ET DE LA DAME DE FAYEL
Outre un grand nombre d'inexactitudes qui nuisent au sens ou à la quantité, nous avons remarqué qu'il manquoit à ce roman deux chansons fort intéressantes, à en juger par les circonstances où elles auroient été composées. Dans la première , dont la place est entre les vers 49^^ ^^ 49^9^ le châtelain, après avoir été surpris à l'un des rendezvous que lui donnoit la dame de Fayel, se consoloit en pensant que cette triste mésaventure pourroit fort bien ne pas avoir toutes les suites fâcheuses qu'elle promettoit à son amour. La seconde, composée durant son retour de la Terre-Sainte , et quelques instants avant sa mort , devoit être une espèce de testament amoureux ; sa place est mar-
^(j CORRECTIONS ET RECTIFICATIONS.
quée avec non moins de précision que la première entre les vers 7587 et 7588.
Nous avons fait des recherches inutiles pour remplir cette lacune. Aucune des chansons attribuées au châtelain de Coucy ne présente le caractère particulier à celles-ci.
Un pareil oubli de la part du copiste est assez difficile à expliquer ; je pense néanmoins , vu les inexactitudes nombreuses dont son travail est chargé , et les omissions qui paroissent avoir été faites en d'autres endroits > qu'on ne doit l'attribuer qu'à sa négligence et à son peu de savoir.
Les six autres chansons se trouvent dans le manuscrit chacune à leur place. L'éditeur a dû les y rencontrer, mais il ne s'est pas donné la peine de les lire, jugeant plus commode, peut-être, de se servir d'un travail déjà fait. La différence entre le manuscrit et le roman imprimé est ici tellement considérable, que nous sommes forcés de reproduire ces chansons à peu près intégralement ; on verra que la sixième , celle à la vérité qui s'éloigne le plus du texte, sur 52 vers, n'en a que cinq de conformes à ceux du manuscrit.
CHANSON r.
Pour verdure, ne pour prée, Ne pour fueille, ne pour flour, Nulle diançon ne m'agrée, Se ne vient de bonne amour.
Mais li faingnant priéour, Dont ja dame n'iert amée.
Ne chantent fors en pascour ; Dont se plaingnent sans dolour.
Dame tieng à esgarée.
Qui oit (2) faus du ventéour :
Car honte à longue durée, Qui avient par tel folour ; Et joie n*a (3) point s'amour, Qui en tel lieu est gastée.
Celle a tant à lui valour, Qui cbace sa deshonnour.
Ne jà s*amours n'iert celée Que ne le sacent pluisour.
(i; i'ag. »3, vers 364. — (a; Ms. ooit. —(3) Ma, joie a point. (/,) Ces àtnx Tcn manquent dans le m*.
Mes a (lame de'valour, Belle et bonne et acesmée, Qui ne croit losenge'our, Doit on penser nuit et jour.
Bien m'a amours atournée Douce paine, et dous labour.
Ne jà, pour riens qui soit née, N'oublierai ceste honnour D'amer toute la meillour Qui par les bons soit louée; Mes de tant sui en errour Conques n'araai sans paoùr.
Bien s'est amours a fermée En mon cuer, a lonc séjour ; Car g'i ay haute pensée Plus que cil autre araéour.
Mes li autre enquéréour Font éuvre mal-éurée Que inde (i) mainte coulour, Pour tourner joie en tristour.
ENVOI
Dame , celle part me tour Que m'amour ne soit doublée, Et mon desconfort greignour :
(i) Ce mot inde^ owvide^ ou nide^ car onpeat lire l'nn tout aassibien que l'autre, ne présente pas de sens, et le vers est imparfait. Je pense qu'il faut lire que indé^ ou mieux qu' indue, revêt.
Lt CHATELAIN DE COUCY. 49
Dont je roourai sans retour, Se par vous ne sont ménour.