Lettre à M. le duc de Blacas d'Aulps,... sur le nouveau système hiéroglyphique de MM. Spohn et Seyffarth
Les deux ouvrages publiés par M. r Seyffarth sur les écritures égyptiennes et notamment ses Rudimenta hieroglyphices , sont venus à ma connaissance depuis plusieurs mois: leur examen attentif me convainquit bientôt que M. r Seyffarth, ou M. r Spohn dont ce jeune Savant a adopté, étendu et propagé les doctrines, s'abandonnant à des illusions que l'étude des monuments originaux pouvait seule dissiper, avait conçu, pour l'interprétation des textes égyptiens, un système tout à-fait arbitraire et qui, comme celui de Kircher, ne reposait sur aucune série de faits positifs et n'était fondé que sur des assertions ou des manières de voir purement personelles. Je voulais laisser aux Savants qui , par leurs études préalables, sont les juges naturels en cette matière, le soin de peser la valeur réelle de cette nouvelle méthode et de décider si le nouveau système l'emportait en clarté, en certitude et en évidence sur celui que j'ai proposé moi-même; je me suis donc abstenu, jusques ici, de rendre
publique mon opinion à ce sujet ; j'espérais , sur tout, que les Erudits et le grand nombre des personnes qui ne s'occupent qu'occàsiônellement de cette branche d'Archéologie, sauraient bientôt ce qu'on devait attendre du système des MM.
Spoîm et Seyffarth, en apprenant que ces deux Savants ayant publié la lecture et la traduction d'un manuscrit égyptien du Cabinet de Paris, le texte grec de ce même manuscrit, découvert à Londres par M. r le Docteur Young, ne confirme sur aucun point la version des deux Savants allemands; circonstance qui démontre évidemment la fausseté des principes fondamentaux de leur méthode. Mais ce fait facile à vérifier, puisque le texte égyptien et le texte grec de ce manuscrit sont également publiés (i), ne parait point avoir produit toute l'impression qu'on devait en attendre. Beaucoup de personnes, qui du reste , ne connaissent bien à fond ni le système de M. r Seyffarth , ni le mien, mais qui savent cependant que toutes les inscriptions bilingues, c'est à dire, toutes les inscriptions égyptiennes accompagnées de leur traduction grecque et rapportées d'Egypte depuis ces quatre derniers années, confirment pleinement mon système, publié avant leur découverte , et contredisent expressément le système de M. r Seyffarth qui ne leur
(i) Dans la Collection publiée à Londres sur le titre Hitrogljphics, pladches 3i. 3a. 34-
est applicable dans aucune de leur parties ; beaucoup de personnes, dis-je, affectent néanmoins encore de rester dans un doute soidisant philosophique entre les deux méthodes. D'autres enfin, ce qui est plus commode mais bien plus funeste pour la science, ne se donnant pas la peine d'examiner si la vérité ne se trouverait point de l'un ou de l'autre côté , affirment vaguement que nous ne savons encore rien de positif relativement au système graphique des Égyptiens.
Cest dans un tel état des choses que vous desirez, Monsieur le Duc, apprendre de moimême quels sont les points principaux sur lesquels mon système diffère de celui que viennent de produire MM. Spohn et Seyffarth , et connaître mon opinion motivée sur les bases de ce dernier. Jaloux de jetter quelque lumière sur une discussion archéologique dont Votre Excellence sait apprécier toute l'importance, discussion qu'il'est à souhaiter de voir promptement terminée , dans le seul intérêt des progrés de la science; je m'efforcerai de réduire la question à ses véritables termes, en exposant, comparativement et avec brièveté, la base des deux systèmes.
L'ouvrage publié sous le titre de Précis du syst&ne hiéroglyphique contient toute ma doctrine sur le système graphique égyptien. Il ne renferme, je crois, aucune assertion qui ne soit démontrée et appuyée par la citation d'un très-grand nombre de faits tirés des monuments originaux et qu'il dépend de chacun de vérifier.
LesRudimenta hieroglyphices de M. r Seyffarth consistent au contraire en trente sept paragraphes renfermant une briéve énonciation des bases fondamentales de son système, sans que l'Auteur ait jugé à propos d'y joindre les citations d'autorités anciennes ou de faits monumentaux desquels il aurait déduit ses principes.
J ai donc procédé par déduction des faits matériels , et le Savant allemand a construit son système a priori, méthode qu'aucun genre d'étude solide ne saurait admettre. Ayant suivi dans nos recherches deux modes d'investigation si différents, il est naturel que nos résultats n'aient presque rien de commun entre eux.
Le premier fruit des mes recherches fut de reconnaître dans les inscriptions hiéroglyphiques, en prenant pour point de départ de mes opérations, le Monument bilingue de Rosette, l'emploi simultané de trois espèces de caractères: i.° Des caractères figuratifs, ou représentant les formes de l'objet qu'ils expriment:
a.° Des caractères symboliques :