‹ Lettre à un étudiant en Écriture-Sainte [microforme]Chapitre 2 sur 4 · IMPRIMATUR · texte numérisé non relu

IMPRIMATUR

+ L. N., Ancu. Ques.

Quebeci, die 25 nov. 1907.

SUPERIORUM LICENTIA

Enregistré conformément à l'acte du Parlement du Canada, concernant la propriété littéraire, l'an mil neuf cent sept, par le T. R. P. Hace, O. P., au Ministère de l'Agriculture et des Statistiques, Ottawa.

Lettre à un Etudiant « « « « e . « « « « « en Ecritu.e-Sainte

TRÈS cHER FiLs,

OUS venez d'être désigné pour vaquer à des études d'Écriture-Sainte plus spéciales que ne le font ordinairement les

étudiants de l'Ordre. Telles étaient aussi vos aspirations; mais vous vous appliquiez la parvle inspirée: Personne ne s'attribue l'honneur sans y être appelé de Dieu. Certain maintenant de la vocation, vous voulez vous rendre certaine également la fidèle correspondance, = car vous avez conscience de votre fragilités. à 4 C'est bien. De là le désir que vous me faites f connaître de recevoir quelques conseils. Il

1 Heb., v. 4.

4 Lettre à un Etudiant en Ecriture-Sainte eq m'est d'autant plus doux de répondre à votre appel que de nos jours l'étude de l'Écriture- Sainte a pris une importance particulière.

Une réponse complète demanderait, il est vrai, la connaissance et la pondération de diverses circonstances concernant le lieu, les personnes, les phases très variables de l'esprit sur ce chemin attrayant mais difficile: autant de considérations dans lesquelles je ne puis entrer. Vos Maitres, choisis à dessein parmi les plus dignes : (Lectio) assignetur dignioribus magistris (Conc. Trid., Sess. V.) vous donneront peu à peu à cet égard, les conseils scientifiques et pratiques dont vous aurez besoin. Je me bornerai à vous offrir, comme témoignage de ma bonne volonté, certaines réflexions d'un ordre plutôt moral, mais pourtant pratiques ‘aussi, concernant les rapports de l'Écriture et des études scripturaires avec la foi, avec l'Église, avec la théologie, avec la science.

$ 1. — L'Ecriture et la Foi

ANS vos études précédentes, surtout quand D vous méditiez le magistral enseignement de saint Paul, vous avez admiré souvent ce qu'est la foi, principe de la vie surnaturelle et base du salut. L'Apôtre nous montre en elle une autorité sûre qui s'impose, des mystères cachés devant lesquels il faut que l'esprit s'incline, des espérances qui dilatent le cœur, et, en attendant la possession de ces biens futurs, un miroir merveilleux où ils se reflètent avec autant de précision que de beauté, pour augmenter en nous durant l'exil, la joie et le courage !, Or, un simple regard nous mrntre la part prépondérante qu'occupe la Sainte-Écriture

1 Heb., x, 1.—] Cor., x, 12,

6 Paragraphe premier

dans cette mission bienfaisante de la foi, à tel point que, dans le langage des Saints et des Docteurs, ces expressions «leçons de la foi » et « leçons de l'Écriture » ont souvent la même signification.

En elle, quelle imposante autorité! S'il est vrai que Dieu seul parle bien de Dieu, ici c'est Dieu même qui daigne directement parler, à nos Pères d'abord, en divers temps et de diverses manières, par les Prophèles; puis à nous en dernier lieu par son Fils, splendeur de sa gloire et figure de sa substance‘.

En face de ces divines communications qu'il nous décrit si magnifiquement, saint Paul demande, avant tout, que l'esprit s'incline en disant: mystère et mystère! © altitudo!® Mystère de la divine liberté dans le choix des temps et des hommes par qui il daigne nous instruire! Mystère de la divine vérité dans ce mélange d'ombres et de lumières, d'horizons qui se développent et d’abimes qui s'entr'ouvrent! Mais surtout quels trésors de biens futurs annoncés, énumérés, garantis, en sortes

1 Heb., 1, 1 et seq.

2 Rom., x1, 33.

L'Ecriture et la Foi 7 que, par la patience et:la consolation des Ecritures, nous ayons l'espérance !!

Déjà, en effet, pendant notre pèlerinage icibas, que de richesses, que de merveilles, que de secours dans ces Lettres venues de la patrie ! Les ombres mêmes y sont lumières très vives, qui éclairent les misères de l’homme, les grandeurs de Dieu et surtout ses miséricordes sans nombre et sans fin.

Mais, évidemment, pour que ce don céleste soit dignement mis à profit, une proportion est nécessaire entre sa valeur et la capacité de de celui qui le reçoit ; capacité et prédisposition qui doivent être grandes déjà chez les simples fidèles, mais bien plus grande en ceux que Dieu destine, par l'étude de l'Écriture et la dispensation de ses trésors, à être, comme il fut dit de cet illustre et saint missionnaire : une Arche du Testament ?.

Il faut donc que les élèves appelés à ces études, et, plus tard, à ce ministère de choix, s'exercent plus que tous les autres à exceller dans l'esprit de foi, s'appliquant à extraire la

1 Rom., xv, 4.

? Saint Antoine de Padoue. /Officium Lect. V.)

8 Paragraphe premier

plus pure substance de ses enseignements de la moœælle la plus cachée dans l'Écriture, en sorte qu'il établisse entre l’Écriture et la foi une alliance indissoluble et féconde. Par cette application, accompagnée d'une grâce spéciale de l'Esprit-Saint, la foi deviendra en eux comme une racine vigoureuse, un sens pénétrant, un goût délicat, une vraie dévotion intérieure.

Avant tout, la racine de la foi s ‘étendra au large et sans peine dans le sol de leur âme, enrichi, arrosé, réchaufté par le présence fami-: lière et l'influence constante des vérités révé-

lées. Cette âme y puisera une grâée précieuse

qui vivifiera ses facultés, illuminera ses opérations, établira en elle des habitudes de foi de plus en plus puissantes. Le chrétien sera désormais ce juste par excellence, si cher à Dieu et si hautement loué par l’Apôtre : « Mon juste vit de la foi. » Justus meus ex fide vivit 1.

Le sens de la foi, appelé aussi «le sens du Christ», nos autem sensum Christi habemus ?, va plus loin. Il découvre, il flaire, s’il est

4 Heb., x, 38.

2 I Cor., 11, 16.

- — ee

Lu

L'Écriture et la Foi 9 mm permis d'employer ce mot, les enseignements de la foi à distance et sur leurs moindres traces ; il se porte vers eux par instinct, il en discerne les mérites cachés et il les ramène tous à l'unité, les rendant capables, par là mêrñe, des applications. les plus variées, les plus étendues, les plus heureuses, aux moindres circonstances de la vie terrestre.

Cependant, le goût de la foi est un don plus délicat encore. Pour celui qui l'a mérité par une application constante à demander, à garder, à perfectionner la pureté du cœur, la foi n'est plus seulement un joug sous lequel il incline sou front, ni une leçon que son oreille perçoit. Elle a une saveur; il en porte les moindres fragments à ses lèvres comme une nourriture, et ils deviennent en effet pour l'âme un rayon de miel qui la délecte, C'est la manne du ciel, tombant chaque jour dans le désert. Plus on en mange, plus on en est affamé! ; et cette nourriture, Ô merveille! nous change en elle au lieu de se changer en nous. Aussi, la foi arrivée à cet état est-elle rangée

1 Ps., xvinr, 11. — Ps., cxvin, 103.

? Eccli., xxrv, 29.

10 Paragraphe premier

par l’Apôtre entre les principaux fruits de l'Esprit-Saint !.

Mais que dire de la foi élevée à l'état. de dévotion? Alors elle n’est pas seulement l'architecte du temple de Dieu, elle en est l'hymne. Les maximes les plus profondes de l'Écriture, les formules de foi les plus arides deviennent, pour le croyant foncièrement pénétré de la sainteté et de la bonté de Dieu, «des thèmes qu'il aime à chanter»: cantabiles mihi erant justificationes tuæ*; et il le ferait volontiers à qu par vénération, comme on baise son

vangile après en avoir lu quelques versets.

Ce sentiment de respect s'étend de lui-même aux déductions les plus lointaines des vérités révélées. En même temps que c'est un hymne dont l'écho se répand partout, c'est un encens d’adoration qui monte vers la majesté de Dieu, puis en redescend pour envelopper silencieusement la vie au dehors, la pénétrer au dedans par l'esprit de religion, la consacrer, la rendre vénérable et d'agréable odeur au ciel même.

Dira-t-on que de tels sentiments sont les

1 Gal., v, 23.

2 Ps. cxvin, 54.

L'Ecriture et la Foi 11 —————————…—__— produits d’un mysticisme arbitraire et poétique, ou du moins constituent des faveurs célestes réservées seulement à une élite? Il faudrait avoir les vues bien courtes, être tombé bien bas pour contester ainsi à l'Esprit-Saint la diffusion de ses bienfaits, réduire son action au rôle de sentimentalisme pieux, ou exclure impitoyablement de son ascendant salutaire presque toute la masse du peuple de Dieu.

Non, il n'en est rien. Chaque discipie de la foi, marchant ici-bas par les voies les plus Communes, à plus forte raison c'aque ministre du sanctuair., peut parvenir aux états que nous venons d'indiquer et doit y prétendre.

Alors il comprendra et il expérimentsra mieux de jour en jour, que l'Écriture fait grandir la foi, tandis qu’à son tour la foi seconde avantageusement la mission de l'Écriture.— Oui, l'Écriture fait grandir la foi, en ce qu'elle augmente le nombre et la sublimité des vérités proposées au croyant ; rend plus profonds en lui le saisissement, l'admiration, l'esprit d'anéantissement devant l'ensemble des mystères ; donne quelque chose de plus vif, de plus énergique, de plus affectueux, de plus reconnaissant à l'acte d'intelligence et de

12 Paragraphe premier

volonté par lequel il dit et redit credo, amen.— Mais réciproquement la foi seconde avantageusement la mission de l'Écriture ; car elle place le croyant au point d'où il peut mieux recevoir la lumière de Dieu, en entendre la voix ; elle développe en celui qui s'applique à la cultiver, l'intelligence des hauts enseignements de l'Écriture ; elle grandit la science importante de leur application pratique à la conduite de la vie ; enfin, elle augmente pour l'âme la facilité d'y trouver un centre d'union permanente, de conversation ineffable avec Dieu habitant en nous, en sorte que cette âme de foi s’écrie avec transport: « Adhérer à Dieu c'est pour moi le bonheur, car celui qui adhère à Dieu devient un seul esprit avec lui. » Mihi adhærere Deo bonum est... qui autem adhæret Domino, unus spiritus esi. 1

Ces avantages s'offrent surtout au disciple du Patria che Dominique, qui a mérité d'être appelé par l'Eglise, la colonne de la foi, la trompette de l'Évongile, l'œil de l'univers, la lampe du Christ?, et qui, dans sa sagesse,

1 Ps. Lxxn, 28.—I Cor., vi, 17.

? Fuit fidei columen, Evangelii tuba, orbis oculus,

Christi lucerna. (Of. s. D., L. VI.)

L'Ecriture et la Foi 13 ——————————————— créa, pour perpétuer son esprit, des institutions formées à son image et ressemblance.

Quiconque pratiquera avec intelligence et amour ses saintes observances, du matin au soir, de la cellule à la classe, du lieu de la réfection à celui de la correction des fautes, de l’oraison vocale à l’oraison mentale, etc., comprendra et admirera comment elles se résument en un va-et-vient perpétuel, de l'Ecriture à la foi, de la foi à l'Ecriture, pour se rejoindre et se confondre dans un grand centre qui est Dieu, Dieu Verbe incréé, Dieu vérité révélée, Dieu bonté prodigue d'ellemème, Dieu beauté qui ravit, Dieu tout, Dieu seul.

Ah ! très cher Fils, puisse saint Dominique être vraiment, à cet égard, votre Père, et vous appliquer en toute vérité le langage de Paul à ses deux disciples de prédilection, quand il écrivait: À Timothée, mon cher fils dans la foit... A Tite, mon cher fils, selon la foi qui nous est commune ?.

Voilà donc le premier point de vue que

1ITim., 1, 2.

2 Tit., 1, 4.

14 Paragraphe premier

es te vous devez avoir devant les yeux, en franchissant le seuil des études scripturaires. Suivezen les indications avec d'autant plus de fidélité que vous avancerez davantage dans ces travaux, disant de tout cœur avec saint Paul, à mesure que vos lumières augmenteront: Grâces à Dieu pour son don inénarrable ! ; mais ajoutez avec d'humbles instances la prière des Disciples : Seigneur, augmentez en nous la foi. Sans aucun doute le Seigneur exaucera une prière qu'il aura lui-même inspirée; il vous ‘donnera cette foi surcroissante, tant louée par

. l'apôtre saint Paul ?,

Dans le même but, vous pourrez de temps en temps, surtout au milieu des difficultés de l'étude, réciter avec fruit cette belle prière de saint Augustin : Seigneur, que vos Ecritures soient toujours mes chastes délices! Que je ne me trompe pas, que je ne trompe personne en les expliquant! Vous, Seigneur, à qui appartiennent le jour et la nuit, faites-moi trouver, dans les temps qui coulent par votre ordre, un espace

1 II Cor., 1x, 15.

2 Luc xvun, 5.

8 II Thess., 1, 3.

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L'Ecriture et la Foi 15 —__———— pour méditer les secrets de votre loi. Ce n'est Pas en vain que vous cachez tant d'admirables secrets dans les pages sacrées. Seigneur, découvrez-les-moi; car votre joie est ma joie et surpasse toutes les délices: donnez-moi ce que j'aime, car j'aime votre Ecriture, et vous-même vous m'avez donné cet amour : ne laissez pas vos dons imparfaits; ne méprisez pas cette herbe naissante qui a soif de votre rosée. Que je boive de vos eaux salutaires depuis le commencement de votre Ecriture, où l'on voit la création du ciel et de la terre, jusqu'à la fin, où l'on voit la consommation du règne perpétuel de votre cité sainte. Je vous confesse mon ignorance ; car à qui pourrai-je mieux la confesser qu'à Celui à qui mon ardeur enflammée pour l'Ecriture ne déplait pas ?

Encore un coup, donnez-moi ce que j'aime, Puisque c'est Vous qui m'avez donné cet amour. Je vous le demande par Jésus-Christ Notre- Seigneur. Amen. (Conf. L. XI, Cap. 11. — Traduction de Bossuet 1.)

1 La prière de saint Augustin est plus développée ; 4 Bossuet en a choisi et groupé les principales pensées.

$ 2. — L'Ecriture et l'Eglise

ous avez étudié déjà l’histoire ecclésiasti- \ que. Dans cette étude, vous avez appris que l'Église était fondée par Jésus-

Christ, vivait, agissait, convertissait les âmes,

les sanctifiait par les sacrements, prononçai! des jugements dogmatiques, cueillait, dans la défense de la vérité, les palmes du martyre, alors même que les Evangiles n'étaient pas encore écrits, non plus que les Epitres de saint Pierre, de saint Jean, de saint Jacques et de saint Paul. L'Eglise n'est donc pas, comme certains le prétendent, « la religion du livre, l'œuvre des scribes. » « La foi vient de l'ouie, et c'est la parole du Christ que l'ouiïe perçoit » : Fides ex auditu, anditus autem per verbum Christi. Le Sauveur lui-même l'avait

1 Rom., x, 17,

‘siastiappris Jésusâmes, Lonçait lans la artyre, it pas res de acques c pas, ion du ent de

l’ouie

2m per À

l'avait

L'Écriture nt l'Eglise 17

dit aux Apôtres avant l'Ascension : « Allez et enseignez, » Euntes docete1. Ils comprirent et ‘ls exécutèrent scrupuleusement le programme : « Dans toute la terre s'est répandu

{ le bruit de leur parole » : /n omnem terram

exivit sonus eorum ?.

Mais après avoir donné pour dot à l'Eglise,

son épouse très aimée, les mérites de son

précieux Sang ?, le divin Rédempteur ne tarda pas, dans sa munificence, à lui donner par surcroît les trésors du Nouveau Testament, et il lui communiqua en même temps un esprit venu d'en haut, pour que, comprenant la valeur de ce don !, elle l'utilisât d'une manière digne

de lui. Aussitôt la voilà à l'œuvre. Elle se montre, pour les Livres de la nouvelle Alliance, unis à ceux de l’ancienne Loi, dont ils sont désormais la clef, une gardienne fidèle qui les défend contre les déprédations de l'impiété, s'armant, s'il le faut, de censures et d'ana- Athèmes. C'est grâce à elle qu'à travers les

1 Matth., xxvm, 19.

3% Rom., x, 18.—Ps. xvInt, 5.

3 Eph., v, 27.

4 1 Cor., n, 12.

18 Paragraphe deuxième

siècles, malgré les révolutions des empires, nombre et l'antiquité des idiomes, la divers des versions—autant de périls d'altération de mort pour l'Écriture—celle-ci est arrir jusqu'à nous, vivante, toujours jeune, | mains pleines de bienfaits. Et c'est enc par la sagesse incomparable de l'Église da la dispensation de ce trésor, que se dévelop la vie de Jésus-Christ dans les âmes, aujo:

d'hui comme hier et à tout jamais !. |

Mais en quoi consiste ce rôle salutai divinement confié à l'Église, dans le vas domaine où nous sommes ?

Avant tout, l'Église part de ce princi qu'elle peut compter sur l'assistance de l'E prit-Saint, Facteur (s'il est permis d'employ ce mot) d’une valeur hors ligne, pour atteind le but providentiel; à cet égard, elle a d promesses qui ne peuvent faillir. De là fermeté et sa sérénité, loin des entraîinemen que subit plus d'une fois, d'une maniè étrange, le monde doctrinal lui-même.

Munie de ce secours, c'est elle, c'est l'Églis et elle seule, non pas l’histoire, ni la critiqu

1 Heb., xu, 8.

ipires, le !

diversité !

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l'Église, critique, !

L'Écriture et l'Église 19 mm …— ni le sentiment, qui fixe d’une manière authentique le canon des Saintes Écritures. Et elle ne prend pas cette mesure d'une portée immense pour le plaisir de dresser un simple catalogue d'écrits, qu'elle abandonnera ensuite à la discussion des hommes, mais parce qu'elle entend appliquer au profit des fidèles, sans déviation, ni déperdition, ni altération, la substance céleste cachée sous l'écorce des

mots, dans les Livres saints.

D'abord, à cette fin, elle stimule, elle encouage, elle bénit tous les disciples du Christ qui, à des degrés inégaux, s'appliquent à pui-

: dans les Écritures ce pourquoi elles sont l'scendues du ciel: la grâce de purifier, d'éclairer, de transformer, de civiniser en

quelque sorte notre vie.

D'autre part, les travaux d'exégèse et d'apo-

ogie tiennent aussi une importante place dans a sollicitude de l'Église, Si elle en écarte es jeunes étudiants encore peu solidement

tablis dans l'esprit de foi, arriérés dans la

Woctrine sacrée, pleins d'illusions sur leur raleur, enclins a priori à se jeter dans les Sémérités pour le plaisir de répudier le passé, Pile y encourage les travailleurs modestes et

mere serermeeses rmnsgesegenin 70e

20 Paragraphe deuxième ÉE sérieux, se réservant le droit de continuer à les diriger de différentes manières, selon les circonstances et les besoins, pour que l'on n'ait pas à dire: Grands pas, mais en dehors de ia voie. Cette assistance, en effet, peut revêtir un caractère définitif, quand il s'agit de prescrintions et de décisions dogmatiques formellement sanctionnées et notifiées; un caractère prohibitif, lorsque certaines opinions ou publications méritent d’être interdites et stigmatisées ; un caractère directif, lorsque, san$ aller jusqu'à commander ou défendre, elle indique en quel sens et quelles limites il est sage et profitable que les travaux soient conduits, que les talents soient employés.

C'est ainsi que parfois, sans se prononcer Sur Je fond, elle déclare que telle ou telle assertion ne peut être enseignée avec sécurité: tuto doceri non posse; ce tutiorisme, dans une question de droit divin, de possession si vénérable, n’est que prudence et justice.

Enfin l'Église ne manque pas d'étendre son

1 Magni passus extra viam ! — Melius est in via claudicare, quam præter viam fortiter ambulare. (S. Aug, Serm., 141.)

RERO | MOT RRe entes à Æ

L'Écriture et l'Eglise 21 ————— assistance tutélaire sur les simples fidèles; car elle sait avoir dans leurs rangs des âmes qui ont le sens chrétien plus que bien des érudits; des âmes qui portent jusqu'à l’héroïsme la pratique des vertus évangéliques et qui sont devant le monde l'honneur de la Religion. Si donc elle ne permet la publication des Écritures en langue vulgaire qu'avec une certaine réserve, ce n'est pas qu'elle veuille priver tant d'âmes de leurs bienfaits, c'est pour les leur mieux assurer!. Elle désire vivement leur servir ce pain en abondance, mais elle veut qu'elles puissent s'en nourrir avec sécurité, sans avoir à rechercher de quels grains et par quels procédés il leur a été préparé. C'est pourquoi elle voit avec déplaisir, elle censure même, au besoin, des propositions qui, sans

1 Cum experimento manifestum sit, si Sacra Biblia vulgari lingua passim sine discrimine permittatur, plus inde, ob hominum temeritatem, detrimenti, quam utilitatis oriri; Versiones omnes in lingua vernacula, etiam a viris catholicis confectæ, omnino prohibentur, nisi fuerint ab Apostolica Sede approbatæ, aut editæ sub vigilantia Episcoporum cum adnotationibus desumptis ex Sanctis Ecclesiæ Patribus, aique ex doctis catholicisque scriptoribus. (Leo XIII, Const., Officiorum, 87.)

a D on nr

22 Paragraphe deurième

être absolument fausses, sont offensives des oreilles pieuses; piarum aurium offensivæ .

Etant donné qu'il fallût modifier dans l’enseignement populaire, certaines leçons et certains récils trop facilement accrédités, ce serait à elle d'opérer en temps convenable, cette amélioration dans l’instrus tion relig‘:.""2, en sorte que les fidèles, loin de se déco... er ou de se scandaliser, ne pussent qu'admirer la prudence, l'esprit de suite, les dispositions conciliantes, l’ineffable bonté de notre mère commune.

Quoique l'Église, par sa vigilance et la sagesse de sa direciion, étende à tout l'influence et les bienfaits de l'Écriture, nous les constatons d'une manière plus saillante dans son enseignement, sa liturgie, la vie de ses saints.

Voyez-la quand elle instruit l'enfance sous forme catéchistique, mettant au premier plan les faits les plus saillants de l'Évangile ou du peuple d'Israël. Ce sont autant de leçons qui se gravent d'elles-mèmes dans ces cœurs tendres et avides, y ébauchant les principales

1 Une des qualifications de l'Index.

L'Ecriture et l'Église 28 mio notions du vrai et du bien. Vous en gardez, sans doute, vous-même le plus doux souvenir, ainsi que des soirées de famille où la Bible en images, expliquée aux enfants, leur était une récompense et une récréation. Grand enseignement pour la famille chrétienne !— Le peuple fidèle. réunit les dimanches et fêtes, entend explique: à son tour, les maximes morales renfermées dans les discours familiers du Sauveur, dont il suit les pas au désert, sur le rivage, ou sur la montagne.— Pour des auditoires choisis et dans des circonstances plus solennelles, les sujets s’élargissent, l’exposé gagne en élévation et en profondeur, mais en restant toujours sur les mêmes bases et dans le même esprit.— Enfin, s'il le faut, l'Eglise en vient aux décisions authentiques où elle précise, selon les besoins de l’heure présente, ce qui se trouvait renfermé déjà, mais sous une forme moins arrêtée, encore discutable, dans les Livres saints. C’est donc toujours de là qu'elle part, là qu’elle revient.

On dirait qu’elle affecte, elle, oracle du monde,

maîtresse des sages, juge des controverses, de se poser comme simple répétitrice des instructions célestes données par Dieu à l’homme

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24 Paragraphe deuxième

pour son salut, mais données à la condition de passer par les lèvres de l'Église.

Que si, de l'Église enseignante nous passons à celle qui prie, la liturgie catholique, « principal instruments de la tradition de l'Eglise ! », nous montre, sur un autre terrain, des tendances identiques. Dans les premiers siècles, la liturgie du dimanche offre l’idée du rit chrétien par excellence. Tous les fidèles sont à l’assemblée, non seulement pour communier, mais pour participer au chant des psaumes, où l’âme chrétienne est si consolée de se retrouver elle-même, avec ses gémissements et ses espérances. Vient suite la lecture de l’EÉcriture- Sainte, ancien et nouveau Testament, à laquelle succède, comme brève explication, l’homélie du Pontife. Ce sont donc en résumé les Livres sacrés qui forment le cœur de ces nombreuses générations de eroyants et de martyrs ; eux qui fixent dans l'imagination et l'intelligence des premiers fidèles les plus douces et les plus austères leçons de l'esprit de Jésus. De nos jours encore, malgré l'amoindrissement de cette ferveur primitive, l’Écriture

1 Bossuet, Les états d'oraison, L. VI,

L'Écriture et l'Église 25 —— se trouve répandue partout dans les offices de l'Église, en dehors mêmes des Épitres et des Évangiles qu'on y chante. Quand on ne l'entend pas, on la respire: dans les faits contingents qui ne sont ni doctrinalement, ni historiquement de son domaine, on voit que l'Église profite de tout, d’une analogie de fait, d'une similitude de métaphores ou de circonstar-es, parfois d’une simple identité de noms, pour faire à l'Écriture des emprunts et mettre au moins sa leinte, son reflet lointain, son arome, sur ces choses d'un ordre bien différent. Elle se plaît ainsi, dans ce domaine sacré, par une sorte de gracieuseté digne d’une mère, à imiter à l'égard de ses enfants la Sagesse éternelle, dont il est écrit: En tout temps, elle se joue dans les merveilles de l'univers 1.

Même présence et non moins heureuse influence de l'Écrituré dans la vie des Saints, pour peu que, sous l’enveloppe des faits appartenant à la trame extérieure de leur histoire, vous observiez l'esprit qui circule, vous méditiez ce qu’au fond renferment de

1 Prov., vin, 30, 31.

26 Paragraphe deuxième

commun leurs existences si diverses. Dans l'ancienne Loi, de longs temps se passaient, à certaines périodes, sans que Dieu se révélât à son peuple par aucun prophète, Plus favorisée, la Loi nouvelle montre au monde une série.ininterrompue de ces héros qu’on appelle les Saints. Ils aiment l'Écriture, ils ont le don de la comprendre et celui de la traduire en œuvres ; elle circule en quelque sorte dans leurs veines comme un sang divin; leur vie est une prophétie qui, sous la motion de l’Esprit-Saint, révèle, explique, continue ici-bas le Verbe incarné?. Et cela est vrai, non seulement des grands Saints que l'Église propose à notre vénération sur les autels, mais de tant d’autres qui, dans l'obscurité d’une campagne ou d'un cloître, sur un lit de douleur ou dans l'horreur d’une prison, sur le trône ou dans les armées, perpétuent ici-bas, à un degré vraiment miraculeux, la vie de

1 Sermo Domini erat pretiosus in diebus illis, non erat visio manifesta. (I Reg., m, 1.)

+? Intellectus Scripturæ ex actibus Sanctorum intelligitur ; idem enim Spiritus quo S. Scripiuræ sunt editæ sanctos Viros ad operandum inducit. (S. Th., Ep. ad Rom. I. Lect. 5, ex. S. Augustino.)

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L'Écriture et l'Église #7 ms Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est pourauoi ces vies ont été appelées Le cinquième Évangile ! : singulier, mais glorieux surnom qu'elles justifient pleinement. Elles se conforment d'une manière si expressive au divin Rédempteur, que chacune pourrait être appelée «une page de l'Évangile de Dieu ».

Bénie soit donc l'Église de répondre si bien aux vues de son Fondateur, méritant ainsi son titre de glorieuse Épouse du Christ? A certaines époques de son histoire, on ne verra peut-être surgir parmi ses fils, aucun érudit capable de s'illustrer en analysant et en commentant les Écritures; mais celles-ci auront cependant rempli le but principal pour lequel Dieu les donna à la terre : assurer la permanence de l’action du Sauveur et servir de type, de contrôle, de centre de ralliement, d'impulsion vers la sainteté, aux phalanges immortelles de ses élus. Voilà bien ceux qui sont le Lettre du Christ, écrite en traits ravissants sur la page de leurs œuvres, et plus encore sur celle de leur cœur 3:

1 Vie de S. Jean-Baptiste de Rossi.

3 Eph., v, 27.

3 II Cor., im, 3,

en TRES cells

28 Paragraphe deuxième ER

Je le sais, les études qui vous attendent ne vous permettront pas, très cher Fils, de vous renfermer dans cet horizon, si attrayant et si vrai soit-il, pour admirer en paix l'œuvre de la Providence et bénir son auteur. Mais dans vos travaux scolaires et vos recherches didactiques, vous en éprouverez pourtant l'influence bienfaisante : semblable au prêtre qui, dans son sanctuaire, se sent pénétré de respect, non seulement quand il prie devant le tabernacle, mais quand il s'occpe des accessoires, et même du marchepied de l'autel.

Au milieu de vos investigations laborieuses, vous entendez parler peut-être d'école conservatrice, d'école traditionnelle, mises en regard d'autres écoles dites plus larges et plus avancées. Sans vous arroger le droit de scruter les intentions des hommes et de discuter le sens attribué par eux à ces mots, vous déclarerez sans balancer que, pour vous, l'école traditionnelle n'est pas une école, c'est l'Église ; le progrès même y est traditionnel. Ainsi le fait entendre avec insistance l'apôtre saint Paul à ses plus fidèles disciples, nous avertissant par là que tous les serviteurs du Christ, à quelque degré qu'ils soient éle”és, ont besoin de

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L'Écriture et l'Église 29 ———— "TT méditer ces choses : Soyez stables et tenez les traditions que vous avez apprises, soit de vive voix, soit par notre Épttre 1. Et encore : Selon la tradition reçue de moi, ainsi tenez mes préceptes ?.

C'est pour nous inviter à marcher droit dans ce tracé que l'Église, bien qu'elle sache tirer de son trésor des choses anciennes et des choses nouvelles ?, considère le terme de novateur comme malsonnant, recélant d'ordinaire, sinon une erreur formelle, du moins quelque témérité dangereuse qui prédispose à des assertions condamnables +, Les néologismes eux-mêmes

1 II Thess., n, 14.

3 I Cor., x, 2.

3 Matth., x, 52.

4 Nihil innovetur, nisi quod traditum est. (Steph., I Apud S. Cyprianum ad Pomperium, epist. Lxxv, alias 74, $ 1.) — Desinat incessere novitas vetustatem ; desinat Ecclesiarum quietem inquietudo turbare ! (Celestinus, I ad Episc. Galliarum. Epist. XXI, Cap. 1.) — Cum consuetudinis ususque longævi non sit levis auctoritas, et plerumque discordiam pariant novitates.. (Honor. nr. Lib. I. Decretal. Tit., IV, de Consuetudine, cap. 1x.) — Hæc omnia nunquid ullam aliam ob causam, nisi utique... dum sese intra sacratæ atque incorruptæ vetustutis castissimos limites, profanæ ac novelle curiosilatis libido non continet ? (Vine. Lirin Commonitor, I, cap. 1v.)

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30 Paragraphe deurième

EE ——— lui plaisent peu, précisément parce qu'i plaisent aux hérétiques et à tous ceux qu pour la satisfaction de se poser en espri indépendants et progressistes, affectent de r pas appeler les choses par leur nom usi!

jusqu'ici.

Déjà Bossuet, qui n'était ni un exagéré, !

un alarmiste, s'écriait en voyant, dans so siècle, se faire jour et gagner en crédit cer taines de ces idées audacieuses et téméraires « Des catholiques et des prêtres, des prêtres dis-je, ce que je répète avec douleur, entren dans ces sentiments, prennent sous une bell apparence le parti des novateurs! »

Les belles apparences se présentent en foul dans les questions scripluraires et sont ac cueillis avec empressement par les homme:

que tourmente cette démangeaison d'abolir e:

d'innover. Une probalité, une possibilité, c'est pour eux une certitude, et le discrédit jeté su une interprétation, une pieuse croyance jusquelà généralement respectées, constitue un triomphe.

Vous aurez peut-être déjà rencontré des esprits hantés par ces tendances, dominés par ces prédispositions. Et qui sait si, dans votre

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L'Écriture et l Eglise 81

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cloître paisible, vous n'apprendrez même pas que des hommes de tulent aventurés dans celte voie, et allant de déviation en déviation, après mille hésitations, réticences et subterfuges, ont enfin montré au dehors ce que, depuis longtemps, ils étaient au dedans, st ont redit l'antique parole: «Je ne servirai pas; non serviam !!» Combien alors vous gémiriez de les voir devenus, au lieu de flambeaux bienfaisants qu'ils auraient pu être, des astres errants, des flots tumultueux, répandant comme de l'écume leurs assertions confuses ?! Ce n'était donc pas à tort, qu'avant même ce malheur, un je ne sais quoi inspirait à plusieurs enfants de ] se, pour leurs audaces, des alarmes et une .nstinctive répulsion. Implicitement, « l'amour de l'Église renferme entièrement en lui-même la condamnation de toutes les erreurs ÿ ».

D'autres, peut-être, entraînés trop loin par

| leur présomption, ou par leur passion de

savoir, ou par un zèle peu discret, se soumettront aux avertissen ents de l'autorité légitime

1 Jerem., 11, 20.

3 Jud., 13.

3 Bossuet, Pensées chrétiennes et morales, v.

82 Paragraphe deuxième Se ER juste assez pour ne pas devenir rebelles, ma à regret, avec avarice, en gémissant, en levar les yeux au ciel; comme si, malheureusemen l'autorité était d’un côté et le progrès dans ] vérité de l'autre, c'est-à-dire du leur. Aus: continueront-ils à marcher de l'avant, sûr d'eux-mêmes, tout en se montrant plus cit conspects poür ne pas être pris en contraven tion ; c'est à leur avis tout le devoir, avec un Eglise qui, d'un côté, outrepasse les limite de son domaine, de l'autre reste au-dessous d sa tâche. Oh! vous prierez pour eux, afi:

qu'ils s'élèvent à une obéissance plus éclairée plus généreuse, plus édifiante, plus utile à 1: cause de l'Église et à leur éternité.

D'autres enfin, soumis sans arrièrc L'ensée aux décisions formelles, s’attribueront une liberté d'autant plus grande sur le terrain qui leur reste ouvert, pour examiner, affirmer, nier, trancher hardiment, sans rechercher qu'elles sont les vues de l'Église, ses traditions, ses désirs. Ne s'exposent-ils pas à diriger leurs attaques contre des vérités, des maximes, des prérogatives qui, sans avoir été formulées, font partie du trésor immense confié par Dieu à son Église pour la direction

L' Écriture et l'Église 88 mms ê s, mais & Ja santification des fidèles? Ce serait donc : n levant alors, en définitive, frapper sa mère. Pour ! sement, À arriver à leur insu, le fait en serait-il moins dans la déplorable ? Oh! que Dieu leur donne d'em-

Aussi ployer avec plus de discernement et de jalou- 1 nt, sûrs À sie, le regard fixé sur le Calvaire, les dons : lus cir- À privilégiés du Seigneur! l:

traven- Mais vous, que devez-vous faire pour obte- | vec une À nir cette sagesse et cette mesure, aussi com- | limites plètement qu'il convient au Frère-Prêcheur, Î

sous de appelé à l'honneur d'être, en conformité avec x, afin D on fondateur, le héraut de la vérité 1? I] à clairée, Æ yous faut entrer de plus en plus dans l'esprit ë leàla Ex l'Église, chercher à connaître ses intentions dans les circonstances actuelles, y corres- \ensée LE Londre avec un cœur simple et droit. On a t une Eheu murmurer qu'elle ne se rend pas compte in qui D des choses ; elle sait fort bien au contraire où firmer, Ein voudrait l’amener, mais en vain. Pour ser agir selon ses préférences, vous n'avez qu’à

" regarder et à suivre notre saint Patriarche. à diri- Ce n'est pas sans raison que la liturgie 5 des à appelle Dominique: Lumière de l Eglise, Docavoir

mense : : : :

ection . et cælicus (Off. S. Dom. in Matutin.).

71 Paragraphe deuxième

teur de la vérité!. Après de longues ann d'apostolat, il était à Rome sollicitant a larmes la confirmation de son Ordre, qu'In cent III hésitait à lui accorder, à cause de sentence du Concile de Latran contre l'int duction de nouveaux Instituts. Mais qua:

dans une vision, l'homme de Dieu apparut Pontife soutenant la Basilique de Latr:

figure de l'Église universelle, il reconnut volonté de Dieu, et l'approbation fut donn Peu après, les saints apôtres Pierre et Pa ces deux colonnes de l'Église, adjoignent cette faveur leur sanction, en apparaissant Dominique et en lui disant: Va et préc En même temps, Pierre lui donnait un bâtc Paul un livre, symbole sans doute des divir Écritures.

Dominique, vraiment Dominicus, «homi du Seigneur », par conséquent homme d'Égli:

par conséquent homme d'Écriture, obéit sa délai. Chargé de prêcher dans le Palais mêr du Pape, aux plus insignes personnages de Cour pontificale, il choisit pour thème l’inte prétation des Épîtres du grand Apôtre, et s

1 O lumen Ecclesiæ, doctor veritatis (Of. S. Dom. " Vesp.)

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L'Écriture et l'Église 35

commentaires sont tellement goñtés qu'or le presse de les redire à d'autre: auditoires, ‘!ans la Ville Éternelle. Ila appris les Lpitres de saint Paul presque par cœur, ainsi que l'Évangile de saint Mathieu. Ces écrits sont devenus ses compagnons inséparables, si bien que voyageant à pied d'Espagne en France, de France en Italie, il leur donne la place privilégiée dans le modeste bagage qu'il porte sur ses épaules. Doux fardeau pour sa foi et sa piété !

Son exemple est vite connu des siens, et

à l'habitude de porter en prédication saint Ma-

thieu avec les Épitres canoniques, pour les

4 méditer et les er-oser, devient la loi de tous.

Plus tard on décide que, durant toute l’année, aux jours de fête, il y aura dans les églises, conventuelles de l'Ordre, une leçon d'Écriture-Sainte pour le peuple (Cap. Gen. Barcin., 1574); et l'on choisira, pour la donner, ceux qui, par leur doctrine, pourront produire dans les auditeurs des fruits spirituels plus abondants: JIli potissimum assumantur, quorum doctrina advenientes spiritualem fructum referre possint. (Cap. G. Bonon., 1564). Pour que les éfudiants puissent s'exercer dans ce genre,

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36 Paragraphe deuxième

quand leur Province les enverra aux Étude générales, elle devra leur fournir la Bible l'Histoire et le: Sentences, la Bible d'abord Teneatur providere in Biblia, Historiis et Ser tentiis. (Const. N° 1041). Les novices même devront s’efforcer d'apprendre de mémoire le Psaumes et les Épitres de saint Paul. (Cons!

Nos anciens législateurs pourront après cel:

en énumérant les différents mérites des dis ciples du saint Patriarche, du grand Prédics teur de la Révélation, écrire cet éloge «D'autres furent des docteurs illustres qui scrutant les fleuves profonds et les abime cachés des sciences diverses, mirent en lumièr des questions obscures et produisirent, e divers temps et lieux, différents livres et com mentaires pour corroborer la foi, édifie l'Église et expliquer l'Écriture sacrée.» Al fuerunt Doctores illustres qui profunda fluvic rum et abdita diversarum scientiarum scrutan tes, obscura produxerunt in lucem, et diverso libros et commentarios, ad corroborationer fidei et ædificationem Ecclesiæ et ad sacr.

Scripturæ explanationem, diversis locis et tem poribus ediderunt. (Const. N° 20.) Le Saint

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L'Écriture et l'Église 87

Siège lui-même daignera confirmer de la manière la plus solennelle ces éloges 1.

O sainte phalange, donnez-nous votre esprit et daignez nous accorder une humble place dans vos rangs. Pour nous alors, le Frère- Prêcheur, l'Écriture, l’Hglise, les âmes, ne feront plus qu’un, en Dominique et dans le Christ Sauveur.

1 Huius sacri, clari, conspicui et approbati Ordinis Fratres Sacrarum Scripturarum studio instanter incumbunt, animarum profectibus, divinis Officiis et orationibus incessanter intendunt, atque Evangelicæ prædicationi ardenter insistentes, lumen divinæ doctrinæ, ubique per orbem diffundunt. (Const. Alex. IV, 23 mai 1257.)

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$ 3 L’Ecriture et la Théologie

de l'Eglise vous montre l'insistance de

hérétiques à exalter l'Ecriture, pou déprécier, bannir, ridiculiser d'autant plus : leur aise la théologie. Ils l’accusent, tanté d'être trop antique, tantôt de ne pas l’êtr assez; tantôt d'étendre trop loin le domain de la verité catholique, tantôt de le rétréci sous des formules inflexibles et des défini tions abstraites. On le devine, ils ont l’aver sion de la vérité et la passion du mensonge Le contrôle de la théologie écarté, ils auraien beau jeu pour méconnaître, dans l'Ecriture avec ses formes si variées, les dogmes qui le: condamnent et y voir enseignées, au contraire leurs doctrines corruptrices. En outre, pou substituer, dans leurs adeptes, le fanatisme au vrai sentiment religieux, quoi de plus propice que le langage des auteurs inspirés, leurs

a que vous avez appris déjà de l’histoir

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L'Ecriture et la Théologie 39

élans, leurs visions, leurs anathèmes, leurs gémissements dans la persécution? Et comme si ce n'était pas assez pour ces sectaires, vous les voyez créer des Evangiles, des Epttres,

des Apocalypses apocryphes ; autant de moyens { de propager plus amplement l'erreur, sous

l'apparence d’une divine révélation.

D'autres prétendus partisans de l’Ecriture n'apportent pas, dans son étude, cette opposition impie aux principes et au rôle de la théologie; mais comme ils sont superficiels et manquent de bases, l’enseignement des Ecritures, leur semble-t-il, devrait au moins être débarrassé de toute forme absolutiste, pour laisser le champ libre à une sorte d'’illuminisme commode et agréable, grand admirateur de lui-même, mais sans l'ombre de fondements rationnels. Demandant appui aux Pères des premiers siècles les moins précis dans leur manière de formuler les dogmes, ils passent, d’un cœur léger, par-dessus les siècles qui suivent, le moyen-âge surtout, l’âge d'or de la théologie, pour saluer et vanter l'esprit critique et l'érudition des temps modernes.

Ils ne comprennent pas que des sentiments, des instincts, des aspirations, des créations

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40 Paragraphe troisième

purement subjectives, ne peuvent aboutir «

une piétisme vague, à un fidéisme tromp

condamnés déjà par les successeurs de Pie

Il en est parmi les hommes favorisés du !

de la foi et fermement résolus à la gar

qui ne voudraient pour rien au monde alle

loin dans la falsification du rôle des Écritu:

Pourtant, l’imperfection de leur éducation

la bassesse de leur point de vue leur fait s:

Poser un progrès sérieux dans un éclectis de leur invention. Sous sa direction, en vr dilettanti, ils se plairont à ne voir que de bel métaphores, là où le texte sacré ni ne l'exi ni même ne l'indique tant soit peu ; selon et c'est plus idéal. Certains miracles grandio:

et dramatiques rehaussent l'Évangile, il le plaît de les recommander ; Mais beauco d'autres, à leur avis, Pourraient être atténué à quoi bon tant de surnaturel ? c'est contre vraisemblable. Quant aux récits historique ils en viendront peut-être sans scrupul dans leurs évolutions, à sacrifier l'entiè substance des faits, pour ne sincliner q devant les dogmes qui s'y mélent. Et q!

sait s'ils ne distingueront Pas un jour entre 1 dogmes principaux, absolument nécessaire

outir qu’à trompeur de Pierre.

és du don a garder, de aller si critures.

cation et fait supclectisme en vrais de belles e l'exige, elon eux, randioses >, il leur Jeaucoup itténués ; contre la loriques, crupule, l'entière ner que Et qui entre les essaires |

L'Ecriture et la Théologie 41

au salut, et les enseignements secondaires dont, à leur avis, on peut faire bon marché, dès qu'on y trouve quelque avantage pour la libre expression de la pensée humaine et pour une entente plus facile avec les rationalistes ?

Mais voici la théologie qui intervient pour empêcher ces écarts et ces dommages. Plongeant d’abord ses racines, non dans un mysticisme vague, mais dans la philosophe rationnelle, c’est-à-Dieu en Dieu, raison suprême, naturellement connu, elle en devient d’autant plus capable de s'élever vers le Dieu de la révélation et d'en mettre avec précision les oracles à la portée des hommes. C'est pourquoi ce Dieu très sage a établi des prophètes, des apôtres et ues docteurs. Le prophète énonce les mystères ; l’apôtre intervient à son tour pour les propager ; mais il appartient au docteur de donner au zèle de l’apôtre son orientation, sa pénétration, son application. A cela tendent ces définitions logiques, ces gradations sagement établies, ces déductions vigoureuses, ces syllogismes pressants, cette terminologie spéciale, insolite peut-être, —

1 I Cor., xn, 28.

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42 Paragrayhe troisième mm pas plus cependant que celle du juge et légiste dans le domaine du droit bumain.

tout cela sert à formuler d'une manière pli brè:: et plus précise l'exposé d'un dogm d'un mystère, n'est-ce pas là une lumièr une sécurité, un bienfait ? — Mais on s’e:

plique que l'incroyant et l'hérétique, devar cette stratégie, se sentent mal à l'aise et s récrient. Sous l'argument qui la press l'erreur habilement masquée a dû se révéler analysé dans cette sorte de filtre, le veni jusque-là dilué et d'autant plus dangereux, été constaté. La mauvaise foi des hérétiques variations et contradictions, leur faux mysti cisme une fois mis à nu, l'homme sincèr comprend jusqu'à l'évidence combien il es habituel et essentiel à l'iniquité de se mentir « elle-même !, et il s'en sépare résolument.

Au contraire, la vérité révélée, parce qu'elle est escortée de la Théologie, se réjouit de la sécurité féconde qui lui est assurée désormais ; et la piété chrétienne, loin d'être arrêtée par là dans son essor, s'élève vers Dieu plus simple, plus éclairée que jamais; elle a été

1 Ps. xxvi, 12.

ge et du ain. Si ère plus dogme, lumière, on s'ex- , devant e et se presse, révéler ; > venin

reux, a tiques, mysti-

sincère | il est rentir à t.

qu'elle t de la rmais ; ée par L plus a été

mise en garde contre les abus, les idées puériles, les interprétations exagérées, les sentiments doucereux, les titres séduisants que certains soi-disant mystiques ou spirituels voudraient faire passer pour l':nseignement catholique le plus élevé.

On comprend, à ce bref exposé, que le nom de théologie ait toujours été des plus considérés dans l'œuvre du Christ, et que les études théologiques ‘servent à qualifier usuellement l'instrurtion sacerdotale, dont elles constituent la partie la plus importante. Saint Pierre, chef de l'Église, est appelé le sommet de la théologie! ; saint Grégoire de Naziance, un des Pères les plus célèbres des premiers siècles, comme qualification de ses mérites, est surnommé le Théologien ; tous les autres Pères et écrivains, appliqués à la défense du dogme catholique, saint Augustin et saint Jérôme à leur tête, suivent les mêmes procédés pour procurer la gloire de Dieu, prenant comme lumière principale et source très pure de vérité les saintes Lettres, mais appropriées au bien des âmes et vengées de l'erreur, par l'emploi

1 Dionys. de Div. Nom. cap. m, $ 2.

44 Paragraphe tr, isième nantaise tpamrmpetetnaein meme es du raisonnement théologique; ils se sente forts des encouragements de l'Église. Q dire, par exemple, de la doctrine, de la pén tration, du zèle de saint Bernard, le solitai de Clairvaux? Quand il s'adressait aux am de Dieu, le miel des Écritures découlait « chacune de ses pages: mais en face de ce taines doctrines nouvelles dont il pressent II pernicieuses conséquences, ce n'est plus pieux saint Bernard, le Doctor mellifluus, c'e le chevalier de la vérité qui, armé de | logique, poursuit l'erreur l'épée dans les rein: sans s'arrêt:r ni s'émouvoir s'il est accusé d suspicions exagérées, d'intransigeance aveug] et d'implacable rigueur.

Voici paraître Thomas d'Aquin. Essaiers t-il, avec son génie supérieur, d'inaugurer un méthode différente ? Tout le contraire. Él minant de la scolastique les abus, les subtilité vaines, les digressions interminables, les que relles d'école qui s'y étaient glissées comm des parasites funestes, puis s'adressant au Pères de tous les âges, pour mieux pénétret comparer, éclairer les unes par les autres leur pensées et en extraire leur sentiment commun c'est-à-dire celui de la tradition, il remont

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L'Ecriture ct la Théologie 45

pas à pas, par ces sentiers divers, jusqu'aux saintes Ecritures, afin d'y trouver le dernier mot de la vérité. Et le ciel encourage par des prodiges une méthode aussi bien comprise; c'est pour expliquer à Thomas un texte d'Isaïe que saint Paul et saint Augustin lui apparaissent. L'intelligence de l'Évangile, surtout, a pour lui d'irrésistibles attraits. Aussi quand de jeunes disciples, pour avoir de ses lèvres quelque belle réponse, lui demandent, en lui

à montrant Paris des hauteurs de Saint-Denys,

ce qu'il ferait de la grande ville, supposé qu'elle lui fût donnée en apanage, il répond ingénuement: J'aimerais bien mieux les commentaires de Chrysostome sur l'Evangile de Mathieu. Rien ne montre mieux que sa Chaîne d'or ce qu'il voulut et sut faire dans ce domaine. Au premier coup d'œil, semble-il, c'est un amas de textes rangés sous divers chefs, avec force divisions et subdivisions ; mais pour le théologien qui, après avoir beaucoup étudié et réfléchi, revient là, c'est une autre Somme, non pas théologique, mais scripturaire et évangélique, vrai chef-d'œuvre de structure, d'ordre, de clarté, de discernement et de sagesse. Dans ces pages et les divers

46 Paragraphe troisième tm nés Commentaires de Thomas, en oubliant forme et en se recueillant, on dit: Là, Jésu Christ seul revit, mais tout entier.

La simplicité et le naturel de la dévotion :

souffrent nullem:nt, dans le Docteur Ang lique, du caractère abstrait de ses travat d'érudition; il passe à son gré des tendr.

effusions du cœur à la discussion et à | rédaction des formules dogmatiques. Que quefois, au contraire, l'un et l’autre doi d'intelligence et de piété, se tendent la mai et s'embrassent, comme nous le voyons dan l'Office du Saint-Sacrement. On ne sait, e effet, ce qu'il faut le plus y admirer, ou le lumières du traité théologique incomparable ou la concordance frappante des figures d l'Ancien Testament avec les augustes réalité du Nouveau ; ou l'essor de la plus douce, d la plus simple, de la plus haute dévotion trois mérites qui ne sont ni jutaxposés n combinés avec industrie, mais ressortent natu rellement des mêmes pensées et des même:

mots.

Voilà le type du théologien, voilà le rôk de la théologie. Le Docteur Angeiique he fut pas seulement une digue contre les flots

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Quelre don, la main ns dans sait, en ou les arable ; ires de réalités uce, de votion :

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L'Ecriture et la Théologie sr

menaçants de l'erreur; il fut et il est toujours un phare éclairant le navigateur, pour qu'il marche de l'avant sans se heurter contre l'écueil. Son admirateur, son disciple fidèle et reconnaissant comprendra que la meilleure manière de l'honorer c'est de l'imiter. Et il sera sûr de répondre à ses vues en se gardant du parti-pris, de l’exclusivisme a priori, de l'invective, du ton autoritaire et tranchant, de l'obstination à refuser de confesser ses méprises et ses faux pas, de la mauvaise grâce à reconnaître les lumières et les progrès venus d'un autre courant. S'il lui appartient d'enseigner, il lui convient de se renseigner, et il aime à le faire, profitant pour cela des données beaucoup plus considérables mises aujourd'hui à notre disposition, pour remonter à la source des Écritures par le canal des Pères, par la connaissance de: travaux dus aux Écoles les plus justement célèbres, et par l'histoire même des habiletés de l’hérésie pour en dénaturer le caractère divin.

C'est ce qui lui est formellement dit, s’il mérite d'être élevé au grade de maître en Théologie : « Nous vous donnons les insignes et les privilèges du Doctorat et du Magistère,

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