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de l’incorrection des dessins des instrumens que j’avais d’abord proposés et qui se trouvent dans mon premier ouvrage. Si ce critique avait pris la peine de consulter le texte, il aurait vu que les gravures qui représentent ces instrumens ne répondent pas à la description que j’en ai donnée. Il a passé le texte sous silence , pour ne se prévaloir que de la faute du dessinateur. De plus, il a reproduit les dessins des instrumens de M. Leroy, non tels que M. Leroy les avait donnés luimême ; mais il a copié fidèlement dans mes planches les pinces, les gaines, les boîtes à étoupe, les rondelles , etc.
Tous les moyens ont paru bons au défenseur de M. Leroy; on en jugera par le passage suivant qu’on lit dans le second numéro du Journal des Progrès des sciences, medicales , page 190 : « Voici ce qu’un honorable médecin , qui j> a vu la pièce sur laquelle M. Civiale établit » ses droits , a cru devoir dire , dans l’intérêt * de la vérité : sur quoi se fonde M. Civiale «pour prouver son initiative en 1817 ? Sur «une feuille de papier sans forme, festonnée «par l’usure, sale et détériorée, toute raturée, » mal éerite , et en marge une esquisse au crayon » représentant imparfaitement un instrument à «poche, qu’il destinait alors à saisir la pierre, «et, à côté de cet instrument, le dessin d’un » autre assez semblable à celui lithographié dans «son travail, mais dessiné plus fraîchement. »
Comment /’ honorable mcdecinqui dit avoirvu f expliquera-t-il le contraste singulier qu’il y a entre ce qu’il a vu et ce qui existe réellement? voici le fait :
Le mémoire que j’ai adressé au ministre de l’intérieur en 1818, formait quatre pages infolio , d’une écriture très-fine et soignée ; M le docteur Fcnct, aujourd’hui chirurgien à Villejuif près Paris, avait eu la bonté de le transcrire. Les dessins étaient sur une feuille séparée , de même format, représentant: i° un instrument à quatre branches articulées; 20 un instrument à poche; 5° un instrument à branches élastiques , et semblable au tire-balle d’Alphonse Ferri, et un perforateur ou stylet.
Ces faits sont constatés par le rapport de la commission chargée d’examiner mes travaux, et par les aveux mêmes de M. Leroy (1); s’il le fallait je pourrais invoquer le témoignage de M. le docteur Fenet. On pourra par là porter un jugement sur la véracité de l’auteur, et sur la naturedes moyens auxquels il a eu recours pour essayer de soutenir les prétentions de M. Leroy. Il est bon d’observer que la pièce dont il s’agit était déposée entre les mains du rapporteur de la commission. Ces mots : dessinés plus fraîchement ,
(1) Voyez page 5^.
renferment contre M. Percy et contre moi, une insinuation dont tout honnête homme saura faire justice.
Enfin, pour vous mettre tout-à-fait en possession , Monsieur, des faits qui on rapport à l’histoire de la lithotritic, je dirai quelques mots sur les essais qui ont été faits pour perfectionner cette méthode.
Jusqu’à présent on avait cgnsidéré les modifications et les perfectionnemens en chirurgie comme des améliorations constatées par l’expérience ; la marche que l’on a suivie à l’égard du broiement de la pierre dans la vessie présente une exception.
En France, en Amérique et en Angleterre, on a fait à mon appareil instrumental divers changemens, qui ont été annoncés d’avance comme des améliorations, des perfectionnemens. La vue seule de ces instrumens perfectionnes a suffi pour en montrer les défectuosités ; quand on a voulu en faire l’essai , même sur le cadavre, le jugement que l’on en avait porté s’est trouvé confirmé : quelques tentatives infructueuses sur le malade ont prouvé que leur lisage n’était pas sans danger.
Plusieurs personnes s’étaient imaginé qu’on pouvait, avec avantage, multiplier le nombre des branches de la pince; mais par là on prive
l’instrument d’une partie de la solidité qui est indispensable. Plus les branches de la pince sont nombreuses, plus les difficultés quel’on rencontre souvent pour saisir la pierre sont augmentées. Lorsqu’une pince à trois branches est ouverte dans la vessie , on peut faire entrer le calcul dans la pince par l’intervalle des branches , ou par l’ouverture qui résulte de leur écartement. La multiplicité des branches diminuant l’intervalle qui existe entre elles , on ne peut parvenir à saisir la pierre que par l’ouverture antérieure de la pince.
On a fait plusieurs changemens à la partie de mon instrument destinée à broyer le calcul : cesperforateurs modifiés ont tousle grave inconvénient de manquer de solidité. Quelques-uns ont plusieurs branches à ressort ou réunies par des charnières ; les autres sont à une seule tige dont l’extrémité peut être inclinée à volonté par un mécanisme particulier. La plupart de ces appareils proposés n’ont pas été employés. Je me bornerai à faire observer que les branches de ces perforateurs lorsqu’elles sont écartées, ou l’extrémité de la tigelorsqu’elle est inclinée , ne peuvent agir sur le calcul qu’avec peu de force. Si le calcul est petit ou s’il est aplati, ce qui est très-fréquent, on a lieu de craindre , pendant la perforation, de heurter les branches de la pince et de briser le per-
forateur. Enfin il est impossible de briser les petits fragmens lorsqu’ils sont durs.
Une de ces modilications avait d’abord fixé d’une manière plus particulière l’attention de quelques personnes. Voyons quel degré de confiance on peut accorder aux assertions de son auteur; il suffira de citer quelques faits. 11 avait annoncé la possibilité de broyer une grosse pierre en quelques minutes ; un malade a été soumis inutilement pendant plus de sept mois à l’action de scs instruinens. L’opération était cependant facile chez ce malade; je l’ai ensuite délivré de son calcul en cinq séances de 10 minutes, et faites dans l’espace de vingt - deux jours.
On a annoncé que d’autres malades étaient opérés avec succès; l’un d’eux, qui chantait, disait-on , tandis qu’on broyait sa pierre , a été traité infructueusement pendant plus d’une année : à la fin son état était tel qu’il a été forcé de se faire tailler, llestmort quelquesinstans après. Un autre dont on avait môme constaté la guérison a continué de souffrir et s’est fait opérer de nouveau peu de temps après.
L’auteur de cet instrument perfectionné a imprimé qu’il avait opéréet guéri plusieurs malades; mais il ne fait connaître ni leurs noms ni les circonstances qui ont accompagnés ces opérations, ni les personnes qui étaient présentes. ÎNous en sommes encore a attendre qu’il nous
fasse ces communications indispensables pour que l’on puisse apprécier les bienfaits que l’humanité doit espérer de ses travaux.
C’est avec regret que je me trouve dans l’impossibilité de vous faire connaître , Monsieur, des modifications plus utiles de ma méthode ; maintenant que l’attention de praticiens habiles est dirigée vers la 1 ithotritie , il faut croire que leurs travaux auront des résultats plus heureux.
L’écrit que vous avez publié prouve que vous avez trouvé ce sujet digne de votre attention ; on doit espérer que vous voudrez bien continuer de vous en occuper, et que vous nous mettrez à même de profiter de vos nouvelles réflexions. En attendant, je suis persuadé que vous accueillerez avec bienveillance ces pages, qui n’ont d’autre but que d’esquisser avec exactitude l’histoire de la lithotritie.
Telles sont les observations que j’ai cru devoir faire sur votre brochure : les faits que j’ai rapportés dans mon Traité sur la lithotritie et dans cette Lettre établissent :
i° Que les divers élémcns de la lithotritie existaient depuis des siècles ; mais qu’on n’était pas parvenu à les rassembler, à les coordonner, de manière à pouvoir créer une méthode rationnelle pour le broiement et l’extraction des calculs vésicaux.
2n Que le docteur Gruithuisen n'est pas l’auteur de cette méthode.
5° Que les prétentions qui ont été élevées en France , pour contester mes droits à cette découverte n’ont aucun fondement, et qu’elles disparaissent devant les faits que j’ai publiés et devant le rapport sur mes travaux fait à l’Académie des Sciences en 1824.
Les résultats que j’ai obtenus prouvent: i°que l’application de ma méthode est en général peu douloureuse et exempte de danger dans les cas favorables.
20 Que l’opération est d’autant plus facile et la guérison plus prompte que l’existence de la pierre date de moins loin.
5° Que lorsque la maladie est ancienne , la pierre volumineuse, ou qu’il y en a plusieurs, et même lorsqu’il existe des altérations organiques , la litliotritiepeut souvent être appliquée avec succès. Quand elle 11e peut être employée, il est démontré que les essais que l’on a faits ne compromettent en aucune manière le succès de la cystotomie.
4° Que la plupart des obstacles que l’on avait dit devoir s’opposer au broiement de la pierre n’existent pas. Quant au danger de pincer la vessie , et à la crainte de casser l’instrument, de laisser des fragmens de pierre , sur lesquels on a insisté le plus , ma pratique a prouvé qu’ils étaient imaginaires.
5° Que l’importance de cette découverte chirurgicale, toute française, est prouvée par des faits nombreux et authentiquement constatés.
L’Académie royale des sciences , après deux ans d’examen , m’a accordé , en 1826, un prix d’encouragement, et en 1827, elle m’a décerné le grand prix de chirurgie, fondé par feu le baron de Montyon pour le perfectionnement le plus utile dans l’art de guérir.
Je vous ferai connaître plus tard les résultats que j’ai obtenus par l’application de ma méthode depuis que mon Traité sur la litliotritic a paru.
J’ai l’honneur d’être avec la plus haute considération ,
C1VIALE , d. m. p.