‹ Lettre á M. le Cher. Vincent de Kern ... en résponse á un écrit ayant pour titre: 'Réflexions sur la nouvelle méthode de MM. Civiale et Leroy, pour broyer et extraire les calculs vésicaux'Chapitre 2 sur 6 · A M. LE CHEVALIER DE KERN · texte numérisé non relu

A M. LE CHEVALIER DE KERN

Monsieur ,

J'attache, je l'avoue, une trop grande importance à l’opinion que les savons étrangers peuvent avoir sur la lithotritie , pour ne pascherchÇr à détruire les préventions qui se sont élevées contre elle. La haute réputation dont vous jouissez en Allemagne m’impose l’obligation de vous présenter quelques observations sur la brochure que vous avez publiée contre cette découverte. Ma situation, sous ce rapport, me permet de vous donner quelques éclaircissemens sur certains faits qui pourront , je l’espère, vous ramener à des idées plus justes, sur une opération trop nouvelle, encore pour avoir pu réunir tous les suffrages ; en ceci , comme en toutes choses , le temps est un élément nécessaire pour convaincre tous les esprits, et fixer toutes les opinions.

C’est avec étonnement, Monsieur, que j’ai lu

l’aveu que vous faites de ne pas avoir cru à la possibilité du broiement et de l’extraction de la pierre par les voies naturelles: on pourrait au contraire se demander pourquoi l’on n’est pas parvenu plus tôt aux résultats obtenus aujourd’hui? En effet tous les élémens de la 1 ithotritie étaient connus depuis des siècles.

Un des premiers procédés employés pour la ‘guérison des calculeux, consistait à dilater l’urètre, et à extraire par cette voie les pierres formées et développées dans la vessie. Cette méthode , qu’on doit aux Egyptiens, et à laquelle op a quelquefois recours, ne permettait pas d’ignorer le diamètre et la dilatabilité de l’urètre, prouvés d’ailleurs par la sortie spontanée de calculs qui ont jusqu’à cinq et même six lignes. De plus, il est notoire que , dans le traitement des rétrécissemens de ce canal, on introduit journellement des sondes qui ont de trois à quatre lignes. Or les instrumens qui servent au broiement de la pierre sont en général moins volumineux.

D’un autre côté , la possibilité de l’introduction des sondes droites devait nécessairement faciliter le broiement des calculs. L’emploi de ces sondes est évidemment de temps immémorial. Les Musées où se trouve ce qui nous reste de l’industrie des anciens , contiennentdcs sondes droites ; le médecin arabe Albueasis eu a fait mention,

et l’on trouve dans son ouvrage l 'ébauche d'un dessin de cet instrument (1).

Quelques siècles plus tard, Joseph Rameau fut conduit à l’usage des sondes droites par l'examen attentif de la structure de l’urètre (2).

Lieutaud , dans son Traité sur la médecinepratique, et les auteurs du Dictionnaire de médecine et de chirurgie, publié en 1772, nonseulement parlent de ces sondes, mais leur donnent la préférence sur celles qui sont courbes (3).

(1) A. Paré voulait que l’on divisât les calculs placés dans l’urètre, même ceux qui étaient près du coi de la vessie. L’instrument dont ilse servait était droit (Foy. pl. fig. 7, 8, g.) Je parlerai plus loin d’un moine de Cîteaux, qui parvint à se briser lui-même la pierre dans la vessie, au moyen d’un ciseau de statuaire : cet instrument était droit.

(2) Réflexions anatomiques en forme de lettre , ou Analyse de la dissertation de Morand sur la taille au haut appareil. Amsterdam, in-12, pag. 6 et 7.

(5) Voici ce que dit Lieutaud ( Précis de médecine pratique:, tom. 1 , pag. 588.) « O11 peut toujours éviter cette opération ( ponction de la vessie ) , toujours dangereuse, et souvent infructueuse, parce qu’elle laisse subsister la cause de la maladie, en se servant d’une sonde droite, solide ou creuse. Je puis assurer, sur la connaissance que j’ai de ces parties saines ou malades, qu’il n’y a aucun cas , si l’on en excepte la pierre engagée dans le canal , qui puisse empêcher une sonde droite, conduite par une main un peu exercée, d’entrer dans la vessie. »

En 1 795, le professeur Santerclli, de Rome, publia , à Vienne , un Mémoire sur la simplification du cathétérisme par la substitution de la sonde droite à la sonde ordinaire , et il indiqua même la manière d’effacer la première courbure de l’urètre en abaissant la verge (1).

Plus tard, Lassus , professeur à l’école de médecine de Paris, enseignait dans ses cours une semblable doctrine, qui fut reproduite dans une thèse soutenue en 1810, à cette même école, par le docteur Montagut (2).

En 181 3, le docteur bavarois Gruithuisen dit, dans un article de la Gazette de Saltzbourg , que l’on avait pratiqué l'ê cathétérisme au moyen des sondes droites, et prouva par de nouveaux faits que cette opération était facile.

( 1 ) I caleteri dritli sono conosciuti in Italia dn 5o anni. il Sig. Sanlerclli prof, di ostetricia neil’ arcispedale di S. Spiiilo di Roma, in una sua memoria inlilolata Ricerche per facilitare il catt terismo pubblicata inViennanel 1795, dove Irovavasi di passaggio, si o ingegnalo a 1110strare i vanlaggi clie i caleteri re II i hanno sugli ordinarii, facendo vedere in due bel lissiinc tavole non avéré il canale delP uretra alcuna curvatura fino alla proslata , e non slarc che nellc mani del chirurgo lo far seomparire quclla del cli sol lo l’arcala del pube$ abbassando i! pene. (Extrait de I’Osseieatore medico de Naples, décembre i8a5 , pag. 187. )

(2) Propositions sur quelques maladie? des voies urinaires et sur le cathétérisme.

Depuis 1817, je me suis presque toujours servi de ces instrumens.

En 1822 , le docteur Amussat s’est attaché à démontrer la possibilité de l’emploi de ces sondes, dont il me paraît avoir exagéré les avantages (1).

Un autre élément de la litliotritie se trouve dans l’emploi des pinces à gaine , à deux , à trois ou à quatre branches, qui avaient été proposées depuis bien long- temps pour l’extraction des calculs vésicaux par les voies naturelles. Déjà , vers

(1) M. Amussat ignorait sans doute les antécédent que je viens d’indiquer , lorsqu’il annonça comme une invention toute récente, le cathétérisme avec les sondes droites. Les prétentions que cet anatomiste avait élevées, relativement à la découverte de la litliotritie, tombent d’elles-mêmes, puisqu’elles ne sont fondées que sur l’annonce de ce qui était connu depuis long-temps, et sur un instrument qu’il avait inventé pour broyer la pierre, mais qui esltellementimparfait, qu’on n’a pas dû songer à en faire l’essai. [T oy. pl. fig. ."7. ) Au reste, M. Amussat n’a parlé de la possibilité du brisement des calculs que quatre ans après que j’eus fait connaître mon premier travail sur ce sujet. Les recherches de cet anatomiste sur la structure de l’urètre n’ont contribué en rien au succès de la litliotritie ; elles n’ont été publiées qu’en 1824 ( Archives gc ivraies de médecine , janvier 1 S 2 :j ) ; or à celte époque, ma méthode avait atteint Je degré de perfection que lui reconnut l’Académie royale des Sciences. ( V oyez le rapport qui fut fait le 22 mars 1824, j ar MM. Chaussicr et Percy, )

la fin du seizième siècle, Fabrice de Hilden (1). Germanus (2), Sanctorius (3), se servirent, pour

(1) Præter prædictam tcrebram Parei el lenaculam, adhuc duo alia instrumenta, ad exlrahendum calculuin e virgâ in musæo meo habeo : quorum primum ex ofïicinâ chirurgien clarissimi vi ri Du. D. .lob. Andr. a Cruce in Iatinâ editione pag. 5i, in italicâ ver 6 , pag. 53, depictum, etab ipso ASTA appcllatum, ex parte mutuatus sum, ex parte, inquam, non nulla enim in ipso mutavi et correxi, uti lector ex delineationc et descriptione videre poterit. (Voy. pl.fig. 10, 11 12, i5 eti4) Author eo quidem utitur ad extrahendos globuios plumbeos ex vulneribus sclopetorum, ego vero illud ita adaplavi , ut etiam ad extrabendos lapillos c virgâ quàm aptissimum sit , modo sint extra perinæum balanum versus : qui enim perinæo inclusi sunt lapilli, instrumentum incurvaîum requirunt. ( V cy. pl. fig. 10 et 16. ) De Lithotomià vesicæ, pag. ?54.

(2) Severinus après avoir indiqué les divers moyens employés par les auteurs pour extraire les calculs, termine

ainsi :

Aliud mihi instrumentum extractorium proposuit joanncs Germanus, ebirurgus et iatrochymicus sæpius à me licct non salis laudatus , fistularc illud cuin ternis in exlremo prehensoriis quasi digitalis interné denlalis et modicé simis, recurvisque, qui dùm iuseritur fislula in cavum penem contracli manserit; postquàm inlrusus Calculi locuin attigit, claviculo, qui per cochleam in imo torquetur, dehiscunt et corpusculum alienum appreliendentes rursus coarctantur, rotato cochleaiT scapo sic , ut revcrienics organum extvactum calculus sequatur. ( Severinus, 1B4G de r/firaci Medicinâ , cap. cxxxv, pars 11, de seclionibus , pag. i3i.)

«(5) Quods"; calculus ruptauiiqua ex papillis, el per mes

retirer les calculs de l’urètre, et même de la vessie, de pinces à trois branches, qui paraissent avoir été inventées par Al. Ferri ou par André de la Croix, pour l’extraction des balles. Ces pinces ont été reproduites de différentes manières , et souvent présentées comme des instrumens nouveaux. C’est sur ce modèle qu’ont étc faits les tire-balles de Tomassin (1) et de Gorcy, et la pince à gaine de; Iïales, qu’on attribue à tort à Hunter, et dont l’usage est trop connu pour que j’en parle ici.

leres ad vesicatn dejectus, spaciohebdomadæcircîter cum urinâ non rejiciatur extrahendus est, ne per moram magnus evadat : qnod ut lieret, excogitavimus syringam [voy. pl. fig. 17, iSet ig)quæ invesicam immittenda est, quandô lolio est referta : ( longitudo syringæ in viro est unius spithaminis cum dimidiâ ) : eâ immissâ lune instrumentum , quod unit très cuspides ( dùm est in syringâ) aliquanto plusimpcllitur, ut tricuspides separenlur et dilatentur : dcinceps extrahitur instrumentuin ; quo peractostatimab urinâ Japil lus cum impetuad sinum syringæ ubi est O ferri solet ; qui inclusus inter illas tricuspides statim extrahitur per syringam ; si vero accideret quod urinæ impetus non feret lapillumad tricipilis sinum, tune cum sympbone per vim vacui attrabitur: in feminâ promptius, quia breviori syringâ eadem beii possunt. » (Sanctorius, Commcntaria in primant fen. primi libri canon Aoicennœ. Vcnet, 17O0 pag. f\ï\.)

(1) Observations iatrochirurgic/ues de Covillard, 2* édition, 1 791 .

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