REPRESENTANT DU PEUPLE
Paris, 17 thermidor , an 3 de la république française,
Vous me demandez, citoyen représentant , si tons Tes colons blancs en masse sont coupables des malheurs de Saint- Domingue , et s'il n'y a pas une distinction à faire entr'eux. Il y en a effectivement une, car ils ne sont pas tous coupables, quoique presque tous aient été égarés par des meneurs perfides , qui ont su mettre à profit l'habitude du préjugé contre les hommes de couleur libres.
Il faut d'abord séparer des colons coupables , tous ceux qui n'ont pas quitté la Colonie et qui n'y ont pas appelé les Anglais, pour leur livrer des partiesdeleur territoire. Ceuxlà , sans doute , avoient comme les autres des préjugés coloniaux ; mais ils ont eu le bon esprit de les sacrifier à leurs véritables intérêts, en n'intriguant pas pour soutenir leurs chimériques prétentions ; et s ils desïroient voir revivre les anciens abus coloniaux, ils en attendaient au moins paisiblement le retour des intrigues de leurs assemblées coloniales, sans y prendre part , et sans même se douter des ressorts qu'elles faisoient agir pour y parvenir. On peut comparer cette portion des colons blancs à la partie de la noblesse de France , qui a préféré la conservation de ses biens â l'absurde èmii gration.
Il faut aussi distinguer des colons coupables ceux qui , habitués depuis long-temps en France , avoient leur fortune liquide et ne dévoient rien au commerce; ceux encore qui, ayant des possessions dans la Colonie , n'y avoient jamais été, et n'étoient pas destinés â y aller ; par conséquent le préjugé sur la couleur leur étoit tout-à-fait indifférent.
Il ne faut pas non plus confondre avec les colons coupables et émigrés, ceux qui, dans les premiers momens de trouble dans les Colonies , les ont quittées pour se réfugier dans les isles danoises et suédoises , même en France , et qui y attendent sans intrigues que l'ordre soit rétabli dans la Colonie pour y retourner et s 7 soumettre aux loix.
ïl faut encore distinguer des coupable quelques colons tefugiés aux Eiats Unis d'Amérique , qui s'y sont tenus paisiblement , et qui n ont pas partagé les intrigues de ceux qui n'ont cessé de calomnier tous les agens et les envoyés de la république française dans cette partie '', en les désignant tous comme des ennemis de la France , des agens de Pitt , des Girondins, et enfin par les mille et une calomnies répandues contre eux ; le tout , parce qu'ils ne partageoient pas les principes des colons réfugiés, qui s 'étoient joints aux émigrés Talon-, Noailles et Gauvin , celui-là même qui effaça les mots la riabion et la loi du lieu des séances de l'assemblée coloniale ( i ).
, Il faut enfin distinguer des grands coupables cette foui© ^'Européens habitant les villes des Colonies qui , entraînées m égarées par les meneurs , étoient sans cesse en mouvement, et en sens contraire de la loi , par les intrigues multipliées de quelques membres de l'assemblée coloniale. La majeure partie de ces hommes habitantles villes .n'ayant pour •toute propriété que l'espérance de faire fortune, pouvoient facilement être égares ., sur-tout lorsqu'on leur présentoir le nouveau système colonial comme devant leur ravir toutes leurs espérances de fortune; et, il faut en convenir, c'est par ae pareilles suggestions que les meneurs sont parvenus à égarer ces hommes et à leur faire beaucoup de mal, sans que leur intérêt pût y rien gagner.
Les colons coupables sont ceux qui ont voulu l'indépenclance des Colonies, et qui ont tout entrepris et sacrifié pour y parvenir ; ce sont ceux encore qui se sont montrés dans tous les temps les ennemis de la liberté et de l'égalité, et qui ont tout hasardé pour repousser les décrets nationaux qui les déclaroieoi la première propriété de l'homme. (2) Eh bien ! ces iudspendans , ces ennemis de la liberté et de l'égalité , ces perturbateurs de tout ordre , ces provocateurs de tous les malheurs de la Colonie , étoient tous membres ou prôneurs des assemblées coloniales. Ce sont ces assemblées qui ont oocasiônné tous les désastres de la Colonie ,
( 1 .) Voyez l'aveu qu'en fait Page , membre ' de cette assemblée , page 15 de son discours historique.
H/ ,^r^%y > !'nn des lliem.^.fes de l'assemblée colonia'e , comnaençoit déjà a travailler les ateliers des noirs de ia province du nord , au mois d^dc'ctrnbre 1790. Le décret de l'assemblée nationale qui cassoit 1 assemblée de Saint-Març , avoit excite sa bile ; il disoiî dans une assemblée de commune , qu'il fàllçit mettre a feu et a sang la Colcnl* 3 plutôt que <t'ex4cnter les lo'tx dé la F ance. Extrait du Moniteur colonial, du jeudi 30 décembre 1756, n°- 58', dont j'ai en main un exemplaire.
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jpar leurs actes arbitraires , par leurs projets d'indépendancg et par leur opposition aux décrets des assemblées nationales < avec qui elles voulaient rivaliser ( 1 ). '
A la tête des meneurs de ces assemblées coloniales , on y voyoit d'abord des hommes qu'on appeloit grands planteurs , mais perdus de dettes, dont ils croyoient pouvoir s'acquitter en se rendant indépendans de la France, ou en se donnant a une puissance étrangère, en cas 4e non-réussite. Après ceux-là , on voyoit une foule d'intrigans , de chevaliers d'industrie , passés daus les Colonies pour y faire \ aux dépens déshonneur et de l'humanité, de ces fortunes colossales qui venoient ensuite se fondre à Paris par un luxe insolent et déprave. Ceux-là , comme on doit penser , dévoient regretter un ordre de chose sur lequel ils avoient fondé de si flatteuses espérances. Quelques gens de chicane venoienc ensuite , qui fondoient aussi leurs espérances de fortune sur les rapines qu'exerçoit ordinairement cette classe d'hommes dans les Colonies. Ceux-là sur-rout , plus madrés que tous les autres par leur esprit de chicane et par l'habitude des procédures écrites, étoient les coriphées des assemblées- coloniales .dont une grande partie des membres étoient Métrés et n avoient d'autres notions que celles qu'on peut acquérir par la pius mauvaise ou la plus médiocre éducation (2)
Ces coriphées intrigans par besoin , se poussoiem partout , voulaient être tout, écrivoient sur tout, sans vrien entendre ; ils etoient , à l'égard de leurs autres collègues , comme des Sganarelie parlant latin , et raisonnant médecin! devant des Géronte , des nourrices et des pères nourriciers Parmi ces savans chicaniers , on y voyoit primer les Page le* Brulley , les l'archevêque Thibaud, les Thomas Mille? etc qui , parce qu'ils bar bouiiloient beaucoup de papier- se croyoient faits pour occuper les premières places et être les régulateurs du gouvernement colonial libre et indépendant qu ils voulorent fonder sur les bases de l'esclavage le vïuz odieux^ u /
Ils sont coupables les colons qui , les premiers / ( comme 1 avoue Page) ont soulevé les noirs esclaves pour effrayer rassemblée constituante , et l'obliger à rapporter son décret: du 10 mai 1791 , en faveur des hommes libres de couleur (3;«
■#i*P V°î" ks, ?reuvei completteset matérielles aes projets d'indé* pendance^des colons, par J.Raymond. L [ '
^Jù ) ,Vfsemblée, constituante fut si convaincue de cette vente'
TJl\ 3 qUQ h$ ,Co!onies n'etoientpas assez éclairées pourleu*
cet objet011116 ParUe ieurle'Sis!aîion* ^ qu'il falloit les aider su*
ziii77? UIîC ^hure de Page, intitulée ; Essais sur les causes et fcf* çpets d% la, révolution 9 pages iS et 17,
( 6 ) - Ils sont coupables les membres de l'assemblée coloniale ïqiii firent effacer du lieu çle leurs séances les mots la n^tiobc et la loi , ainsi que ceux de leurs collègues qui le souffrirent. Ils sont coupables ceux qui appeloient les Anglais dans îa Colonie , sous le prétexte de réprimer la révolte des noirs , qu'ils avaient eux-mêmes insurgés, Ils sont coupables ceux qui portoient les couleurs ennemies au sein dé l'assemblée coloniale , etles autres membres qui l'ont souffert. Ils sont coupables ceux qui blasphémoient l'assemblée nationale , et à qui elle paroissoit plus dangereuse que cent mille révoltés , la torche et le poignard à la main, lis sont coupables ceux qui • dans les premiers instans de la révolte des noir- , assassinoient dans les rues du Cap des hommes de couleur paisibles, Ils sont coupables ceux qui ont été témoins de ces faits , et n'en ont pas fait punir les auteurs ( % )
ils sont de grands coupables les colons qui ont osé avouer a 1 ancien comité de gouvernement, qji 'ils auraient euxmêmes appelé les Anglais à veitir s emparer de la Colonie, s'ils y avoieut^été (5).
Ijs sont de grands coupables les colons qui ont fourni à 1 ancien comité de gouvernement des notes écrites et signées de leurs mains , dans lesquelles ils demandoient d'être autxn risés à corrompre , égorger ou empoisonner tous ceux qui pourroient s'opposer aux projets qu'ils proposèrent. Ils sont de grands coupables les colons qui ont eu ta téméraire audace de soutenir ces maximes atroces devant la commission des Colonies, avec une telle fureur, qu'ils se sont faits rappeler îniïle fois à l'ordre et ôter la parole. (4)
Ils sont de grands coupables les colons, membres de l'assemblée coloniale, mis par décret à la suite de l'assemblée constituante, qui alloit très-souvent visiter à Pariscsire Elliot ambassadeur d'Angleterre, pour le solliciter d'engager son maître de se joindre à l'Espagne pour déterminer la France â accorder la liberté du commerce des Colonies avec toutes les nations. (5)
( z ) Voyez l'aveu que fait Page (membre de l'assemblée coloniale) de tous ces faits et de beaucoup d'autres, dans son discours histoïique ,etc. pag. if*i6 et 17.
(?) Voyez les débats à îa commission àcs Colonies, tome IV pae* 250,011 ce fait est consigné. "* ^ 6
(4) Voyez les débats devant la commission des Colonies, tome V- £»ge j3z et suivantes. Vous y verrez que c'est Page qui a fourni et signe la nota en question , et que son compère Eruiley en défendoit te 3 maximes
(5) Les membres decette assemblée coloniale sont Valentin de Culioa
( 7 ) Us sont bien coupables les colons qui , pour cacher leurs projets perfides, ont calomnié, accusé et conduit à l'échafaud vos collègues, qu'ils appeloient girondins et fédéralistes, parce que c'étoit alors les mots magiques avec lesquels On conduisoit les républicains à la mort. Ils sont coupables les colons qui répandent encore aujourd'hui des libelles contre des représentai du peuple qu'ils désignent comme buveurs de sang et terroristes, quoiqu'ils aient -été les premières victimes du système de la terreur. Ils sont coupables les colons qui poursuivent encore avec acharnement la mémoire de vos collègues qu'ils ont conduit à l'échafaud, et qui menacent de leur foudre les amis de leurs malheureuses victimes.
ils sont coupables les colons qui n'ont cessé de calomnier tous les délégués de la nation, tant civils que militaires, sans en excepter un seul de ceux qui ont été envoyés dans les Colonies depuis les premiers jours de la révolution. <i) • lis sont bien coupables ces colons qui, enhardis par l'impunité, calomnient ouvertement les trok assemblées nationales et leurs différens comités, ainsi que tous les membres distingués des trois assemblées. (2) On les voit ces hommes à qui rien ne coûte pour perdre ceux qui sont opposés à leurs principes coloniaux , prendre les couleurs ,; les signes et le langage des différens partis , quelqu'opposés qu'ils aient été. On les voit qualifier le même .homme tour-à-tour , de royaliste , de terroriste, de fédéraliste , da girondin , de robespierriste , de jacobin , etc. etc, Telia, est leur tactique abominable. .
Si vous me demandez présentement quels sont ces hommes audacieux , et en quel nombre ils sont , je vous répondrai qu'ils sont tout au plus une douzaine, à la tête desquels sont Page , Bruliey , l'archevêque Thibault , Thomas Millet. (3; — Mais ils ont sans doute des moyens et des ta-
et Thomas Millet, ce dernier , l'un des accusateurs de Polverel et Sonthonax, Voyez l'aveu qu'il fait de ses visites à sir EHiot , dans la séance du 13 thermidor,, â 3a commission des Colonies. 1
v(f) En effet, vous pouvez remarquer, en lisant tout ce qu'oint écrit et imprimé Page et Bruliey, qu'ils n'ont pas épargné un seul fonctionnaire public, ni aucun délégué de la nation , de tous ceux qui ont été envoyés dans les Colonies.' D'après ces faits, il faut convenir, ou qtie la France est bien pauvre en bons citoyens, ou que Page et Bruliey sont bien méchans.
(i) Voyez Tune des dernières productions de Page , intitulée ■ i] Essai sur ks causes et les effets de la révolution.
, jj] Voyez les débats deyant'la commission des ColoUiesj vous y\ finirez les noms de ceux qxi ont joué des xoks secondaires.
i-Mp,
(8 ) ïens.— • Pour en juger, parcourez, si vous en avez le courage, leurs volumineuses productions , où je puise pour vous les faire connoitre et les peindre d'après eux-mêmes; vous n'y trouverez que calomnies les plus absurdes et les plus dégoûtantes , entremêlées des mensonges les plus grossiers ; vous n'y trouverez enfin qu'un rabâchage éternel de leurs projets d'indépendance , que des idées exiguës , qu'ils re^ produisent toujours sous la même face , et qu'ils s'empruntent tour-à-tour pour s'en faire honneur : semblables à ces bateleurs, modestes dans leurs équipages, qui se revêtent alternativement du même habit*
Vous n'y trouverez enfin que contradiction, divagation, incohérence , maximes erronées et odieuses , aucune idée saine d'un gouvernement libre , ni de philosophie, encore tnoius de morale ; en un mot c'est un vrai galimaLhias,
Cependant es hommes ont l'orgueil de se croire de savais politiques , parce qu'ils ont laissé tomber de leurs plumes trois ou quatre brochures de quelque centaine de pages , tels, par exemple , que leur Développement, des causes des troubles et des désastres dûs Colonies ; puis . Discours historique sur les causes et les désastres de la partie française de Saint-Domingue ; enfin, Essai sur les causes et tes effets de la révolution. Dans ce dernier ouvrage , ils ne s'y donnent pas moins que comme les seuls législateurs capables et comme les politiques les plus profonds , puisqu'ils assureut avoir pénétré tous les secrets du fameux ministre anglais, (i)
C'est véritablement une chose curieuse que cette dernière brochure ; elle contient des faits si incohérens au sujet qu'on y a voulu traiter ; des principes et des faits si opposés les uns aux autres ; des conséquences si mal tirées que pour conclure et1 être d'accord avec lui même , l'auteur < Page) a été obligé- d'accuser le gouvernement français, les trois assemblées nationales et la France entière -, de s'être coalisés avecPitt pour lui livrer lesCoionies < afin qu'elles ne lussent pas indépendantes , comme il le désiroit.
Si vous suivez ces colons dans leurs autres productions ' vous les voyez se congratuler et peindre modestement l'un d eux (Page) mi Hercule qui frappe de sa massue le piamée Louvet, ainsi que toute sa clique girondine ; vous les voye*
l^hll^onf H^'i aUt5UrS.de ,ceS W^fi* , doivent avoir bien de inconnus pour jamais, *
Note de l'éditeur,
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