SUR L'INSCRIPTION DÉMOTIQUE DE PHILES
particulière. Du moment donc que cela n'impliquait pas une difficulté toute particulière, il valait rhieux n'en rien dire, ou du moins il fallait classer ses griefs de telle façon que je pusse discerner ceux qui impliquaient une difficulté toute particulière.
M. Lepsius s empresse d'ajouter ceci :
«La plus grave des difficultés était celle-ci, que d'après lui Cléopâtre serait nommée fille de Ptolémée Philopator au lieu d'Ântiochus de Syrie. À la question qu'il me fait là-dessus, p. 112, je ne puis que répondre affirmativement. »
Sur ce point, je me suis expliqué trop catégoriquement pour avoir è y- revenir ; je ne puis donc que recevoir la réponse affirmative de M. Lepsius et que persister à croire que la négative eût été logique, tandis que l'affirmative n'est que persévérante.
M. Lepsius a raison de dire que la petite question incidente, relative au sacerdoce annuel d'Irène, n'a rien à faire avec la dispute engagée entre lui et moi. J'en demeure d'accord* Mais si je ne sais pas toujours à merveille quelles opinions n'ont pas été émises par M. Lepsius, Jui fiait mieux encore : il ignore si bien celles que M. Letronne a émises, qu'il se contente d'y substituer, de son propre aveu , les siennes, en supposant qu'il n'est pas possible .qu'on en ait d'autres.
M. Lepsius ajoute : « J'avais dit que le nom de Ptolémée Épipfaane revenait six fois avec son surnom, soit seul, soit avec le nom de sa femme Cléopâtre, dans le texte hiéroglyphique, et que le groupe d'Épiphane se rencontre tout autant de fois après le nom du roi , dans le texte démotique. M. de Saulcy, p. 06 , croit que je me trompe dans ce nombre, et il ajoute : « Ceci donne une faible confiance dans « les assertions de M. L. » M. Lepsius, j'en suis désolé, ne peut se résoudre à changer sa méthode de discussion ; car la deuxième partie de ce petit paragraphe constitue une citation de plus du genre de celles que j'ai pensé devoir relever. Après avoir prouvé par des chiffres que j'avais raison de ne pas croire aux assertions un peu trop précises que je trouve à la page 9 , et que je transcris encore une fois: «Si enfin... il eût seulement bien regardé le texte démotique auquel il bornait son examen, il aurait rencontré tout autant de fois, après le nom du roi , le groupe démotique d'Épiphane, etc. ; » et un peu plus bas : « par la même observation que le même groupe revient chaque fois a la suite du nom de Ptolémée, » j'ai dit : Ceci donne une faible confiance dans les assertions de M. Lepsius, en tant qu elles concernent des chiffres. De la sorte, morrassertion à moi est
un peu moins générale qu'on ne veut bien la faire, et telle qu'elfe est , je me permets de la maintenir, tout aussi bien que celle qui concerne le nom de Çléopàtre, à retrouver six fois dans le texte démotique.
Du reste, que M. Lepsius se rassure, je serai assez obligeant pour fournir au public lettré les verges qui doivent servir à me fouetter. Je vais publier immédiatement les textes hiéroglyphiques des deux décrets, avec le texte démotique de celui ' qui seul est mis sur le tapis, et rien ne sera plus aisé que de vérifier si je suis de bonne foi. Je ne saurais, je pense, rien faire qui fût plus agréable au docteur.
Quant à l'objection sur la présence constante du nom de Çléopàtre dans les protocoles des contrats rédigés sous des Ptolémée mariés, M. Lepsius m en cite deux sous Épiphane et sous Évergète où cette règle n'est pas observée, et il ajoute : « 11 n'y avait aucune raison de chercher seulement sous Philométor pour me faire une objection à moi qui dis que notre décret appartient à Épiphane. » Cette argu-mentation est trop bonne pour que je ne m'en serve pas à mon tour en disant à M. Lepsius : 11 n'y avait aucune raison pour me parler d'Épiphane et d'Évergète quand je vous parlais de Philométor. Quant aux deux exemples du règne de Philométor (pris des Papyrus E' et F') , il est convenable d'y ajouter, pour l'édification du lecteur, ùq petit détail matériel que M. Lepsius â jugé bon d'omettre, et que moi je juge bon de rétablir. Ces Papyrus E f et F f ont un protocole, et dans celui-ci , Ptolémée et Çléopàtre sont nommés en toutes lettres; puis tout à la fin des actes en question est répétée ta première date, mais assez abrégée pour que le nom du Ptolémée régnant n'y soit pas inscrit. Il serait difficile alors d'y retrouver celui de Çléopàtre. D'ailleurs les contrats que nous possédons ont été écrits par des expéditionnaires désireux d'économiser et leur temps et la place. Ce ne sont pas des inscriptions murales où la place et le temps ne comptent guère. Je persiste donc à croire que j'ai raison. Quant aux titres de sœur de Ptolémée et de fille de Ptolémée donnés k Çléopàtre Épiphane, je persiste de même à dire que si le premier est admissible, le second l'est également.
J'ai été charmé de faire connaissance avec fa date du décret, et je remercie en toute sincérité M. Lepsius de nous en avoir communiqué le texte.
Je ne suis pas moins charmé d'avoir mis M. Lepsius en demeure de reconnaître que le nom Ménapion ne pourrait que difficilement exister là où il croyait d'abord le retrouver. Je dirai plus hardiment
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que lui , que la tête supertaillée ne peut pas avoir enlevé quatre signes, ni même trois, et que par suite il manque au moins la moitié de la place indispensable pour inscrire ce nom si désiré.
La fin de la lettre de M. Lepsius ne peut rester sans quelques mots de réponse. La voici :
« Je terminerai ici les observations que la réplique de M. de Saulcy m'a suggérées. Vous n'attendez pas de moi que je réponde aux récriminations personnelles auxquelles il s est livré. Il avait pris pourtant l'engagement de répondre « sans emportement et sans passion. » L'a-t-il rempli surtout p. 113? Je laisse à d'autres et à lui-même le soin de le décider. Car le public savant ne prend nul intérêt à ces ' chicanes de détail, où trop souvent l'amour-propre est en jeu plus que le désir sincère de la vérité. Le seul avantage qu'il veut retirer des disputes de ce genre, c'est de savoir si le vrai se trouve d'un côté ou de l'autre. Le reste lui est indifférent, l'offusque ou lui répugne. Voilà pourquoi je veux me borner au fond même de la discussion. »
Il est malheureusement un peu tard pour faire cette profession de foi à laquelle j'applaudis de toutes mes forces. M. Lepsius n'a pas le moindre droit de se plaindre du ton de ma réplique, que j'ai su maintenir bien au-dessous de celui de son attaque (1). Je le lui déclare
(1) Page 1 13, j'ai dit et je répète ici : 1° que M. Lepsius se croit le premier des égyptologues présents et futurs ; 2° que la contradiction est pour lui une injure intolérable ; 3© que, pour soutenir son avis, tous les moyens lui sont bons. Je crois avoir surabondamment fait ressortir la démonstration de ces trois points de chacune des lignes de sa première lettre. Est-ce ma faute, à moi. si M. Lepsius se joue d'aussi méchants tours? Je viens de transcrire les récriminations personnelles que que M. Lepsius me reproche, comment appelle- 1 il les choses suivantes par lesquelles il a pris l'initiative?
Pages 6 et 7 : « Mous allons voir qu'il a été le seul à méconnaître entièrement le contenu, le temps et même le roi auquel l'inscription se rapporte, comme il a été à la fois le seul à pouvoir étudier é loisir dans son cabinet de travail et avec tous les secours possibles. » Page 9 : « Hésiter un moment sur l'attribution de ce cartouche a Epiphàne, c'est donner la preuve de son impuissance à lire un seul nom de Ptolémée. » Page 11 : « Ce fait... est nié par M. de Saulcy avec une assurance parfaite, sans qu'il ait examiné une seule minute de l'oeil ou du doigt l'objet dont il «'agit. » Et enfin page- 17 : « Quel assemblage d'impossibilités philologiques et historiques! Un écrivain qui , en faveur d'une opinion volontairement préconçue, et après que la vérité a été déjà énoncée par autrui , persiste à raisonner de la sorte, doit, ce me semble, iuspirer peu de confiance dans ses recherches ultérieures. Et en effet, ses autres travaux philologiques, du moins autant qu'ils concernent l'Egypte, ont trèspeu de valeur scientifique, comme je m'en suis assuré en les examinant d'un peu près. »
J'en passe, et des meilleurs, vu qu'il n'est pas divertissant de revenir à trois fois sur de semblables gentillesses.
H. Lepsius, je le répète, aurait dû , bien loin de se plaindre, me remercier de ce
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trè9- franchement, il m'a fallu bien des jours et bien des instances amicales pour me décider à répondre avec modération à sa première lettre, qui n'avait d'autre but que de me froisser, et que tout le monde a sévèrement jugée, malgré les corrections qu'elle avait reçues d'une main dont personne ne peut méconnaître la bienveillance.
Il est dans le vrai quand il dit que l'amour-propre est souvent, dans , les petites querelles de ce genre, un mobile plus énergique que le désir sincère de la vérité. Ce n'est pas moi qui me suis exposé à en fournir une bonne preuve de plus, et je regrette en toute sincérité que H. Lepsius ne l'ait pensé que trop tard.
Voici les lignes finales de cette dernière lettre : a Quant à plusieurs autres points, tels que son opinion (c'est de la mienne qu'il s'agit) sur les rapports entre les écritures hiéroglyphiques et démotiques, je les ai discutés dans un article spécial sur les autres travaux démotiques de M. de Saulcy. Cet article est déjà imprimé et paraîtra bientôt dans le troisième cahier du Journal de la Société orientale
allemande de cette année. Vous verrez s'il y a de l'exagération dans le jugement peu favorable que j'avais porté de ces travaux. »
Ce jugement m'est enfin parvenu et je vais ni occuper sérieusement de l'examen critique que M. Lepsius fait peser sur mes pauvres mémoires. Toutefois comme, en lisant ce nouveau travail, j'y ai rencontré tout d'abord la reproduction allemande de la première lettre à M. Letronne, j'ai cru prudent d'en prendre connaissance, et j'y ai bien vite reconnu certaines modifications qui ne consistent qu'en assertions peu exactes et en coups d'épingle de plus à mon adresse. Je n'ai donc rien a dire de cette republication, puisque j'y trouve le même ton et la même méthode. Ce dont j'ai démontré l'inanité ou l'inexactitude dans ma première réponse n'est devenu ni plus logique ni plus vrai pour être dit en allemand. Seulement M. Lepsius a, sans y prendre garde, j'imagine, laissé couler de sa plume un passage qui est si flatteur pour mon amour-propre, que je ne saurais résister au plaisir de le reproduire ici :
« Presque deux années après ma lettre à M. de Humboldt, parut un article très-détaillé d'un académicien de Paris, M. de Saulcy,
que je n'avais pas jugé convenable de lui rendre la pareille. Qu'il sache bien , une fois pour toules, que s'il n'y a rien à gagner à prendre le ton tranchant, il y a tout à perdre à s'écarter des bornes de la politesse, et que la forme de discussion scientifique employée d'abord par M. Lepsius ne peut convenir qu'à lui seul, attendu qu'à tout autre cette forme répugne, pour rne servir de l'expression qu'il a choisie lui-même.
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ingénieur spirituel, qui, comme l'annonce la Revue elle-même (p. 125), etc., etc. » (Sait la nomenclature de mes publications, donnée sans doute dans un but tout bienveillant.)
J'admets avec M. Lepsius que tous les travaux que j ai publiés depuis quinze ans soient bons à mettre au pilon ; il n'en demeurera pas moins vrai , puisque c'est lui qui le dit, que je suis un ingénieur spirituel. Certes, je me contente de cet éloge, et je lui souhaite sincèrement de s'entendre un jour adresser le pareil.
Une autre phrase mérite une réponse plus sévère, c'est celle ott M. Lepsius affirme que je soutiens avec opiniâtreté que c'est lui qui a donné lieu à l'article de la Gazette littéraire, et que Je le soutiens, soit par des figures de rhétorique au moyen desquelles j'invente des objections pour montrer mon esprit à les combattre, soit par un doute nullement motivé sur la véracité de son dire, doute qui ne peut sç trouver que dans la bouche d'un savant aussi léger que moi.
L'espèce de figure de rhétorique à laquelle M. Lepsius fait allusion né peut être que le mensonge. Je le mets au défi de me prouver qu'une seule fois j'en aie fait sciemment usage. Quant au doute sur la véracité de son dire, j'en suis bien fâché pour lui , mais je crois fermement qu'aujourd'hui beaucoup de gens le partagent.
Du reste, comme les dates servent quand il s'agit de publications, il deviendra bien difficile de comprendre quelque chose à l'arrangement des convictions de M. Lepsius. Ainsi, dans sa première lettre, et dans l'article du Journal de la Société orientale allemande, article postérieur â sa deuxième et dernière lettre, on trouvera les mêmes assertions, abandonnées et pour cause dans cette deuxième lettre datée du 1 er juin* Cela donnera, à qui voudra bien y regarder de près, une médiocre idée de la fixité des opinions de M. Lepsius, à moins qu'il n'en ait de deux espèces : les unes à l'usage de la France, et les autres à l'usage de l'Allemagne. J'ai cru devoir lui faire observer que cette manière d'arranger ses dires pourrait paraître étrange à quelque fâcheux.
Dans un autre passage, M. Lepsius avance que j'ai eu pour but d'exposer devant le public une erreur difficile â punir sévèrement. Il commet lui deux erreurs : 1° il me prête une pensée que je n'ai pas eue et que lui seul peut me prêter; 2° il croit difficile de punir sévèrement 4a manie de donner avec aplomb des erreurs pour des vérités. Je lui ai prouvé que la chose était aisée, et j'espère bien le lui prouver encore.
Il n'est pas moins intéressant de voir que M. Lepsius a mis à
profit certaioes parties de ma réponse pour modifier certains passages de son attaque, tels, par exemple, que ceux qui sont relatifs à la longueur des sept dernières lignes du texte hiéroglyphique, à ma lecture du pluriel les dieux Épiphanes, au lieu de le dieu Épiphane, au sacerdoce d'Irène, etc., etc. Ceci démontre que les concessions faites par M. Lepsius, dans sa lettre du r r juin 1847, ne l'ont été qu'en désespoir de cause, et avec la ferme volonté de les rétracter dans son article allemand postérieur. C est là aussi une étrange figure de rhétorique dont je suis bien aise d avoir constaté l'admission dans l'arsenal logique de M. Lepsius.
Du reste, comme je constate la valeur des additions principales qui ornent la nouvelle édition de la première lettre de M. Lepsius (c'est-à-dire l'édition allemande), je dois aussi constater la nature de certaines suppressions essentielles. Je me plais donc à reconnaître que M. Lepsius a lui-même trouvé peu convenable le passage de la page 17 de sa première lettre, passage que j'ai textuellement reproduit plus haut. Il en a fait bonne justice en le biffant, et Ion conçoit facilement qu'il ait été tout étonné, mais un peu tard, d'avoir écrit une phrase pareille, sans y avoir été poussé par quoi que ce fût.
La conclusion de la traduction allemande est trop curieuse pour que j'en prive les lecteurs de la Reçue; la voici : «Je pouvais donc avoir quelques prétentions à qvoir découvert le premier qu'une inscription accessible à tous était une répétition du décret de Rosette, et à en avoir indiqué toute l'importance. x> Décidément, M. Lepsius y tient, et je suis de trop bonne composition pour contester plus longtemps la légitimité de ses prétentions sur ce point.
Somme toute, M. Lepsius, dans sa lettre allemande, oublie ce qu'il a dit dans sa deuxième et dernière lettre du 1 er juin. Il oublie aussi que je lui avais promis de le suivre sur le terrain allemand, et il a grand tort d'entonner un chant de triomphe. Quant à l'examen critique dont il me menaçait , il avait raison d'espérer que j'en serais étonné; car le tout est écrit d'un style inqualifiable. Je croirais manquer au respect que je dois aux lecteurs de ce Recueil, si j'insérais ici la réponse que mérite la nouvelle attaque de M. le D r Lepsius. J'y vais répondre ailleurs, et je m'engage à démontrer que le nouvel écrit de M. Lepsius vaut le premier pour la forme comme pour le fond.
F. de Saclcy.