‹ Lettre au Bibliophile JacobChapitre 1 sur 3 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

Bordeaux, le 15 août 1849.

Mon cher Bibliophile,

Je vous remercie de m'avoir envoyé les deux écrits de M. Libri (1), relatifs à l'accusation qui a été lancée coptre lai. Tous me demandez de les lire avec attention et de vous cooh muniquer, en toute franchise, les réflexions que me suggérera cette lecture.

Je puis vous parler avec la plus complète impartialité, car je n'ai jam^s vu M. Libri^ jamais le moindre rapport n'a existé entre nous; il ignore sans doute mon existence, et je ne connais de lui que ses œuvres; mais elles m'ont inspiré ^m haute idée de ses connaissances bibliogn^phiques. Ses articles dans le Journal des Savants sur le Manuel du libraire et sur diverses publications historiques, ses travaux sur Fermât, de nombreuses noies de V Histoire des sciences mathématiques en It^lie^ révèlent évidemment Tbomme qui a fait de rétude des livres l'objet de ses préoccupations les plus chères et qui les connaît à fond.

Le Rapport de M. Boucly, inséré au Moniteur du 19 mars 1848, forme le point de départ de l'accusation portée contre M. Libri.

Mais ce Rapport dément lui-même les inculpations qu'il enregistre sur la foi d'une note pseudonyme, signée Henri de Baisnty transmise au préfet de police. Si la police s'ea rapportait aux dénonciations anonymes ou signées de noms es l'air, il est certain qu'elle serait en droit de faire arrêter quiconque compte un ennemi ; or, tout homme qui s'est

(1) R^poiit0 au rapport de M» Boudy et Lettre à M, de FaUfmx^ iw iii irt f ii 4e hnetnteêkm §Êtbii9ue,

mêlé de politique ou de critique littéraire a beaucoup d'ennemis, et ces ennemis ne sont nullement scrupuleux.

Le procureur du roi (c'était en 1846), veut savoir s'il est vrai, comme le prétend le délateur anonyme, que M. Libri ait soustrait des livres ou des manuscrits à Montpellier et à Grenoble. Ces deux villes étaient signalées dans les notes du dénonciateur. Il est écrit aux parquets de Montpellier et de Grenoble ; le parquet de Montpellier répond qu'il ne manque aucun livre et qu'il no manque aucun manuscrit dans les deux bibliothèques de cette ville. Le parquet de Grenoble certifie que trois psautiers manuscrits anciens et d'une haute valeur, spécialement indiqués comme ayant disparu de la bibliothèque municipale, s'y trouvent tous les trois.

Il est difficile d'imaginer une réponse plus péremptoire à des inculpations plus dénuées de tout fondement. Les calomniateurs ont pris une autre marche; ils ont dit vaguement, sans rien préciser, que M. Libri avait soustrait des livres ou des manuscrits à Troyes, à Poitiers, à Aix, à Alby. Mais quels manuscrits? quels livres? Ils se sont bien gardés de le dire ; il eût été facile de les confondre à Tinstant. Un d'eux a compris enfin que des attaques si vagues étaient au-dessous de la réfutation; il a entrepris de citer un fait; il a dit : « On prétend qu'un exemplaire du Libro del Cortegiano de Castiglione (Yenise, Aide, 1528), manque à la bibliothèque de Carpentras; or, il s'est trouvé en 1847, à la vente des Uvres de M. Libri, un exemplaire du Cortegiano; donc, etc. »

L'intention de l'accusateur est bonne; il fait ce qu'il peut; malheureusement pour lui, son raisonnement ingénieux s'é* croule par la base.

M. Libri publie une lettre de M. Merlin^ ancien libraire bien connu k Paris, qui atteste que c'est lui qui a vendu l'exemplaire du Cortegiano; et notez que cette lettre a été écrite au moment où M. Merlin venait d'apprendre à quel prix avait été adjugé ce volume, lors de la vente aux enchères de la bibliothèque de M. Libri, en 1847. Ce volume avait appartenu à Grolier, et des ignorants, qui n'avaient

jamais entendu parler de ce célèbre bibliophile, ont été tout surpris de la haute valeur donnée à un pareil livre (1).

(1) Les ouvrages à la reliure de Groller sont tellement en renom auprès des bibliophiles, que nous avons cru faire chose agréable anx amateurs eo réunissant ici les titres de ceux que nous avons rencontrés dans les catalogues de vente. Ce n'est qu'un essai de recoroposUion de la B9)kO'' theca Grolieriana ; d'autres achèveront la tâche que nous avons entreprise.

Badaus(G.)) de Asseet parOtfus ejus, VeneiiiSj Aldus, 152t. [Un ex. sur

peau vélin fut acheté 1,500 fr. à la vente Mac Carthy par lord Spencer.) Terentius. Aldus, 1521, ln-8. (Un exempl. sur vélin , après avoir successivement passé dans les collections Bigot et Hobendorp, est entré dans

la Bibliothèque impériale de Vienne.) Polydori Vergilii, de Rerwn mventoribus» BasUeoBj Froben, 1535, in-folio.

{BuUetindubibUophile, 1837, n» 1540.) Celsus, de Medicina. Venetiis, Pb. Penzi, 1497, in-fol. (Biblioth, Grenvi-

Uana, p. 129.) n Ubro dfil Cortegiano del conde Baldesar Castiglione. Venetiis, Aldus,

1528, in-fol. (519 fr., vente L. en 1847, n» 2701. Un second exempl. .

dans la bibliothèque de Trojes.) Catullus, Aldus, 1515, in-8». (935 fr. id., n» 315.) Sannazari, de Partu virginis. Aldus, 1537, in-8. (300 fr., id., n« 403.) Apu\e\usy Asinus aureus. Bononiœ, 1500, In-fol. (10 1. 10 sch., vente Sykes

en 1824, pt.l, n» 153.) Ponlanl Ojwra, 1512. In-fol. (BibUoth. GrenvU.,p. 565.) Jnvenalis. Aldus, 1535, in-8. (Id., p. 382.) César. Bornai 1469, in-fol. (à Berlin, suivant Dibdin, IntroductUm (o the

greek and latin classks), Lncianus , de Amcitia et Symposium, ms. sur vélin exécuté en Italie.

(Gat. Chardin, 1824, nO2030.) Valerius Maximus. Venet,y Aldus, 1534, in-8. (24 fr., vente Leblond en

1811. Il passa chez M. Renouard, et il est indiqué au Catalogue de la

hibUothèque d'un amateur, tome IV, p. 292).

Dictionarium grœcum. Aldus, 1524, in-fol. (Porté à 10 1. 10 sch. sur un

caUlogue de Payne et Foss de Londres, 1829, et adjugé à 4 1. 8 sch. en

1828, vente Renouard.) Cicero. Junta, 1534, 4 toI. in-fol. (1.485 fr., vente De Cotte en 1801.) Erasmi, Âdagia. Aldus, 1520. (Un exempl. acheté 250 fr. en 1814. est porté

au catalogue Renouard; un autre, en mauvais état, i32fr. Mac Carthy,

et, après avoir été réparé, 20 1. st. HIbbert.) Plinlt Epistolœ, VenetHs, 1502. (7 1. 2 sch. HIbbert, en 1829.) Xenophontis Opéra, latine. Basil., 1534, in- fol. (75 fr. vente Mac Carthy,

en 1816.) Plautus. Florentiœ, Junia, 1514, in-8. (Un exemplaire sur vélin se trouve

II à été (bftquestiofi d^atiThéocrite (Aide, 1495) nm rognê^ qui avait fait partie de la bibliothèque de Carpentras et qai s*est trouvé dans la bibliothèque de M. Libri, Ceci est une autre

dang la gttperbe bibliothèque fonnée tiar Gedrgés III, et Jointe anjonr- Miài au Hmée Britannique. (Cette bibliothèque fcoûta â ce monarque p\n§ 4e 300,000 1. it. Elle est extrémeàient riche en édiUona dés cliissiques imprimés an 16^ siëele on sur véUn. Voir une notice insérée dans le Gentlmnan's MagaùM^ mars 1834, p. 235*246.)

Martialls. Aldus, 1501, in-8. (Deux exemplaires sur vélin se trou?ent A lé Bibliothèque Ifationale^ Voir Van-Praét, Catalogur dei livres imprimés s%^r véUn^ tome VI, p. 85. M. Llbri en possédait un troisième exém|ll. •or vélin qui a figuré i sa Té)ite et qui provenait de MM. Payne et Poss, 42 liT. st.)

Maerobins, d$ Somno Scipkmis, BHaia, 1501, In-fol. (Porté au éaUlogue de Payne et Foss, 1845, p. 135.)

ThèodoreU Ëpi^UAœ, Ftoréntiœ, 1552, In-fol. [1 1. st. 10 sch., Tente faite I tdridres en Janvier 1849.)

Jarablichus, de MysterOs jEgyptiorum. Aldus, 1516, in-fol. (21 1. st., même vente. Il avait appartenu A M. Renonard, qui le menUonne sur son catalogue, t. I, p. 174.)

Vico, Imagine et vite degU imperatori, Parma, i548. (15 1. st. 10 sch., même vente; cet exempt, avait été payé 500 fr. à Paris, â la vente de M. Cailhava en 1845.)

Lucretius. Aldus, 1515. (M. Renouard en possédait un exempl. indiqué à son catalogue, 1. 11, p. 226.)

VIrgiiiuB. Aldus, 1527i (Vendu 10 K si, en 1828, caUl. Renonard.)

Pontani Opéra poeUca. Aldus, 1513, in-8. (Même catalogue.)

Pllnii Epistolm. Aldus, 1518, iH 8. (Idem.)

M. Picilit^ êe Sbfo Itberûimi. FkfrehHœ, etrea 1490, hi^fol. (Idem.)

J.-B. Pli Bononiensis Gymnasticœ prœfatUmes, ctiec M. Cicongne, è Paris.

(Lé BuUetin du bibliophile de M. Techener, 1844, a donné le fae-simil« de réiégante reliure de ce beau volume.)

Rbenanus, de Hebus germanicis. 1531. (Indiqué dans la BtbUomania de Dibdin.)

M. Van-Praét a dressé une liste des ouvrages â la reliure de Groller conservés dans les bibliothèques publiques de Paris et dans quelques autres coliecUons. Cette liste comprend une soiiantalne d'articles ; elle se trouTC dans Tédition primitive et inachevée du Catalogfte des livres im^ primés sur v^m (1813, in-fol., édition que l'auteur supprima et détruisit, à Texeeptlon de neuf exemplaires dont deux inr peau-vélin. Voir lé

iflidre. n ^ brèfl-Trai que le Théœriie non rogné^ qui « figuré aa catalogue de la vente faite en 1847, atait appartenu à la

muiueldu libruir$, IV, 567.) Il en a été donné un eitrait dans le BuUiUn du BmophUe belge, tom. VI. 1849, pag. lll-llS.

La bibliotbèqae publique de Lyon possède trois toliimei deOrolte? s It V«nfoD titlbe de Polybe, Aidas, l&ll ; la Seconda parlé deOê vit9âe'pUtari tè smAtOfi^ in-4o; ?il, ponUf. mai., Decëânm Bkmdi wpHonm, BomU,, 1581, ItHCot* M. Goite; bibliophile lyonnais, a réussi à placer plnsleors volâmes à la reliare de Groller dans la belle collection qu'il a formée (voir une notice de M. G. Ghelle dans la Revue du L^fùrmais , reproduite dans le feuilleton du Monitmur delaUbrairiê, n* du 6 féfrier 184d.) M. Perieaod- Breghot les a signalés dans une lettre adressée au rédacteur du BidhUm qne nous Tenons de eller (1849; pag. 260). On y remarque la Gtnealogia Deorwn de Boccace, Bdle^ 1632, in*4, et les Epistolê (supposées) IHog*nii^ Bruit, YpocrtUis. FlorenHa, 1487, Ib-4*

M. Yemeniz, autre amateur lyonnais, est possesseur d'une bibliothèque des mieux choisies (toir. dans le Mamteur de la Librairie, n* du 10 mars 1843, une notice dont il a été tiré é part quelques exemplaires, un entre antres sur peau-vélin); il a le bonheur d'avoir placé sur ses tablettes cinq ▼ol urnes de Grollêr; en voici les titres :

niÀbrodel Corteffiano^ 1638, Indiqué ciHlessiis, ainsi que l'ouvrage dé

Leandrns Albertus.

IXscorsl di HaehIavelli. Pirmm, 1621.

Aetil Antlocheni,(is(X>0Priofc«Mdfomorb»Mrfiionf»sia;.Battf^ 1638, in-foK Scotorumhistoriœ..,3oùocï Badii Ascensii typis et opéra, Sàn% date,in-rol.

Qrolier, né en 1479, mourut à Paris en 1565. Il fut trésorier de François I*'; ce monarque le chargea de missions diplomatiques auprès du pape Glément Vil, et ce fut durant ses voyages en luile qn*il réunit les beaux Tolumes dont la possession fait l'orgueil des collections modernes. De Thou parle de lui avee les plus grands éloges.

Les livres de Groller portent sur les plats la devisa qu'il avait ahalsie, •t qai est eatooréa d'arabesques; elle est ainsi disposée i

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