‹ Lettre à un étudiant en Écriture-Sainte [microforme]Chapitre 4 sur 4 · RE LEE PE · texte numérisé non relu

RE LEE PE

Paragraphe quatrième

motu proprio par lequel il donne l'inspiration, et la coopération de l'être humain, intelligent, libre, personnel, chargé de la recevoir pour la transmettre. Enfin et plus haut encore, que dire de l'art divin avec lequel le Verbe incréé, sous des mots faits pour exprimer des choses créées, nous présente sa pensée, ou plutôt ses pensées? Car souvent il condense dans une seule formule plusieurs sens, et certains faits très contingents sont la figure de choses relatives aux destinées de l'Église ; certaines leçons données ici ou là dans des circonstances qui passent, deviennent, pour tous les siècles, des enseignements [qui ne passeront jamais. Mais il faut s'arrêter; ce sont là moins des questions à discuter que des mystères à adorer. Moïse lui-même ne s’approcha du Buisson ardent que sur l'invitation de Dieu et pieds nus, comme protestation de son indignité.

Sans vouloir donc scruter ces mystérieuses profondeurs, un vaste champ, un vrai monde nous demeure encore accessible, et nous voyons s'y engager des explorateurs sans nombre, avec un talent, une ardeur, une patience dignes de tout éloge. Hélas! il faut

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le reconnaître, une partie d'entre eux, par suite de leur éducation, sont loin de Jésus- Christ. Pourquoi donc alors ont-ils choisi ce champ d'études ? Sentent-ils dans les Livres saints, en dépit de leur scepticisme, un je ne sais quoi de mystérieux et de divin qui les attire? Sont-ils flattés, comme savants, de soumettre à leur examen, pour louer ou censurer, des écrits jusqu'ici portés aux nues comme des oracles adorables ? L'’ennemi de la Rédemption, Satan, ne stimulerait-il pas leur génie, avec l'espoir que, leurs écrits dans les mains, les demi-savants, c'est-à-dire le grand nombre, s’insurgeront contre la révélation, la taxeront de fausseté, la déclareront déchue de son trône divin, ou du moins rétréciront son empire? Toujours est-il que ces hommes qui excellent, en étudiant le Christ, à peser ses paroles, à mesurer ses pas, à analyser la frange de son vêtement, n’entendent sortir de ses lèvres aucun enseignement divin, sentent à peine battre en lui un cœur de grand homme. Semblables aux Juifs, ils tiennent pour d'autres le flambeau et restent dans les ténèbres; il aplanissent les abords de la source vivifiante, et ne savent pas s'y désalté-

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rer. Tandis qu'Augustin, après une période de doute et de découragement, à cause des questions en apparence discordantes des Livres prophétiques, vit enfin apparaître à ses yeux le visage parfaitement un des enseignements sacrés, « apparuit ei una facies eloquiorun castorum »!, plusieurs de ces infortunés emploient leur génie à désagréger ce bel ensemble, ce bloc majestueux, ce corps vivant, pour le réduire à un amas de fragments, d'atomes, d'ossements, de poussière. Nouvelle leçon sur le mystère de la grâce, de son indépendance, de ses inscrutables conseils !

On ne saurait trop plaindre ces savants, ni désirer trop ardemment que le voile tombe un jour de leurs yeux, que l'ouie leur soit donnée pour entendre la divine parole qui jusqu'ici a été pour eux comme n'étant pas ?. Mais il est juste, en même temps, de profiter de leur exemple et de concevoir une noble émulation pour progresser, nous aussi, dans les mêmes voies, les y dépasser même, puisque nous possédons des lumières, des attraits, des

1 Of. S. Aug., In Matutin.

* Ubi auditus non est, non effundas sermonem. (Eccli., xxxr, 6.)

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motifs surnaturels, une boussole directrice qui leur manquent. En attendant, il nous convient de profiter avec discernement de leurs travaux, nous rappelant qu'il est dit de saint Thomas: «ll purifia le dogme des Gentils», purgans dogma gentilium !, et que ce grand Maître écrivait lui-même à son disciple Jean: «Prends le bien partout où il se rencontrera sans considérer de qui tu l'as appris», non considerans a quo didiceris ?.

Mais, d'autre part, l'estime que mérite cette classe de savants, le prestige qu'ils exercent dans le monde, les sympathies que leur attirent leurs belles qualités, les prévenances personnelles et le respect qu'ils montrent envers nous, croyants, sont autant de raisons pour nous tenir en garde contre l'influence néfaste et l'infiltration occulte de leurs systèmes. L'étudiant chrétien, amené par moments à vivre au milieu de leurs écrits, à en respirer Îles idées, rencontre là des périls graves, bien que latents, dans lesquels pourraient diminuer la clarté, la fermeté, l’inten-

1 Off S. Th., Ad Matutin.

3 (S. Thom., Opusc. 68.) Deficit in quibusdam ditioaibus.

sité de sa foi : semblable au voyageur engagé dans une contrée séduisante, mais malsaine, qui sent s'obscurcir sa vue, languir progressivement sa vigueur, son entrain et sa joie.

N'entendons-nous pas saint François de Sales, l'homme qu'on peut appeler « la personnification du sens chrétien et de la vraie piété », proclamer comme une singulière grâce de sa vie, d'avoir pu travailler tant d'années parmi les protestants sans en ressentir un affaiblissement dans sa foi ! ? Pour qu'il en soit ainsi de nous, pauvres brins d'herbe, nous ne devons nous avancer dans ces régions que munis de préservatifs extérieurs contre les

influences de l'air vicié, et toujours attentifs à fortifier au dedans de nous les principes de la vie de foi. Cette considération nous ramène, il est vrai, au point de départ de cette Lettre, mais, c'est pour le compléter et mieux montrer l'enchaînement, la solidarité, la compénétration de toutes ces choses.

1 « Quelles actions de grâces ne dois-je pas à Dieu, de ce que mon faible et jeune esprit a pu parcourir les

livres les plus empestés des hérétiques sans ressentir la moindre impression de leur mal! © Dieu! quand je

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A la tête de ces principes de préservation, vous placerez la considération permanente de la nature toute divine de la foi, de sa gratuité, de la culture surnaturelle, quotidienne, atientive, qui lui est indispensable, pour se maintenir et fructifier dignement, à proportion du dépouillement de soi, qu'elle aura préalablement opéré dans le croyant. Qui a bien coinpris cela et ne le perd pas de vue, loin de s'appliquer audacieusement, dans les études scripturaires, la parole de Jésus à Pierre:

Duc im altum!! «avance-toi dans la haute mer», c'est-à-dire, aborde hardiment ces grandes questions qui ouvrent des abimes où se heurtent comme des flots, écoutera plutôt le conseil de Paul: «Garde-toi d'avoir des sentiments hautains, mais crains plutôt».

pense à ce bienfait, je tremble d'horreur de mon ingratitude!» (Lettre cuxxxiv. Esprit de S. François, xvu, sect. 30.) — « Remerciez la souveraine clarté de Dieu, qui répand si miséricordieusement ses rayons dans mon cœur, qu'à mesure que je vis parmi ceux qui en sont privés, je vois plus distinctement sa grandeur et sa désirable suavité. » (Lettres cczxxxvim. Déposition de sainte Chantal, art. 24.) 1 Lue, v, 4.

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Noli altum sapere, sed time. L'humanité du cœur, le sentiment de notre indignité pour pénétrer dans le sanctuaire de la Révélation, pour tenir entre les mains cette sorte d'Eucharistie qui est l'Ecriture, voilà une garantie précieuse, surtout quand elle est corroborée par l'obéissance.

Ce serait trop peu pour cette dernière vertu de nous ouvrir les voies dans l'étude des saintes Lettres; il est sage de continuer à s'appuyer sur elle, disant aux motifs de goût naturel ou autres, qui accompagnent Jlouablement notre ‘travail: «Je vous utilise volontiers; mais ce n'est pas principalement pour vous que je m'applique ; c'est pour correspondre aux volontés du ciel». En nulle matière cette disposition n'est mieux à sa place. Alors Dieu nous doit des grâces d'état et il les donnera au delà de toute espérance.

Dans les rapports extérieurs avec les savants, notre profession de foi sera clairement faite, une fois pour toute. Les érudits sauront donc pertinemment que si, avec eux, nous raisonnons parfois à leur point de vue purement

1 Rom., x, 20.

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rationaliste et en tirons : vantage, il y en a pourtant un supérieur, qui est surtout le nôtre, et auquel, en cas de conflit, nous n'hésiterions pas à donner la prépondérance. Ce sentiment, quand nous ne l'exprimerons pas, transpirera de nos paroles et de nos actes.

Combien s'éloignerait de cette voie droite, ferme, humble et sûre le jeune étudiant, on dirait mieux le jeune étourdi,. qui, pour la gloriole de se donner un air scientifique, de se poser en esprit large, progressiste, fier, indépendant, élevé à la hauteur des temps, connaisseur de leur besoins, s'éloignerait à plaisir des voies battues, et traiterait avec dédain les enfants de l'Église qui se refusent à marcher du même pas, qui vont jusqu'à manifester des craintes ; leur imputerait d'emprisonner la pensée chrétienne; oserait les déclarer, sur un ton tranchant, aussi nuisibles que les mécréants aux intérêts de la religion! Comment reconnaître l'Esprit du Seigneur dans ce fanatisme d'un nouveau genre? Pour propager et défendre votre royaume, Dieu! quels soldats!

O vous qui vous aventurez dans ces sentiers ardus avec une témérité si impardonnable et y entrainez les autres, certains savants

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sans foi vous féliciteront peut-être de faire un premier pas vers eux; mais d'autres plus sérieux, pensant bien que vous ne voudriez pas, heureuse inconséquence! aller jusqu'au fond, vous blâmeront en secret de votre langage équivoque et de vos concessions pleines de réserves cauteleuses. Ils sentiront, de ce chef, diminuer pour vous leur estime et vous appliqueront ce que nous dit l'Apôtre: «Si la trompette donne un son douteux, qui se préparera à la guerre?» Si incertum vocem det tuba, quis parabit se ad bellum ? Au fond, de bon compte, ces savants, si habiles à soulever les difficultés, à semer le doute, à jeter le désarroi; eux, si faciles à renier aujourd'hui telle opinion donnée hier, sur la foi de quelque découverte, comme le dernier mot de la science ; eux qui ont, dans leurs propres rangs des dissentiments irréductibles, comment se formaliseraient-ils si nous observons tout en silence, et si nous restons sur la réserve, prêts à louer et à utiliser tout bon résultat définitivement acquis?

4 I Cor., x1v, 8.

L'Écriture et la Science 68 Rd Quant aux croyants qui, loin d’applaudir aux téméraires, aux prétendus sauveurs de l'avenir, se montrent circonspects et alarmés, l'histoire ancienne et contemporaine met sous nos, yeux assez de chutes désastreuses pour qu'au moins on les excuse. D'autant mieux que l'Église, assistée de Dieu pour discerner quels périls menacent de plus près les vérités du salut et quels secours conviennent mieux à leur défense, loin de se montrer aussi rigoureuse envers ceux qu'on app-lle des arriérés, leur accorde sa bienveillanc:, aime à utiliser leur zèle. Cette confiance s'explique: l'Église a expérimenté leur docilité et leur courage pour la défense de la cause catholique, portée parfois jusqu'au témoignage du sang. Devant des assertions légères, des critiques audacieuses, ou devant des réflexions impertinentes sur les dépositaires de l'autorité religieuse, ils ne récrimineront point, mais qui oserait s'étonner ou sourire malicieusement de les voir gémir, soufirir, pleurer, appliquant à cette sorte de disparition du Sauveur, non dans sa personne mais dans son action, les paroles de Madeleine: Ils ont enlevé mon Mat-

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tre et je ne sais où ils l'ont mis‘? Epargner à ces amis de Dieu de semblables tristesses par plus de modestie et par un soin plus jaloux des intérêts de la foi, c'est un devoir de respect, de tact, de cœur, de piété qui convient à tous, mais principalement à la jeunesse.

Vous serez confirmé dans ces dispositions * si vous étudiez attentivement les procédés et le langage des grands savants qui ont illustré les plus beaux siècles de l'Eglise, et dépassé presque toujours la science de leur temps.

Que d’utiles questions furent approfondies par eux! Combien de problèmes qu'on regarde comme récemment soulevés par les savants modernes, se dressèrent devant leurs yeux pénétrants, furent l'objet de leurs investigations, reçurent d'eux les explications les plus sensées! Tel était leur respect pour la tradition des anciens, que devant s'en écarter en quelque chose, sur l'indication de plus amples lumières, ils le faisaient par manière d'interprétation plutôt que de condamnation; et si

4 Quid ploras ? — Tulerunt Dominum meum et nescio ubi posuerunt eum. (Joan., xx, 13.)

L'Écriture et la Science 65 me quelque exposition meilleure due à leurs méditations trouvait dans les anciens une phrase, une indication, une insinuation conformes, ils aimaient à s'y appuyer modestement pour en faire dériver leurs propres conceptions. Avec leur. esprit d'investigation et leur solide doctrine, deux forces distinctes mais concertées, ils savaient tirer de l'antique dépôt des richesses inconnues, et greffer sur l'arbre séculaire de la révélation une foule d'importantes questions, pour qu’elles pussent trouver là le bienfait incomparable de la sève divine. Combien l'Eglise, vrai jardin du Christ, lc bénit de ce genre de fécondité, de cette variété de fleurs et d= fruits qu’elle ne se connaissait pas!

Cette race de savants catholiques n’est du reste pas éteinte. Il est, parmi nous, grâce à Dieu, des hommes qui vénèrent sans doute avant tout la Bible comme le grand livre de notre foi, mais emploient leurs talents à l’étudier à fond au point de vue littéraire et historique, précisément pour mieux la défendre contre les modernes rationalistes ou semi-rationalistes bibliques. Ils parlent peu de nouveauté, mais

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ils en opèrent et dans le sens vrai, catholique, utile; bien persuadés que, dans le mouvement expansif de la vérité, le développement du rayon, loin d’être le déplacement du centre, doit en ‘être la consolidation. Moins ils semblent vanter et imposer le fruit de leurs travaux, aussi modestes que patients, plus ils le font doucement pénétrer, par sa propre vertu, dans les esprits sincères. Aussi l'Eglise aime-t-elle à leur prodiguer ses directions, ses conseils, ses bénédictions.

Mais c’est trop peu de garder pour soi personnellement ces dispositions de zèle éclairé, de prudence et de fidélité. Si l’on rencontre quelque infortuné affaibli, vacillant dans la foi, devenu, par suite de ses lectures et de ses fréquentations, un sel insipide !, une terre déserte, sans chemin et sans eau ?, on n'omettra rien pour éclairer ce fils de la défiance et l'arrêter sur la pente de l’abîme, à deux doigts du naufrage. Belle œuvre sans contredit, pourvu que le sauveteur agisse, stipule, non

4 Matth., v. 13.

3 Ps., Lxn. 3.

3 Eph., nu, 2.

L'Esriture et la Science 67 mn pas en son nom et d'après ses idées, mais dans les termes agréés par l'Église, juge suprème des condescendances ou des exigences de la foi divine, dans ses rapports avec les ignorants et les sages.

Faute de peser les choses à cette balance du sanctuaire, on s'exposerait à n'obtenir que des succès trompeurs. Que pourrait valoir, en effet, la foi d'un soi-disant enfant de l'Église, qui poserait à sa mère Iss conditions qu'il met à sa soumission, sans quoi il est résolu à la prévarication et au scandale? Il faut bien s'en convaincre, sur ce terrain plusieurs chancellent, non sous le coup de l’objection scientifique, ils aiment trop peu l'étude, possèdent trop peu de science et ne lisent peut-être pas un chapitre de l'Écriture par semaine, mais parce qu'un mal intérieur les travaille. Ils ont prêté une oreille crédule à l'éternel séducteur, quand il leur redisait, sous une autre forme, le nequaquam des premiers jours du monde: «Pas du tout; il n’en est rien de ce qu’on voudrait vous faire entendre. En vous mettant au-dessus de l'autorité et en proclamant votre indépendance, vous deviendrez au contraire comme des dieux, sachant

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le bien et le malt.» Le ferment pernicieux s'est répandu dans la masse des idées, des mœurs et des convoitises; quelle exégèse atteindra ce mal et le guérira ?

Empêcher de tels malheurs, tendre une main secourable à ceux qui, las des tâtonnements, des déconvenues, des déceptions de la science purement terrestre, aspirent vers le Dieu inconnu, n’est pourtant pas encore toute l’action désirable de la part de celui qui, parfaitement dépouillé de lui-même, est, comme saint Étienne, plein de l'Esprit-Saint et de foi. Avec les yeux illuminés du cœurt, il comprend et cherche sans cesse ce qui peut promouvoir la gloire de Dieu. Bien persuadé que, dans

le domaine de la Rédemption, il ne faut pas seulement compter le nombre des croyants, mais peser leur valeur, il se reprocherait comme un crime d’abaisser la foi, d'obscurcir son prestige, d'affaiblir dans l’homme l'inclination à l'écouter et à l'aimer, de diminuer enfin son influence pratique sur la masse des

4 Gen., m, 4, 5.

2 Act., xvur, 23.

8 Act., vi, 5.

4 Eph., 1, 18.

L'Écriture et la Science 69 —————— fidèles, sous prétexte que, grâce à ce minimum, on la rendra plus acceptable aux esprits orgueilleux, moins onéreuse aux cœurs sans courage. Il use au contraire des connaissances et de l’ascendant acquis par la science, à cause du renom et de la popularité de celle-ci, pour amener les fidèles, même les plus simples, à mieux comprendre la grandeur du domaine de la révélation, la sagesse de Dieu dans la diversité des voiles dont il enveloppe ses enseignements, et le devoir pour l'homme d'y adhérer précisément parce que Dieu les révèle : point essentiel, puisqu'il renferme le motif spécifique de la foi; point tellement oublié de plusieurs, qu'on en est à se demander si leur foi est vraiment surnaturelle et capable de les sauver.

Le fidèle serviteur, le défenseur, l'apologiste de la foi s'applique en outre à faire ressortir l'avantage que l'homme trouve à étendre ses influences, au moins lointaines, sur toutes les parties du savoir, sur les intérêts même temporels de la société terrestre, sur les arts qui en font l'ornement, enfin sur tout ce qui dépend de l'activité de l'homme. C'est, en effet, par la méditation et l'application des

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Livres saints, connus sous leur vrai jour, que l’on acheminera dans cette direction immuable les choses si mobiles des temps et des peuples. L'humanité entière y trouvera la nuée obscure et lumineuse dans le désert, la manne de tous les jours, le jardin de délices, le vestibule du ciel.

Beau programme! direz-vous, très cher Fils.

Mais comment pourrai-je contribuer à sa réalisation, moi qui ne suis qu’un enfant incapable de parler : ? — Personne ne vous demande de le réaliser tout entier et tout d’un coup. Mais il est toujours bon, dès le début de vos études, de l'envisager dans son ensemble afin de vous encourager à travailler sous le regard de Dieu, en face des horizons divins, avec plus d'énergie, avec plus d’humilité, avec plus de piété, avec plus de fidélité, avec plus de reconnaissance pour tous les bienfaits divins envers la sainte Église et particulièrement envers vous. Parmi les plus insignes de ces bienfants, vous placerez, avec raison, celui que renferment les Écritures reçues avec foi, aimées de tout cœur, adorées dans leurs ténèbres mêmes,

1 Jer., I, 6.

L'Ecriture et la Science 71 —— méditées pieusement, enseignées avec sagesse, et surtout mise en œuvre dans toute la vie.

Vous comprendrez, avec votre bon esprit religieux, les pensées que je viens de vous Proposer, vous comprendrez l'affection qui les dicte; et vous les goûterez, vous les propagerez même dans votre humble sphère. Elles ont sans doute des lacunes : quelque expression peut n'y avoir pas l'exactitude rigoureuse qu'on aurait droit de demander dans un traité didactique ; mais elles partent d'un cœur désireux du bien des âmes, de la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Beaucoup d'autres aspects de la question pourraient être envisagés. Mais il appartient aux hommes plus compétents de les approfondir, dans les limites déterminées par l’autorité suprême. Notre ambition est plus modeste, ayant pour but de fortifier, dans les étudiants, cet esprit de foi, d'humilité, de docilité, qui rendront leurs travaux plus utiles à l'Église. D'une manière indirecte cependant, et en dehors de toute polémique, ces considérations, avec les dispositions qui en résultent, peuvent avoir leur utilité, même sur le terrain scientifique.

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Bien purifier l'organe visuel et le placer au point de vue juste et principal, c'est la moitié du bon résultat. Heureux donc ceux qui envisagent ainsi les choses !

Vous serez du nombre, au premier rang, très cher Fils ; la prétention est digne de vous. Avec cette confiance je prie saint Dominique, saint Thomas d'Aquin et tous nos Bienheureux les plus illustres dans la science des Écritures, de vous assister et de vous bénir, vous, vos disciples et toutes vos études. De mon côté je vous demande, pour progresser au moins dans la science du salut, le secours de vos prières.

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