‹ Lettre à Monseigneur Baillargeon, évêque de Tloa sur la question des classiques et commentaire sur la lettre du Cardinal Patrizi [microforme]Chapitre 13 sur 14 · PROGRAMMES D'ÉTUDES · texte numérisé non relu

PROGRAMMES D'ÉTUDES

Je dirai maintenant quelques mots, Monseigneur, des progranmes d'études qui sont mentionnés dans votre circulaire, que je vois figurer dans les journaux et qui sont destinés à servir de points d'appui au système païen. Je pourrais me borner à dire ici, qu'à

ner

ue les,

de ant me ble

de sOit ’où me ble

pu ire

{, Si loit à la forous al ent en her AUX eu ssl en

n + Le

propos de méthode d'enseignement, Rome renvoie, non pas à co que fait telle ou telle Institution en particulier, mais à l’'encyclique Inter multiplices, et que, par conséquent, c’est elle seule qui doit nous servir de règle en pareille matière. En disant cela, j'aurais suffisamment répondu. La Chose est en effet évidente : Monséigheur. Comme vous aviez invoqué l'autorité de certaines Institutions, dans la lettre que vous adressiez au Saint-Office, il eût été tout naturel qu'on vous en dit un mot en vous donnant une réponse, si c'eût été la méthode en vigueur chez elles qui dût servir de règle. Loin de là cependant ; le Cardinal garde le plus parfait silence là-dessus, et il ne donne comme faisant autorité que ce que dit Pie IX de l’enseignement dans la célèbre encyclique.

Je puis néanmoins dire quelque chose de plus, si vous le désirez. Qu'à Rome, on suive dans plusieurs Institutions le système païen ; il n'y a là rien qui puisse nous étonner ; nous le savions depuis longtemps. Mais cela ne prouve absolument rien contre nous ; le Souverain Pontife laisse faire à Rome ce qu'il laisse faire ailleurs et pour les mêmes raisons. On n'ignore pas sans doute que c’est à Rome que le système païen a jeté les premières et les plus profondes racines ; que c’est là que la renaissance a fait naître le plus fol enthousiasme et produit l'engouement le plus funeste. Nous n'avons qu'à ouvrir l'Histoire du Concile de Trente par le P. Pallavicini pour voir quel jugement sévère il porte sur Léon X qui, dit-il, «se livra exclusivement aux recherches curieuses des études pro- « fanes, et fit du palais même de la religion le rendez-vous des « hommes familiers avec les fables grecques et les délices de la « poésie. Il mit beaucoup moins de zèle à y appeler ceux qui étaient «versés dans l’histoire de l'Eglise et dans la doctrine des Pères... « Il ne fit pas pour le progrès de l'érudition sacrée ce qu’il fit pour « l'avancement de la science profane. Il fallait qu'il portât la peine . « de cette double faute ; car s'il n’eût pas manqué d'hommes très- « versés dans l'érudition ecclésiastique, aidé de leurs écrits, il aurait « peut-être pu éteindre à leur naissance, les incendies de Luther. » Mais le branle était donné, et Léon X parlant comme chef de l'Eglise dans le Ve Concile de Latran, eut beau flétrir ce qu'il avait favorisé comme ami des lettres grecques et latines, on n'en con: tinua pas moins à vouer une admiration exclusive à tout ce qui venait des anciens Grecs et Romains.

Il n'est donc pas surprenant qu'à Rome, aujourd’hui, on procède avec beaucoup de lenteur et de ménagement quant à la réforme à opérer dans les études. ‘Là, commé partout ailleurs, et mème plus qu'ailleurs, la routine a fini par faire regarder le système païen

comme le seul propre à former des hommes vraiment instruits. Il faut que les idées se modifient peu-à-peu pour que le Saint Siège puisse en venir à changer l'ordre de choses actuellement existant. Il attend que la discussion ait préparé les esprits à accepter la réforme proposée, comme il a attendu dü’elle eùt déblayé le terrain en France pour ordonner le rétablissement de la liturgie romaine.

En outre, il y a encore ceci: le St. Sièbe qui a déjà été accusé tant de fois, surtout dans ces derniers temps, de mettre des entraves à la diffusion des lumières et de vouloir faire croupir le monde dans l'ignorance, est obligé, en attendant de meilleurs jours, de concéder quelque chose à l'esprit du temps. St. Charles Borommé ne suivit-il pas une ligne de conduite analogue quand, après avoir exclu les auteurs païens du programme d'études de son séminaire, il dut, par une prudente condescendance, tolérer qu'on les y introduisit ?

À Rome, les Jésuites suivent le système-païen ; oui, Monseigneur, c'est vrai ; on le savait déjà On‘sait de plus que ce sont eux qui font la plus forte opposition à l'introduction du système chrétien, de telle sorte que même les princes de l'Eglise sont obligés de compter avec cette opposition. Depuis longtemps le Cardinal Altieri, évêque d’Albano, aurait fait adopter le système chrétien dans son séminaire ; il n’a pu en venir à bout que tout dernièrement, vu les obstacles que lui ont suscités les Jésuites. Ils reconnaissent pourtant que le paganisme envahit le monde comme un torrent. Voici un fait qui le prouve. Pendant l'octave de l’Epiphanie de l’année 1862, dans la vaste église de St. André della valle, le P. Curci de la Compagnie de Jésus, l’un des principaux rédacteurs de a Civitta Catholiea, a prononcé, en présence du peuple romain qui l'entourait, huit discours qui ont pour titre et pour sujet: Le Paganisme ancien et moderne. Voici ce qu'on lit dans un de ces discours : « Oh! oui, il n’est que trop vrai, et quoiqu'il m'en coûte, je le dirai; « taire le mal n’est pas un moyen de le guérir. Le monde actuel, «et à l'heure qu'il est, plus peut-être qu'aucune autre partie du « monde, notre Italie, par l’affaiblissement de la foi et par la recru- « descence des mauvaises mœurs, commence évidemment à avoir «des pensées, des affections, des désirs peu différents de ceux des «païens. Ne croyez pas qu'il soit nécessaire pour cela d’adorer des «idoles: oh! non. Le Paganisme dans sa partie constitutive, ou «dans sa raison d'être n'implique autre chose que. le æaturalisme. «Or, si vous regardez la société et la famille; si. vous écoutez «les discours qui, s'échangent ;.:si vous lisez les livres et les « journaux quis’'impriment ; si vous considérez les tendances qui se

uits.

iège tant.

}4 la rain nine.

cusé aves onde , de nmé voir aire, es y

leur, qui tien, s de dinak étien ent, ssent rent. de urci e ia qui PagauTs :

rai; uel, b du crue voir des des ou sme.

utez les ise

«manifestent, en tout cela à peine trouverez-vous autre chose que la. « Nature, la Nature seule, la Nature toujours. Dans la société qui « professe les idées modernes, quelle branche de la littérature ou de « la philosophie, quelle partie des sciences économiques ou sociales, « quel traité d'histoire ou d'esthétique, quelle manifestation de la vie « publique ou privée conserve un bien qui la rattache à la Révélation ? « Que dis-je ? de toutes ces choses quelle est celle qui n’a pas fait un. « complet ou absolu divorce avec la Révélation elle-même ?»

L'orateur trace plus loin le tableau de ce qu’il voit à Rome ; il nous montre que là sont comme partout ailleurs les admirateurs. enthousiastes de l'antiquité païenne : «Juges esclaves du préjugé, «ditil, juges injustes de la grandeur chrétienne, ils n’y trouvent rien «qui les satisfasse.. Pour eux, le héros paien s ‘élève beaucoun «au-dessus de l'Evangile. Dans tous les fastes chrétiens, ils ne «savent découvrir aucun homme comparable au Bouffon d'Athènes, « comme Arnobe appelle Socrate ; ou au subjugué du roi de Bythinie; «comme la soldatesque licencieuse appelait Jules César, En un. « mot, si pour.ces malheureux,.le bienfait de la vocation des Gentils «à la foi est très-problématique, ils ne doivent pas faire grand-cas « du mystère de l'Epiphanie qui en rappelle le souvenir aux fidèles « pour exciter leur reconnaissance. » | . Le P. Curci, après avoir prononcé des paroles aussi remarquables, s'arrêta là ; il ne voulut pas rechercher les causes du mal, nien indiquer le remède. Or, en cette même année 1862, au moment. où presque tous les évêques catholiques étaient prov identielloment réunis à "ome pour la canonisation des martyrs Japonais, un des prélats les plus distingués de l'Italie leur présenta un Mémoire sur les moyens d'opposer une digue au paganisme revenant triomphant dans la société chrétienne, les moyens n'étaient autres que ceux qu'a suggérés Mgr. Gaume et que nous avons suggérés à son exemple, c'est-à-dire un enseignement plus chrétien. Le P. Curci avait eu vent de ce Mémoire. Ilse permit alors de dire publiquement que les moyens proposés pour arrêter les progrès du Paganisme moderne étaient absurdes. Le souverain Pontife fut informé de ces paroles peu flatteuses que le Révérend Père avait laissé échapper à l'adresse de la réforme chrétienne, et il jugea nécessaire de lui faire quelques réprimandes à ce sujet.

Cela fait voir qu’il ne faut pas accorder plus d'autorité qu'il ne faut à ce que font les Jésuites à Rome, relativement à la question de l'enseignement.

Mais il-est temps, Monseigneur, d'en arriver au Séminaire Pie, dont vous citez le programe d’études à la fin de votre circulaire.

Je vous avouerai franchement, Monseigneur, que je n'ai pu m'empècher de sourire en lisant ce programmo. J'ai été tout-à-fait à portée de connaître ce que c’est que le Séminaire Pie, et j'ai à vous donner sur cette institution des renseignements qui vous surprendront très-probablement.

Le séminaire Pie, fondé en 1853, ne peut pas avoir de programmés d'études classiques, puisqu'il n'a été établi que pour l'étude de la Philosophie, de la Théologie et du Droit. Voici en effet ce que dit Pie IX dans les lettres d’érection de ce Séminaire à l’article V, intitulé De studiorum rationc : « Juvenum pueritia instituto examine «dignoscetur. Studiorum curriculum in Seminario Pio a Philo- « sophià initium ducet. Hæ autem facultates erunt addiscendæ « juxtà methodum statuendam, scilicet universa Philosophia, Theo- «logia dogmatica et moralis, Divinorum Librorum et Sanctorumi « Patrum scientia, lingua hebraica, græca, historia ecclesiastica, « sacri ritus, itemque Jus Canonicum, Civile et Criminale, Vicariis « præsertim Generalibus vel maxime utile et necessariums»

Dans l'article VI, le Saint Père ajoute : « Cum in Semenario Pio « studiorum curriculum à Philosophiâ initium ducere debeat, Clerici «petitores specimen exhibere tenentur de humaniorum litterarum, « Rhetoricæ artis, et latinæ linguæ peritiâ, quam scripto experiantur « oportetn

Il est donc bien clair, Monseigneur, qu’on ne donne pas de cours classique au séminaire Pie, puisque ceux qui veulent y être admis, doivent prouver qu’ils ont fait ces cours.

Peut être que sous le nom de Séminaire Pie, on veut parler de l'Appollinaire. S'il en est ainsi, il n’y a de réglé par autorité pontificale comme l’attestent des lettres de Pie IX, en date du 3 octobre 1853, que les seuls cours de Philosophie, de Théologie et de Droit. Le Saint Père entre dans de longs détails à ce sujet; mais. il ne dit absolument rien des études classiques. ILdit: «Studiorum rationem «hisce Litteris præscribendam duximus, quæ ab alumnis cunt «Romani tum Pii Seminarii, aliisque omnibus qui scholas S&. « Apollinaris célebrant ibique Philosophiæ, Theologiæ, ac Juris « prudentiæ operam navant, erit accuratè servandæ Methodus « autem est, ut sequiturs» Suivént les détails relatifs à ces cours. Puis, pas un mot de ce que deivent être les études classiques.

Les Messieurs qui donnent des renseignement si précis sur ce qui se fait à Rome, feraient mieux, à mon avis, de prêter attention à'ce qui se fait dans leur propre maison : alors au moinsils pourraient donner des renseignements exacts, Je vois en effet figurer, Monseigneur, sur le programme d’études de votre séminaire diocésain, que

pu m'emut-à-fait à ‘ai à vous surpiren-

jgramimés tude de la ce que dit 'article V, o examine o a Philoddiscendæ hia, Theosanctorum clesiastica, le, Vicariis A.» | enario Pio eat, Clerici litterarum, >xperiantur

s de cours être admis,

is. il ne dit rationem

scholas &.

ac Juris Methodus ces cours.

pourraient er, Monseicésain, que

vous avez envoyé à Rome, un ou deux auteurs chrétiens dans chaque classe à peu près. Or, d’après ce que bon nombre de personnes, qui ont passé par cette instituton, me certifient, ces auteurs ne figurent là que comme objets de luxe, parcequ’il a pu arriver qu'on les ait fait traduire une fois dans l’espace d’un huit ou neuf ans. Il yen a même, m'assure-t-on, qui ont fait tout leurs cours classique à Québec, qui l'ont terminé tout dernièrement, et qui n’ont traduit d'auteurs chrétiens que l’Epitome. Pour dire les choses comme elles sont, les auteurs chrétiens, dans votre séminaire, Monseigneur, ne sont pas plus communs que les auteurs expurgés. A propos de ce programme, je crois qu’il est bon de remarquer que, quoiqu'il ait fait le voyage de Rome, il n’est pas plus autorisé à son retour qu’à son départ.

Un dernier mot à propos des programmes. Puisqu'’on tient tant à ce qui se fait à Rome en matière d'enseignement, on devrait au moins faire connaître les choses sous toutes leurs faces. Pourquoi n’invoque-ton que ce qui peut favoriser ses opinions et gardet-on le silence sur le reste ? Le séminaire de la Propagande, par exemple, jouit d’une certaine autorité, je pense. Et bien! sait-on quels sont dans ce séminaire les auteurs en usage dans le cours classique ? Absolument tous des auteurs chrétiens. On dira peutêtre que là, on n’a pour but que de former des prêtres et des missionnaires. J’en conviens. Mais n'est-ce pas là aussi le but principal que'se proposent les séminaires et colléges du Canada ? Pourquoi donc ne pas parler d’une Institution dont l'exemple serait d'autant meilleur à suivre qu’on poursuit le même but qu’elle ? Je ne m'explique que difficilement ces affections particulières qui font qu'on a toujours les regards fixés sur certains objets, et qu’on ne voit plus rien hors de là.

Page 1