‹ Lettre à Monseigneur Baillargeon, évêque de Tloa sur la question des classiques et commentaire sur la lettre du Cardinal Patrizi [microforme]Chapitre 1 sur 14 · Lettre à Monseigneur Baillargeon, évêque de Tloa sur la question des classiques et commentaire sur la lettre du Cardinal Patrizi [microforme] · texte numérisé non relu

Lettre à Monseigneur Baillargeon, évêque de Tloa sur la question des classiques et commentaire sur la lettre du Cardinal Patrizi [microforme]

Veuillez permettre à celui à qui les journaux viennent d'apprendre que vous avez cru, dans votre sagesse, devoir l’attaquer et le stigmatiser jusqu'à un certain point, dans une circulaire au clergé de votre diocèse, de vous présenter humblement les explications qu’il croit nécessaires, et, ce qui plus est, une complète justification.

Je sais, Monseigneur, toute la distance qui me sépare de votre personne, si vénérable par ses cheveux blancs, ses éminentes vertus, par l’onction sainte qui fait les Princes de l'Eglise. 11 me serait doux d’abjurer l'erreur à vos pieds, si je m’en étais rendu coupable, quoiqu’involontairement, de m’avouer vaincu, si javais la conscience de ma défaite. Mais malheureusement je n'ai pas la conscience de cette défaite; je n'ai pas la conscience d’avoir erré, et ce qui m'empèche, aujourd'hui plus que jamais, d’avoir cette conscience, c'est tout justement le document, émanant de Rome, qui motive votre circulaire et que vous regardez, à bon droit, comme une pièce d'autorité.

D'ailleurs. ce que j'ai écrit, je l’ai écrit avec conviction, après de longues et sérieuses études. Je n'ai rien inventé, ni principes, ni faits. Les principes, je les ai puisés dans les Pères de l'Eglise, dans les conciles, dans l’éencyclique /nter multiplices, dans les écrits authentiques des plus illustres cardinaux, archevèques et évêques de la Ste. Eglise. Ces sources, Monseigneur, j'en ai l’intime conviction, vous les respectez autant que je les respecte moi-même. Quant aux fâits, les

uns étaient du domaine de l’histoire et de la critique, et il n’était au pouvoir de personne d'en anéantir l'existence ou la portée ; les autres sont contemporains ; ils viennent de se passer sous nos yeux, et j'ai pu dire avoir vu ce que chacun a vu.

D'après cela, Monseigneur, la Méthode Chrétienne ne peut donc être si répréhensible ; ce qui me confirme dans cette opinion, c’est que, bien que déroncée par vous au tribunal du St. Office, elle n’a recu aucune note flétrissante. J'aime à dire cela de suite, car tous ne savent peut-être pas que lorsqu'un livre est dénoncé au St. Office, on donne aux propositions mauvaises, s’il en contient, les notes ou qualifications qui leur conviennent.

Maintenant, Monseigneur, je ne chercherai pas à/ m’excuser devant vous d'entreprendre ma justification, en même temps que celle des autres partisans de la méthode chrétienne d'enseignement. Je n'ai besoin que de me rappeler les principes admis de tout temps dans l'Eglise, au sujet des écrivains catholiques, pour demeurer parfaitement en repos sur l'effet que doit produire ma défense à vos yeux si éclairés. C’est en effet un droit dans l'Eglise, comme dans le for civil, que l'accusé parle.toujours le dernier.

Ceci étant dit j'entrerai de suite en matière, ne disant rien que ce qu'il faut pour ma justification et celle de la cause que j'ai défendue.

La Méthode Chrétienne n’est pas injurieuse à l'autorité ecclésiastique. Vous reprochez d’abord à la Méthode Chrétienne, Monseigneur, d'être très-injurieuse à l’autorité ecclésiastique ainsi qu'aux maisons de haut enseignement.

J'ai pu, je l'avoue, émettre dans cette brochure des opinions qui ue sont pas les vôtres ; mais les opinions d’un évêque, si respectables qu'elles soient, ne lient personne, pas même ceux qui sont soumis à sa juridiction épiscopale. Et comment ses opinions pourraientelles lier quelqu'un, quand celles même du Souverain Pontife ne font aucunement loi. Remarquez, s’il vous plait, Monseigneur, que je dis opinions etnon pas décisions.

De plus, les évêques étant partagés d'avis sur la question des classiques, il m'aurait donc fallu, quoique je fisse, être inévitablement en révolte contre l'autorité ecclésiastique, puisque je ne pouyais me ranger d’un côté sans me trouver en opposition avec des évêques.

Ve de prél lesr

par naîtr Pie] idées mèm Mons peut prôdi J’a l'autc classi même paien doctri orthô encor « Où tif, :

« païe « Sém «du c «s'ils « de D « Se «qu'o « part « rablé «quai « dans J’ai «“N

« nous «qu'ils «n'est dt légit Plus vrai @ réfor

était au ée ; les Jus nos

ut donc nn, c’est elle n'a car tous ;, au St.

ient, les

’excuser nps que nement.

ut temps emeurer léfense à

comme

rien que que j'ai

ecclésiasseigneur, x maisons

aions qui spectables t soumis burraient- Pontife ne seigneur,

kstion des névitableue je ne ition avec

Vôyant qu'il y avait divergence d'opinions dans les rangs mêmes de l'épiscopat, au sujet des classiques, j'ai consulté les écrits des prélats'les plus distingués par leur savoir et leur piété; j'ai consulté les réponses venant de Rome, surtout celles qui ont été données

par lés’ cardinaux Altieri et Antonelli ; j'ai enfin cherché à connaître ce que pensait le premier des évêques, l'immortel et glorieux Pie IX, et, ces recherches et ces études terminées, j'ai émis dés idées de réforme dans l’enseignement qui sont fdentiqhemént les mémés que celles partagées par toutes ces hautes autorités. Celui, Monséigneur, dont les opinions reposent sur de telles garanties, ne peut certainement pas faire injure à l'autorité ecclésiastique en les produisant au grand jour.

J'ai dit, Monseigneur, qu'on’ peut, sans blesser aucunement l'autorité épiscopale, discuter spéculativement la question dese classiques, s’efforcer de faire prévaloir la méthode chrétienne, même dans le cas où l'autorité épiscopale ferait suivre la méthode païenne dans les établissements qui sont sous sa dépendance. Cette doctrine est celle d’un prélat très-instruit, très-distingué, très orthôdoxe, Mgr. de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, dont je citerai encore les remarquables paroles :

«Oui, ditil, aux évêques seuls, chacun dans leur diocèse respec- «tif, il appartient de déclarer dans quelle mesure les auteurs, soit «paîens, soit chrétiens, doivent être employés dans leurs petits «séminaires et dans les écoles secondaires confiées à la direction «du clergé diocésain, comme aussi il peut appartenir à eux seuls, «s'ils s'en réservent le soin exclusif, de déterminer les conditions « de pédagogie, de nourriture et d’ hy giène.

«Sensuivra-t-il pour cela, tout en respectant leur indépendance, «qu'on ne puisse soutenir, spéculativement au moins, que telly « part donnée aux auteurs païens dans l'éducation est trop considé- «rablé, telle part donnée aux auteurs chrétiens trop restreinte, « quand même ce serait précisément la part qu'ils auraient fixée « dans leur séminaires ou maisons ecclésiastiques ? »

J'ai encore écrit, Monseigneur, les paroles suivantes :

« Nous ne prétendons pas imposer nos volontés aux évêques ni «nous insurger contre eux, quelle que soit la ligne de conduite «qu'ils suivent. Discuter une question, comme nous faisons, ce «n’ést pas exercer un acte d'autorité : c’est uniquement faire un «légitime usage de notre liberté»

Plus j'examine et je réfléchis, plus je trouve que j'ai été dans le vrai en tenant ce langage. C’est à l'autorité épiscopale à opérer la réforme désirée et sollicitée, j'en conviens et je n’ai jamais dit le

contraire ; mais, parce que c'est là son droit, s'ensuit-il que c’est lui faire injure que de lui proposer cette réforme, de lui en faire envisager les avantages, de réfuter les objections qu'opposent les adversaires, et même de donner de sévères leçons à ces derniers, s'ils les méritent par une conduite peu loyale ?, Je ne crois pas, Monseigneur, qu'on puisse raisonnablement l’affirmer.

L'autorité et l'autorité seule a le droit de l'initiative quand il s’agit de l'action; je le soutiens et je blämerais celui qui prétendrait le contraire. Mais s'agit-il de provoquer cette action par des réclames ou un cri d'alarme, le plus humble des sujets de l'autorité a le droit de l'initiative, s’il se sent assez de force et de courage pour en user.

Les réformes les plus importantes, qui ont réjoui davantage le cœur de l'Eglise, n’ont-elles pas été presque toutes provoquées par de très humbles personnages, obscurs jusqu'alors ? Veuillez vous rappeler, Monseigneur, que dans les temps où tout fort d'Israël sentait son cœur défaillir en voyant le vaste torrent des désordres pénétrer jusqu'au fond du sanctuaire, la voix de quelque humble cénobite, la voix d'un Hildebrand, d’un Bernard, d’un Gaétan, et, tout récemment, d’un Dom Guéranger, a, dissipé le sommeil ou l'inertic des uns, encouragé la timide vertu des autres. Or, ces hommes qui, dans le commencement, furent accusés d’exciter des scandales et des divisions dans l'Eglise, de jeter la perturbation et l'incertitude dans les consciences, ont.à la fin okt2nu gain de cause. On a vu clairement que Dieu avait voulu se servir d'eux pour faire connaître le mal, afin que la suprème autorité vint à y apporter le remède.

J'ai nommé le célèbre abbé de Solesme, Dom Guéranger. A propos ue la question qui nous occupe, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler ici qu'il n'a cessé de travailler pour le rétablissement de la liturgie romaine en France, bien que cinquante-quatre évèques, c'est-à-dire la plus grande partie de l’épiscopat français, se fussent publiquement déclarés contre lui. Il a passé outre et n'a certainement pas manqué de respect à l'autorité ecclésiastique. Pourquoi donc, Monseigneur, s’il est permis de comparer les petites choses aux grandes, serais-je accusé d’avoir fait injure à cette autorité, moi qui n'ai fait que solliciter une réforme que préconisent tant d'hommes éminents dans l'Eglise et dans l'Etat ?

Ah! Monseigneur, si ma brochure a pu vous laisser croire que je ne respecte pas l’autorité ecclésiastique, veuillez me permettre de proclamer hautement aujourd'hui que je la respecte et que je l'aime cette autorité. Oui, je la respecte et je l'aime ; je la regarde comme la seule sauvegarde de ce qu'il y a de vraiment beau, de vraiment

» c'est faire nt les niers, s pas,

s'agit rait le lames > droit | user.

ige le es par , VOUS Israël ordres amble an, et, eil ou Ir, ces er des ion et cause.

r faire rter le

propos tile de

ques, ussent

bon et de vraiment durable. Je l'aime et je l'aime ardemment ; je voudruis la voir partout respectée, partout obéie. . Je voudrais voir. complètement en vigueur les saintscanonset les règles disciplinaires. du Concile de Trente; je voudrais que tous les: colléges et séminaires fussent constitués et organisés conformément à ce que veut. ce saint. Concile ; je voudrais que toutes lescommunautés religieuses, celles de filles surtout, eussent des constitutions et des règlements d'accord avec ce que prescrit le droit canonique, dont l’autorité, hélas ! s’efface beaucoup trop souvent devant celle de quelque personnage qui veut avant tout voir régner le simple bon sens ; je voudrais que Les règles de l’Index fussent regardées comme strictement obligatoires, puisqu'elles le sont réellement, qu’elles fussent en vigueur, surtout dans les Séminaires et Universités catholiques ; que là il ne fut plus permis de mettre des auteurs censurés entre les mains des élèves, d'enseigner, dans les chaires du Droit, des propositions condamnées par l'Eglise, de laisser les élèves de Médecine étudier dans des auteurs protestants ou dans des traités composés au point de vue du plus grossier matérialisme: Telssont mes vœux les plus ardents, Monseigneur, et j'ai la bien consolante certitude que je les forme en union de cœur avec vous.

LA MÉTHODE CHRÉTIENNE N’EST PAS INJURIÈUSE AUX MAISONS DE HAUT ENSEIGNEMENT,

Je me trouve encore en face d’une autre accusation. Vous me reprochez, Monséigneur, d’avoir injurié les maisons de haut enseignement: Cela me fait peine et d'autant plus que je ne saurais me reconnaître. ce tort. {

Depuis longtemps, en effet, je suis informé qu’à peu près toutes ces maisons ont fort bien accueilli ma brochure. Une d'elles, par l'organe de son supérieur, le très distingué et très savant M. le G. V. Raymond, en a parlé en des termes qui laissaient entendre tout autre chose. Ceci certainement n’eut pas eu lieu si ma brochure avait été injurieuse à ces maisons.

Je sais fort bien que la plus ancienne de cesmaisons s'est montrée d'assez mauvaise humeur à l'apparition de cette brochure ; mais enfin, de quoi a-t-elle tant à se plaindre ; elle qui a ouvertement:

de le ne dec RIRE Sie — + = - . = -

he idee

EE

persécuté et sur une grande échelle ? Je n'ai fait que la mettre en présence d’elle:même et de ses actes, 11 n’y a pas de ma faute assurément si elle n’a pas eu lieu de s’applaudir. Cette maison, Monseigneur, est le Séminaire de Québéc, votre séminaire diocésain. Il est un peu à déplorer qu'on cherche aujourd'hui à faire peser sur d’autres que sur lui ce qu’il y a eu d'odieux dans l'affaire des classiques.

JUSTIFICATION D'UNE PROPOSITION QUALIFIÉE DE RÉPRÉHENSIBLE ET DE HASARDÉE,

Avant d'aborder la question principale, vous me permettrer, Monseigneu., de répondre de suite à la dernière accusation que vous forzaulez contre moi en terminant votre circulaire. Vous dites : « Je ne puis toutefois finir cette lettre, sans vous recommander d’une « manière particulière d'éviter de donner votre approbation à des. « doctrines non seulement hasardées, mais encore tout à fait répré- « hensibles, comme la suivante entre plusieurs autres, qui se lit en « toutes lettres dans une des brochures dont j'ai parlé plus haut: « La première charité du chrétien, y est-il dit, c’est l'amour de la vérité. CRE UT Un chrétien quel qu'il soit, fut-il méme le dernier d’entre ses « frères, s'il est convaincu que l'intérét de la vérité et de la foi eœige qu'il «parle, il parleran

Ici, Monseigneur, vous avouerai-je toute ma pensée ? Plusieurs: passages de votre circulaire, celui surtout que je viens de citer, m'ont porté à croire, et j'ai accueilli cette pensée avec bonheur, qu’ils. étaient inspirés par d’autres que par vous-même. Il importe de me justifier ici, car je suis accusé par votre Grandeur d'émettre des doctrines que ne désavouerait pas un ministre protestant.

Je vous prierai de.remarquer, Monseigneur, qu'il ne pourrait en être ainsi qu'autant que la proposition que vous flétrissez serait. construite comme suit: Celui qui se croit convaincu de la vérité doit parler ; mais telle n’est pas ma proposition. Celui, ai-je dit, qui est convaincu que Pintérét de la vérité et de la foi exige qu'il parle, parlera. La première manière de dire pourrait-être assez du goût d’un ministre protestant, mais quant à la seconde, elle est franchement Catholique, je pense. En effet, dans cette proposition, telle

en ssufonain.

sur

des

trez, vous ites :

l'une \ des.

épréit en jaut :

érité.

; ses qu'il.

ieurs:

iter;, wils.

de é des

iten serait.

é doit ui est rle, id goût ichetelle

que je l'ai énoncée, et telle que vous la citez vous-mème, om suppose que celui qui parle a la vérité, Or, s'il a la vérité, il la tient de l'autorité suprême, il a droit de la proclamer par conséquent, et l’autorité qui lui dénie ce droit cesse par là mème d’être autorité à son égard.

Bossuet, Monseigneur, dans son panégyrique de Ste. Catherine, n'a réellement fait que commenter la proposition que vous me reprochez d'avoir émise. «Mes frères, ditil, que tout le monde prèche l'Evangile dans sa famille, parmi ses amis, dans les conversations et les compagnies ; que chacun emploie toutes ses lumières pour gagner les âmes que le monde engage ; pour faire régner sur la terre la sainte vérité de Dieu, que le monde tâche de bannir. Si l'erreur, si l’impiété, si tous les vices ont leurs défenseurs ; O Sainte Vérité, serez-vous abandonnée de ceux qui vous servent ? Quoi ?! Ceux.mèmes qui font profession d'être de vos amis, n’oseront-ils parler pour votre gloire ? Parlons, mes frères, parlons hautement pour une cause si juste.»

Bourdaloue ne pense pas autrement ; 11 a écrit 1 sermon pour le Disunche dans, l'octave de l’Ascension, sur le zèle pour la défense. des intérèts de Dieu, où il damne expressément, oui, Monseigneur, où il damne expressément mème les laïques qui ne font pas ce que nous avons essayé de faire, c’est-à-dire de proclamer la vérité.

Mais, Monseigneur, qu’estil besoin d’en dire si long pour me justifier d’avoir formulé la proposition que vous condamnez? Elle a été extraite textuellement et en entier d'un opuscule du R. P. Ramière, de la Compagnie de Jésus, intitulée : De l'Unité dans l'enseignement de la philosophie, et cet opuscule porte l'approbation du R. P. Becks, général de la Compagnie. A la page 30 de cet opuscule, vous pourrez lire, Monseigneur, cette proposition que vous avez trouvée si mal sonnante dans la Méthode Chrétienne.

Page 1