APOSTILLES
« Les membres de la Chambre des Députes pour le dépar- » teraent de la Dordogne, soussignés, verraient avec plaisir 3> cjue M. Faure, leur compatriote, obtînt la grâce qu’il solw licite de Son Excellence, comme une récompense de ses M travaux, de ses succès et de son désintéressement dans î> l’exercice de la médecine et de la chirurgie.
» Paris, le 23 août iSi^.
3) Signés, Chillaud-Larigaudie, le baron de Malet, 33 Maine de Biran, Mevnard. »
« La députation delà Haute- Vienne réunit ses sollicitations » à celles de ses collègues de la Dordogne , pour engager Son
» Excellence le Ministre de Tlnlérieur à faire accorder par « S. M. la décoration demandée à juste litre par le pétilionj) n-iire.
Nous avons Thonnear d’assurer Son Excellence que notre 3) entier département verra avec la plus grande satisfaction 3) qu il soit accordé une récompense aussi honorable, parce 3) que chacun se plaît à rappeler les services imporlans du 3) pélitionnaiie , son dévouement et son noble désintéresse- 3) ment dans un moment aussi pénible pour la Haute-Yienne, 33 que le passage dos prisonniers espagnols. '
3> Signés, Guinaud, Dumas, Soubrebeau. 3>
N. B, Je ne vis point l’apostille des Députés de la Corrèze.
Lettre du Ministre de B Intérieur a M. de 'M . .
ojficîer 'supérieur attaché a la première division du gouvernement de Paris.
Paris , le 4 septembre i8i6.
Monsieur, vous avez marqué de Tintérêt pour M. N. -J. Faure, médecin-oculiste de Paris, qui sollicite l’admission dans la Légion d honneur.
La durée de ses servi; es n’est pas nettement établie. La première demande, faite en iSi^? et qui portait en original des apostilles mises par trois députations , ne s’est p>as retrouvée. iVi. Maine de Biran pourrait, au défaut des autres , renouveler sa recommandation. Le dévouement d’un médecin qui se consacre à arrêter une épidémie , tout louable ([u’il est, n’est pas de ces services extraordinaires qui peuvent motiver une exception. I3n des traits de sa vie qui l’honore le plus , et dont je crois que vous avez connaissance, a été passé par lui sous silence. Enfin, il serait bon de joindre à son dossier un exemplaire du Mémoire qu’il a publié, et qui se rattache à quelques événemens politiques.
Ne connaissant pas l’adresse de M. Faure, je vous prie de
l’inviter h fortifier sa cause par un état de services circonstancié et justifié par pièces : en quelle année était-il médecin en chef de l’hôpital de Klosterberg à Magdehourg ? depuis quand rendait-il des services publics aux hôpitaux et aux armées, etc. ? Je vous engage aussi, Monsieur, à détailler tous les traits qui honorent la vie politique de votre protégé. Un témolgnage tel que le vôtre ne peut qu’ajouter infiniment de poids à sa demande.
Agréez, Monsieur, etc.
Pour Son Excellence, et par ordre :
Le secréiaire-général du ministère ,
Signé f Paulinier de Fontei^ille.
Réponse.
A Son Excellence le Ministre de ï Intérieur ,
Monseigneur ,
Lorsque j’eus l’honneur de présenter à V. Exc. un Mémoire pour obtenir la croix d’honneur, que deux députations avaient demandée avec instance pour mol , vous daignâtes me répondre que vous examineriez mes titres. J’avouerai qu’ils pourront paraître incomplets, si on les compte par les années. Mais pour être renfermées dans un moindre espace, les actions d’éclat ne perdent point de leur prix j j’ose donc réclamer de Y. Exc. ce prix long-temps attendu ,et qui fut promis à d’honorables sollicitations. Je me sens enhardi à cette demande, aujourd’hui qu’elle a pour garant auprès de vous un si respectable témoignage.
Dans ma première demande, je n’al voulu faire mention que de mon dévouement pour les prisonniers espagnols; c’est que le succès l’avait couronné. Lorsqu’on i8o4 j’osai, seul, à peine sorti de l’enfance , sans force et sans appui , attaquer au milieu de ses pompes impies le bourreau d’un grand Prince, que fis-je autre chose que lui révéler noire avilissement, et lui ap-
prendre qu’il n’y avait plus en France que des enfans qui sussent le braver? Ainsi, moins fier d’avoir tente que honteux d’avoir tenté en vain , j aurais voulu me cacher à moi-même que j’avais fourni au tyran une occasion de paraît le généreux, Le zèle que je prodiguai depuis à des prisonniers d’une nation étrangère avait an moins autant pour objet de relever ma nation à leurs yeux , que de rendre hommage à leur résistance : je ne voulais pas seulement honorer leur vertu, je voulais qu’ils pussent croire à la nôtre.
Dès ce moment je consacrai ma vie aux infortunés. En i8ii , comme je passais par Magdebourg pour me rendre en Russie, on m’offrit la place de médecin en chef de l’hôpital militaire de Klostei berg ; je l’acceptai dans l’espérance de faire quelque bien. J’ose dire que tout changea bientôt de face : les brigandages disparurent, les guérisons furent plus fréquentes, les convalescences moins équivoques et moins longues; ce n’est pas que j’eusse plus de talent qu’un autre, mais j’étais peut-être plus homme de bien. Je recueillais déjà le prix le plus doux de mon zèle , lorsqu’il plut à l’un des'plus zélés serviteurs de Bonaparte de trouver mauvais que je réparasse de mon côté une partie des maux que l’ambition faisait de l’autre. Cet homme n’avait pas oublié l’affaire du Champde-Mars; il parla de me faire fusiller. L’estime et la bienveillance des premières autorités me vengèrent de son injustice. Je prie V. Exc. de vouloir bien jeter un coup d’œil sur les certificats qu’elles m’accordèrent dans cette occasion ; ils sont joints à mon Mémoire ( ii®. note, page 66 ).
Il est d’autres certificats qui ne sont point imprimés dans ce Mémoire. J’eus l’honneur de vous en remettre une copie, dont je garantis l’exactitude; et j’offre de déposer les pièces originales dans vos bureaux , si vous me faites l’honneur de me les demander. Y. Exc. remarquera parmi ces nouveaux certificats celui qui m’a été délivré en dernier lieu paf le maire de Périgueux, ma ville natale. Ce magistrat donne à ma con^
du île cet éloge, que, quoique très-jeune à t époque de la révolution , je ne laissais pas de seconder mon père autant qiiil était en mon pouvoir. Ce peu de mois dit tout. S’il faut absolument, pour obtenir une distinction , présenter de longs services, je n’en connais pas d’une date plus reculée que ceux qui ont pour ainsi dire commencé avec ma vie.
M. Maine de Biran attestera à V. Exc. que la décoration que je sollicite m’avait été promise. Je m’estimerai heureux de ce retard , si c’est de vous que je dois l’obtenir.
Je suis avec un profond respect ,
Monseigneur ,
De Votre Excellence ,
Le très-humble et très-obéissant serviteur,
N. -J. Faure, docteur-médecin oculiste , rue Rameau , n®. i3.
Paris, le 27 octobre 1816.
Je soussigné membre de la Chambre des Députés et Maire de la ville de Périgueux, certifie que la famille de M. N.' J. Faure jouit dans cette ville de la considération qu’attirent la bonne conduite et les services rendus; que M. Faure père en a rendu un grand nombre dans les circonstances fâcheuses de notre révolution ; que M. N.-J. Faure fils , quoique bien jeune à cette époque, secondait son père autant qu’il était en lui , et qu’enfin ces deux messieurs ne cessent , dans la profession qu’ils exercent, de rendre tous ceux qui dépendent d eux avec un zèle et un désintéressement qui doit les rendre recommandables aux yeux de S. Exc. le Ministre de l’in— térieur.
Périgueux, le 4 septembre 1816.
Le marquis d’Abzac,
Le soussigné , ancien Procureur-général et Chevalier de Tordre royal de la Légion d’honneur, atteste, ainsi que M. le Maire de Périgueux, les faits rappelés par ce magistrat concernant MM. Faure père et fils, et ajoute que pendant le cours de la maladie espagnole qui affligea ce département en i8og , M. Faure fils manifesta, au péril meme de sa vie, un zèle et un dévouement qui sauvèrent un grand nombre de personnes atteintes de cette contagion , et qu’il rendit dans cette occasion particulière les plus signalés services à son pays et à l’humanité.
Périgueux, le i4 septembre 1816.
Le chevalier Latsxade.
Vu pour légalisation des signatures apposées au présent certificat, et pour attester la vérité de tous les faits qui y sont énoncés, et qui sont à notre connaissance.
A l’hôtel (le la mairie de Périgueux , le i5 septembre 1816.
De Laubresset, Adjoint du Maire,
Nous, Maire de la ville de Limoges, Chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis , certifions à qui il appar^ tiendra qu’il est à notre connaissance particulière qu’au commencement de l’année 1809 une maladie contagieuse régnait à Limoges. Elle y avait été portée par de nombreuses colonnes de prisonniers de guerre espagnols qui, renfermés dans des espaces trop resserrés, produisaient un air infect. M. Faure, docteur en médecine, fut nommé par l’autorité locale médecin de ces dépôts de prisonniers, où la mort exerçait ses ravages. Il accepta cette commission périlleuse avec courage , s’en acquitta avec zèle et désintéressement , et obtint tout le succès que ses talens avaient fait espérer. En foi de quoi le présent certificat a été délivré pour servir et valoir ce que de raison.
A Limoges, en rhôtel-de-vllle , le 18 septembre i8ib.
Aihanase de la Bastide.
Le Préfet du département de la Haute-Vienne , membre de la Légion d’honneur , certifie que M. Faure fils , docteur en médecine, venu à Limoges par autorisation du Préfet de la Dordogne , à la première nouvelle de la maladie contagieuse qui y régnait, n’a cessé de développer , dans le cours de cette maladie , le plus grand zèle comme le plus grand courage pour la combattre ; que son activité , ses soins , ses succès m’ont engagé à le placer à la têie de l’hopitai que j’ai créé pour les prisonniers espagnols atteints de cette maladie , et qu’il a pleinement justifié la confiance que j’ai placée en lui.
Limoges , le i5 avril i8og.
Signé , Texier-Olivier.
Le Préfet de la Haute - Vienne , à M. le Conseiller d'Etat, Comte de Vempire , chargé du premier arrondissement de la police générale,
Limoges , le i6 septembre 1809.
Monsieur LE Conseiller d’Etat,
Le sieur N.-J. Faure, docteur en médecine, qui fait le principal objet de votre lettre du 3i août dernier, demeure à Limoges , et y est en surveillance depuis le i5 février dernier , d’après lautorisation de M. le Préfet de la Dordogne. Les motifs qui l’y ont conduit , attestent le désir le plus louable et le plus ardent d’étendre ses connaissances médicales.
La maladie espagnole, qui a fait tant de ravages sur toute la ligne parcourue parles prisonniers de cette nation , avait cessé à Pérlgueux, où il avait eu le talent et le bonheur de sauver presque tous ses malades ; aussitôt , n’écoutant que son zèle , il sollicite de son Préfet l’autorisation de se rendre à Limoges , où cette maladie était dans toute sa force , et vole
où l’appellent son dévouement philantropique et l’amour de son art.
Les témoignages flatteurs dont 11 était muni me déterminèrent à l’accueillir avec bienveillance. J’ai eu tout lieu de in’en applaudir : les succès qui avaient récompensé son activité et son talent à Périgueux , l’attendaient également ici , et bientôt il s’est acquis une réputation distinguée ; réputation justifiée par les éloges qu’il vient de recevoir de la Faculté de Montpellier , sur un mémoire rédigé pour Indiquer la nature , les causes et le traitement de V espagnolette.
De puis cette époc[ue , il n’a pas quitté Limoges , .où une conduite sans reproches , un zèle Infallgab’e à visiter et soulager les malades de toutes les classes , et des cures innombrables et difficiles , lui concilient de plus en plus l’estime et la confiance.
Je crois que son intention est de se fixer en celle ville. Je vous avoue que je désire le conserver ici. La plupart de nos médecins sont très âgés ; et le jeune Faure , à l’activité de son âge , joint l’instruction et la sagesse de l’âge mûr.
Je ne désire pas moins cjueles liens de sa survedlance soient
brisés ; je puis attester qu’il en est digne. Sa faute , trèsgrave , il est vrai , a été l’effet de l’inflammalion d’une tête jeune et ardente , que quelques conseils perfides avalent échauffée , mais que la sagesse et la raison n’ont cessé de diriger depuis celte malheureuse époque. Les services qu’il a rendus et ne cesse de rendre à l’humanité souffrante , sa conduite régulière , et une expiation de six ans , semblent réclamer cette faveur. Je pense même que s. s progrès dans l’art médical y sont intéressés. Affranchi d’une chaîne qui pèse sur son ame noble et sensible , son talent prendrait un nouvel élan , lorsqu’il aurait recouvré toute la plénitude des droits politiques. Je soumets ces réflexions à votre bienveillance et à votre sagacité. L’intérêt et la justice me les ont dictées. J’ai l’honneur de vous renouveler l’assurance de ma respectueuse considération.
Signét Texier-Olivier.
Extrait du supplément à la Statistique de la
Haute-Eienne.
M. le Préfet, après avoir parlé de la fièvre contagieuse, continue :
« Nous n'abandonnerons pas cette matière sans faire men» tion du zèle courageux et éclairé de M. Faure, etc.
» On n’a su dans le temps ce qu’on devait le plus admirer, ou de la pénétration d’esprit, ou de l’active prudence, ou du courage extraordinaire de ce jeune médecin. Les départemens de la Dordogne et de la lïaute-Yienne lui doivent un double tribut d’éloges et de reconnaissance ; et nous nous faisons personnellement un plaisir de lui donner ici un éclatant témoignage de notre estime pour sa personne et pour son talent. »
( Foyez le rapport fait à la Société de ï Ecole de médecine de PuTis^ sur Bd. FaujCj par les medeems enooyes par le Goiivernemeni dans les déparicmens^ Bulletin delà Faculté de médecine, a/r 1810, w®. 3 , page 43. )
Cei tijàcats des premières autorités de ]\la^dehour^.
Je soussigné , Commissaire des guerres de la place de Magdebourg , certifie que M. Faure (N.- Jean), docteur en médecine de la faculté de Blontpelüer , a exercé les fonctions de premier médecin à l’hôpital de Klosterberg, en cette place, depuis le novembre 1811 jusqu’à la présente époque ; qu’il a donné dans cet établissement des preuves multipliées d’un zèle peu commun ; que les succès constans qu’il a obtenus m’ont souvent mis à même de faire aux autorités supérieures les rapports les plus satisfalsans sur lui; qu’il s’est acquis , durant son activité, l’attachement de ses malades , ainsi que l’estime de tous ceux cjui ont su apprécier sa conduite franche , loyale et désintéressée ; iju’enfin , par la détermination qu’il vient de prendre , de quitter le service
des hôpitaux militaires , il fait regretter un officier de santé difficile à remplacer.
Magdebourg , le i8 avril 1812.
Signé, Toucha RD.
Je partage sincèrement les sentimens de M. le Commissaire Touchard à l egard de M. Faure , et je regrette infiniment son éloignement de l’hôpital militaire , où , sous tous les rapports , il s’est montré de la manière la plus avantageuse.
Le Commissaire des guerres du département de VEïbe ,
Signé ^ KlevitZ.
Yu par nous , Comte de Schulenburg Emden , Préfet du département de l’Elbe , Chevalier de l’ordre de la Couronne de Westphalie . pour légalisation de la signature de M. le Commissaire des guerres Klevitz , en y ajoutant qu’il ne m’a été porté aucune plainte contre M. le médecin Faure , et que je regrette infiniment qu’il n’ait pu continuer son service, qu’il a toujours fait avec exactitude et loyauté.
Signé, Comte DE SCHÜLEÎtEURG.
Je ne puis rien ajouter aux témoignages donnés ci-dessus à M. le médecin Faure; ils sont justement mérités , et ils ont fait l’objet de plusieurs de mes lettres écrites à S. Exc. le Ministre directeur en faveur de ce médecin; et je regrette particulièrement qu’il n’ait pu continuer ses fonctions à l’hôpital qui lui était confié.
Le Commissaire-ordonnateur , Signé , Leborgî^e de Boigî^E.
Le Général de division, Gouverneur de Magdebourg, soussigné , atteste qu’il ne lui a été fait que des rapports avantageux sur les soins que M. le médecin Faure a pris de ses malades à l’hôpital militaire de cette place , et qu’il est parvenu à sa connaissance que les malades qui lui étaient confiés ont témoigné du regret de lui voir cesser ses fonctions.
Signé, Michaüd.