Lettre adressée à MM. les rédacteurs du Journal de Sciences Médicales de Montpellier, en réponse à celle du Docteur Chrestien
J’ai éprouvé un sentiment bien pénible en faisant la lecture d’une lettre qui vous a été adressée par M. Chrestien , médqcin , et que vous avez insérée dans un des derniers numéros de votre journal ; toutes les personnes qui la liront, éprouveront, comme moi , ce rjiéme sentiment. En effet, tandis que M. Chrestien, autrefois V ami de ma famille,
aurait du applaudir à mes efforts, et m’accorder, à titre d’encou-
ragement, des éloges bien mérites, à cause de la conduite loyale et désintéressée que j’ai tenue en publiant mon procédé pour obtenir le
Cyanure d'or , devait-on s’attendre à ce que ce médecin prendrait la
(i) Cette lettre a été insérée dans Je Journal des sciences médicales de Mont-* pellier , et vient de paraître dans le dernier numéro du mois d’octobre.
plume pour .ma j'épùtaiion , comme pharmacien ; surtout
lorsque j’aurais rendu un service signalé à la médecine, en faisant connaître , dans tous ses détail^, la préparation d’un médicament que ce praticien aurait introduit, lé premier , dans la thérapeutique ?
M. Chrestien consacre deux pages de sa lettre à nous faire comprendre que l’on ne doit pas, comme je l’aurais avancé, administrer un grain de cyanure d’or par Jour (i). Ce médecin n’a donc pas lu
attentivement la lettre de MJ le docteur Fourché , placée en tête de mon Mémoire ( première édijtion ) où l’on trouve la phrase suivante ? (c Le mode d’ administration que j'ai suivi pour l'emploi du cyanure V. d’or y diffère peu de celui qui a été recommandé pour le chlorure de a ce métal : qu’on le prescrive sous forme de pilules , de pastilles , <\u i< en frictions, on commence toujours par un quinzième de grain de « cyanure d'or, et on arrive plus ou moins rapidement jusqu’à un « huitième. »
Le Bulletin général de thérapeutique , le Journal de pharmacie
(i) Tout homme iniparlial inlerprélera-t-il le sens de ma phrase , ainsi que
Chrestien a voulu le faire ? Ne s’apercevra-t-il pas , au contraire , très-facilement,
qu’elle a été mal citée , par erreur typographique dans le seul Journal des sciences * #
médicales de Montpellier ? En effet , si j’avais voulu dire qu’on devait administrer par jour un grain de cyanure d'or, divisé en quinze prises, je n’aurais pas fait observer, à la fm de la même phrase, qu’on pouvait porter graduellement la dose jusqu’à un huitième de grain. D’après cela, pouvait-on se méprendre sur le sens véritable de la phrase , et tirer de son interprétation la conséquence forcée , comme l’a fait M. Ch reslien , qu’on devait prendre huit grains de cyanure d’or par semaine?
Comme on a dû le voir en lisant sa lettre , ce médecin a largement profité d’une erreur , qui n’en est pas une, et qui lui a fourni aussi l’occasion de donner des détail^ assez longs, touchant l’administration du cyanure d’or.
de Paris, ainsi que le Journal des sciences mcdico-chirurgîcaïes, ternit, nent l’extrait dé mon Mémoire èn faisant la meme recommandation, et le dernier membre de la phrase du docteur Fourché est rapportée , en toutes lettres , dans ces trois journaux.
Quant à \ omission que M. Chrestien me reproche , relativement à la découverte qu’il aurait Jaite du cyanure d’or comme médicament,
j’avoue qu’elle a été volontaire de ma part. Pouvais-je dire , en effet, que ce praticien était l’inventeur de ce remède , lorsque M. Fourché m’avait assuré dans plusieurs circonstances , soit en particulier, soit en présence d’un docteur recommandable de cette ville, que lui, le premier^ avait eu l’idée d’employer le cyanure d’or, en lisant dans un journal de médecine que M. le Parent se louait beaucoup plus, dans le traitement de la syphilis, du cyanure de mercure , que du
deuto-chlorure de ce métal ; idée, au surplus , que M. Fourché avait
communiquée à M. Chrestien , et que celui-ci aurait fort approuvée ? D’ailleurs, M. Fourché a-t-il jamais protesté contre la priorité que je lui ai accordée ? Et s’il n’était point le véritable auteur du cyanure d’or , comme médicament , aurait-il jugé à propos de publier ses observations sur l’emploi de cette nouvelle préparation , avant que M. Chrestien eût fait connaître celles qu’il aurait recueillies lui-même? J’ignore pour quel motif M, Fourché aurait abandonné la priorité de l’emploi du cyanure d’or : serait -ce par condescendance pour M. Chrestien , et parce que ce médecin serait en quelque sorte V auteur-né des préparations d’or?
D’après M. Chrestien, M. Chama^ütu aurait préparé du cyanure d’or en i83i. Il est permis de douter de l’assertion de ce médecin, puisque M. Fourché et d’autres praticiens ont açoir jamais
vu ce produit cliez ce pharmacien. M. Clirestien lui-même n’aurait pas e'të plus heureux que ses collègues. Yoici, en effet, ce qu’on lit dans sa lettre: « Le premier (M. Chamayou) n’a pas cru deçoir faire a' connaître la manière dont lUaçait opéré , parce qu’il voulait essayer n plusieurs procédés; mais il M’APPRIT qu’il avait obtenu le cyanure « d’or par précipitation d’une dissolution aurifère au moyen du a cyanure de potassium ; que le précipité lavé et séché se présentait « sous la forme, d'une poudre couleur jaune terne , etc. « Le lecteur remarquera, en outre, que è’est en i834, et six mois apres la publication de mon Me'moire, que M. Ghrestien vient nous tenir ce langage.
Mais pourquoi M. Chamayou n’a-t-il pas publie son procédé pour obtenir le cyanure d’or, depuis i83i ? N’est-il pas naturel aussi, lorsqu’on pre'pare un nouveau compose , de le présenter aux praticiens qui doivent en faire Fessai ? Comment se fait-iî que la plupart de nos confrères de Montpellier, et quelques-uns de nos villes voisines (dont je pourrais citer les noms), n’ont jamais pu ^ du moins avant la publication de mon travail, se procurer, malgré leurs demajides réitérées^ du cyanure d’or, dans une officine où ce produit aurait été préparé , dit-on , depuis plus de deux ans? On ne peut point supposer cependant que ce pharmacien , dans les formules qu’il aurait eu à exécuter avec le cyanure ^ ait fait entrer un produit analogue à ce composé , quant aux propriétés médicales , tel que le sous-chlorure d’or obtenu par précipitation , ou bien le chlorure de ce métal fortement desséché. On ne peut pas croire non plus qu’il ait voulu faire un objet de monopole du cyanure d’or, en appliquant ce nom au chlorure d’or et de sodium. V
Arrivons à
une note insérée dans la lettre de M. Chrestien^'
page 173 du premier numéro de septembre du journal cité (i) : Ton y découvrira, sans peine, que ce médecin, en récrivant, a eu rinlenlion bien manifeste de me nuire dans l’esprit du public.
'Qui ne verra, en effet, comme moi, que M. Chreslien a écrit cette note sous l’impression d’un sentiment A' animosité peu digne d’un liomme d’un tel caractère ? Ne croirait-on pas , én la lisant , que sa plume a été dirigée par une main étrangère cl mipide F Reconnaîtra-t-on, dans ce passage de sa lettre, l’œuvre d’un philantrope ^
d’un homme aux sentimens nobles et généreux, et dont i’esprit esc dégagé de toute prévention ?
soit a l’auteur [TIN DE THÉ-^
Au reste , cette note a dû paraître si inconvenante lui-méme, soit à l’estimable rédacteur du BULLE RAPEUTIQUE , qu’on n’a pas dû être étonné de né pas la trouver reproduite dans ce journah
M. Uhrestien avance d’abord, sans fondement , qu d’or est d’un brun clair, tandis qu’il est d’un jaune
i mon cyanure \terne (couleur
^ (ï) j’aî vu , chez MM. Pouzia elBaîard, du cyanure d’or qjui offre les mêmes caractères que celui de M. Chamayou; il produit les mêmes effets salutaires* Le « cyariure qu’on trouve chez M. Figuier est de couleur brun clair; ce pharmacien « annonce pourtant que , d’après Berzélius , le Cyanure auriq[ie doit cire d’un c jaune pâle. La différence de couleur ne peut-elle pas faire Craiijdre une différence d’action? Je serais autorisé à répondre affirmativement, si je voiflais prononcer sur « un seul fait. Un individu atteint de syphilis avait vu disparaîlrej les symptômes de H la maladie par l’emploi de 14. grains de cyanure d'or de M. Figuier ; il se croyait « guéri, mais il fut obligé de faire un autre traitement; peut-être avait-il apporté
«t de la négligence dans le premier.
« On me jugerait mal si l’on m’accusait d’animosité. Par philantropie, j’ai intérêt f à ce qu’on ne porte pas atteinte à la réputation méritée des préparations aurifères. »
ocracee ) , nuance que présenterait , d'aprh le dire de ce me'decin , celui de M. Chamayou préparé en i83i. Quant au cyanure d’or de M. Pouzin, qui en a fait préparer, dans îc temps, quelques grains seulement , à l’Ecole de pharmacie , et que M. Chrestien n’a certainement pas employé , comme il le dit ; il serait d’un jaune approchant celui du sous-sulfate de mercure (turbith minéral); tandis que celui de M. Balard , qu’il aurait préparé depuis peu , présenterait une teinte grise- jaunâtre. Ainsi, comment, d’après ces différences de couleur, a-t-on pu avancer que le cyanure d’or, jaune terne , de M. Chamayou était de la même teinte que les cyanures des deux pharmaciens que nous venons de citer? Peut-on, d’ailleurs, se faire l’idée d’un produit qui présenterait à la fois deux couleurs bien distinctes P
Je défie M. Chrestien de prouver qu’un malade ait été traité avec i4 grains de cyanure d’or pris dans ma pharmacie. Si véritablement
ce produit pur, comme je le prépare, a réussi imparfaitement, non pas dans une ^ mais dans plusieurs circonstances, ne pourrait-on pas contester à ce médicament les propriétés que lui aurait attribuées son auteur ; et ce médecin ne devrait-il pas répéter, avec du cyanure d’or bien préparé comme le nôtre, et pris chez des pharmaciens de celte ville, recommandables par leurs connaissances en chimie , des expériences qui auraient été faites avec du cyanure d'or de i83i ?
Je n’ai jamais avancé dans mon Mémoire ce que veut me faire dire M. Chrestien, que le cyanure d’or doit être êPun jaune pâle; je n’ai fait que citer l’opinion de M. Berzélius sur cette propriété physique, opinion que jo ne puis d’ailleurs partager entièrement , d’après les résultats nombreux de mes expériences , et ceux obtenus par mes lionojables confrères, MM, Pouziii et Balard,
Au reste , j’attache peu d’importance aux caractères physiques blerî tranchés du cyanure d’or, attendu que la couleur de ce composé, ainsi que cela arrive pour l’oxide d’or par la potasse , le kermès minéral et autres préparations , peut varier, quoique opérant de la meme maniéré , et avec les memes matériaux, selon la quantité du produit obtenu (i).
M. Chrestien ayant donné de la publicité à sa lettre, j’attends de votre impartialité que vous voudrez bien insérer ma réponse dans le plus prochain numéro de votre Journal.
Agréez, etc.