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Ces diverses pinces étaient droites. Adoptant l’idée généralement reçue, que l’urètre ne pouvait admettre que des instruirions courbes, Dn. Daniel Epîscope (1), Eldgerton (2), À.Cooper(3) ont cru devoir leur donner une courbure.
Lorsque la disproportion entre le diamètre de l’urètre et le volume du calcul ne permettait pas de l’extraire après l’avoir saisi avec une pince , l’idée de le diviser, de le broyer, devait naturellement se présenter à l’esprit du chirurgien; c’est ce qui a été fait depuis des siècles, soit que les instruirions aient été introduits par l’urètre, soit qu’on ait pénétré dans la vessie par une voie artificielle ; il me suffira de citer le passage suivant, extrait du rapport de MM. Cliaussier et Pércy (4) : « Parmi ces opérateurs circon- » forains ( dont parle Hippocrate) se trouva un » certain Ammon d’Alexandrie, qui n’ayant pu, » en plusieurs occurrences, extraire la pierre, à s cause de la trop petite voie qu’on lui ouvrait en
(1) Fabrice de tlilden, ouvrage cilé, pag. ?55. {V oy. pl. fig. i5 et iG.)
(2) En 1819, le docteur Eldgerton lit connaître, par la voie de Y Edinburg medical Journal, qu’il croyait à la possibilité du broiement de la pierre dans la vessie. H proposa un instrument courbe à trois branches réunies par des charnières, mais dont l’emploi me paraît impossible.
(5) Voy. pl. fi g. au.
(4) Rapport cilé, pag. 2 et 5.
(il)
»ce temps au col de la vessie, osa la morceler «avec une espèce de ciseau de statuaire, ce qui » le fit appeler Utholomos , briseur de pierres,
» nom que portèrent après lui tous ceux qui se «mêlèrent de l’opération, que, plus impropre- » ment sans doute, on appela la taille. « Depuis cette époque, la plupart des Cystotomistes se sont trouvés dans la nécessité de briser quelquefois la pierre pour en faire l’extraction.
Albucasis paraît avoir, le premier, pratiqué la perforation des calculs dans l’urètre ( i).
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«(1) Quod si calculas parvus sit, posîlusc|ue sit in mealü fistulæ urinariæ, in eoque figalur, prohibeatque urinamab exitu, equidem curalo ilium ilüs quæ præscripsimus, antequàm ad sectionem perveneris; sæpissimè enim ea suffici t curalio, absque scctionc. Hoc etiam aliquandô experlus suffi, nimirùm ut sumatur perl’oratorium ex chalybe præstanti damasceno ; sit ad banc formam; (cette figure manque ; on sait que les auteurs arabes ont donné des dessins incorrects, et souvent ces dessins sont seulement indiqués dans le texte) triangulare sit, ad extremitatem acutum, in ligno infixum. Dein sumas fdum, cl cum illo lignto virgain subter calculum, ne forte invesicam calculus reverti't. Deindè intromittas ferrum perforans (lorebram) cum lenitate in pénis foramen doncc ferrum perforans ad ipsum calculum pervenerit; et lerebram cum manu tuâ rcvolve in ipsam calculum paulatim, paulatim, et tu conatorperforalionem ejus, donec ilium calculum penelraveris per alterum lalus. Equidem urina iliico 1 i b e rata crii. Deindo cum manu tuâ conçtringc reliquias çal-
Plus tard , Franco ( 1), Ambroise Paré (2) (voy. pi. fig. 7, 8, 9 ) , ont conseillé et employé avec succès cette pratique, à laquelle eut aussi recours Fischer qui, d’après Ilaller (5), perfora et brisa ensuite un calcul assez volumineux engagé dans l’urètre. C’est pour éviter les lésions que pouvaient produire dans ce canal les différons perforateurs employés, que Germanus imagina d’isoler le calcul au moyen d’une pince.
cu!i,ab exteriori parle virgæ , illæetenim perforai® sunt, et cum urinâ educenlur .etsanatus erit æger, si volucrit Deus excelsus.» (Albucasis, lib. 11, cap. tx , pag. 287, Oxonii , 1778. )
(1) Traité très-ample des hernies , i56i, pag. 147 el suiv. L’auteur donne la description et le dessin d’un instrument qu’il nomme vésical à quatre, faute d’un nom plus convenable, et au moyen duquel on peut embrasser une pierre grosse comme un œuf. I! avait été inventé par lin des parons de Franco. {Voy. pi. fig. 21.)
(2) Œuvres.
(3) Disputatioiies chirurgicœ, tom. iv, pag. 71 et suiv.
Cette observation fait connaître combien il est difficile de faire les opérations, même les plus simples, lorsqu’on n’a pas les instruinens nécessaires, et lorsque ces opérations sont nouvelles ou peu usitées. Fischer chercha à prévenir les lésions qui pourraient résulter de la pression exercée sur l’urètre pour écraser le calcul. Après l’avoir perforé, il introduisit dans le trou une espèce de forceps de la grosseur du perforateur, et parvint à diviser le calcul en quatre l'ragmens, qui furent ensuite expulsés presque sans douleur. ,
Mais on ne s ‘est pas borné à attaquer par des procédés mécaniques les calculs qui se trouvent dans l’urètre. Le contemporain d’Albucasis , Alsaharavius, voulait qu’au moyen d’un instrument approprié, l’on brisât les calculs dans la vessie , lorsqu’ils étaient petits et friables (1).
Sanctorius, dont j’ai parlé, et qui avait proposé d’extraire les petits calculs de la vessie au moyen d’une pince à trois branches , voulait aussi que l’on perforât la pierre avec un stylet, lorsque son volume ne permettait pas de l’extraire entière (2).
Enfin , « on a dit qu’un moine de Citeaux, affecté d’une pierre , dont Hoin père, habile chirurgien de Dijon , avait été sur le point de l’opérer, avait imaginé d’introduire dans la vessie une sonde creuse et flexible dans laquelle il faisait glisser une longue tige d’acier, droite , de
(1) Accipiatur instrumcnlum subtile quod nommât mashaba rebilia et suaviter intromillatur in virgâet volve lapidem in medio vesicæ, et si fucrit mollis frangitur et exibit, si vero non cxiverit cum iis quæ dixiinus oportet incidi ut in chirurgiû determinatur *,
* Liber theoricce neenon practicæ , in- 4«, f. xcjiii. i5iq,
(2) Catheterein delineat trifidutn : per eumin grandio-
rein calculum specillum sagitlatum iinmitit,co utputat, calculum diridit, ut fragmenta inter specilli crura cadant, et possint extrahi. ( V oy . pi. fi-. 1;) 19 ) Haller,
Dibliolheca chirug., t, T, page Zij.
forme ronde, et terminée inférieurement par un petit biseau qu’il poussait jusqu’au calcul; qu’alors avec un marteau d’acier il frappait à petits coups secs et brusques sur Je bout extérieur de la lige, ce qui ne manquait guère de détacher quelques parcelles, quelques éclats, que les urines entraînaient au-deliors, et dont il avait, en moins d’un an, rempli une petite boîte qu’il montrait volontiers aux curieux. »
« Un autre fait, assez analogue , mais plus récent et plus connu, c’est celui que le docteur Scott de Bombay a publié, il y a quelques années , dans le journal dit de l’Institution royale , dont le professeur Monro d’Edimbourg n’oublie pas de citer, dans ses leçons, les principales circonstances, et qu’on a pu lire , il y a quelques années, dans la Bibliothèque britannique rédigée par M. Pictet. li s’agit d’un colonel anglais , nommé Martin (1) , employé dans l’Inde , et résidant à Lesclinow, lequel , ayant la pierre , dont il souffrait presque sans relâche, s’avisa de l’expédient suivant : il construisit un gros stylet d’acier, courbé en forme de mandrin, sur la convexité duquel il avait pratiqué une lime bien trempée et qu’il faisait parvenir, à la faveur d’une sonde creuse élastique, dans la vessie, où, à force de le faire passer et repasser sur la
Cl) I,e colonel Martin était originaire de Lyon , 0C1 il a a fondé un établissement de bienfaisance.
pierre, il avait fini par l’user et la réduire eu poudre; c’est du moins ce qu’on a dit dans les papiers publics, et ce qu’on a assuré à M. Monro, en la possession de qui se trouve actuellement l’instrument même de M. Martin , dont il existe un dessin à la suite de l’histoire chimique des calculs par M. Marcet ; ouvrage anglais que vient de traduire dans notre langue M. IV i lia u 1 1 (1). »
Tel est l’aperçu historique des faits relatifs à cette partie de l’art de guérir, et qui étoient connus avant lestravaux du docteur Gruithuisen, auquel vous attribuez, Monsieur, l’idée première de la lithotritie. Voyons donc en quoi ce savant a pu changer l’état de la science (2).
Ce n’est pas par l’emploi des sondes droites: on s’en est servi de temps immémorial , et M. Gruithuisen avoue que ce fait ne lui étoit pas inconnu.
Ce n’est pas en prouvant la possibilité d’introduire de grosses sondes dans l’urètre : la con-
(1) Percy, rapport déjà cité.
(a) Je m’empresse d’exprimer ici mon opinion à l’égard des talons et du caractère de RI. Gruithuisen ; personne plus que moi n’éprouve les senlimens d’estime que ce savant mérite à si juste litre. Je suis très-éloigné de vouloir déprécier ses travaux, mais quelques-uns de mes compatriotes, dans des vues personnelles, s’étant servi de son nom pour induire le public én erreur sur la découverte de la lithotritie, j’ai été dans la nécessité de faire connaître que leurs allégations étaient mal fondées
naissance de ce fait date aussi de bien loin;
AI. Gruithuisen nous dit qu’il ne l'ignorait pas, il entre même dans des détails à cet égard qui prouvent qu’il n’a fait que marcher sur les traces de ses devanciers. Depuis l’introduction de la syphilis en Europe , on n’a eu que trop fréquemment occasion de constater cette dilatabilité. Dans le traitement des rétrécissemens de ce canal on emploie tous les jours des sondes qui ont de trois à quatre lignes.
Ce n’est point encore par l’originalité de l’idée de broyer les calculs urinaires au moyen de procédés mécaniques : on pourrait avec plus de fondement revendiquer cet honneur pour Am- . mon et beaucoup d’autres cystotomistes , Àlbueasis, Alsaharavius, Franco, Sanctorius , Paré, Fischer , le moine de Citeaux, le colonel Martin, £i des faits semblables à ceux qui se rattachent à ces noms pouvaient caractériser une découverte.
Serait-ce cnlin par les moyens d’exécution que M. Gruithuisen a proposés? Ceux qui sc sont occupés sérieusement de cette partie de la science, n’ont qu’à jeter un coup d’œil sur les dessins que ce médecin a joints au Mémoire qu’il a publié dans la Gazette de Saltzbourg, pour reconnaître combien l’espérance de broyer la pierre avec un tel instrument étoit illusoire. Pour que cette opération puisse être faite , il faut d’abotd saisir la pierre dans la vessie et l’y fixer
assez solidement pour que le chirurgien n’ait pas à craindre de voir le calcul s’échapper pendant le broiement. Voyons jusqu’à quel point M. Gruithuisen a rempli cette condition indispensable de la litliotritie.
Marini avoit proposé , il y a environ un siècle , pour l’extraction des calculs engagés dans l’urètre , de faire passer derrière le corps étranger une anse de fil métallique, à l’imitation de ce que l’on fait pour retirer Un bouchon de l’intérieur d’une bouteille. M. le professeur Boyer a employé plus tard cette méthode avec succès. Ce que Marini avoit imaginé pour l’extraction des corps étrangers dans l’urètre, le docteur Gruithuisen a cru qu’on pouvoit l'appliquer aux calculs vésicaux ( Voyez pl., fig. 26); mais il n 'avoit pas réfléchi que la mobilité de ces derniers étoit un obstacle presque insurmontable à l’emploi du moyen qu il proposait : ajoutez à cela que dans la vessie il est impossible de faire entrer, à l’aide du doigt, le calcul dans l’anse de fil , comme on le fait dans l’urètre ; mais en admettant même que l’on puisse saisir une pierre dans la vessie par un semblable moyen , il est évident qu’elle 11c sauroit être fixée autant quelle doit l’être pour supporter l’action du perforateur. On connaît l’importance qu’il y a de préserver les parois de la vessie de toute lésion qui pourrait résulter de l’emploi de cet instrument. Comment M. Gruithuisen a-t-il pu croire que
son anse de fil garantirait ce viscère contre l’action du trépan ou du fer de lance qu’il proposait pour attaquer le calcul?
M. Gruithuisen, après avoir parlé des moyens de saisir, fixer, et perforer la pierre, et que je viens de caractériser, indique, pour écraser les fragmens , une espèce de crochet ( Voyez pl. , fig. 29) dont l’emploi est absolument impossible. Les dessins des instrumens qu’avait projetés M. Gruithuisen, et que je joins à cette lettre [Voyez la planche et l’explication ), mettront à même de porter un jugement sur ce que je viens de dire. Le docteur bavarois semble avoir été convaincu lui-même de l’inutilité de son projet, puisqu’il ne lui a pas donné de suite. Ainsi nonseulement le docteur Gruithuisen n’est pas , comme on l’a dit, l’auteur de la lithotritie ; il n’a pas même reproduit dans son Mémoire tous les faits déjà connus ni les déductions qu’on pouvait en tirer, et qui auraient pu mettre sur la voie de créer une méthode sûre pour obtenir le broiement et l’extraction des calculs vésicaux par les voies naturelles. Pour se convaincre de cette vérité , il suffit de rassembler les différens moyens d’exécution que l’on avait déjà proposés, et de les comparer avec le projet inexécutable de M. Gruithuisen. Un voit, et l’expérience l’a prouvé , que les tire-balles d’André de la Croix d’Alphonse Ferri, que les pinces de Fabrice de Hilden , de Germanus, de Sanctorius et autres ,
pouvaient plutôt mettre sur la véritable voie pour l’invention d’un instrument propre à saisir et à fixer la pierre , que l’anse de fil proposé par Marini , et reproduite par M. Gruithuisen. Le ciseau du moine de Citeaux et la tarière de Paré, de Franco , pour perforer la pierre , sont au moins aussi avantageux que le trépan et surtout le fer de lance que conseille le docteur bavarois, et qui avait d’ailleurs été employé par Albucasis plusieurs siècles auparavant.
Cette courterécapitulation desprincipaux faits qui se rattachent à l’histoire de la lithotritie, établit d’une manière incontestable que le docteur Gruithuisen n’en^est pas l’inventeur, et que cette méthode, telle qu’elle existe en France, n’est pas, comme vous semblez lecroire, l’exploitation d’un article de la Gazette deSaltzbourg(i).
(1) Le Mémoire de M. Gruithuisen que l’on a mis en avant depuis quelque temps, contient non-seulement le projet impraticable dont j’ai parlé, mais aussi des assertions qui paraîtront au moins singulières. On y lit , qu’avec une sonde droite, on peut déterminer, géométriquement, le volume de la pierre. Le docteur bavarois a pu croire à la possibilité d’un semblable résultat, mais certainement il ne l’a jamais obtenu. *
M. Gruithuisen dit qu’une dilatation de l’urêtre de 6 à 8 lignes lui suffirait pour l’emploi de scs instrumens; or ou sait qu’une telle dilatation ne saurait avoir lieu.
Pour obtenir la destruction des calculs vésicaux, M. G rui* thuisen propose, aussi comme un moyen puissant, de iaire sur la pierre au moyen de la sonde ù double courant
Si je me suis un peu étendu sur ce point, Monsieur, j’y ai été engagé par la nécessité de vous présenter les faits sous leur véritable jour, d’autant plus que les assertions de quelques chirurgiens français qui se sont tout récemment occupés de la lithotritie , ont pu vous induire en erreur.
Par un sentiment bien légitime les peuples n’ont laissé échapper aucune occasion de constater leurs droits aux découvertes et aux perfeetionnemens dans les sciences et les arts; cependant il se trouve aujourd’hui .en France des hommes qui , peu jaloux de l’honneur de leur pairie , ont cherché à fixer l’attention publique sur le docteur Gruithuisen, afin de déprécier les travaux d’un de leurs compatriotes, et par ce moyen indirect , essayer d’acquérir pour eux-mêmes une réputation éphémère. Leurs efforts multipliés et toujours croissans pour demiîionaliser la lithotritie et pour donner le change
de Haies, qu’il a modifiée, ( Voyez ftg. 22.) des affusions d’un liquide dissolvant qu’il veut taire tomber du second étage de l’Imbitalion du malade.
Il n’a pas oublié le galvanisme, et cet agent aurait dû le dispenser de se livrer à des méditations sur les autres moyens qu’il a proposés , puisqu’il dit qu’on peut faire fondre comme du beurre les pierres les plus dures à l’aide d’une batterie de sir cents A mille couples.
SIU ^ Origine rie cette découverte , m’ont imposé le devoir de rétablir la vérité historique (i).
11 y aurait cependant de l’injustice à ne pas convenir que le docteur bavarois a, comme plusieurs de ses prédécesseurs, le mérite d’avoir entre \u la possibilité de broyer la pierre dans la 'e?sie. On lui doit même l’idée de l’emploi de 1 archet pour faire mouvoir le perforateur.
11 est inutile d’entrer dans plus de détails pour
( i) Le passage suivant fora juger de la bonne foi ou si ! on ^ eut des connaissances médicales de ceux qui soutiennent que la lithot ritie n’est pas une découverte française, et des moyens qu ils emploient pour le prouver; il est extrait des Archives de Médecine, mars 1826. « Ce n’est pas de pouvoirintroduire une sonde droite dans cet organe ( la vessie) qui rend possible cette opération; c’est d’introduire une sonde droite d'un gros calibre. Or, c’est celui qui a trouve la possibilité de celle introduction , en opérant avec une grosse algalie droite ( quatre lignes ) , auquel on doit seul rapporter le l'ait du brisement de. la pierre dans la vessie ; et celui-là , c’est Gruithuisen. » La possibilité de 1 introduction de la sonde droite une lois admise, quelle difficulté peut-on trouver à introduire une grosse sonde droite plutôt qu’une grosse sonde courbe ? Si l'auteur de l’article avait pris la peine d’examiner les collections d’instrumens de chirurgie , d’entier dans un hôpital oh l’on traite les rétrécissemens de l’urèlrc, ou même, s’il avait seulement consulté scs livres élémentaires, il aurait vu combien son erreur est étrange. Je l’ai prouvé, en parlant de l’état de la science, sous ce rapport, avant M. Gruithuisen.
démontrer que tous les élémens de la liihotritic étaient connus depuis long-temps. Cependant on n’était pas encore parvenu à créer un appareil instrumental, moins encore à imaginer un procédé rationnel pour accomplir le broiement de la pierre ; il y a plus, le petit nombre de ceux qui se sont occupés de ce projet n’ont pas tardé à l’abandonner. Jusqu’en 182/f, cette idée a été généralement traitée de chimère.
Je vais maintenant, Monsieur, vous indiquer les faits et les recherches qui ont donné naissance à la liihotritic en France.
Cette découverte a cela de commun avec la plupart de celles qui ont le plus d’importance, qu’elle n’a pas été faite , si je puis me servir de ce terme , d’un seul jet. J’avais suivi avec ardeur une idée première ; tout en rencontrant des obstacles, des faits nouveaux se sont présentés , j’ai été assez heureux pour en apercevoir les conséquences, et j’ai été à même ensuite de porter cette partie de l’art de guérir au point où elle se trouve à présent.
En 1817, je croyais encore à la possibilité d’attaquer avec succès les calculs vésicaux au moyen des dissolvans (1).
C’est en réfléchissant aux tentatives de mes
(1) On cherche aujourd’hui à faire revivre ces espérances, on va jusqu’à annoncer des succès, mais en u’a point encore constaté de guérisons:
devanciers dans cette carrière, que je crus pendant quelque temps avoir trouvé les causes qui les avaient rendues infructueuses. Pour réussir, il fallait pouvoir s’assurer de la nature cle la pierre renfermée dans la vessie ; les nombreux travaux des chimistes n’avaient fourni que des données bien incertaines.
Je crus parvenir à ce but en perforant le calcul au moyen d’un instrument que j’avais imaginé, et par l’analyse du détritus provenant de cette opération : des essais multipliés sur le cadavre confirmèrent mes espérances ; mais il existait un autre élément de succès qui devait naturellement devenir le sujet de mes recherches : il fallait pouvoir isoler le calcul dans la vessie, et trouver un moyeu de le mettre au contact avec le dissolvant , sans que le tissu de ce viscère pût être attaqué. Pour y parvenir, j’imaginai un instrument à poche que je pouvais introduire dans la vessie , afin de saisir la pierre et de l’envelopper ; mais je ne tardai pas à m’apercevoir que les seules substances dont je pusse me servir pour former la poche ne résistaient pas longtemps à l’action des agens chimiques ; je m’assurai, en outre, que non-seulement cette opération serait d’une longueur insupportable pour le malade , mais qu’elle était loin d etre sans danger. Je m’aperçus eniin qu’il fallait quitter jusqu’à un certain point la route que j’avais suivie , et je fixai toute mon attention sur le parti
que Ion pouvait tirer de la possibilité de perforer la pierre dans la vessie.
Je fus conduit par les essais que j’avais déjà faits , et par des travaux ultérieurs , à la conviction qu’on pouvait broyer les^ calculs vésicaux. Je fis à mes premiers instrumens de grandes modifications, et après une longue série d’expériences, je pus affirmer que j’avais découvert une méthode qui, dans la grande majorité des cas , devait remplacer l’opération de la taille. Dans mon ouvrage sur la lithotritie, j’ai fait connaître la progression des changemens qu’a éprouvés mon appareil opératoire , et j’en ai précisé les époques. On y verra que le premier instrument à branches articulées (i) fut exécuté en 1819, par M. Faizan; que plus tard je lui substituai la pince à branches élastiques, dont j’avais donné le dessin en 1818 ; qu’en 1820 et 1821 j’en avais fait avec succès des applications nombreuses sur le cadavre et les animaux vivans, et que, dans les deux années suivantes, j’imaginai différentes modifications qui avaient pour but d’abréger la durée de l’opération et d’en faciliter le succès.
Ces travaux étaient entièrement terminés en 1820, et j’en présentai en janvier 1S24, le rc-
(1) Cel instrument avait quelque resse mblance avec le quadruple vésical de Franco.
sumé à l’Académie royale des Sciences : les commissaires, MM. Chaussier et Percy , qui avaient été nommés par la Faculté de Médecine en 1818, le furent aussi par l’Académie des Sciences en îSa/j. Cette commission fit son rapport le 22 mars de la même année.
L’opinion émise par ces deux savans, quoique les faits relatifs à la lithotritie fussent alors peu nombreux, présente-, Monsieur, un singulier contraste, avec celle que vous avez consignée dans votre brochure. Ces membres de l’Académie des Sciences , ont dit , dans leur rapport : « Que la nouvelle méthode proposée par M. le » docteur Civiale était glorieuse pour la chirur- *gie française, honorable pour son auteur, et » consolante pour l’humanité. * Vous avez, Monsieur, prononcé un jugement bien différent: vous vous êtes cru, dites-vous , pour l’honneur de l’art et de vos confrères et dans l’intérêt de l’humanité, obligé de prendre la plume afin de repousser cette innovation chirurgicale, et de vous constituer l’apologiste de la cystotomie.
Je vous l’avoue , Monsieur, en voyant la lithotritie ainsi frappée d’anathème , c’est avec une curiosité inquiète que j’ai cherché, dans votre brochure, les faits qui pouvaient motiver cette proscription. Permettez-rnoi donc d’imiter votre franchise , et d’examiner, comme vous l’avez fait, pour l’honneur de l’art et de mes confiées et dans l’intérêt de l’humanité , les raison?
sur lesquelles vous fondez la eondamnation de cette découverte.
La chirurgie se rapproche de plus en plus tous les jours des sciences exactes ; ses préceptes ne se déduisent plus de suppositions et d’hypothèses sur lesquelles reposent de vagues théories. On veutj maintenant ne prononcer que sur des faits nombreux et bien constatés ; c’est la marche que le premier corps savant de l’Europe a cru devoir suivre en examinant la question qui fait le sujet de votre brochure.
La route que vous avez suivie n’estpas la même, vous partez de quelques supposit ions que vous avez la générosité de faire, pour argumenter ensuite sur le fond de la question : supposons, dites-vous, admettons même que l'on puisse dilater iurè tre , se servir d'instrumens droits , saisir la pierre, la fixer , la réduire en poudre. . . En lisant ces concessions, je vous avoue que mon étonnement a été profond ; je n’ai pu concevoir comment des opérations qui avaient été faites en présence des premiers chirurgiens de la France , de tant de savans étrangers, et dont la relation se trouve consignée dans des ouvrages et des journaux scientifiques, pouvaient être igdorées de vous ou méconnues avec tant d’assurance.
Il était inutile de s’arrêter devant la possibilité de dilater l’urètre ; cette dilatation n’est pas nécessaire. Tous les anatomistes savent que , dans l’état naturel , le diamètre de ce canal est
de trois à quatre lignes. Les instrumens dont je me sers ordinairement ont moins de trois lignes. Si cette dilatation était utile, l’ancienne pratique des Egyptiens et la sortie spontanée de gros calculs par l’urètre, dont j’ai déjà parlé, prouvent qu’on pourrait l’obtenir sans danger, et même sans inconvénient.
Lorsque le canal est rétréci, il suffit de le dilater par les moyens généralement employés ; le traitement des coarctations sert alors de préparation à l’application de la lithotritie.
Quant à la possibilité d’introduire dans la vessie des instrumens droits, ce problème est résolu depuis long-temps , et cette opération ne présente même aucune espèce de difficultés.
Mais il est un autre inconvénient très-grave , selon vous, et tout-à-fait nul dans la réalité : vous vous alarmez sur les vives douleurs qui vous paraissent devoir accompagner l’emploi de la lithotritie, et cette fois, laissant là les suppositions, vous affirmez que, sans soutenir une proposition ridicule , on ne peut s’empêcher de reconnaître avec vous que les malades ne pourront supporter les souffrances atroces qui accompagnent cette opération.
S’adresser des questions , et y répondre par des assertions contraires à l’expérience, vous conviendrez, Monsieur , que cela est peu conforme à la logique ; votre objection prouve seulement combien il est téméraire de porter un
jugement absolu sur une nouvelle méthode , sans en avoir fait ou au moins vu faire de fréquentes applications. Si, avant de vous constituer arbitre , vous aviez pris vous-même connaissance des faits qui se passent journellement à Paris , vous auriez vu que dans un grand nombre de cas , les douleurs ont été si peu vives , que les malades que j’opérais chez moi retournaient à pied chez eux immédiatement après.
Les observations que vous faites relativement à la lithotritie sont apparemment établies sur ce que vous avez observé dans l’opération de la taille ; mais ces deux opérations sont d’une nature tout opposée. Permettez-moi de vous faire remarquer leurs différences les plus saillantes. Je commencerai par les préliminaires de l’une et de l’autre.
Les apprêts de la cystotomie sont effrayans , et produisent des angoisses morales qui ont quelquefois causé les acculons les plus graves; le malade se voit , ainsi que le dit Deschamps, garrotté comme un criminel et assujetti dans une position pénible par plusieurs aides; quelque soin que l’on prenne de soustraire à sa vue l’appareil instrumental, il n’ignore pas qu’on va lui faire une plaie profonde et qui n’est que trop souvent dangereuse; tout lui annonce qu il va subir une des opérations les plus terribles de la chirurgie.
Les préparatifs de la litholritie n’ont rien de semblable ; le malade est rassuré par la vue de l’instrument, et par la certitude qu’aucune incision ne sera faite et que l’opération ne l’exposera à aucun danger. L’introduction de quelques sondes flexibles lui fait connaître d’avance que l’on introduira sans peine l’instrument dans la vessie, et que pendant l’opération il éprouvera plus de gêne que de douleur. 11 sait aussi qu’il ne sera ni attaché ni tenu par des aides ; que sa position ne sera point pénible, et qu’il pourra faire ajourner l’opération s’il se trouve fatigué.
Voyons ce qui se passe dans ces deux opérations, quand on cherche à pénétrer jusqu’au corps étranger.
Dans la cystotomie, il faut toujours se frayer une route artificielle , au moyen d’une incision large et profonde. Quelque procédé que l’on emploie , avec quelque habileté que l’on agisse» ce temps de l’opération est bien long pour le malade en proie aux plus vives douleurs , et l’on est souvent exposé à intéresser des parties dont la lésion peut compromettre la vie.
Dans l’application de la litho tritie, on arrive au calcul par les voies naturelles ; il n’en résulte que peu de douleur et aucun danger; lorsque l’urètre est rétréci , on le dilate avant de commencer l’opération.
La différence entre ces deux opérations est
encore plus grande , quand il s’agit de rechercher la pierre, et de l’extraire ou de la broyer.
D’après le grand nombre d’opérations de taille que vous avez faites, vous savez mieux que personne qu’il est impossible de dilater une plaie toute récente, d’y introduire successivement e doigt, le gorgeret, le bouton, les tenettes , des canules , etc. , sans occasioner les souffrances les plus vives. Vous savez aussi , et vous le dites dans votre brochure , combien on éprouve souvent de difficultés à trouver et à saisir la pierre lorsque la vessie est vide , et que ses parois sont appliquées sur le corps étranger. Les mouvemens involontaires que fait le malade , la pression des viscères abdominaux sur la vessie , et les douleurs que produit, pendant la recherche de la pierre, le frottement des tenettes , prolongent cette partie de l’opération ; mais quelles que soient ces angoisses , ces difficultés et les désordres qu’elles produisent , ceux-ci n’ont rien de comparable aux accidensqui résultent de l’extraction de la pierre, lorsque son volume n’est pas en rapport avec la grandeur de l’ouverture pratiquée , et quand la vessie contient plusieurs calculs.
Dans l’application de la nouvelle méthode , le malade se trouvant dans des conditions différentes , est bien loin d’éprouver les mêmes douleurs , et le praticien ne rencontre pas les mêmes difficultés. Le malade est placé sur son lit.de
manière que les viscères abdominaux ne pèsent pas sur la vessie , èt que la pierre, par son propre poids, se trouve à la partie postérieure de ce viscère, dont on a soin de maintenir les parois écartées au moyen d’une injection , ou de l’urine que le malade a retenue depuis quelque temps. On introduit sans peine , par les voies naturelles , l'instrument que l’on doit employer, et dont la grosseur est toujours proportionnée au diamètre du canal ; on sent et on saisit le calcul avec facilité et sans occasioner de vives souffrances, bien que ce soit cependant la partie la plus douloureuse de l’opération : en effet, la pince est ouverte au milieu du liquide, et son contact avec la vessie n’est que peu douloureux ; en général , les malades ne font pas de mouvement qui augmentent les difficultés de cette partie de l’opération. Pendant le broiement , la pierre embrassée par la pince , est entièrement isolée ; aussi n’y a-t-il dans la plupart des cas qu’un sentiment de gêne. Lorsqu’il survient un peu de fatigue ou de malaise , on suspend l’opération pour la reprendre au bout de deux ou trois jours (1). L’expulsion du détritus et des fragmens de la
(i) On ne saurait faire trop d’attention à cet avantage qu’offre la lithotritie de pouvoir suspendre l’opération à volonté. Dans la cystotomie , au contraire, une fois l’incision faite, on ne peut guère s’arrêter. La taille en deux temps est généralement abandonnée.
pierre par l’urètre, n’est pas, en général , accompagnée de souffrances; souvent l’opération est si peu douloureuse, (pie les malades peuvent marcher sans peine, immédiatement après. Quelques-uns ont pu continuer leurs occupations ordinaires.
Si l’on considère les suites de chacune de ces deux opérations, on trouvera des différences aussi remarquables.
Après la cystotomie , même dans des cas favorables , le malade éprouve des accidens graves qui ne compromettent que trop souvent son existence; on observe toujours un désordre général dans les fonctions, et dont la durée est, terme moyen , de 20 à 3o jours.
Il 11’en est pas de même de la lithotritie : elle ne donne jamais lieu aux accidens consécutifs de la cystotomie , et la sortie des derniers fragmens de la pierre est immédiatement suivie de la guérison complète du malade.
C’est surtout par les résultats que la différence entre ees deux opérations se fait remarquer. Il est prouvé que par la cystotomie il meurt un malade sur quatre ou cinq, et que parmi ceux qui échappent à la mort il s’en trouve un assez grand nombre dont la guérison est incomplète : trop souvent on ne l’obtient qu’après une convalescence de plusieurs mois. 11 faut aussi tenir compte de ces fâcheuses infirmités qui sont quelquefois le résultat de l’opération , et contre lesquelles les
ressources de l’art sont souvent Impuissantes (1).
Les observations que j’ai consignées dans mon ouvrage , établissent d’une manière incontestable que la lithotritie , dans les cas favorables, n’est accompagnée d’aucun danger, déplus, que le malade n’est exposé à aucune des conséquences fâcheuses de l’opération de la taille. Cette vérité est établie sur des faits nombreux et variés que j’ai publiés. Sur quarante-trois malades chez lesquels l’opération avait été reconnue possible, j’en ai guéri quarante-deux (2). On s’est assuré par l'autopsie que le quarante-troisième avait
(1) On a prétendu que j’avais exagéré les dangers et la mortalité qui accompagnent l’opération de la taille. Ce que j’ai dit est fondé sur une multitude de faits que j’ai rapportés, et sur l’opinion des auteurs les plus célèbres et des praticiens les plus recommandables. On a dit que j’avais dépeint la cystotomie avec des couleurs trop sombres. On n’a qu’à comparer ce que j’ai écrit avec ce qui se passe pendant cette opération pour être convaincu que je ne suis pas allé au-delà de la vérité et que même je suis resté en-decà.
Si, dans quelques cas, on a le bonheur de sauver plusieurs malades que l’on opère successivement, plus fréquemment on a la douleur de les 'voir presque tous succomber. De là, la nécessité de ne tirer de conclusion que d’aprè3 un très-grand nombre dé faits, j’en ai indiqué environ trois mille.
(2) Ouvrage cité.
succombé par une cause étrangère à l’opération. Des vieillards, dont l’état ne permettait pas de recourir à la cystotomie , ont trouvé leur guérison dans l’emploi delà lithotritie; quelques-uns, affectés en même temps de la pierre et de lésions organiques autres que celles des voies urinaires , ont été opérés et guéris : pendant le traitement, ces affections organiques n’ont pas acquis plus de gravité. D’autres malades, chez lesquels des pierres nombreuses ou volumineuses ont exigé des applications répétées de ma méthode, n’ont éprouvé aucun accident ; ils sont guéris.
Dans plusieurs cas, il y avait une grosse pierre; j’ai fait pour la saisir des essais infructueux , qui n’ont cependant produit aucun résultat fâcheux, même quand ils ont été réitérés. Peu de jours après, les malades sesonttrouvés, en général, dans l’état où ils étaient auparavant. Par une nombreuse série de faits rapportés dans mon ouvrage, j’ai prouvé aussi que les tentatives d’opérations, faites sur des malades qui ont été taillés ensuite, n’ont pas diminué les chances de succès que présente la cystotomie. Parmi ces derniers, ceux sur lesquels j’avais fait le plus grand nombre de ces essais sont précisément ceux-là qui ont été guéris avecleplusde facilité : cela s’explique tout naturellement. En effet, je n’ai répété ces essais que parce que , le volume de la pierre excepté, ces malades se trouvaient dans des conditions favorables ; la cystotomie de-
vait donc mieux réussir. Mais lorsqu’un seul essai a suffi pour me faire connaître que la lithotritie n’étoit pas applicable parce que l’état déjà morbide de la vessie seroit exaspéré par le nombre des séances qu’exigeroit le broiement des pierres , il n’est pas étonnant que dans ces cas plus graves la cystotomie ait eu moins de succès que dans ceux dont je viens de parler.
Quelquefois je me Suis assuré par le cathétérisme, ou par une exploration au moyen de mes inStrumens, quelesaltérationsorganiques étaient telles, que seules elles contr’indiquaient l’application de la lithotritie. Ceux de ces calculeux qui ne se sont pas fait tailler , ont succombé par les progrès de l’affection organique ; ceux qui se sont résignés à subir l’opération de la taille sont presque tous morts : la soustraction de la pierre ne suffisait plus pour arrêter la marche de la maladie.
Je passerai maintenant, Monsieur, à l’objection que vous mettez en avant, et qui est fondée, suivant vous, sur là longueur inévitable du traitement par la lithotritie. Cette affirmation, faite d’une manière aussi générale, manque d’exactitude. Plusieurs de mes malades qui n’avaient la pierre que depuis peu de temps, ont été guéris par une opération qui n’a duré que cinq minutes.
Chez un plus grand nombre, la maladie étant plus ancienne, les calculs étant plus gros ou.
plus nombreux, l’opération n’a été terminée qu’après (leux ou trois séances de dix minutes , et faites à trois ou quatre jours d’intervalle.
D’autres dont les pierres étaient plus volumineuses encore n’ont été guéris qu’après six”, huit, et même un plus grand nombre de séances de même durée, et qui ont eu lieu ù trois ou quatre jours l’une de l’autre.
Enfin, clic/, des malades qui portaient la pierre depuis plusieurs années, et qui en outre avaient des altérations organiques profondes , et dont la santé générale était mauvaise , j’ai été obligé de temporiser et d’agir avec beaucoup de circonspection , d’autant plus qu’il fallait combiner un traitement médical avec celui que le b roiement de la pierre exige; dans ces cas, peu nombreux il est vrai, l’opération n’a été terminée qu’au bout de deux ou trois mois.
Par ce résumé très-succinct des résultats de l’application de ma méthode , et que j’ai consignés dans mon ouvrage, vous voyez, Monsieur, que la durée du traitement par la lithotritie dépend toujours des conditions dans lesquelles se trouve le malade, et surtout de l’ancienneté de la maladie.
Je passe maintenant à d’autres objections que vous avez, faites , et qui ne sont pas mieux fondées.
Après avoir bien voulu supposer et admettre la possibilité du broiement de la pierre , comme
si elle était encore problématique , vous vous refusez à croire à celle de l’extraction de ses fragmens : ma réponse sera courte. Des malades que j’ai opérés depuis plus de trois ans ne cessent de jouir d’une santé parfaite. Plusieurs personnes opérées et guéries par moi sont mortes plus tard de maladies qui n’avaient rien de commun ou avec la pierre ou avec la lithotritie. L’autopsie a prouvé que la vessie était saine et qu’elle ne contenait aucun fragment de la pierre (1).
Vous affirmez qu’il est de toute impossibilité de faire l’application de ma méthode chez les enfans : j’en ai opéré un de treize ans. très-peu développé pour son âge : il avait depuis longtemps deux pierres assez grosses ; sa constitution était très— affaiblie ; ma méthode a eu tout le succès que je pouvais désirer, et le malade est guéri.
Je viens de faire construire un instrument d’une ligne et demie, et que l’on pourra ern-
(i) On avait cru trouver dans la mort de ces malades le moyen d’attaquer la lithotritie. A-t-on pu croire que les altérations profondes, produites par le séjour prolonge de la pierre dans les organes urinaires, que toute autre lésion organique, devaient constamment cesser, parce IA seul que la pierre avait été broyée ou extraite ? Voudrai t-on rendre la lithotritie, ou même la cystotomie, responsable? de l’invasion ultérieure de toute autre maladie ?
ployer avec succès pour les enfans les plus jeunes.
Vous doutez de la solidité de mon appareil instrumental, qui doit, dites-vous, présenter des dangers, parce que, si l’acier est trop dur l’instrument peut casser ; s’il est trop mou , il peut ployer : ceci est l’affaire* des mécaniciens ; ceuxt qui font ces instrumens savent tremper l’acier de manière à rendre tout-à-fait chimérique la crainte des accidens que vous redoutez. D’ailleurs, il faut à la pince moins de force que vous ne paraissez le croire, pour fixer la pierre. Par la disposition que j’ai donnée à l’extrémité de ses branches, il suffit qu’elles soient appliquées sur le calcul pour que celui-ci ne puisse s’échapper par l’action du lithotriteur.
Quelle que soit la haute utilité de la lithotri tie , je suis cependant loin de disconvenir que dans certains cas elle ne soit point applicable , et que la cystotomie ne soit alors la seule et dernière ressource du malade; ces cas sont ceux dans lesquels il y a en même temps plusieurs calculs ou une pierre très -volumineuse, une grande irritabilité, des altérations organiques profondes et un grand trouble dans les fonctions, ces cas repoussent en effet l’emploi de la lithotritie ; mais aussi ils n’offrent que bien peu de chances de succès au cystotomiste , et c’est ce qui a fait dire à Deschamps et à plusieurs autres auteurs, que l’opération ne doit
alors être pratiquée , que lorsque la vie est devenue un fardeau insupportable au malade.
11 était quelquefois difficile de parvenir à une connaissance exacte de cet état, par les seuls moyens d'investigation que la chirurgie possédait jusqu’à ce jour. L’appareil instrumental de la lithotritie fournit sur ce point des ressources par lesquelles on remédie , en grande partie, aux imperfections inévitables du cathétérisme ordinaire ; dans un grand nombre de cas, j’ai acquis, au moyen de mon litholabe, des données qu’on avait cherchées en vain avec le catlicter. C’est ainsi que j’ai été plusieurs fois à même de m’assurer que la lithotritie n’était pas applicable. J’ai soigneusement consigné ces faits dans mon ouvrage (1).
Voilà, Monsieur, ce que j’avais à répondre
(i)Ona cherché à présenter Ces explorations comme des tentatives d’opération , ou des opérations manquées. Des malades étant morts plus ou moins long-temps après ces explorations , on a essayé de faire croire que la mort avait pu être causé.e par l’action de tnes inslruinens. 11 est bien difficile decomprendrecominent on peut attribuer la mort à une opération qui n’a pas été faite; et quant aux explorations avec le litholabe, il suffira de dire qu’elles ne sont ni plus douloureuses , ni plus dangereuses que le cathétérisme ordinaire ; quelques malades meurent peu de temps après avoir été sondés, attribuerat-on leur mort au cathétérisme explorateur?
aux objections que vous avez faites contre la lithotritie. Après avoir justifié cette méthode des inconvénicns qu’on lui reproche, me permettrez-vous d’en résumer en peu de mots les avantages, puisque vous avez jugé à propos de les passer sous silence?
J’ai déjà prouvé que l’application de la lithotritie est peu douloureuse : pendant le traitement , les souffrances causées par la présence de la pierre ne sont que peu ou point augmentées. La connaissance que le malade a de la nature et des résultats de cette opération , le portera certainement à faire broyer sa pierre aussitôt que l’existence en aura été constatée. J’insiste sur ce point à cause de son importance , parce que la guérison est toujours prompte et facile quand la maladie est récente; parce que la lithotritie offre l’avantage, non -seulement de soustraire le malade à une onération doulou-
reuse et meurtrière, mais aussi, de le préserver des souffrances atroces et des désordres redoutables produits par le séjour prolongé de la pierre dans la vessie; et parce qu’une maladie considérée jusqu’à présent, et à juste titre, comme l’une des plus graves auxquelles l’humanité soit exposée , sera désormais au nombre de celles que le chirurgien traitera avec le plus de succès. En effet, l’existence d’une pierre dansla vessie 11e devient, en général , une affection grave, que parce que le malade recule
presque toujours devant la terreur qu'inspire l’opération de la taille. Cotte affection fait alors de si grands progrès, que l’extraction de la pierre ne suffit plus pour opérer la guérison du malade, les ressources de l’art étant ordinairement impuissantes contre les altérations profondes, soit de la vessie, soit des reins.
Ainsi donc la lithotritie est une acquisition importante pour l’art de guérir et un grand bienfait pour l’humanité. A qui la société en est-elle redevable ? Qu’il me soit permis , avant de terminer, de revenir sur cette question.
Ce n’est qu’après avoir lutté long-temps contre ceux qui repoussaient cette nouvelle méthode, et quand j’eus prouvé par des faits et d’une manière rigoureuse la possibilité de broyer la pierre dans la vessie , que l’on commença enfin à sentir l’importance de cette découverte, et que plusieurs personnes cherchèrent à se l’approprier. Des discussions s’élevèrent alors, avec des formes qui n’étaient rien moins que scientifiques : la plupart avaient pour but de rechercher soigneusement à qui appartenait l’idée première du broiement de la pierre dans la vessie. Des prétentions relatives à Yantério rité , à la priorité d'invention , à des modifications, à des pcrfcctionncmcns , etc., etc. , ont donné lieu à une triste polémique , peu honorable pour ceux qui l’ont fait naître et non
moins nuisible à la science qu’à l’humanité (1).
Il paraît qu’on ne s’est pas entendu sur la valeur des termes; car qu’est-ce qu’un inventeur? E»t-ce un homme qui ne fait qu’entrevoir une vérité? 11 n’aurait que peu de mérite : mais celui qui sait grouper des faits qui depuis des siècles étaient restés isolés et stériles, qui , par ce moyen , fait connaître des vérités nouvelles, sait les appliquer avec succès, et change ainsi la face d’une partie de la science , j’ose dire que celui-là est l’auteur d’une découverte.
Le développement de ce principe d’une manière générale ne peut entrer dans le cadre de cette lettre , mais il s’applique tout naturellement à la lithotritie.
Dans l’art de guérir , une opération tout-à-fait nouvelle devait exciter à la fois la surprise et l’incrédulité ; cette innovation chirurgicale est due à une réunion de connaissances dont plu-
(1) Les personnes qui ont élevé ces discussions et qui les ont continuées avec acharnement, ont non-seulement oublié toutes les convenances, mais aussi elles ont montré peu de délicatesse dans le choix des moyens qu’elles ont employés. Ces personnes, qui voyent avec chagrin les succès que j’obtiens, ont cherché à jeter de la défaveur sur la lithotritie, en dénaturant les faits qui en constatent l'importance , mais les faits ont parlé plus haut que ceux qui voulaient les plier au gré de leurs passions.
sieurs élémens datent , il est vrai , des temps les plus reculés. Faudra-t-il attribuer la découverte de la lithotritie aux Egyptiens, qui connaissaient la dilatabilité de l’urètre? aux Romains, qui se servaient de sondes droites et qui nous en ont légué avec leurs inonumens? Franco, Germanus, Sanctorius , Fabrice de Ililden, Haies , Desault, A. Cooper, qui ont introduit dans l’urètre et dans la vessie des pinces à gaine, propres à saisir et à fixer les calculs , auraient-ils cet honneur ?
Considèrera-t-on comme Fauteur de la méthode pour le broiement des calculs vésicaux le docteur Gruithuisen, qui s’est borné, ainsi que l’a dit M. Percy (1) , à faire connaître un projet à peine ébauché , tout entier en théorie et en spéculation , resté inculte et oublié dans le pays qui le vit naître, et qui, abandonné par Fauteur, n’eut jamais le moindre commencement d’exécution , ni dans ses instruirions , ni dans son emploi ?
Alsaharavius, Âlbupasis, Franco, Ambroise Paré , Sanctorius , Fischer, seront-ils regardés comme les inventeurs de la lithotritie, parce qu’ils ont essayé de broyer quelques calculs urinaires? Serait-ce enfin le moine de Gîteaux ou le colonel Martin qui, d’après de graves
(i) RapporU'ilé.
auteurs , sont parvenus à briser leur pierre dans la vessie?
Je vous livre ces questions , Monsieur, et vous laisse juge des intentions et des efforts de ceux de mes compatriotes qui, ep dénaturant des faits importans , et au moyen de quelques frais d’érudition , se sont imaginé pouvoir ravir cà la chirurgie française l’honneur d’une découverte si importante. Quant aux prétentions toutes récentes qui se sont élevées en France au sujet de la priorité d’invention, je crois devoir vous communiquer quelques renseignemens sur l’état actuel de cette partie de la science. Le titre même de votre brochure m’en impose l’obligation.
11 paraît que vous regardez les travaux sur la lithotritie comme ayant été faits en commun par MM. Civiale et Leroy (1). Certains imprimés qui sont partis d’ici et qui , peut-être , sont parvenus jusqu’à vous, ont pu vous induire en erreur; permettez-moi donc de vous faire connaiireles faits tels qu’ils sont.
M. Leroy, se dit l’inventeur de la lithotritie : examinons ses titres à cet égard (2).
(1) 11 est vrai que M. leroy l’aurait désiré; au mois de m irs 1 8 '2 4 , j’ai reçu de lui une lettre par laquelle il me proposait cette communauté.
(a) Je ne puis m'empêcher d'exprimer mes regrets de
Ce n’est qu’en 1822 , qu’une note insérée dans quelques, journaux de médecine (1), fit con^
la nécessité où je me trouve d’indiquer les erreurs dans lesquelles M. Leroy est tombé; mais la ténacité avec laquelle on a cherché à dénaturer les faits et à voiler la vérité, m’en fait un devoir. Dans les discussions qui se sont élevées au sujet de la lithotritie et que je n’ai jamais provoquées , je ne fais que défendre une cause qui intéresse l’humanité , la chirurgie française et mes propres droits. Les personnalités sont la triste ressource rie ceux qui ont tort : je ne répondrai pas à ceux qui ont été réduits à en faire usage.
(1) « M. J. Leroy vient de présenter un instrument qu’il nomme lithoprione , et qu’il destine, ainsi que son nom l’indique, à scier les calculs dans la vessie, et à les extraire, sans avoir besoin de recourir à l’opération de la taille, si cruelle et si dangereuse. Cet instrument se compose d’une sonde droite (*) divisée à l’intérieur en cinq comparlimens ; quatre disposés au pourtour servent de passage à autant de ressorts de montre qui vont se réunir sur le bec de la sonde disposé comme le boulon de l’instrument de Bellocq. Ces ressorts se déploient dans la vessie, ou rentrent à volonté. La cavité centrale reçoit une tige d’acier armée d’une petite couronne de trépan qui agit à la manière d’un emporte-pièce sur le calcul, lorsqu’on est parvenu à l’engager entre les rcs-
(') « On a reconnu qu’il était très-facile de pénétrer dans la vessie avec une sonde droite, au moins sur les cadavres, et que ce procédé avait même quelques avantages pour franchir les rétrécissemens en faisant tourner l’instrument entre ses doigts, h
naître que M. Leroy songeait à broyer la pierre dans la vessie, au moyen d’un instrument dont
sorts. On peut, après l’avoir perforé en lui faisant éprouver une perte de substance, faire présenter une autre surface sur laquelle on agit de la même manière, et changer de la sorte jusqu’à ce qu’on ait extrait dans la cavité du trépan, tous les fragmens qui seraient trop volumineux pour passer à travers le canal de l’urètre. » «L’instrument de M. Leroy pourrait fournir les moyens de mettre à profit les découvertes de la chimie moderne. Parmi les réactifs capables de dissoudre les pierres, il en est qui peuvent être introduits dans la vessie sans danger; mais, ignorant à quel espèce de calcul on a à faire, on pourrait, augmenter son volume au lieu de le dissoudre. Ce lithoprione , en faisant connaître la nature intime de la pierre , permettrait de choisir à coup sûr le réactif capable de la détruire; mais cet avantage, déjà très-grand, n’est que secondaire ; il est d’autres résultats qu’il semble permis d’espérer, et qui dépendent de l’action de l’instrument lui-même ; ces résultats sont la possibilité de saisir les calculs, fussent-ils aussi gros qu’un œuf de poule, de les réduire en poudre et de les extraire de la vessie sans faire éprouver au malade d’autre douleur et d’autre fatigue que celle de l’introduction , puisque tous les mouvemens de la scie se passent dans l'intérieur de la sonde. »
« M. Leroy serait autorisé à se promettre un succès certain de l’emploi de l’instrument qu’il a fait exécuter, s’il était possible de conclure d’après des essais tentés sur le cadavre. Peut-être l’expérience sur des êtres vivans lui fera-t-elle connaître des défauts et des difficultés qu’il avait ignorés jusqu’ici. »
[Revue médicale. Juin 182a, pages 2^3 et a44- )
il a donné la description et le dessin dans l’ouvrage qu’il a publié en i8a5 , et qui est intitulé: Expose des divers procédés employés jusqu’à ce jour pour guérir de la pierre sans avoir recours à l’opération de la taille . Comme ses prétentions sont uniquement fondées sur cet instrument, j’entrerai à ce sujet dans quelques détails que je puiserai dans l’ouvrage meme de M. Leroy. Voici la description de cet instrument: « Une ca- » nule longue de 8 pouces et large de trois » lignes et demie , reçoit dans sa cavité une autre » canule beaucoup moins volumineuse : entre » ces deux canules, existe un intervalle d’un » quart de ligne au plus , dans lequel sont plaj cés quatre ressorts de montre un peu forts,
» qui vont se fixer sur un bouton. Un anneau » d’acier , muni de quatre vis , sert à fixer cliai cun des ressorts séparément. Un autre anneau » portant une crête qui peut être reçue dans le- • chancrure de la canule, sert à maintenir tout » d’un coup les quatre ressorts lorsque la pierre » est saisie.» ( Voyez pl. fig. 3i , 02. )
Ce ne fut que quatre ans après que j’eus présenté mon travail et les dessins de mes instrumens , que M. Leroy fit connaître les siens. La différence principale entre eux était qu’au lieu de pinces à branches élastiques dont je me servais , M. Leroy proposa des ressorts de montre , pour saisir et pour fixer la pierre dans la vessie ; mais cet instrument offre de graves
inconvéniens que l’auteur ne tarda pas à reconnaître lui-même : les grandes difficultés que l’on éprouve pour saisir la pierre , les dangers que l’on court de casser les ressorts quand on cherche i\ la fixer , les grands obstacles qui se présentent quand on veut repousser la pierre et retirer l’instrument, et même l’impossibilité d’y parvenir, devaient faire abandonner toute idée de pouvoir broyer les calculs vésicaux à l’aide d’un semblable moyen.
M. Leroy le sentit si bien, qu'il ne tarda pas à substituer aux ressorts de montre une pince analogue à celle dont je m’étais servi pour mes premiers essais.
11 est important de remarquer que M, Leroy ne ht ce changement fondamental à son instrument que lorsque ma méthode et mes opérations furent généralement connues. 11 me suffira de citer à ce sujet le passage d’une lettre de M. Perey à M. Leroy, du 9 avril 1824 , et publiée par ce dernier (1) , ouvrage cité, page 22 5.
« Je conserve l’un des petits ressorts auxquels » vous avez substitué la pince du parent de » Franco; vous l’avez laissé tomber à terre lors- » que vous vîntes me montrer vos instrumens » avec lesquels vous n’eussiez bien sûrement
(1) Elle îe trouve eu entier page Ci de cette lettre.
» pu faire une des brillantes opérations dont » M. Civiale nous a rendus témoins, etc. »
Ce changement ne fut pas aussi heureux que M. Leroy l’avait espéré; on voit fig. 58, 5g, que les branches de la pince n’étaient pas convenablement recourbées, et que leur extrémité n’est pas assez, arrondie; de manière qu’il serait difficile de ne pas pincer la vessie en cherchant à saisir la pierre. En effet, c’est ce qui est arrivé à M. Leroy, en faisant la première application de cet instrument sur une femme , en avril 1824. 11 nous apprend (1) que la pierre ne put pas être saisie, que la vessie fut pincée, qu’il éprouva des difficultés à retirer l’instrument, que la maladese soumit ensuite à l’opération de la taille et quelle mourut.
Les premiers perforateurs dont je me servis étaient cylindriques; j’enreconnus bientôt les inconvéniens et je leur substituai les lithotritcurs à tête armée de dents. Ce changement, qui m’avait été suggéré par l’expérience , ne futpas adopté par mon confrère: il préféra d’abord les perforateurs cylindriques (Payez pl. fig. 40) , qu’il a remplacés ensuite par ce qu’il appelle des limes , des fraises simples et doubles : ce sont des perforateurs dont l’extrémité, dit M. Leroy, « est fendue, et dont les deux moitiés s’écartent l’une
(1; Ouvrage cité, page i/pj.
( So
de l’autre par leur élasticité ou par un stylet. Une canule maintient ces deux portions rapprochées pendant que l’opérateur introduit les fraises dans la pierre, après quoi il retire la canule, et par le mouvement de rotation qu’il leur imprime avec la manivelle , il agrandit le trou fait au calcul. «(Ouvrage cité , p. i/p.) Ces instrumens sont évidemment trop faibles, et c’est une des causes de l’absence totale des résultats que M. Leroy cherchait à obtenir
Les perforateurs ayant la forme de trépan , qu’avait proposés M.Gruithuisen et qu’a reproduits M. Leroy , ont dû être abandonnés.
Pendant long -temps je m’étais servi dans mes expériences d’une manivelle simple pour imprimer au lithotriteur les mouvemens nécessaires afin de broyer les pierres dures ; M. Leroy adopta aussi ce moyen mécanique, ainsi qu’on peut le voir par le passage que je viens de rapporter de son ouvrage , et par le dessin qu’il en a donné [Voyez pl. fig. /ju-)
Mes premiers instrumens n’étaient pas <onstruits de manière à empêcher pendant l’opération, l’écoulement du liquide contenu dans la vessie; les expériences sur les animaux vivans me firent sentir la nécessité de cette rectification, et bientôt j’y parvins. Cette disposition n’existait pas non plus dans le premier instrument de M. Leroy, ainsi qu’on peut le voir pl.fig.3a. Il chercha encore une fois à la corri-
ger en me suivant dans ce dernier changement, mais il ne fut pas plus heureux.
Ce fut donc plusieurs années après que j’eus fait connaître mon premier travail sur le broiement des calculs vésicaux , que M. Leroy annonça la possibilité de cette opération j il présenta un instrument dont l’emploi est impossible, et auquel il en substitua ensuite un autre analogue à celui dont j’avais donné le dessin en 1 S 1 8 ( J ) - En un mot, il me suivit pas à pas dans les rectifications que j’avais successivement cru devoir faire à mes premiers instrumens ; mais on remarquera que ce médecin ayant voulu donner une teinte d’originalité à ces imitations , par cela même n’a pas atteint le but qu’il se proposait.
M. Leroy ne paraîtpas avoir cherché ou réussi à perfectionner son appareil instrumental. On
(i) Oa trouve dans Fabrice de Ililden le dessin d’un instrument qui ressemble aux pinces dont je me servais pour mes premiers essais, cl que M. Leroy a adopte plus lard. ( Voyez pl. , fîg. îo et 58. ) Pourquoi mon confrère, qui cite cet auteur, a-t-il omis de reproduire ce dessin dans son ouvrage, puisqu’il en a donné plusieurs autres qui ont beaucoup moins de rapport avec les instrumens dont il se dit l’inventeur? N’ayant présenté qu’une copie du Spéculum cæcum de Fabrice de Ililden au moyen de laquelle il n’a pu obtenir aucun résultat dont il puisse sc louer, M. Leroy aurait-il craint de faire connaître uue ressemblance trop remarquable ?
peut en juger par l’absence totale de succès à la suite des tentatives d’opérations qu’il a faites : dernièrement encore un nouvel essai, à l’Hôtel-Dieu de Paris, n’a pas été plus satisfaisant que les précédens.
On peut donc se demander sur quoi M. Leroy fonde ses prétentions à la découverte de la lithotritie, puisqu’il est le dernier en date et qu’il n’a pu parvenir , jusqu'à présent, à broyer une seule pierre dans la vessie , quoique depuis plus de trois années l’existence et l’importance de cette découverte soient constatées par les succès que j’ai obtenus.
Tout ce que je viens de dire était connu de M. Leroy; il en sentit les conséquences, et prit les devans pour chercher à prouver qu’il n’était pas imitateur : à cet effet , il se bâta d’assurer qu’il n’avait eu aucune connaissance demes premiers travaux.
Cependant mes expériences avaient été faites publiquement dans les salles de dissection de l’école pratique etdela Pitié ; beaucoup de rocs confrères avaient, à cette époque , connaissance de mes recherches. Je citerai MM. les docteurs Aliés, Buret , Fenet, Lachaise, Londe , etc.
En 1818, j’avais présenté à la société formée dans le sein de la faculté de médecine de Paris, un mémoire sur ma méthode, auquel étaient jointsles dessinsdo mes instrumens. MM. Chaussicr cl Perey furent chargés de faire un rap-
port (1). 11 est difficile d’expliquer comment M. Leroy, qui étudiait alors à l’école de médecine de Paris, a pu ignorer des travaux qui se faisaient dans cette école, lui qui avait l’intention de s’occuper spécialement de cette partie de la chirurgie : quoi qu’il en soit', il me suffira de faire observer queM. Leroy, même après avoir acquis la preuve , ainsi qu’on va le voir, de ce que j’avais fait en 1818, n’en a pas moins persisté dans ses prétentions à la découverte delà lithotritie.
Pour suivre la marche qu’il s’était tracée , il a jugé utile de répandre quelques assertions inexactes sur la nature de mes premières recherches ; il a prétendu que je n’avais eu pour but que la dissolution de la. pierre; tandis que, dans mon mémoire de 1 8 1 S , j’ai indiqué d’une manière textuelle, les moyens de la perforer et delà briser; j’ai donné le dessin de l’instrument pour cette opération et je l’ai décrit page 4 de ce mémoire : ce.fait est constaté par le rapport de la commission chargée d’examiner mon travail.
M. Leroy , qui avoue avoir lu mon manuscrit
(1 ) L’importance du sujet ne permettait pas d’émettre légèrement une opinion. Avant de se prononcer, MM. les commissaires ont voulu des faits de pratique; un rapport a été fait en 1824 par les mêmes commissaires à l’Académie royale des Sciences, à laquelle j’avais présenté le complément de mon premier travail. ( La Société de la Faculté de médecine avait cessé d’exister),
chez M. le baron Pcrcy, convient (1) « qu’il y » trouva exprimée l’idée de briser les calculs vési- » eaux en les saisissant avec un instrument analogue au tire-balle dit alpkonsin (2) etlespercu- » tant avec un stylet. » Cet aveu qui lui est arraché par la force de la vérité, le met dans une étrange contradiction avec lui-même; puisque après avoir dit que je n’avais cherché qu’à dissoudre les calculs, il reconnaît que dans mon mémoire j’avais proposé une pince pour les saisir et un instrument pour les broyer. Vous verrezbientôt , Monsieur, par quel moyen M. Leroy, qui ne s’est pas découragé facilement, a essayé ensuite de se tirer de la fausse position dans laquelle il s’était placé.
Quoiqu’il ne put plus douter de la nature de mes travaux (3) , il a cependant prétendu plus tard que je n’avais cherché, en 1818 , qu’à modifier l’opération de la taille; il avoit cru pouvoir tirer parti de l’inexactitude du procès-verbal de la séance de la Faculté de Médecine à la-
(1) Ouvrage cité , page 220.
(2) Le tire-balle d’Alphonse Ferri, et notamment celui d’André de Lacroix, ont quelque analogie avec mes pinces litholabes.
(3) Mes travaux étaient si peu ignorés, que d’après les idées que j’avois mises en avant, M. Furet cl Lachaisé
avaient fait un instrument destiné à isoler et attaquer la pierre dans lu vessie.
quelle mon mémoire fut envoyé parle ministre de l’intérieur (1).
M. Leroy ne s’est pas arrête là c mais ce serait une tàclie trop pénible , Monsieur, que de vous signaler toutes ses inexactitudes quand il s a-
(i) Voici la réponse du ministre de 1 intérieur, auquel je'm’étais adressé, afin d’obtenir des avances pécuniaires pour faire exécuter des instrumens propres à détruire la pierre dans la vessie , et que j’avais désignés par les pioms de lithontriptique , tithontriplcur , auxquels j’ai substitné depus celui de litliotriteur.
Pal is , 26 juin 1 S 1 S.
« Monsieur,
» J’ai reçu la lettre par laquelle vous me demandez les moyens de faire exécuter un lithontriptique de votre invention.
» Je suis dans l’usage de consulter la Faculté de Médecine sur toutes les découvertes relatives à l’art de guérir. Je vous invite donc à m’adresser une notice détaillée sur le lithontriptique que vous avez invente. Je la communiquerai à la faculté, et d’après le jugement quelle en aura porté, j’examinerai si je puis donner suite à voire demande.
» Pour copie conforme,
Le directeur, «T. de Boisbertrand.»
Le procès verbal de cette séance de la faculté contient une omission et une erreur : on ne fil que citer textuellement la lettre d’envoi du ministre, cl dans laquelle mon mémoire ne se trouve désigné que comme étant rclalit à L’operation de la taille. Contre l’usage ordinaire , les membres de la commission qui fut nommée ne se trouvèrent pas désignés dans ce procès verbal.
<;it de l’histoire de la litliotritic : je me bornerai aux suivantes.
ï! a imprimé (i) que plusieurs médeems ont bien vu entre mes mains un instrument à poche, mais qu’on ne m’a jamais ouï parler de stylet , de perforateur , ni d’aucun autre moyen de briser la pierre. 11 est fâcheux pour mon confrère que je n’aie pas fait exécuter l’instrument à poche dont j’avais donné le dessin , et que par conséquent je ne l’aie jamais eu entre les mains. On vient de voir que M. Leroy s’est assuré , par la lecture de mon mémoire , que j’avais proposé , en 1818 , une pince à branches élastiques , pour saisir la pierre, et un stylet ou perforateur pour l'attaquer. Comment conciliera-t-il ces assertions si contradictoires ?
M. Leroy a avancé (2) que j’étais convenu de lui avoir emprunté l’idée d’employer ce qu’il appelle le petit étau (5); en cela il me fait dire ce que je n’ai pas dit.
M. Leroy cherche à se prévaloir de ce que les commissaires nommés eniSiS pouiTexamen de mes travaux ne firent pas de rapport : mais ils
(1) Ouvrage cité, pag. 214 et suivantes.
(2) Ouvrage cité, pag. 221.
(5) C’est un tour en l’air , outil connu de tous les mécaniciens, et dont je me sers dans mes opérations. Il diffère de celui qu’a présenté M. Leroy. ( V oyez pi. li g. 40).
n’ont du se prononcer que lorsque ma méthode a été sanctionnée par l’expérience. Telle est la marche que Ton doit suivre dans tous les cas , et à plus forte raison quand il s’agit d’une opération chirurgicale importante. Mon confrère sait cela mieux que personne, lui qui, depuis 1822, attend qu’une commission nommée par l’Académie Royale de Médecine pour l’examen de ses instrumcns , fasse connaître son opinion: pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Serait-ce parce que jusqu’à ce jour même M. Leroy ne peut encore présenter aucun fait à l’appui de sa théorie?
Il assure ( 1 ) que mes projets, en 181 8, étaient jugés inexécutables, et qu’au lieu de faire un rapport, M. Percy m’avait conseillé de les abandonner. M. Leroy est dans l’erreur. Il ajoute (2) que ce savant lui avait plusieurs fois donné l’assurance que j’avais seulement proposé un instrument à poche : encore une fois M. Leroy se trompe , et je le prouve.
On vient de voir que M. Leroy déclare avoir lu, dans mon mémoire de 1818, que j’avais exprimé l’idée de briser les calculs vésicaux au moyen d’un stylet ou perforateur , après les avoir saisis avec une pince. De plus on peut se convaincre que M. Leroy fait dire à M. Percy ce
(1) Ouvrage cité, png. 220.
(2) Ouvrage cité, pag. 214.
qu’il n’a pas dit, par la lecture même du rapport queM.Percy a fait à l’Académie lloyale des Sciences, au nom d’une commission qu’elle avoit nommée. Je donnerai ici le passage suivant, extrait de ce rapport, afin que l’on puisse savoir à quoi s’en tenir sur les affirmations de M. Leroy.
«E11181S , au mois de juillet, M. Civiale présenta au ministre de l’intérieur la demande d’avances pécuniaires pour faire construire des instrumens de son invention qu’il disait propres à détruire la pierre dans la vessie , sans recourir à l’opération de la taille. Cette demande fut envoyée quelques jours après , sous le n° 20,609 , à la société de la Faculté de Médecine , avec un mémoire explicatif de plusieurs dessins relatifs i° à la théorie de la poche dont nous venons de parler , et 20 à l’appareil instrumental que l’auteur nommait déjà alors lithontripteur. Le 14 du même mois , la société donna à M. Civiale les deux mêmes commissaires que l’Académie lui a donnés en dernier lieu ; mais , cette fois, ils ne firent pas de rapport , et les choses en restèrent Là.
Cependant , cet appareil lithontripteur fut exécuté l’année suivante par un mécanicien de Paris, avec les modifications et les perfectionnemens dont il jouit aujourd’hui ; de sorte qu’on peut faire remonter à quatre ou. cinq ans la méthode qui nous occupe , quoiqu’elle n’ait été bien connue, et qu’elle n’ait eu toute sa con-
sistanec, qi:c depuis un peu plus de trois années. »
Et plus bas , en parlant des prétentions de M. Leroy, qui n’est venu que quatre ans après , ils disent : C’est M. Civialc qui est arrivé le premier.
J’ajouterai que ces deux savans qui étaient, comme on vient de le voir , saisis depuis six années de cette question , ont prononcé avec une entière connaissance de cause, et qu’ils n’ont pas hésité à qualilier la méthode pour le broiement de la pierre dans la vessie , d 'opération , de procédé Civiale , de méthode proposée par il/. Civiale. M. le baron Cuvier, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences , dans le compte rendu des travaux de l’Académie pour l’année 182/]., se sert également des expressions d e méthode imaginée par M. Civiale , de découverte de M. Civiale. Ces qualifications, qui décident la question de priorité , ne furent alors le sujet d’aucune observation dans l’Académie. M. Lerov
seul chercha, par une réclamation, à se justifier d’un soupçon de plagiat qui pesait sur lui; on passa outre, et les choses en restèrent là.
Par une bizarrerie qu’on ne saurait expliquer, des personnes qui n’élevèrent pas la voix lorsque MM. Chaussier et Pcrcy , et ensuite M. le baron Cuvier attachaient mon nom à cette découverte chirurgicale , se sont mises plus tard en état d’hostilité. Cette singularité est d’autant plus remarquable , que c’est précisément
( Go )
quand des faits nombreux ont eu prouvé jusqu’à l’évidence l’importance de la lithotritie, qu’une opposition s’est formée. Dans l’impossibilité de présenter un seul fait contre ma méthode ou contre moi , on a eu recours à des déclamations pour essayer d’induire en erreur et l’Académie des Sciences et le public. Tous ces efforts ont été impuissans ; mais ce n’est pas ici le lieu de soulever le voile qui couvre certaines menées , toujours nuisibles aux intérêts de l’humanité et de la science : pour le présent je ne m’occuperai que de M. Leroy (i).
(1) Parmi les moyens auxquels M. Leroy a eu recours pour faire valoir ce qu’il appelle ses droils , je ne puis passer sous silence ses réclamations dans le Constitutionnel du io mars 1824 , dans la Nouveauté du i5 juillet 1826, et dans le Courrier Français du 7 août 1827. Dans ces diverses feuilles, M. Leroy s’élève d’abord contre le rapport de l’Académie Royale des Sciences, et surtout contre les expressions d’opération, de procédé Civiale, de découverte , de Méthode de M. Civiale , par lesquelles ce corps savant a désigné le broiement de la pierre dans la vessie; ensuite il s’arroge le titre d’inventeur, et croit pouvoir justifier ses prétentions en avançant qu’en 1826 et en 1827 il a partagé avec moi les prix décernés par l’Institut. Deux jugemensde l’Académie Royale des Sciences l’ont, suivant lui, déclaré l’inventeur des instrumens pour le broiement de la pierre.
Rétablissons les faits :
En 1824? l’Académie entendit et adopta le rapport de
INon content de ne point avoir présenté avec exactitude les faits qui me regardent , de m’avoir fait dire ce que je n’ai pas dit , d’avoir prêté aux
sa commission, dans lequel sont jugés mes droits à la découverte de la lithotrilie , et sont décrits mon appareil instrumental et mes procédés opératoires.
En 1825, 11e s’occupant plus de l’antériorité de l’invention, l’Académie déclara que les travaux relatifs au broiement de la pierre, confirmés par une plus longue expérience , pourraient devenir l’objet de prix décernés dans les concours suivons.
En 1S26, l’Académie n’ayant toujours en vue que l’application de la lithotritie, jugea que le moment n’était pas encore venu de décerner le prix ; mais elle accorda à titre d’encouragement :
« AM. le docteur Ci ci ale, qui a publié plusieurs mémoires importons sur la lithotrilie , ou sur les moyens de broyer les calculs dans la vessie urinaire , et qui a fait avec succès le plus grand nombre d’opérations sur le vivant : Une somme de