‹ Lettre à Monseigneur Baillargeon, évêque de Tloa sur la question des classiques et commentaire sur la lettre du Cardinal Patrizi [microforme]Chapitre 14 sur 14 · ROMA LOCUTA EST, CAUSA FINITA EST · texte numérisé non relu

ROMA LOCUTA EST, CAUSA FINITA EST

Oui, oui, Monseigneur, Rome a parlé et elle a défini la grande, l'importante question des classiques. Nous acceptons son jugement et nous nous y soumettons sans réserve. C’est d’ailleurs pour faire accepter ee jugement par tous ceux à qui est confiée l'éducation de la jeunesse que les partisans de la méthode chrétienne écrivent depuis deux ans, en s’imposant d'assez grands sacrifices, puisqu'on a voulu que la voie des journaux leur fut fermée.

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Puisse aujourd’hui la lettre du Cardinal Patrizi faire trouver dans l’encyclique Znter multiplices ce qu'on n’a pas encore voulu y voir : l’ordre bien formel d'introduire largement l'élément chrétien dans l’enseignement littéraire au moyen des auteurs chrétiens ; l’ordre de ne se servir que d'auteurs païens parfaitement expurgés, c'est-à-dire, qui ne renferment ni obscènité, ni quoique re soit de contraire à la morale de l'Evangile. Voilà ce que nous avons toujours voulu, ce après quoi nous soupirons si ardemment.

Les dangers si graves que fait naître l'étude des auteurs païe non expurgés, Rome les reconnaît encore comme nous, car autrement que signifieraient les précautions si sévères qu’elle exige en permettant l'usage de ces auteurs ?

Ainsi donc, la lettre du Cardinal Patrizi est un nouveau motif d'encouragement pour nous, puisqu'elle confirme pleinement tout ce qu'ont écrit en Canada et en France les zélés promoteurs de la réforme dans l’enseignement littéraire. Si les circonstances le demandent encore, nous serons en droit par conséquent d’élever la voix comme par le passé ; bien plus, ce sera pour nous un devoir, car que peut-on faire de plus utile, de plus agréable à Dieu et à sa Sainte Eglise, que proclamer ce qu’elle proclame, de déclarer interdit ce qu’elle interdit ?

Celui qui dit avec l’encyclique Inter multiplices et le Cardi Patrizi qu'il faut introduire des auteurs chrétiens dans l'enseigne ment des colléges, qu'il ne faut se servir que d'auteurs païens. expurgés, ne saurait faire injure à l'autorité. Loin de là, il prouve qu'il l'aime et la respecte, puisqu’il fait tous ses efforts pour engager ses frères à se conformer en tout aux vues de cette autorité mille fois bénie.

Encore une fois, Monseigneur, introduction des auteurs chrétiens dans l’enseignement des colléges, expurgation parfaite des auteurs païens : voilà ce que veut l'Eglise et ce que nous voulons avec elle : c’est là ce qui fait le fond, la partie essentielle de notre thèse. Par conséquent il est très-clair qu’on ne saurait nous fermer la bouche sur ce point, puisque nous ne sommes que l'écho de la suprème autorité. Quant aux détails d'application, nous somimes parfaitement libres de les discuter encore, et c’est le concile d'Amiens, dont les actes et décrets ont été révisés à Rome et reconnus exempis d'erreurs qui nous le dit : « Pour conserver, ditil, plus sûrement « Péquité (æquitatem) à l'égard des écrivains catholiques, il faut «avant tout prendre garde que la volonté de l'Eglise a toujours été « de laisser aux auteurs, qui n’enfreignent pas les règles relatives à « la doctrine, aux bonnes mœurs et au gouvernement ecclésiastique,

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«la jouissance d’une liberté convenable dans les controverses, « car l'obéissance catholique consiste dans une soumission légitime et non « dans une compression arbitraire des esprits. Il est nécessaire que « tout ce qui est sanctionné par l'autorité de l'Eglise reste à l'abri « de toute atteinte ; il est aussi équitable et utile, ces limites étant « posées, qu’il y ait des controverses dont l'effet, à la longue, est « d’exciter et de réaliser le développement de la science ecclésias- «tique. Plus il importe de maintenir avec fermeté, à l'époque où «nous sommes, les lois destinées à reprimer la licence, et plus il «est nécessaire d’user d’une grande modération à l'égard des écri- « vains recommandables, afin de leur assurer, conformément aux « règles de l'Eglise, une liberté et une sécurité raisonnables. Rien, en « effet, n’ébranle peut-être plus fortement dans les âmes l’obéissance « prescrite parle droit, que l'amour immodéré de la domination «exigeant l’obéissance, alors que le droit ne la commande pas»

Si cet extrait du concile d'Amiens a besoin de commentaire, nous le trouvons dans le fait suivant: M. l’abbé Gaume. l’auteur du Ver Rongeur était vicaire général du diocèse de Nevers. Ayant été disgracié par son évêque, justement à cause de ses opinions sur les classiques, le Cardinal Gousset, archévèque de Reims lui donna en 1854, c’est-à-dire un an après la publication de l'encyclique Inter Multiplices, des lettres de vicaire général. Pie IX l'ayant appris, daigna féliciter avec effusion (t4bi maxime de hac re gratulandum censuimus) l'illustre Cardinal du témoignage d'estime et de confiance accordé au prêtre éminent qui par ses nombreux ouvrages, avait si bien mérité de la religion. Par un bref du 19 Mai de la même année, Sa Sainteté nommait M. l'abbé Gaume, protonotaire apostolique, ad instar participantium.

Je terminerai ici, Monseigneur, et en terminant, je prierai Votre Grandeur de ne voir dans cette lettre que ce qu’elle renferme réellement : une simple justification, rendue nécessaire par les reproches et les accusations que vous avez cru devoir porter contre moi et contre ceux (qui ont partagé ma manière de voir, J'aurais été mille fois heureux, si j'avais pu me dispenser de la faire ; mais je ne le pouvais, car en la négligeant, je compromettais gravement la sainte et noble cause pour laquelle j'ai combattu et que Rome appuie de sa haute autorité.

Daignez, Monseisueur, agréer l'assurance du profond respect avec lequel je vous baist humblement les mains.

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