VERSION
Amour, qui fait le charme de la vie (i), m'a inspiré le désir de raconter une histoire dont le sujet est aussi noble qu intéressant (2). Elle doit plaire aux cœurs sensibles qui voudront la connaître (i) 'y mais ce n'est pas aux méchants que de semblables récits peuvent cont'enir (4), et comme ils répugnent à les (5) entendre, ils ne sont pas mieux disposés à bien agir (6).
(i)Les voici par ordre et selon le n° du vers : 253. 283. 528. 672. 919. 934. 1198. 1569. 1985. 2191. 3274. 3382. ao36.
(1) Le poëte ne dit pas que l'amour fait le charme de la vie, mais que Tamoar est principalement le chemin qui conduit à la vie honnête, c'est-àdire k la politesse.
(9) Le mot intéressant n'est sans donte là que pour arrondir la période.
(3) Il y a dans le poème lire et oïr, deux actions dilTérentes et opposées qui ne peuvent être rendues par un seul et même verbe.
(4) Mauves est en contraste avec amoureus qui de son côté répond à ridée exprimée par les deux premiers vers. M. Crapelet s'en est-il aperçu?
(5) Les deux derniers vers ont un sens plus absolu.
(6) Je fais grftce de retraire, rendu par raconter ; de conte , rendu par histoire; de dire et compter, rendus par récit. 11 y a plus de 8,000 vers dans ce roman et M. Crapelet s'est attaché surtoutà les reproduire fidèlement
10 LETTRE A M. GRAPELET.
vrai , mais enfin elles sont admises (t) et les observations de M. Crapelet ne portent que sur des chicanes qu'il n'avoit pas le droit de me faire, même à titre de récrimination. Nous y reviendrons.
Le nombre des articles où les corrections sont contestées se trouve donc par le fait réduit à quinze. Or dans ce nombre il y en a six (2) que M. Crapelet repousse avec une fierté toute romaine, parce qu'il croit savoir tout ce que je ne sais pas. Nous verrons. Mais auparavant je vous demande la permission de citer fidèlement ses paroles ici et partout où il sera nécessaire de les citer. Il a tronqué les miennes pour me rendre ridicule , je ne veux pas imiter un pareil exemple , ni me venger de cette perfidie autrement qu'en reproduisant exactement les siennes.
« Il veut , à toute force (c'est M. Crapelet qui » parle), élider des syllabes qui ne comptent pas » dans la mesure , ou les compter quand elles doi- » vent disparoitre par la prononciation. » P. 3.
(i) Si M. Crapelet n'avoit pas voulu composer une brochure à tout prix, il auroit prudemment laissé de côté les articles dont les corrections lui paroissoient admissibles : car toutes les fois qu'il en reconnoît une , il prouve qu'il a eu tort de ne pas la signaler, et met ainsi lui-même à sa charge ce que j'avois voulu qu'on pût laisser à celle du Ms.
(2) Voici les n"' des vers auxquels ils se rapportent : 200. 701. 1092. 1866. 3877. 4216.
LETTRE A M. GRAPELET. 1T
M II ignore apparemment que la syllabe muette c » du mot dame ne compte pas dans la mesure.Cette » correction se trouve par centaines dans Terrata )i de M. Prompsault. » P. 6.
« U supprime le s du mot geulles, voulant un » moyen d'élision pour la syllabe le qui ne compte » pas dans la mesure, n P, ^,
« \S homme à la mesure (l'expression est polie) » supprime ces deux syllabes, parce qu'il ne sait » pas que le mot comme ne compte que pour une » syllabe dans ce vers, ainsi que le mot pooir, qu'il » faut prononcer /?ozr(i). Je marche de surprise en » surprise dans le relevé de tant de béi^ues , et je » n'en dirai pas la vingtième partie! » P. i5. C'est M. Crapelet qui fait cette réflexion.
(c Encore une fois, et cent fois de suite , je vous » dirai que \e muet de dite ne compte pas dans » la mesure, parce qu'il ne se prononce pas, à .f» raison de la place que ce mot occupe dans le ,^ij vers. » P. 17 (2). Yfio:) P.^8 inr^rnoi^i
;l t>iip -n\u?.a^ mo « iï (iDiljriu ;
(i) Non en vérité je ne savois pas que le verbe pooir à Tin fr nitiffûtun monosyllabe et dût se prononcer y»ofV. Lors(pie vous nous aurez montré cela parties preuves irrécusables, je vous dirai combien de corrections il faudra ajouter aux 2,000 de mon errata.
(2) Ceci n*est pas exact, et M. Crapelet auroit dû s'aperceoir lui-même que dans le vers mcinc qu'il cite
i.S LETTRE A M. CRÂPELET.
(( Plus j^avance dans ce fastidieux contrôle, plus » j'éprouve de dégoût pour la nullité des correc- » tions de M. Prompsault ; je regretterois le tenps » que je prends à les réfuter , si la cause de tous » les éditeurs ne me sembloit y être engagée. Ju- » gez, lecteur, s'il ne faut pas être aveugle, lorsque » le même exemple se représente tant de fois dans » un texte, pour ne pas s'apercevoir que la syllabe » muette au milieu du vers n'est pas comptée par » le poëte! Supprimez de, dit encore M. l'abbé, » et je dis encore au lecteur : Laissez de ; ne » prononcez pas Ve de chiere en scandant le » vers , et vous trouverez la mesure parfaite, » P. 19(1).
De tout ce que vous venez d'entendre on peut , si je ne me trompe^ conclure deux choses : M. Crapelet a cru d'abord que la prononciation des terminaisons féminines dans les vers étoit facultative , erreur singulière dont il seroit difficile d'indiquer la source ; réformant ses convictions sans nous dire pourquoi , il a cru ensuite que la terminaison
Quant ot dite ceste chançon cy
si la dernière syllabe de dite est prise pour le milieu du vers, la seconde parlie aura une syllabe de trop.
(i) Que dites-vous de celte dernière réflexion ? n'est-elle pas judicieuse? En vérité M. Crapelet est un homme rare.
LETTRE A M. CKAPELET. 19
féminine ne se perdoit qu'au milieu du vers, sentiment qu'il appuie au reste d'exemples parfaitement choisis (i).
La première de ces opinions est absurde , la seconde n'est pas vraie.
L'habitude où Ton a toujours été de ne pas compter la chute féminine dans la mesure des vers françois , avoit donné lieu de penser qu'on pouvoit en agir de même au premier hémistiche des vers à césure, c est-à-dire des vers de dix ou de douze syllabes.
Ces sortes de vers^ qu'on auroit pu appeler vers à césure féminine , étoient très communs ou pour mieux dire se rencontroient dans tous les poèmes alexandrins, à commencer par celui à'Jlixandres, Ils se sont conservés dans notre poésie jusqu'au commencement du xvi« siècle où l'harmonie, plus forte que les règles , ne les toléra bientôt plus (2).
Si M. Crapelet avoit pu se douter qu'il y avoit
(i)En voici un:
Si les erwoie par trestotcs ses marées.
Selon lui la dei-nière syllalje de envoie ne doit pas être prononcée, parce qu'elle est au milieu du vers.
(2) Gratian Dupont vouloit que cet usage fût conservé pour rendre la composition des vers plus facile.
dans sa collection un poëme tout entier (i), écrit d'après ce système, il se seroit évité la peine de chercher des exemples au loin , et il auroit vu en même temps que je n'avois pas l'habitude de corriger les hémistiches à chute féminine , d'où il auroit pu conclure que je procédois avec méthode et non pas au hasard.
Pour ce qui est des vers sans césure tels que ceux de huit syllabes et au-dessous , il n'a jamais été permis d'y souffrir des syllabes surnuméraires. M. Crapelet doit avoir dans sa bibliothèque les Poésies de Marie de France, le Roman de la Rose , le Roman du Renard , les Fabliaux de Barhazan; qu'il se donne la peine de les lire attentù>ement, qu'il consulte, s'il le veut, cette longue série de poèmes manuscrits en vers de six ou de huit syllabes, et qu'il nous montre des syllabes surnuméraires qui ne doivent pas être attribuées à l'ignorance ou à la négligence du copiste (2), s'il tient à honneur de prouver que je ne suis pas en droit de lui renvoyer une partie des choses honnêtes qu'il a bien voulu m'adresser.
( 1) Le combat des trente Bretons contre trente Angloîs.
(2) Les syllabes surnuméraires se rencontrent abondamment dans les poésies imprimées de Coquillart et dans celles de Guillaume Guiart. Mais dans Tun comme dans l'autre de ces recueils, elles appartiennent évidemment à ceux qui les ont copiés.
En attendant, nous croyons devoir maintenir nos corrections ; ce qui réduit la volumineuse imposture , dont M. Crapeletnousmenaçoit , aux neuf articles que nous allons discuter.
1°. V. 6i^.(( Il y a dans le ms. que (avec abré- » viation), et non que en. » Je persiste à dire qu'il y a que en dans le ms, ; parce que c'est ainsi que Tabréviation doit être lue. En supposant que le copiste auroit voulu écrire quen , il n'en faudroit pas moins lire que en pour retrouver la mesure du vers ; ainsi notre correction demeure.
2°. V. 619. « Il y a dans le ms. consail, qui rime » suffisamment avec le mot merveil du vers précé- » dent.»
Il ne s'agit pas de savoir ce qu'il y a dans le ms. Je dis que cette rime est peut-être la seule de ce genre dans un poème de plus de 8,000 vers. Le poëte, ou, pour parler plus exactement, le copiste n'étoit donc pas de ceux qui confondoient l'a et \e dans la prononciation.
D'un autre côté , consail est une dérivation vicieuse de consilium , et se trouve ailleurs convenablement orthographié. Que faut-il de plus pour donner lieu de croire qu'il y a ici une faute de copiste?
5°. V. 1 165. «M. \ ^\hédi -s ov\\x faire parade d'un » savoir qu'Une sait pas (i), et placer son mesire
( I )Expressioii pillorcsquc. M.Crapelet ay.nnl voulu, p. G, cor-
2â LETTRE A M. CRAPELET.
» dans le vers, ce qui lui fait supprimer, pour la me- » sure (car il est très fort sur la mesure M.rabbé),(i) )) l'article de devant le nom Losengnon , contraire" » ment au ttz^. , contrairement à la qualité du per- » sonnage dont il est question dans le poëme , cony) trairement au soin de l'auteur de ne pas omettre le » de qualificatif devant les surnoms des chevaliers. » C'est ainsi que M. Prompsault a altéré et dénaturé » tant de vers ('2) dans ses prétendues corrections. » Ce qu'il ne sait apparemment pas , c'est que mes )) signilioit seul mesire , sans qu'il fût nécessaire » d'écrire ou de prononcer le mot entier. »
En voilà-t-il de l'érudition ! Ce que je sais moi, c'est que le poëte écrit habituellement mesire et non pas mes.
C'est qu'alors le nom du Ueu étoit un qualificatif
riger une expression dont il ne sentoit pas la valeur, je me crois obligé, pour ne pas être en demeure de procédés vis-à-vis de lui, de signaler au lecteur comme phrases modèles, celle-ci, celle qiii compose la première note de TAvertiss., p. i; la seconde de la p. II, et l'article entier que je citerai littéralement avant de finir ma lettre.
(i) Preuve de plus qu'il y a compensation en tout, dans cemonde. — Communiquer à M. Azaïs.
(2) Puisque j'ai dénaturé tant de vers, M. Crapelet n'auroit- ,*l pas dû, dans l'intérêt de ses publications, augmenter le nombre
de ces impostures ?
auquel on attachoit moins d'importance que M. Crapelet ne paroît le croire (i).
C'est que Fauteur n a pas toujours eu le soin de mettre le de entre le nom propre et le nom qualificatif; car on lit au vers 1042 :
Dame Fayel : alon m*ent,
M. Crapelet aura lu ce vers, je présume; il connoît sans doute aussi le Combat des Trente^ où le poète se dispense assez souvent de mettre le de , quand il seroit de trop dans la mesure, quoiqu'il ait comme M. Crapelet l'habitude de ne pas se montrer extrêmement ybrf sur cet article.
D après cela , le vers étant défectueux , et M. Crapelet ayant dans ses préoccupations doctorales oublié
(i) Sans en chercher les preuves bien loin, M. Crapelet auroil pu lire dans son roman :
Ne à Gautier t ne à Renaut. V. 1 349»
Voilà deux personnages de qualité assez bourgeoisement désignés. Et plus bas : ^
Ou cilz de Chaufegni ^\so\\, V. ao47.
Celui de Chauvigni pour le sire de Chauvigni î ce n%.st pas tenir scnipuleusemcnln la qualification de ses héros.
de nous proposer une lecture correcte, il faut maintenir la mienne jusqu'à nouvel ordre.
4«.V. i465. (f Prenez garde, M. l'abbé, vous » avez déjà fait bien des faux pas dans votre car- » riére littéraire (i), sans compter celui-ci. Vous » avez besoin de lumière; prenez du Cange aux mots » pennones, pannus et passas , et vous marcherez » un peu plus droit, s'il vous est possible. »
Que c'est agréablement tourné ! Je n'ai pas l'habitude , comme M. Crapelet , dont le savoir est si étendu , de puiser mes réflexions dans du Cange. Au reste du Cange ne peut pas avoir enseigné que pennones , pannus et passus fussent trois mots synonymes. Il s'agit dans le vers reformé d'une joute. Il y en a voit une en effet qui se nommoit pas d'armes ou pas , dans laquelle il paroît que le soutenant simuloit la défense d'un passage que X assaillant vouloit forcer. Il faut donc conserver ma correction et laisser les bannières, les pannes , les pennons et les pennonceaux pour le compte de M. Crapelet qui en a fait la découverte.
4". V. 1475. « La virgule qu'il ajoute, fait assez » voir qu'il n'entend pas le sens du vers. »
En effet je ne l'ai pas entendu. Voici le passage en entier tel que le donne M. Crapelet :
(1) Ma carrière littéraire ne date que de i832, époque où j'ai publié Villon. M. Crapelet m'auroit obligé s'il avoit bien voulu signaler les faux pas que j'ai faits.
De ce ÉDmient s*aastissoient (i)
De lendemain tel chose ftiire
Vorroient qu'après bien retraire
Pora on puis en festoiier;
Et puis quant fit poins de couchier,
A Fèrc refont grande joie ,. jà
Que je ne quic que mais nulz voie ^
Nulle feste mins ordence,
Ne si noblement démenée. niètn
Il est bien permis de broncher quand on marche, même avec précaution , dans un pareil casse-cou.
Cette phrase si extraordinaire est ainsi rendue dans la yersion Jidèle de M. Crapelet :
(( Ces éloges excitent l'émulation de ceux qui ne » se sont pas encore mesurés dans le tournoi^ et » ils se promettent bien de fournir le lendemain M le même sujet de fête et de satisfaction (2). La M joie n*est pas moins grande à la Fère, où a été dis- » posée une fête magnifique et parfaitement ordon- » née. »
Une lecture moins confiante nous auroit laissé apercevoir une lacune entre le vers 1472 et le
(1) Ceux qui étoient à Venducl.
(2) Il est bien prouvé par le peu de rapport qu'il y a entre la version et l'orthographe du texte, ici et ailleurs, que l'un et l'autre ne sont pas le travail de la même personne. Cette réflexion que nous avons eu souvent occasion de faire, nous avoit donné lieu de penser que M. Crapelet n'étoitque l'éditeur responsable des publications qui composent la Collection des monuments anciens de l'histoire et de la langue francoise.
vers 1473 qui n'ont ensemble rien de commun. L'un appartient au paragraphe où il est rendu compte de ce qui se passe à J^enduel, et commence une phrase dont le reste a été omis. L'autre doit être le premier d^un paragraphe tout nouveau où il est rendu compte, en termes différents, mais dans le même ordre, de ce qui se passoit en même temps à La Fére.
Ce n'est donc pas le mot refont qu'il convient de corriger, c'est la ponctuation et la distribution de ces vers compris mal à propos dans une seule et même phrase par l'éditeur.
6^ V. 2ii5. (( Il n'est pas plus question de valet » que de trompette blessé à la jambe.... Comment » peut-on se permettre d'énoncer si hardiment une » interprétation dénuée de la plus légère apparence » de sens et de vérité ? Il faut être M. Prompsault » pour offrir aux lecteurs dépareilles inventions.»
Calmez-vous, M. Crapelet: tout en ira mieux. Le mot val ou valet avoit alors une signification un peu différente de celle qu'il a aujourd'hui. Il étoit synonyme de bachelier , de jeune seigneur, de seigneur sous la dépendance d'un autre , de cadet de famille. Le petit Jehan de Saintré, p. 2, c. 1 ; les Fabliaux de Barbazan, édit. de Méon, t. 5, p. 59 ; le Trésor des chartes, ordonnance de Philippe-le- Bel , décembre 1 507, vous fourniront «\ ce sujet
LETTRE A M. GRAPELET. 27
quelques-uns des renseignements que vous pourriez désirer.
y**. V. 5o66. a Manois veut dire à Vinstant, de » même que desmanois.»
Je le sais. Cela n'empêche pas qu'il ne faille lire ou (les-manoisy ou mieux encore desmanois, ainsi que vous le faites ordinairement,
8*. V. 558g. « Éditeur /é/èZe avant tout, je me » garderai bien de changer une rime que donne » un manuscrit unique , quand je connois les li- » hertés que prenoient , à cet égard , nos trouvè- » res^ quand je sais que cette façon de rimer est » usitée dans leurs poëmes, et qu'elle est de celles » que Ton range parmi les assonances féminines, » telles que ces deux vers du Roman d'Ogier le » Danois :
Il fist escrire el ses briès et ses chartes. Si les envoie partrestotes ses marées.
M Voilà ce que ne sa voit assurément ^às M. Promp- » sault aidant de Va^^oir lu ici. »
Le verbe sembacte qui rime ici avec le verbe sache , rime plus bas avec le même mot , et là au lieu A'embacte il y a embache , ce qui m'a donné lieu de dire non pas qu'il falloit lire embache, mais que « la rime demanderoit cette lecture, con- » formément aux vers 6o34 et 6o55. »
La rime par r^^^nnnnr^ or, »-'ipr»r>fr'^ fnAR rovo
28 LETTRE A M. GRAPELET.
ment dans les poètes qui mëritoient alors quelque considération. On l'appeloit rime rurale ou rime de goret , ou rime de boute-chouque.
Voici comment en parlent nos plus anciennes poétiques : « De rigme en goret et plusieurs autres » menues tailles ne font les rhétoriciens quelque » estime, pour ce qu'elles sont vicieuses et condem.- » nables. Mais qui voult practiquer la science » choisisse plaisans équivoques, termes léonismes , » et laisse les hergières des champs user de leur » rhétorique rurale. » ( Croy.)
i( Une autre fort basse rithme , que l'on appelle » rithme de goret ou de boutechouque , qui garde » mesure en syllabes , mais en la rithme a peu ou » point de convenance , laquelle n'est approuvée » que entre ruraulx et ignorons qui en font les » dicts pour aller à la moustarde. » (F abri ^
9". V. 6492. « Il prétend qu'on lit ce vers 6492 » comme suit dans le ms, :
Et si me nioustrés grant amour.
» Mais son inconcevable étourderie , aussi inexcu- >i sable ici qu'un mensonge , saute aux yeux. »
M. Crapelet ! et les Chansons du Châtelain de Coucy , et vos Dictons ! Ne crions pas si fort , on pourroit nous entendre. Vous déclarez que ce vers n'est pas dans le manuscrit. Je vous crois sur
parole ; mais ce vers est imparfait. Après avoir écrit d'avance dans mes notes sa correction présumée (i), il me sera arrivé de le confondre avec l suivant en faisant la vérification sur le manuscrit. C'est une confusion dont je me reconnois coupable. Mais cela empêchera-t-il qu'il ne manque un pied au vers du poème ?
Moult me moustrés grant amour.
Cela vous excusera-t-il de ne pas en avoir fait la remarque vous-même?
Ici se termine la longue série des méfaits littéraires qui resteront à ma charge , comme on le présume bien. Passons aux méfaits typographiques (2) : ceux-là devroient rester, du moins en partie , à la charge de l'imprimeur. M. Crapelet ne le
(1) M. Crapelet s'est imagine que j'avois malicieusement pris «es publications Tune après l'autre et que jejm'étois donné la peine de les coUationner vers pour vers avec leurs Ms. Ce tra. vail, j'aurois pu le faire. Il en seroit résulté un bien plus grand nombre de rectifications, et de celles précisément dont le blâme auroit pesé directement sur l'éditeur, ainsi que le prouvent mes notes sur les Dictons; mais je ne Tai pas fait, et cela pour deux raisons: la première, parce quejen'avois pas le dessein de prendre M. Crapelet à partie; la seconde, parce que mes occupations ne me le permettoient pas. J'ai donc lu dans mon cabinet chacun de» ouvrages de sa Collection, et c'est là que j'ai recueilli mes notes, lesquelles j'ai collationnées ensuite avec les Ms.
(2)ViUonie, p. 2.
veut pas. Je lui dirois que j'ai pu , à tort ou à raison , me dispenser de reproduire une orthographe que je croyois défectueuse et dont je ne voulois pas m'occuper; que les vers où se trouvent les mots dont j'ai indiqué la correction comme nécessaire, n'ont rien de commun avec mes corrections ellesmêmes ; qu'il change volontairement et sciemment le terrain , afin de me mettre sous un feu que je ne suis pas obligé de subir ; que d'ailleurs plusieurs de ces prétendues altérations ne sont autre chose que des corrections dont il ne s'est pas aperçu (i), M. Crapelet ne voudroit pas m'écouter. Pour en avoir plus tôt fini avec lui, j'accepte ses conditions telles qu'il me les offre; si elles sont dures, tant pis pour lui. Parlez , M. Crapelet.
« Ceci est un exemple de la plus notable incurie » qui se soit jamais rencontrée dans un livre , ou » de la plus insigne mam^aise foi de son auteur, » Qu'il vous plaise, outrecuidant et malencontreux » éditeur, d'altérer, changer, dénaturer, falsifier » même le texte d'un manuscrit (2) , à vous la » peine, à vous le blâme ! Mais le texte imprimé, que » vous rapportez pour l'amender, seroit-il aussi infor- >) me qu'il soit possible de l'imaginer, doit être sacré
(1) Entr'autres celles de manière , p. 2.; de empéechic, p. 4; de mèsy p. 8, etc.
(2) Je me suis permis de souligner les mots sur lesquels je voulois que rattention du lecteur se portât de préférence.
. LETTRE A M. CR APELET. Si
» pour vous , pour tous ; et en le reproduisant pour >; l'accusation, vous n'avez pas le droit d'y changer » une seule lettre , une seule ponctuation , un seul » accent; caries accents ont de la valeur lorsqu'on » les applique aux mots du vieux François , et vous » vous en êtes fait plusieurs fois une arme contre » mon texte , selon votre besoin !
» Quoique je sois plus disposé que personne peut- » être à faire une large part d'indulgence aux fautes » typographiques , il m'est impossible d'attribuer à » l'imprimeur, dans cette circonstance, les fautes » nombreuses qui se trouvent dans les vers rapportés I) par l'abbé Prompsault. C'est dans une impression M de cette nature que toute la responsabilité typogra- M phique pèse sur l'éditeur, qui doit avoir sous les » yeux le texte qu'il cite^ le suivre lettre à lettre, aBn » de donner à ses citations la correction la plus ri- » goureuse. Eh ! quel degré de confiance accordera' » tron jamais aux publications futures de M, V abbé, » reconnu incapable ( si ce n'est que de Vincapa- » cité^ de lire et corriger une épreuve , même d'aw prés un texte imprimé ? »
Quelle sévérité, M. Crapelet î Mais peu importe ; j'ai promis d'accepter vos conditions , je ne reculerai pas. Veuillez bien m'écouter à présent.
Sur cent -soixante-quatorze vers qui sont cités dans mon errata , vous signalez trente-sept incorrections dont quatorze ont dû vous paroître des
fautes d'impression, neuf accents omis ou déplacés, six virgules, autant de majuscules, une cédille et un trait d'union. C'est environ une incorrection sur cinq vers. Je conviens que c'est beaucoup, mais enfin je ne m'attendois pas à cette guerre ; ma profession n'est pas celle à' imprimeur, et les presses dont on s'est servi ne pouvoient pas être indéfiniment à ma disposition.
Vous , Monsieur, vous avez cité de mon Errata ou de mon Discours trente-trois vers , cinq lignes et un certain nombre de notes très courtes représentées par vingt -neuf lignes, soit, en tout, soixante-sept lignes sur lesquelles j'ai rencontré une faute de ponctuation et vingt - quatre mots entiers infidèlement reproduits (i) ; or, d'après votre méthode , ces vingt-quatre mots forment un total de quatre-vingt-quinze incorrections , sans parler des fautes typographiques qui sont en dehors de vos citations (2).
(1) Envoie! le relevé: Geoffroi, p. 8. Heaumes, p. 10. Suy, p. 18. S'embate, p. 20. Sires s*en, p. 21. Li sires revint, p. ai. Revint li sires en sa maison, p. 22. Mille, ib. Des intentions de Téditeur du roman du châtelain de Coucy, p. 23.
(2) Je préviens qu'il en est des fautes suivantes comme des incorrections dont se compose mon errata. Je ne les ai point cherchées ; elles se sont présentées d'elles-mêmes, ce qui donne lieu de présumer qu'une attention plus sévère pourroit en signaler d'autres. Avertissement, p. 1. « p. ^9 de son édition «lisez : 349; ib.j p. 4- " T)]i/ils et du saint esnerit. » L'«;p7 • ^'^- ■
Ainsi, monsieur, le rapport entre vous et mon imprimeur est de 2 à 7(1), à peu de chose prés; entre nous deux, il reste le même qu'il étoit auparavant; c'est dire que vous possédez, sur la langue des trouvères, sur leur poésie et sur la littérature du moyenâge, des connoissances bien différentes de celles que j'ai péniblement acquises, cependant je n'en suis pas jaloux.
Il ne m'est pas possible de terminer cette lettre , quelque longue qu'elle soit, sans vous remercier de l'attention obligeante que vous avez eue d'annoncer mon édition des œuvres de Villon. ,>
Elle est, je le sais fort bien, précédée d'un long mémoire et surchargée de notes et de variantes , choses qui ne doivent pas être de votre goût. Vous avez lu tout cela! quelle complaisance! N'avez- vous pas trouvé que je vous avois fait par avance la parlie extrêmement belle? Pourquoi ne l'avez-vous pas
Villonie, p. 12, « brochure de i5o pages. » Lisez: i55; p. 19. M ^t\e fidèle Prompsault r.ipporte, etc.»M.Crapeletseul peut nous donner la correction de cette phrase que ses garçons d'imprimerie ont rendue plus malhonnête que les autres.
(l) M. Crapelet est tout à la fois imprimeur et paléographe. Il y a huit ou dix ans qu'il imprime des ouvrages de celte nature, tandis que le mien est le premier, je crois , qui soit sorti des presses deM.Moquet.il n'y a à proprement parler que cinq ou six fautes typographiques qui résisteraient à une discussion sérieuse, même en adoptant les principes si sévères de M. Crapelet.
acceptée? Vous vous raviserez peut-être. En ce cas ayez soin, je vous prie, i" de ne pas me confondre avec mon imprimeur, car il me paroît que ma responsabilité finit là où la sienne commence ; 2° de ne pas m'attribuer plus d'honneur que je n'en mérite (i); 5° de choisir vos armes (2) avec plus de discernement que vous ne l'avez fait, et de bien mesu-
(1) Il ne me souvient pas d'avoir jamais expliqué le jargon de Villon. Si j'ai allongé ou raccourci des vers, c'est en corrigeant le texte de Marot par celui des manuscrits dont il n'avoit pas soupçonné Texistence. ( F'oyez œuv. de Villon, p. 58 et p. 349.)
(2) M. Crapelet, toujours malheureux dans le choix de ses récriminations, cite les vers suivants de mon édition de Villon :
Au nom du père,
Du fils et du saint-esperit,
Et de la glorieuse mère
Par qui, grâce, riens ne périt.
J'ai commenté ainsi le dernier de ces vers : «< Qui ne permet » pas, ce dont nous devons la remercier, que le pécheur pé- » risse. » 1\ appeWe cela une interprétation lourde et inexacte, et il lui substitue celle-ci : Par la grâce de laquelle nul ne périt.
M. Crapelet a sans doute oublié son catéchisme, et il pense que Villon, escollier de la Sorbonne, ne se le rappeloit pas mieux que lui. Marie n'est ni la source, ni la dispensatrice de la grâce. Penser et dire le contraire est une hérésie, ou en d'autres termes, une absurdité en matière de religion. Si je voulois traduire littéralement le vers que j'ai paraphrasé, je dirois: « Par qui, heu- » reusement, rien ne périt. » Soit ironie, soit piété, ce vers exprime la croyance du siècle et celle de la religion.
rer vos coups : à ces conditions je serai toujours là pour vous répondre.
J*ai l'honneur d'être,
Monsieur ,
Votre serviteur très-humble et très-respectueux,
L'abbé J.-H.-R. PROMPSAULT.
Paris, le 5 septembre i835 (i ).
(i) Je n'ai connu la f^Ulonie littéraire de M. Grapelet que le 35 du mois d'août. Mes occupations ne m'ont pas laissé la liberté de lui répondre avant le 3 septembre.
stn