SUK LES PRÉPARATIONS D OR
))se guérit par le repos, l’application d’une toile cirée )) verte et l’ouverture d’un cautère à demeure vers l’extrér> mité inférieure de la cuisse.
» Deux mois après la cicatrisation de l’ulcère , il survint 0 des douleurs qui s’accrurent progressivement , furent at - » taquécs par différents moyens généraux , diminuèrent «pendant un certain temps, reparurent avec plus d’inten- »sité, et s’exaspérèrent toujours pendant la nuit. Les exu « toires infiniment prodigués^ne procurèrent aucun résultat » avantageux.
«Après l’emploi de moyens curatifs inutilement variés , «et aussi l’usage en boissons , en bains , en douches , des «eaux d’Aix , de Grioulx et de Bagnières, apparition (il y «a sept ans) d’une exostose à la face moyenne de l’os « frontal.
«Sirop de Cuisinier administré l’espace de trois mois,
» diète sèche ; cessation entière des douleurs.
» En j uin 1 8 1 5 , ondée de pluie reçue sur le corps , celui- » ci étant échauffé par la marche. Le lendemain, retour des «douleurs et légère inflammation de la gorge. La saignée, «les diaphorétiques et les gargarismes firent cesser la dou- » leur et l’inflammation , et le malade jouit jusqu’à la mi- « novembre d’une santé apparente.
« A cette époque , retour des douleurs, qui augmentèrent «progressivement pendant l’hiver. En janvier, inflamma- «tion de la gorge et ulcères , qui, gagnant de proche en « proche , s’emparèrent de la luette, et s’étenflirent jusqu’au «voile du palais.
«Dans le mois de février i8i6, il consulta son médecin, » ainsi qu’un médecin de Montpellier , qui s’accordèrent à «lui conseiller la tisane de Vigaroux ; celle-ci fut continuée «jusqu’en avril, sans produire le moindre changement.
72 LjrrXRE A M. MAGENDIE,
» Le niolade ayant abandonné la tisane précitée , vint »me consulter vers les premiers jours de mai , et m’ex- »j)osa les antécédents avec l’accent du plus affreux déses- '>poir; je lui proposai les préparations d’or, auxquelles il »ne se prêta avec confiance qu’après avoir lu ce que M. le » docteur Ghrestien a écrit sur leur efficacité.
» Du 10 au i6 mai, frictions sur la langue avec un » dixième de grain de muriale d’or et de soude. Celte partie » s enflamma , et les papilles se développèrent d’une ma- «nière effrayante; l’irritation fut poussée si loin , que l’atwtouchement du moindre liquide occasionait des hémor- » rhagies. Cet accident cessa de me surprendre , lorsque le «malaoe m eut appris que , dès sa plus tendre enfance , la «bouche et les parties qui en dépendent avaient constam- »ment oflert une susceptibilité étonnante, et qu’à l’âge de «douze ans il avait été atteint d’une inflammation de la «langue , qui avait fait craindre pour ses jours. Forcé d’a- «bandonner la méthode ordinaire, je fis appliquer des «languelies épispastiques sur chaque côté du cou; j’en fls «panser les plaies, tantôt avec une couche légère d’un «mélange d’un gros d’or divisé et d’une once d’axonse «tantôt avec celui de dix grains de muriale et de demi- «once du même excipient. La première combinaison était » employée lorsque les plaies s’irritaient ou s’enflammaient; «la seconde, quand elles tendaint à se dessécher. Applica- » lion d’un emplâtre d’extrait de garou sur l’exostose
» Quoique je pense avoir été le premier à me servir de cet extrait, je me dispensei ais de dire que j’avais fait part à M. Nie! des bons effets que j avais retirés en pareil cas de son application, si je ne voulais faire observer que cet extrait m’a fourni un des plus puissants topiques contre les tumeurs blanches du genou. Quoiqu’il agisse pour l’ordinaire comme vésicant, une fois appli-
SUR LES PRI^PARATIONS d’oR.
» L’emploî des moyens précédents fut continué pendant » quatre mois avec la plus grande persévérance. Durant les rtdeux premiers, nul elTet sensible, sans pomiant que la » confiance du malade et du médecin se démentît un seul «instant. Vers le commencement du troisième , améliora- » lion de l’état des ulcères de la gorge et de ceux de la «luette , qui commencèrent à se déterger. Vers la fin du «même mois , cicatrisation d’une partie des ulcères, dimi- «nution notable des douleurs. Au milieu du quatrième , les «ulcères furent cicatrisés, l’exostose avait considérable- «ment diminué, les douleurs étalent très supportables, et » le malade jouissait de cette sorte d’hilarité dont j’ai parlé, «et qui est quelquefois produite par les préparations d’or.
«Le 10 octobre, il survint un frisson qui dura près de » trois heures; à sa suite , fièvre qui se soutint jusqu’au i5 , » et diminua jusqu’au i6. Pendant les deux derniers jours, «elle fut accompagnée d’abord de chaleur habituelle, et «terminée par une sueur copieuse qui se soutint jusqu’au «22, et se renouvela chaque nuit jusqu’à la' mi-novembre. «Les douleurs avaient complètement disparu avec celte «évacuation. L’exostose s’effaça petit à petit, et ne laissa «aucune trace. Trois années d’une santé parfaitement ré- «tablie ne suffisent-elles pas pour constater cette guéri- « son * ? »
que, on ne le change que lorsque le chamois sur lequel on l’avait étendu est dégarni. On l’enlève néanmoins momentanément, s’il procure des douleurs trop vives.
^ J’ai envoyé tout dernièrement au docteur Legrand une observation du docteur Simoneau , qui exerce la médecine avec une grande distinction à Florensac. Ce praticien, pour une affection vénérienne caractérisée par des ulcérations très graves dans la bouche , a appliqué un séton à la nuque, et il l’a pansé soir et
Quoique je sois fâché de combattre souvent M. Magendie, précisément parceque j’honore son talent et son c fraclère, je ne puis encore passer sous silence mon étonnement de ce qu il a omis de noter que le sujet de la première observation avait employé par ingestion , dans l’espace de cinquante-deux jours , soixante-quatorze grains d’oxide d’or ; que l’or divisé, et successivement le muriate porté à un sixième de grain par pansement , ce qui fjut pour le dernier un tiers de grain par jour , étaient unis à un peu de saindoux et non pas à demi-gros; qu’on avait appliqué au second malade deux languettes épispastiques, et qu’on avait pansé les plaies qu’elles avaient produites avec une pommade composée d’un gros d’or divisé sur une once d’axonge , ce qui donne quatre grains d’or par demi-gros d’excipient, et par une autre préparée avec dix grains de muriate sur demionce d’axonge , ce qui fournit un grain et quart d’hydrochlorate par demi-gros de saindoux.
En parlant d’oxide d’or , je ne puis pas ne pas faire observer que c’est mal à propos que M. Orfila , dans le Die tionnaîre de médecine auquel il a coopéré , a annoncé que celte préparation était inusitée. Elle n’est pas employée aussi fréquemment que Thydrochlorate d^or, mais elle a les mêmes propriétés, et elle est préférable lorsqu’on a à traiter des sujets irritables et faciles à émouvoir. On n’a qu’à lire l’ouvrage de M. Niel , le mémoire du docteur Gozzi , et on y verra nombre de faits en faveur de l’oxide. Le médecin de Bologne rapporte avoir guéri, au moyen de l’oxide précipité par l’étain, auquel il a trouvé plus d’énergie qu’à celui par la potasse , ainsi que je l’avais annoncé , un malade
matin avec du muriate incorporé dans un peu d’axonge. Ce mode de traitement , analogue à celui de M. Niel, a été couronné d’un plein succès
SUH LliS PRÉPARATIONS D*OR.
alteint d’une paralysie du côlé droit, et d’une exostose au slernuin. Deux mois d’usage de celte préparation rendirent le mouvement aux parties qui l’avaient perdu , et dissipèrent une sciatique qui les en avait privées , mais l’exostose ne céda qu’au muriate. Il dit également avoir dissipé des exostoses sur le crâne par l’administration du même oxide employé en frictions sur les gencives, pendant deux mois. Un remède qui efFectue de pareilles cures doit-il être mis de côté ?
Ce que je dis en faveur de l’oxide par l’élain , je le dirai en faveur de celui par la potasse. Depuis la publication de mes préparations d’or, j’ai eu le bonheur de guérir par l’emploi de cet oxide plusieurs femmes atteintes, les unes d’engorgements au col de la matrice, les autres au corps même de cet organe, que les anciens appelaient squirrhes, et auxquelles plusieurs modernes donnent le nom de tumeurs par induration. On dénommera comme on voudra , ce que je dis est vrai , je ne puis pas me faire illusion. Jamais je n’ai fait d’exploration, j’en charge toujours une personne instruite qui n’a nul intérêt à se tromper ni à me jeter dans l’erreuTr J’ajouterai même que dans des cas de cette nature je préférerai l’oxide par la potasse à celui précipité par l’étain, et surtoulau muriate, quoique quelques praticiens l’aient administré avec le plus grand succès non seulement contre ces affections, mais même contre celles de l’ovaire. Un des faits les plus intéressants qui m’aient été communiqués en faveur du muriale , est celui que je tiens de M. le docteur Mabit , de Bordeaux.
«J’ai à votre disposition , me marque cet habile prati- »cien, en date du mois de janvier 1822 , plusieurs obser» o vations concluantes sur les bienfaits de vos préparations^
» d’or, et notamment celle d’nn squirrhe de l’ovaire caracté- ))risé , abandonné par MM, Dubois, Boyer, Petit, de Paris, ))et deux praticiens de Bordeaux. La malade a été guérie, »et reconnue telle par les memes hommes de l’art qui «avaient déclaré la nature du mal et son incurabilité, «après quatre mois d’usage du muriate triple poussé à ))la dose de vingt grains. C’est à vous que je dois un si rare » succès . »
Il est des praticiens d’une réputation européenne qui donnent la préférence à l’oxide sur le muriate dans les circonstances qui la motivent , et je citerai M. le professeur Beaumes , qui au moyen de cette préparation administrée pendant trois mois en frictions sur la langue , sans autre auxiliaire qu’un régime approprié , a délivré d’un engorgement scrophuleux très considérable au cou une demoiselle douée de beaucoup de sensibilité qui avait reçu sans en retirer aucun avantage les soins long-temps continuésde plusieurs habiles médecins de Paris.
Ce n’est pas le cas de rapporter ici toutes les observations qui prouvent l’efficacité de l’oxide, mais je ne puis pas rue défendre du désir de faire connaître celle que m’a communiquée un confrère d’Aix ( Bouches-du-Bhône ) , M. Arnault, homme du premier mérite : elle vient à l’appui de ce que j’ai avancé, que l’oxide uni h des substances gommeuses ne se décompose pas.
» M. D***, d’une constitution lymphatique, et pourtant «très irritable , avait passé les premières années de sa vie «sans éprouver aucun état maladif. A l’âge de sept ans , il »eut, à la suittî de la rougeole, un gonflement du tissu cel- «îulaire et des glandes du cou qui ne se dissipa qu’après » un long traitement. A quatorze ans, il fut atteint d’un y> rhumatisme aigu qui résista pendant deux mois aux moyens
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»qu’on lui opposa, et dont il eut encore une légère atteinte » un an après.
»Dans le mois de décembre 1820 , M. D*** , se livrant «aux amusements de son âge (il avait alors quinze ans) , »se pressa le testicule droit. Cet organe augmenta de vo- » lume et devint douloureux ; bientôt l’abdomen fut le siège » de douleurs vives , et une tumeur volumineuse ne tarda » pas h se développer dans la région hypogastrique. Cet état combattu par les antiphlogistiques: après deux mois »de traitement , les douleurs étant dissipées , mais le tes- ») licule et la tumeur du bas- ventre restant les mêmes , » ]\1. D*** crut que l’exercice du cheval lui serait salutaire: » l’équitalion réveilla les douleurs : la fièvre survint, et on neut de nouveau recours aux antiphlogistiques.»
» On aperçut alors un nouveau phénomène: il se maniwfesla une tumeur au pli de l’aine du côté droit, au devant »et sous le trajet du cordon spermatique. Ce fut à cette «époque que je vis, pour la première fois, le malade, dont »le domicile est à ejuinze lieues d’Aix, et que son père con- «duisit dans cette ville. Voici quel était son état:
» 1° Le lesiicule droit avait le volume d’un œuf de poule ; »il était dur, inégal et douloureux; le cordon était sain.
» 2° Une tumeur, semblable , par sa forme , son volume »et sa dureté , à celle que présente la vessie distendue par «l’urine , occupait la région hypogastrique.
» 5° On distinguait par la percussion la présence d’un «liquide dans l’abdomen.
4° Une tumeur formée par un fluide était placée au pli de «l’aine droite, au devant du cordon et des vaisseaux sper- «matiques. Elle paraissait et disparaissait avec une égale » promptitude , selon que le malade était debout ou couché;
«elle était évidemment formée par une partie de la sérosité
Li'iTTr.E A M. MAGÜNDUL,
» contenue dans l’abdomen , el qui s’échappait par l’anneau » inguinal.
«Les digestions étaient laborieuses , le pouls fréquent , «elle malade éprouvait de la douleur au bas-venlre lors- » qu’il marchait ou lorsqu’on exerçait une pression même » légère à l’hypogastre.
«Je prescrivis le repos absolu, les adoucissants , le ré- «gime végétal et les bains de nos eaux minérales, qui, de » toutes les eaux thermales , sont peut-être celles qui se » rapprochent le plus des bains domestiques simples. Le » prompt amendement que ces moyens produisirent rendit «inutile l’emploi des saignées locales. Au bout de quinze » jours , le pouls était naturel , et les douleurs furent entiè- «rement dissipées. Dans cet état, je pensai que les prépa- » rations d’or seraient employées avec avantage. M. Chres- » lien se trouvant à Aix , je lui présentai le malade , et il lut » décidé qu’on aurait recours à l’oxide d’or précipité par la » potasse.
«Je commençai par un douzième de grain de cette pré- » paration mise en pilule aumoyéo du mucilage de gomme «arabique, donné de deux jours l’un, en alternant avec «les bains. Le premier grain épuisé , le second ne fournit «qu’à dix pilules administrées dans le même ordre que les » premières. Après celles-ci, on n^en fit que huit de la même » dose d’oxide , dont le malade prit une chaque jour , usant «également du bain, qu’on n’alterna plus. Du quatrième «grain on ne fit que six pilules ; quatre seulement du cin- » quième , enfin on n’en forma que trois du sixième. A cette époque, les btiins furent abandonnés, mais l’oxide fut «continué à un tiers de grain pendant encore douze jours, «après lesquels M. D*** se trouva dans un état si satisfai- «sant que je ne poussai pas plus loin le traitement, qui a
SUR LRS PRÉPARAr^O^S d’oR.
» dure environ trois mois. Le succès le plus complet Ta coui)ronné, la tumeur du bas-ventre a entièrement disparu, »et avec elle répanchement , de même que la tumeur de » Taine. Le testicule est réduit à son volume ordinaire, et »son tissu est revenu à son état naturel. On a employé neuf «grains d’oxide. Aujourd’hui, 5i mars, six mois après le M traitement, M. D*** fait son cours de droit à Aix, et jouit » (Tune santé parfaite. »
Quoique ayant répondu à une assertion de M. Orflla , pareeque je la crois erronée, je suis très éloigné de lui attribuer la moindre intention de nuire à mes préparations d’or; je serais injuste en effet, puisque ce célèbre chimiste, en parlant de Tbydroclilorate de ce métal, a dit qu’il est regardé par quelques praticiens comme un très bon anlisyphilitique.