse de M. Mamiani, accompagnée de deux lettres, l'une de M. Thomas, directeur du National, à M. Paulin, l'autre de M. Paulin à M. Mamiani. Je donne ici ces trois lettres. Après les avoir lues, on verra si je pouvais désirer des explications plus satisfaisantes.

Le National de 1834, rue Lepellelier, n° 3.

« Paris, ce 18 septembre 1844.

« Mon cher Paulin ,

« Je vous félicite bien de l'heureuse issue de l'affaire dont vous me parlez dans votre lettre, et je vous remercie d'avoir songé à me l'annoncer.

« Vous ajoutez dans votre lettre, que M. Libri se plaint d'une insinuation injurieuse qui aurail été faite contre son caractère par l'un des rédacteurs du National dans le numéro du 6 septembre. M. Libri est un adversaire dont nous avons eu à nous occuper quelquefois, et l'occasion pourra se présenter de nous

en occuper encore. Mais il ne peut être dans nos intentions de dépasser à son égard, pas plus qu'à regard de qui que ce soit, les limites d'une discussion juste et loyale.

« Nous n'avions aucune raison de dire que M. Libri eût conservé les livres des bibliothèques publiques. Si donc la phrase dont il se plaint avait le sens qu'il indique, je n'hésiterais pas à reconnaître qu'on aurait eu tort de la publier. Vous comprendrez d'ailleurs que le nom de M. Libri ne se trouvant pas dans l'article, la portée de l'accusation ait pu nous échapper.

« Agréez, mon cher ami, l'expression de nos sentiments les plus affectueux.

«Thomas*.

« P. S. — Vous n'avez pas, j'espère, oublié votre promesse. Nous nous verrons donc ce soir. »

« Voici la lettre de M. Paulin au comte Mamiani :

« Paris, le 18 septembre 1844.

« Monsieur,

« Je reçois la lettre ci-jointe du directeur du National, M. Ch. Thomas. Je pense qu'elle devrait satisfaire M. Libri mieux qu'un désaveu public, qui aurait pour effet de faire remarquer l'insinuation qui a sans doute été peu remarquée.

« J'ajoute à cette lettre de M. Thomas que le résultat de ma conversation avec lui a été, que ce malheureux mot avait passé sans qu'on s'en aperçût, et qu'il le regrette sincèrement.

« Veuillez, monsieur, mé rappeler au bon souvenir de M. Libri, et recevoir l'assurance des sentiments avec lesquels je suft

« Votre très-humble serviteur, « Paulin. »

« En même temps, M. Mamiani m'adressait la lettre suivante :

« Caro e onorando amico,

« Le due inchiuse mçsftrerannovi a quai termine sia la faccenda del National. Monsieur Paulin fu amareggiato assai di quell' epileto calunnioso, ed a voce m'a dello che se la leltera del Tho-

1 Cette lettre porte pour adresse : A M. Paulin, libraire, rue de Richelieu.

mas non vi acquiela, egli insistera per una rilrattazione espli-

cita ; ci m'a per altro aggiunlo (c ciô inducesi anco dal tenore

délia sua leltera) che non gli pareilcaso, perché la frase, affatto

incidente, da pochissimidcbb' essereslata rilevala $ che il vostro

nome non ci sta ; che non ci siete solo ; che V accusa è affatto

indeterminala e indiretla. Quanto a me, mi sombra che torne-

rcbbevi mcglio serbare la indignazione per cosa forse di più ri-

lievo ; pur troppo altre occasion! non tarderanno, perché siete in

lizza ed avetc a fronte avversari numerosie insolenli. Ma questo

io dico timidamcnte, essendo voi solo giusto giudice c slimalore

di quel che s'altiene air onore e alla faraa vostra. Spiacemi che

non s' è potuto procedere più lesti e v'accerto che non è man-

cato da me ne dal Paulin, il qualc mostra di amarvi c stimarvi

altamente. Scrivetemiun rigo per norma e istruzione di quello

che io debba fare, e sarete obbedito subito c per appunto. Spero

che il viaggio sia lulto passato prosperamente e la salule in

via di risorgere anzi di rifiorire affatto. Ricordatemi agli

amici comuni ; segnatamente, al Niccolini, al Capponi, e al

Vieusseux.

« Tutlo vostro, (c Terenzio Mamiani.

« Di Parigi, li 18 Settembre del 44, rue de Clichy , Ofi. »

J'ai parlé plus haut (page 33-54) délivres que j'ai achetés ou fait acheter sans les examiner, et que j'ai rendus à différentes bibliothèques, dès que je me suis aperçu qu'ils portaient l'estampille de quelque établissement public. Parmi les pièces que, dans ma Réponse, j'ai citées à l'appui de cette assertion, figurait une lettre que m'adressa, en 1845, M. Varin, conservateur-adjoint à la bibliothèque de l'Arsenal. Je reproduis ici cette pièce, non-seulement comme preuve du fait que j'avance, mais aussi parce qu'elle montre que la bibliothèque de l'Arsenal a fait, comme d'autres bibliothèques (voyez ci-dessus, page 261) des ventes de livres dont elle ne conserve pas un souvenir bien précis, et que, sous prétexte de vendre des doubles, elle s'est défait de livres rares dont elle ne conserve pas un autre exemplaire :

Bibliothèque de l'Arsenal.

« Paris, Il mars 1845.

« J'ai eu l'honneur de passer plusieurs fois chez M. Libri, sans avoir L'avantage de le rencontrer pour le remercier de l'offre

obligeante qu'il voulait bien faire à l'Arsenal d'une Bible de Diodati in-4°, avec timbre de l'Arsenal même. Je voulais lui dire, en même temps, que nos catalogues nt portaient nulle trace de cette Bible, et n'en indiquaient qu'une seule in-4°, de Diodati, au millésime de 1607. Notre édition n'étant pas celle de M. Libri, nous recevrions celle-ci avec reconnaissance, mais comme pur don, car rien ne nous autorise à la retenir autrement! Elle a dû faire partie d'une vente de doubles qui a eu lieu sous la Restauration dans notre Bibliothèque.

« Je saisis vivement cette occasion de me rappeler au meilleur souvenir de M. Libri, et de le prier de croire à l'affection respectueuse de

« Son tout dévoué , «P.Varin. »

« Bien entendu que ce renseignement est officieux, car M. Cayx seul pourrait en donner d'officiels. »

« Il est bon de faire remarquer ici (ajoutais-je dans ma Réponse), que, puisque le catalogue de la Bibliothèque de l'Arsenal ne mentionnait pas l'édition de la Bible de Diodati, que j'ai rendue, aVec l'estampille de la Bibliothèque, il en résulte que, si ce volume a élé compris dans une vente de doubles, il n'était pourtant pas double. Dans toutes les bibliothèques de la France, sous prétexte de se défaire des doubles, on a vendu ou échangé des livres précieux dont on ne possédait qu'un seul exemplaire. »

Pour d'autres parties de ma Réponse, telles, par exemple, que la manière péremptoire dont j'ai repoussé toutes les assertions calomnieuses du Rapport de M. Boucly qui ne restent pas dans le vague, et notamment ce qui est relatif au Psautier fa la Chartreuse de Grenoble, au Cortigiano à la reliure de Grolier, et au Théocriïe d'Aide qu'on m'accusait d'avoir enlevés aux bibliothèques de Grenoble et de Garpentras, il suffira de lire (page 121 et suiv.) les extraits que MM. Encke, be Morgan, Ch. Witte, Stern et d'autres savants ont donnés de ma Réponse.

Gomme j'ai affaire à des gens qui ont Tait leurs preuves en fait de mauvaise foi, je veux que toutes mes assertions soient appuyées sur des faits, même quand il s'agit de vérités banales. On a prétendu que mes travaux personnels, que les traitements que j'avais en France ne pouvaient me permettre de former une bibliothèque aussi considérable que celle que j'avais rassemblée. A cela j'ai répondu que j'achetais des livres depuis plus de trente ans; qu'avant de venir en France, j'avîiis formé en Italie une collection considérable qui contenait des livres achetés par moi depuis presque mon enfance ; qu'une partie notable de cette collection m'a été expédiée à Paris à différentes reprises ; que ma mère avait payé pour moi la grande collection des manuscrits Pucci, et fait beaucoup d'autres acquisitions de livres et de manuscrits qui m'ont été envoyés en France, et enfin que j'avais reçu d'Italie des sommes fort considérables. Ce sont là des faits généralement connus en Italie. Voici quelques preuves à l'appui de ces assertions.

J'ai déjà parlé, dans le § 27 de ma Réponse au Rapport de M. Boucly, de ce choix de livres anciens et rares que M. Arago voulut bien accepter, lorsqu'en 182o j'eus l'honneur de le recevoir chez moi à Florence; j'ai donné, au même endroit, une lettre que MM. Cuvier et Fourier, secrétaires perpétuels de l'Académie des Sciences de Paris, m'adressaient à Florence le 23 janvier 1850, et dans laquelle se lisait le passage suivant :

« L'Académie ne peut être qu'extrêmement sensible à l'offre que vous voulez bien lui faire d'enrichir sa Bibliothèque d'un choix d'anciens ouvrages de physique et de mathématiques, servant principalement à faire connaître les progrès des sciences en Italie depuis la moitié du seizième siècle. L'obligation qu'elle vous aura de cet envoi sera partagée par tous ceux qui cultivent les sciences dans notre capitale, et surtout par ceux qui en étudient Fhisloirc ; car il est très-vrai que la plupart des ouvrages dont vous avez envoyé la liste ne se trouvent dans aucune de nos bibliothèques publiques. Nous joignons une note de ceux que nous avons déjà dans la nôtre, afin que vous ne les compreniez pas dans l'envoi que vous vous proposez de faire à l'Académie. La voie du commerce nous paraît la plus prompte et la plus sûre pour le transport de ces livres. Nous vous invitons en conséquence à faire adresser la caisse qui les contiendra à MM. Bustelli, banquiers à Livourne, avec invitation, etc. »

Dans la Réponse, j'ai joint cette note explicative à la lettre de MM. Cuvier et Fourier :

«Le molif qui m'avait porté à offrir à M. Arago et à l'Institut les ouvrages les plus remarquables des anciens savants italiens, est que j'avais vu avec peine combien peu on était alors disposé en France à tenir compte des travaux scientifiques des Italiens. Je crois devoir ajouter ici que j'avais annoncé dernièrement à M. Landresse, bibliothécaire de l'Institut, que, lorsque le catalogue de mes livres scientifiques serait achevé et classé, je le prierais de venir chez moi choisir tous les ouvrages rares de science que je pourrais posséder et qui manqueraient à la Bibliothèque de l'Institut, à laquelle je voulais faire présent de ces ouvrages. M. Landresse ne saurait avoir oublié la conversation que nous eûmes à ce sujet et dans laquelle il fut convenu que, enlre autres livres, il prendrait un ouvrage fort rare de Papin que j'avais. Ce n'est pas ma faute si cette offre n'a pas pu être réalisée. »

On peut voir, par des documents publiés dans ma Réponse, que j'avais fait de nombreux présents d'ouvrages rares et précieux à plusieurs bibliothèques de la France; entre autres, à la bibliothèque de Reims, un volume imprimé sur peau vélin, que le bibliothécaire, dans sa lettre de remerciement (publiée dans ma Réponse, § 31 ), appelait un présent royal. Je ne citerais pas ici d'une manière spéciale la Galeomijomachia, dont j'ai fait présent à la bibliothèque Mazarine de Paris (voyez le Journal des Débats du 19 mai 1847), si je n'avais entre les mains des documents authentiques qui prouvent que je possédais en Italie, avant 1850, ce volume si rare. C'est là un nouveau fait à l'appui de ce que j'ai avancé, savoir : que j'avais en Italie une collection d'ouvrages rares et choisis.

Je possède une foule de documents, de reçus, de factures qui prouvent que depuis plus de trente ans j'achète des livres, des autographes, des manuscrits. Je n'en citerai que deux. Voici le premier.

« A di 1° Agosto 1819.

« Io sottoscritto ho ricevuto del signor Guglielmo Libri , a paoli cento diciasselte e mezzo fiorentini, fanli mi paga per « valor di libri ch' io gli ho venduti di proprietà délia signora « Teresa Babbini.

« Ed in fede dico paoli 117 li2.

« Io Ajntomo Filippi, mano propria. »

L'autre est une <juit tance de MM. Mondolfi et O, banquiers de Florence, pour 7(>0 livres de Toscane qu'ils ont reçues pour valeur et commission de 600 fr. payés à MM. Adriani et (>, banquiers de Turin, pour prix des deux ouvrages suivants achetés par moi, au su et au vu de tous les bibliophiles du Piémont, le 2 i mai 1830, chez IL Pic, libraire de Turin.

Valerii Flacci Argonauticae, Bononiœ, 147-4, in-folio.

Manilii Astronomica, Bononiœ, 1474, in-folio.

Les deux ouvrages imprimés sur peau vélin et avec miniatures.

Ces exemples suffiront, j'espère, pour prouver que depuis longtemps je possédais une bibliothèque en Italie et que j'achetais des livres rares et chers l . Je ne parle pas des livres nombreux qui existaient déjà dans ma famille. Je parle seulement de ceux que je n'ai cessé d'acheter depuis presque mon enfance.

J'ajouterai que j'ai entre les mains le contrat de la vente que m'ont faite les héritiers du marquis Pucci, de la célèbre collection des manuscrits Pucci, qui, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, formait un total de 533 articles, la plupart véritablement précieux. Après que j'ai eu fait relier séparément ce qui était en paquets (fasci), cette collection a formé un total de plus de 700 volumes. Cette collection a été payée par ma mère 3,000 scudi, et avec les frais de port, etc., elle est revenue à plus de 18,000 fr. à Paris. Le traité original, qui se trouve entre mes mains, est du 17 décembre 1840 ; il est signé par les deux sœurs et héritières du marquis Pucci défunt (madame la comtesse Guiccianlini et madame la marquise Bourbon del Monte), et par le marquis Gino Cappoui, qui voulut bien se faire le dépositaire de cette collection jusqu'au moment où elle me fut expédiée en France. Dans ma Réponse (§28 bis), j'ai déjà dit qu'avec mon autorisation, le marquis Capponi avait mis ces manuscrits à la disposition de l'Académie de la Crusca, qui a bien voulu m'en remercier dans la nouvelle édition de son grand Vocabulaire.

J'ai parlé, à plusieurs reprises, des sommes que ma mère m'a fait payer à Paris et qui augmentaient les moyens que j'avais d'acheter des livres. Voici une lettre d'un banquier très-connu de Florence, M. Fermi, qui prouve que, seulement par son entremise, ma mère m'a fait payer une somme de 53,910 fr., et qui montre en même temps ce qu'on pense à Florence des calomnies dont on me poursuit à Paris.

• S'il fallait entrer dans les détails, cela ne finirait pas. J'ajouterai seulement que j'ai entre les mains les preuves de l'acquisition que j'ai faite en Italie, il y a plus de vingt-cinq ans, d'une collection nombreuse d'autographes rassemblé» en France par un savant très-connu qui a appartenu à l'Institut.

Al signor jnyfessore Guglielmo A Libri) a Londra.

monsieur Guillaume Libri, à Londres.

Pregiatissirao signer professons

Ho avuto il vantaggio ri î rimettere alla s ignora R. Libri, di Ici madré, il prospelto estratto (lai libri délia mia ragione délie somme da essa rimessemi in varie epoehe perche venissero pagate a lei. signor professore. col mezzo (Ici corrispondenti délia mia casa.

Da questo prospetto risulta clic dall' anno 1831, le furono faite pagare iu piii volte a Parigi lib. <>4.I84. pari a franchi 53.910: avvertendo che in tal somma sono corn prose le lire H»,210 rimesse di sotto il 9 e I."» luglio 1847, pel mezzo dei hanchieri Todros e fratelli e MarcuardeC'*, e franchi 2.000 pagalile nel 26 febhrajo 1848, dai signori Mareuard eC<».

Le cahmnie che la ne(]uizia el' invidia délia superiorità dei di lei meriti seienfifici hanno potuto inventa re contro di lei dopo essere caduti ai di lei piedi. coin' è avvenuto. dovevano rimbalzare sopra la fronte dei loro autori.

Tutta Firenze ha potuto dolersi délie perverse intenzioni dei snoi nemici stranleri: ma la di lei fama morale e seientHica è rimasta splendida e pura, ed ella farà sempre l'onoreed il vanto dei suoi concittadini italiani.

Voglia credermi col senso délia maggiore stima e considerazione .

Suo devotissimo servi tore.

Fermi.

Firenze, 3 ottobre 1848.

Monsieur le professeur,

J'ai eu l'avantage de remettre à madame R. Libri, votre mère, le relevé, d'après les livres de ma maison , des sommes qui me furent remises par elle à des époques différentes pour être payées à vous, monsieur le professeur, par le. moyen des correspondants de ma maison.

De ce relevé, il résulte que 64.184 livres, égales à .Vt.Olf» francs, vous furent payées «'il plusieurs Ibis depuis l'année 18ôl : en faisant observer que dans* cette somme sont comprises les 16,210 liv. payées le 9 et le I," juillet 1847 par l'entremise des banquiers Todros et Irères, et Marcuardct (>, et 2.000 fr. payés le 20 février 1848, par MM. Marcuani et compagnie.

Les calomnies que la méchanceté et l'envie pour la supériorité de vos mérites scientifiques ont pu inventer contre vous, après être tombées à vos pieds , ainsi qu'il est arrivé, devaient rejaillir sur le front de leurs auteurs.

Toute la ville de Florence a eu occasion de s'aflligerde l'intention perverse de vos ennemis étrangers; mais votre réputation morale et scientilique est restée brillante et pure, et vous serez toujours l'honneur et l'orgueil de vos concitoyens d'Italie.

Veuillez me. croire, avec les sentiments de la plus grande estime et considération.

Votre très-dévoué serviteur, Fermi.

Florence, 3 octobre 1848.

Après avoir lu ces explications qui seront complétées, s'il le faut, par M. P. Lacroix, dans le Catalogue qu'il prépare des manuscrits que j'ai vendus à lord Ashburnham, après avoir pris connaissance de tout ce que j'ai dit dans ma Réponse sur les efforts que j'ai toujours faits pour augmenter ma collection à l'aide d'achats considérables en Italie, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, je ne crois pas que l'on soit encore tenté de reproduire cette insinuation calomnieuse, qu'on ne sait pas par quels moyens j'ai pu former ma bibliothèque.

Les gens qui, en 1831, au commencement de mon émigration, m'ont connu vivant modestement de mon travail, pouvaient se rappeler m'avoir vu auparavant plusieurs fois à Paris, cultivant les sciences et achetant des livres. Quelques savants français m'avaient même vu à Florence, au milieu de mes livres, et ils avaient pu se convaincre qu'avant

de quitter l'Italie, je possédais une collection nombreuse. Au Heu de servir d'argument contre moi, ma vie laborieuse et sévère de i831 devait me mériter l'estime des honnêtes gens, et prouver à tout le monde qu'un homme qui savait supporter ainsi l'adversité n'avait pas une àme cupide et ne commettrait jamais le plus ignoble des crimes.

Un seul mot encore. Pendant que sur la foi de certains journaux qui osaient annoncer que j'avais été condamné pour vol en Italie, M. Garnot faisait rayer illégalement mon nom des programmes des Cours de la Sorbonne et du collège de France, le gouvernement toscan (malgré les dissentiments politiques les plus vifs, malgré les démissions réitérées que je lui ai adressées ù différentes époques) a toujours voulu que je figurasse parmi les professeurs honoraires de l'Université de Pise, et, depuis 4824, mon nom a été reproduit invariablement sur le programme annuel des Cours de cette Université. C'est là une leçon de modération et de bon goût, donnée par le grand-duc de Toscane aux dictateurs de Février.

Je vais grouper ici des renseignements, des indications qui n'ont pas pu trouver place ailleurs, et qui sont néanmoins, pour la plupart, annoncés dans les renvois au bas des pages.

On sait que la vente publique de la bibliothèque de M. Richard Heber produisit en Angleterre seulement, et sans tenir compte de plusieurs ventes effectuées avec les livres qu'il avait laissés sur le continent, la somme de 56,774 livres sterling, ce qui fait environ 1 ,420,000 fr. Dans la onzième partie du Catalogue imprimé, qui contenait 1691 articles manuscrits (vendus 8,764 livres sterling), et dont la vente aux enchères eut lieu à Londres, le 10 février 1836 et jours suivants, on trouve, au n° 962, la description en trois pages du Cancionero manuscrit de Juan Alfonso de Baena, acheté par la Bibliothèque royale de Paris (voyez plus haut, page 55), au prix de 63 livres sterling (1575 fr.). La provenance de ce manuscrit, qui a été enlevé de la bibliothèque de l'Escurial, se trouve établie dans le catalogue Heber, dès le commencement de la description ainsi qu'il suit :

« This extraordinary manuscript was written about the middle of the « XVth century for the amusement of king don Juan Il nd and was con-

« sidered as one of the treasures of the Escurial In the royal library

« of san Lorenzo in the Escurial, being j. h. 5 in a large folio volume « of 202 leaves on paper in beautiful writing of the XV century. »

Au numéro 496 du Catalogue imprimé des manuscrits du duc de Sussex, dont la vente commença le 51 juillet 1844 à Londres, se voit la description d'un beau manuscrit, qui fut vendu 275 fr., intitulé Tractatus varii de musica, avec cette indication : From the library ofthe Escurial (voyez plus haut, page 58) .

Dans le Catalogue of some excedingly choice books together with a few splendid manuscripts the property of an eminent collecter consigned from Paris> dont la vente eut lieu chez MM. Sotheby et C e , de Londres, le 24 mai 1848 (voyez précédemment, page 50), je trouvé cette indication :

« N° 74. Cervantes (Miguel de). El ingenioso hidalgo don Quixote de « la Manche.

« First édition very rare : fine copy in morocco g. 1. Madrid, 1605, « in-4°.

< This volume containing the first four books is from the bibliotheca c Remensis. »

Nous avons appris que la Bibliothèque publique de Reiras avait vendu en 1829, au libraire Yidecoq, de Paris, une quantité considérable 4e

livres doubles ou prétendus tels, la plupart très-précieux, portant l'estampille de cette bibliothèque.

On a déjà vu (page 2i>2) par une citation tirée d'un ouvrage de M. Pazzis, publié en 1808, que déjà, à cette époque, les manuscrits de Peiresc déposés à la bibliothèque de Carpe nt ras (qui a perdu plus de 1500 manuscrits de 1808 à 18:20}, \oyez ci-dessus, pag. G et 292) avaient été en partie égarés ou perdus.

Je trouve dans le tome II (page clx), publié en 1817, du Choix des poésies d*$ Troubadours, par M. Haynouard (6 vol. in -8°), l'indication d'un manuscrit qui se trouve à Londres dans la bibliothèque de sir Francis Douce. Il est de format iw-8°. Ce manuscrit avait appartenu à Peiresc. Dans le Catalogue des manuscrits de M. Douce, imprimé à Oxford eu 1840, au lieu de cacher cette origine, on renvoie à l'indication de Haynouard.

J'ajouterai qu'un manuscrit copte, très-important, qui provient également de la collection de Peiresc, se trouve à la Bibliothèque de l'Ecole de Médecine de Montpellier.

Me sera-t-il permis de dire, en terminant, que j'ai trouvé, sur le quai à Paris, avec d'autres papiers intéressants, un volume manuscrit provenant de la collection de Peiresc, et que j'en ai fait présent à la Bibliothèque rovale? Le. fait se trouve mentionné au Livre d'entrée de la Bibliothèque royale, à la date du 25 juillet 1834.

Celle trouvaille que j'ai faite, ainsi que beaucoup d'autres, sur le quai, me rappelle que M. Monteil dit avoir trouvé sur le quai à Paris le Registre original des délibérations de la commune de Saint- Germain- Cumhrou, ville d'Auvergne.

Le nom de cet infatigable collecteur me rappelle d'autres faits qu'il a signalés dans ses savants ouvrages et qui méritent d'être rappelés.

Je trouve dans le tome VIII, page 424, de son Histoire des Français des divers Etats (Paris, 1828 et suiv., 10 vol. in-8°), ce passage significatif:

« Quand je publiai le Traité des matériaux manuscrits des divers « genres d'histoire, j'en offris un exemplaire à chaque ministre; je l'in- « vitai dans une lettre à vouloir bien faire acheter les manuscrits afférents « à son département. « Plusieurs de ces manuscrits, disais-je, sont autre- « fois sortis de vos archives. Il serait important et peut-être nécessaire « de les y replacer. » Un seul ministre accueillit mon invitation. »

Les ouvrages de M. Monteil offriraient une foule d'anecdotes du même genre ; mais il faut s'arrêter. On se flatterait eu vain de pouvoir rassembler tout ce qui a été imprimé sur la disparition des livres. Je dirai seulement que dans le Traité des matériaux manuscrits se trouvent décrits de nombreux manuscrits provenant de la plupart des établissements publics de la France. Je reviendrai, peut-être, sur ce point une autre fois.

J'ai donné, à la page 46, une lettre adressée à M. le directeur de la Bibliothèque nationale, par M. P. Lacroix, annonçant que 50,000 volumes avaient été détournés de la Bibliothèque. Le chiffre ayant semblé exagéré à l'administration de la Bibliothèque nationale, j'ai demandé de nouveaux renseignements à M. P. Lacroix, qui m'a répondu ceci : «Il ne « manque peut-être pas plus de 25,000 volumes parmi ceux qui ont été « catalogués, mais depuis soixante ans que le dépôt légal existe, on peut « estimer à 25,000 volumes au moins ceux qui ont disparu sans être a catalogués, ni même estampillés. »

Je ne saurais profiter ici des renseignements qui m'arrivent de tous les côtés, mais un peu tard, au sujet des mutilations et des soustractions commises dans les Bibliothèques publiques de Paris et des départements. Dès que Ton a su que je m'occupais de ce sujet, on s'est empressé de m'envoyer une masse de documents, les uns plus intéressants que les autres, que je suis forcé de garder pour une autre occasion. Je ne saurais pourtant m'empêcher de donner l'extrait de deux lettres de M. Paul Lacroix, dans lesquelles se trouvent des faits extrêmement curieux. Voici ces deux extraits:

« N'avez-vous jamais ouï parler des singulières aventures du manuscrit autographe des Mémoires du cardinal de Retz? C'est toute une Odyssée, que ma pauvre mémoire serait en peine de vous redire aujourd'hui sans en omettre les plus curieux épisodes. Ce manuscrit célèbre, laissé par le cardinal aux religieuses de Saint-Mihiel, en Lorraine, n'est sorti de leurs mains qu'à l'époque de la Révolution, quand l'État s'empara des couvents et de tout ce qu'ils contenaient. Ne croyez pas cependant que ledit manuscrit alla tout droit alors à la Bibliothèque nationale, où il était attendu avec d'autant plus d'impatience qu'on devait y trouver de quoi remplir les lacunes des Mémoires imprimés! Le manuscrit s'égara de dépôt en dépôt, et il finit par arriver un jour en la possession du comte Real , qui ne voulut plus s'en dessaisir. La Bibliothèque nationale avait seulement reçu avis de l'envoi du précieux manuscrit qu'on ne lui remit pas et quiresta au premier occupant. Ceci se passait en plein Empire, et le Conservatoire de la Bibliothèque, devenue impériale, n'osa jamais revendiquer son droit de propriété contre un sénateur. Depuis, la Restauration vint, et le manuscrit ne vint pas encore à la Bibliothèque. Le comte Real s'en alla aux États-Unis, et le Cardinal de Retz avec lui. Par bonheur, l'un et l'autre rentrèrent en France. M. Champollion-Figeac, alors conservateur des manuscrits à la Bibliothèque redevenue royale, s'assura avec beaucoup d'empressement que le manuscrit n'avait pas changé de détenteur, et il fit quelques démarches à ce sujet auprès du comte Real, qui répondit toujours évasivement, sans consentir à la restitution qu'on sollicitait de son patriotisme. L'habitude de la possession l'avait persuadé qu'il était légitime propriétaire. Enfin il mourut, et,

le jour même, M. Champollion-Figeac décida un commissaire de police à faire une démarche officielle auprès de la famille du défunt, en faveur de la Bibliothèque du roi, et à menacer d'une apposition de scellés, dans le cas où le manuscrit réclamé ne serait pas restitué. Un ami du comte Real, M. Baude, se trouva là qui promit, au nom de la veuve, de faire remettre sous trois jours le Cardinal de Retz à la Bibliothèque. Ce qui fut promis fut tenu. Voilà comment la Kibliotlièque peut montrer aujourd'hui un manuscrit qui ne lui appartenait auparavant, que sous bénéfice d'inventaire. »

a Voici quelques faits sur lesquels j'attire votre attention spécialement Je voulais vous fournil des détails précis sur l'étrange dispersion des archives de la Marine a Versailles ; la personne qui devait me les procurer ne se trouve pus à Paris. Je remplace donc sa déclaration par mes souvenirs. Eu 183r> ou 37 (je ne sais pas au juste Tannée), quand le roi voi^ lut créer son musée de Versailles, ou chercha un local pour y transférer les archives célèbres de la Marine que M. Eugène Sue venait de faire compulser in extremis et qu'il cile souvent dans son Histoire de la marine sous Louis XIV. Ces archives étaient considérables. Au lieu de les envoyer aux Archives du Royaume (les ministères répugnaient encore à se dessaisir de leurs papiers en faveur des archives centrales), on eut l'idée de les trier, de réunir les pièces importantes au dépôt du ministère, et de vendre le reste à l'épicier. En effet, d'après un arrêté du ministre, le triage

fut conlié à MM Ce triage se lit à la hâte et à la légère,

bien souvent à l'aveugle. Après trois ou quatre mois de dépouillement, le gros des archives eut le sort du papier vendu au poids. Par bonheur, quelques marchands, quelques amateurs eurent l'éveil et purent sauver une immense quantité de lettres autographes, de pièces importantes, de rapports précieux, qui enrichissent aujourd'hui toutes les collections d'autographes et de documents historiques. Il me semble que le libraire Leblanc acheta de première main une partie de ces papiers et les sauva d'une destruction presque certaine. J'ai ouï dire que le ministère avait dû racheter, pour ses archives particulières, différentes pièces qui provenaient de celles de Versailles.

« Je ne suis donc nullement étonné que l'on trouve dans vos amas de papiers et d'autographes quelques excerpta des collections publiques. Je serais plus surpris qu'on n'en trouvât pas un grand nombre, car quiconque sait l'histoire de nos collections à l'époque révolutionnaire doit savoir combien de dilapidations vandales ont eu lieu à Paris et dans les départements. Vous vous rappelez qu'un sauvage de la Convention proposa sérieusement d'extraire des Bibliothèques ce qui pouvait être utile à l'humanité, et de faire imprimer en livre national cet extrait philosophi-

que, pour avoir ensuite le droit de brûler tous les livres écrits sous le règne des rois. On fit en petit un essai de ce système d'épuration. J'ai vu quelque parties étranges et monstrueuses correspondances d'Ameilhon, conservateur de la Bibliothèque nationale, avec le Comité de l'Instruction publique. Cette note, que je copie textuellement dans un mémoire inédit, ne remplacera pas les actes officiels de l'odieux auto-da-fé que dirigeait un conservateur de la Bibliothèque : « Ameilhon a agi sur le Cabinet des Ordres, en vertu d'un décret du 12 mars 1792, qui chargea la municipalité de Paris du triage et de Tintérination des titres. La ville nomma trois commissaires, Lohier, Legrand de Laleu et Levacher Duplessis , auxquels on joignit deux savants, Ameilhon et Camus. Cette Commission opéra sur le Cabinet qui, des Petits-Augustins, venait d'être transporté dans les salles basses de la Bibliothèque. Ils travaillèrent trois mois et envoyèrent tous les mercredis des charretées de papiers brûler sur la place Vendôme. Il existe des procès-verbaux des séances de cette Commission, mais pas une seule note des pièces condamnées au feu. » Tout élait possible et croyable en ce temps : on proposa non-seulement de détruire tous les écussons d'armes sur les reliures, mais encore d'effacer dans les livres le mot roi et d'enlever dans les manuscrits toutes les pages entachées de royalisme !

« Ce qui s'est passé dans les provinces donne idée de ce qui se passait alors à Paris. Le 7 germinal an II, Billaud-Vareunes et Çollot-d'Herbois, représentants du peuple en mission dans la Côte-d'Or, « ordonnent au directoire de la Côte-d'Or de réunir sous un scellé tous les parchemins , livres et papiers, qui pourraient blesser les principes de la liberté et de la raison.» En conséquence, une énorme quantité de papiers et de parchemins fut livrée aux usages militaires et au commerce. Dans le cours de l'an IV, la Côte-d'Or vendit aux épiciers 66,635 livres de papiers divers, titres, lettres, documents, etc. 11 faut lire, dans les Rapports du Savant archiviste du Nord, M. Leglay, les vicissitudes des Archives de ce département, en vertu de la loi du 24 juin 1792. On ne se contenta pas de détruire des pièces isolées, on mutila des registres, on décima des collections. « Deux commissaires, nommés Top et Salmon, se mirent à l'œuvre avec un zèle fanatique, dit M. Leglay, et arrachèrent dans les soixante-dix-neuf volumes des Chartes tous les actes qui conféraient quelque titre de noblesse. » C'est à cette occasion que le ministre Garât écrivit à l'archiviste Ropra cette fameuse lettre où il est dit, à propos des papiers de l'ancienne Chambre des Comptes de Lille : « Cette vérification ne me parait pas devoir exiger des recherches longues et pénibles. Tous les papiers anciens et d'écriture gothique ne doivent là, comme ailleurs, être que des titres de féodalité, d'assujettissement du faible au fort , et des règlements politiques heurtant presque toujours la raison, l'humanité et la justiee : je pense qu'il vaut mieux substituer à ces ridicules paperasses la Déclaration des droits de Vhomme. » C'est une lamentable histoire que celle des

crimes de la Révolution contre les livres, les papiers et les parchemins.

« J'aurais bien voulu vous donner des renseignements utiles sur la collection des correspondances Séguier, dans laquelle on a reconnu des lacunes considérables, sans pouvoir le moins du monde établir l'origine et l'époque de ces lacunes. Vous savez que les manuscrits de la bibliothèque de Séguier, catalogués en 1086, sont allés partie en Angleterre, partie à Sain t-Germ ai n-des- Prés. Lors de l'incendie de la bibliothèque de cette abbaye, les manuscrits furent jetés par les fenêtres, recueillis tant bien que mal, et transférés à lu Bibliothèque nationale, où ils sont restés peu ou point explorés. Parmi ces manuscrits se trouvait le recueil des correspondances adressées an grand chancelier Séguier, en quinze ou vingt volumes in-folio. Ce recueil, perdu dans la poussière pendant cinquante ans, en fut tiré par M. Champollion, qui se proposa de le faire relier, comme il avait fait relier la collection du président Bouhicr et quanlilé -Î d'autres. Le recueil de Séguier n'était pas paginé. Ce travail fut fait ou j du moins commencé par un des employés du département des manu- 3 scrils. Il est évident que les lacunes (pie Ton remarque dans les volumes < de Séguier, et qui portent la plupart sur des lettres insignifiantes, comme on Pa vérifié, remontent à une époque déjà ancienne. Ou ne peut apprécier le motif qui a mis à Pindex certaines parties de ces correspondances, aujourd'hui supprimées. N'est-ce pas la famille elle-même qui aurait enlevé à dessein tout ce qui la touchait de trop près dans ces correspondances privées?

« Je vous ai déjà dit que dans plusieurs manuscrils on avait arraché des feuillets pour tenir lieu de copie. Cette tactique de paresse et de mauvaise foi combinées se retrouverait à toutes les époques. Il est tout simple que l'arracheur de feuillets ait tiré partie de son vol, après l'avoir employé chez l'imprimeur. Je vous rappellerai encore l'enlèvement des premiers cahiers du manuscrit autographe de P Histoire de saint Louis, par ïillemont : on a toujours pensé que cet enlèvement avait eu pour objet de suppléer à un travail de copiste, puisque les cahiers, maintenant disparus, existaient encore vers 1825. Je me souviens qu'en feuilletant la célèbre collection des chansons, dite de Maurepas (40 volumes in-4°, reliés en maroquin rouge), j'ai constaté l'absence de quelques feuillets arrachés, et j'ai fait écrire par M. Champollion-Figeac sur le manuscrit même la constatation de leur absence.

« Je ne finirais jamais si je disais tout ce qu'il y a à dire sur l'objet en discussion; car je vois avec chagrin et avec stupeur que les experts qui ont fait leur éducation de bibliophile et d'aulographophile à vos dépens ne connaissent pas la moitié de la question, qui est aussi délicate que complexe. Il existe dans le Bulletin des Arts une foule de documents utiles à consulter. Vous verrez dans je ne sais quel numéro (pie le manuscrit original du procès de C.alilée, qui devait être rendu aux archives d'Italie,

et qui sortit, en effet, de la bibliothèque du Louvre pour cette destination, doit être resté dans la collection delà famille de Blacas. Yoici ce que je disais, le 40 juin 4847, lorsque vous avez fait don à la tfazarine de votre exemplaire de la Galeomyornachia : « On ne saurait trop applaudir « à la générosité du savant bibliophile qui a fait ce que l'illustre Naudé « était seul capable de faire : l'exemple est un bon maître, et nous nous « attendons à voir quelques donations de ce genre combler les lacunes « de nos grandes bibliothèques publiques, notamment de la Bibliothèque « royale, que M. Libri n'a pas jugée digne de recevoir la Gaieomyomachia « que les picoreurs de l'endroit n'eussent pas manqué de ramener en « Angleterre. »

st

A l'appui des utiles renseignements que me Courait la communication précédente, je citerai une note publiée dans la Presse, du 7 mars 1849. On comprendra que cette note doit être émanée du ministère de |a Marine, puisqu'elle attribue mal à propos à des soustractions coupables la perte d'une foule de précieux documents historiques qui se sont trouvés dans les papiers vendus au poids par ordonnance du ministre :

« Les archives de la Marine ont longtemps été fort mal tenues : aucun ordre n'y régnait, et il est arrivé plus d'une Ibis que Ton proposait à l'administration dç lui vendre des documents qui lui avaient été évidemment soustraits; mais, en l'absence de tout inventaire et d'un classement méthodique 7 on ne s'était pris aperçu de la disparition de ces manuscrits , et Ton ne pouvait pas constater le larcin. On se rappelait seulement que, sous pré texte d'études historiques, beaucoup de personnes avaient été introduites, elles et leurs secrétaires , dans les dépôts de Versailles et de l'Hôtel du ministère.

« Pour obvier à cet inconvénient (c'est s'y prendre un peu tard), on vient de nommer une Commission qui dressera l'inventaire des archives maritimes et les classera d'une manière convenable. Celte Commission est composée de MM. Garnicr, capitaine de vaisseau ; d'Avezac, chef de bureau -, Jal , historiographe^ Ballot-Beaupré, sous-contrôleur-, Gérelle, sous-chef de bureau, secrétaire. »

« Enfin, m'écrit-on, l'attention de l'autorité s'est éveillée , un peu tardivement , sur les ventes publiques d'autographes , qui se font à Paris et même à l'étranger. Tandis qu'on envoyait à Londres un expert chargé d'examiner certaines pièces décrites dans un catalogue d'autographes et présentées à Vauction ( il a été reconnu que ces pièces provenaient des collections de la Bibliothèque nationale , et plusieurs ont été acquises pour être réintégrées dans ces collections ) , on saisissait à Paris , dans une vente publique,. deux lettres autographes, l'une de Rubens et l'autre de Malherbe , comme ayant appartenu à la Bibliothèque. Ce renseignement avait été fourni par un des premiers autographophiles de Paris. Ce renseignement se trouva juste, et le lendemain de la saisie, le propriétaire des deux autographes , qu'il avait acquis de bonne foi, allait luimême en faire la* restitution au directeur delà Bibliothèque nationale.

« C'était une excellente occasion de côutinuer des poursuites qui auraient pu mettre la Justice sur la voie de la vérité dans cette grande question des spoliations qui ont eu lieu au détriment de nos établissements publics. Mais les poursuites ont été suspendues , et une note incroyable a paru dans les journaux pour annoncer ce fait, qui semblait, y disaiton , se rattacher à l'affaire Libri! Les deux lettres avaient appartenu à la Bibliothèque; mais comment en étaient-elles sorties? Voilà ce qu'on ne se souciait pas de savoir.

« Cependant , pour faire mine de n'avoir pas tout à fait abandonné les poursuites ou du moins l'enquête à l'égard des deux lettres de Rubens et de Malherbe, on inquiéta le rédacteur du catalogue dans lequel ces lettres avaient été présentées. Quant au propriétaire desdites lettres, il ne fut pas mis en cause. On raconta bientôt ce qui s'était passé dans l'exécution d'une commission rogaloire chez M. Cbaron, ancien marchand d'autographes , retiré aujourd'hui du commerce et vivant à la campagne. Ce fut à ce propos que M. Paul Lacroix, qui s'est déjà tant occupé des autographes de Rabelais, crut devoir adresser la lettre suivante à M. le juge d'instruction » :

Monsieur le juge d'instruction,

Je crois devoir, dans l'intérêt de la justice et de la vérité, vous signaler un fait qui témoigne hautement de l'ignorance ou de la mauvaise foi des experts chargés d'étudier l'accusation portée contre M. Libri. -

Ces experts, en vertu d'une commission rogaloirc, ont fait descente chez M. Charon, ancien marchand d'autographes, et ont provoqué la saisie de plusieurs lettres de sa collection particulière, comme pouvant avoir appartenu à la Bibliothèque nationale.

Parmi les lettres saisies, se trouve une prétendue lettre de Rabelais, lettre évidemment fausse et de fabrique récente, comme il (&l aisé de le reconnaître et de le prouver jusqu'à l'évidence '.

1 M. P. Lacroix possclçyjne copie de celte lettre, qu'il a toujours déclarée

fausse. ^

Or, si celle lettre a été reconnue fausse par les experts qui la faisaient saisir, ils ont commis un acte de maufaîse foi en déclarant que cette lettre pou? ail avoir apparkm à la Bibliothèque nationale.

Si au contraire, les experts, comme je le pense, n'ont pas soupçonné la fausseté de cette lettre, ils sont donc bien peu capables de donner un avis utile et sérieui dans la question si délicate des autographes.

Je tous rappellerai, à cet égard, que les mêmes experts qui ont admis si légèrement l'authenticité d'une fausse lettre de Rabelais, avaient précédemment regardé comme fausse une lettre de Rabelais, bien authentique, bien incontestable , que possède M. Feuillet de Conches, et qui provient de la collection des Sainte-Marthe.

Agréez, Monsieur le juge d'instruction , l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Paul Lacroix.

22 mars 1849.

P. S. En attendant, Monsieur te juge d'instruction, que je vous remette mon témoignage écrit et signé en faveur de M. Libri, j ai l'honneur de vous adresser ma Dissertation sur les faux autographes de Rabelais, et je recommande à votre attention une note relalive à certains élèves de l'École des Chartes. l

J'ajouterai, à titre dç renseignement, un Tait bien connu, doit les experts auraient pu demander à M. Charron les détails el les preuves. M. Libri , ayant appris que des masses d autographes précieux avaient été soustraits aux Archives des Médieis de Florence, et apportés à Paris, racheta, moyennant 2,400 francs , tous ceux qu'il pul réunir et les renvoya en Toscane, les offrant gratuitement au grand-duc qui les reçut, mais qui voulut en rembourser le prix. L'acte de la vente faite par M. Charron a M. Libri a eu lieu par le ministère de M « Ronnaire, notaire, le 25 mars 1845, devanl sept lémoins des plus honorables el des plus haut placés, parmi lesquels se trouvait M. Lelrontie, directeur des Archives du Royaume. Les spoliateurs des Archives de Florence n'ont jamais pardonné à M. Libri de les avoir démasqués, et ce sont eux qui le poursuivent encore de leurs calomnies en Italie, aussi bien qu'en France. M. Libri a eu pourtant la générosité de ne pas se faire leur délateur^

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