‹ Lettre d'un Sicilien à un de ses amisChapitre 12 sur 75 · LETTRE D'UN SICILIEN. S · texte numérisé non relu

LETTRE D'UN SICILIEN. S

je cherchois encore cette sorte de Philosophes*. Le plus rusé de tous les Empereurs * s'étoiinoît, qu'après cet âge les hommes voulussent un second pour combattre les maux du corps et pour conserver leur santé. Mais, quand j'ai voulu assurer que jamais on ne m'avoit ouvert la veine ', les Chirurgiens de France n'ont pu me croire sans auparavant me voir nud. 2. Vous qui sçavez ma manière de vivre et mes

I. Salués ici révérencieusement du nom de philosophes^ les médecins seront presque dénoncés plus loin (n9 46) comme des assassins patentés.

a. Julien l'Apostat?

3. Molière s'est moqué de la thérapeutique de son temps ; écoutez Argan du Malade imaginaire qui en résume la formule : Clysterium donare, posteà saignare, ensuita pur gare. Ce qu'il n'a pas assez dit : c'est l'abus qu'on fais aitde la saignée : sous prétexte d'affaiblir le malade, on l'épuisait, ou le tuait. Guy Patin, l'adversaire fougueux de l'antimoine, était un partisan outré de la phlébotomie. An siècle suivant, le docteur Sangrado de Gil Blas. préconisait exclusivement la diète, la saignée et l'eau chaude. Le traitement antiphlogis tique, tant recommandé de nos jours par l'école de Broussais, consiste dans l'emploi des boissons aqueuses et de l'abstinence. Purgon, Sangrado et Broussais ne diffèrent que par la formule : ils expédient leurs malades par principes. Honora medicum propter necessitatem, dit VEsprit-Saint au livre de VEcclésiastej xuviii. i. « En général, les chirurgiens de France veulent faire les médecins et les médecins tombent dans l'empirisme, surtout pour la saignée, qui est leur panacée universelle. Le but semble être, pour les maladies chroniques aussi bien que pour les maladies aiguës, plutôt de soulager instantanément le malade que d'arriver à une guérison radicale ou de prévenir les rechutes. Ce n'est point là la méthode et le succès de nos médecins d'Angleterre, à un seul desquels je confierais ma vie plutôt qu'à tout un collège de ces sangsues françaises. » John Evclyn. Extraits (i6sa).

Moins d'un siècle après le Sicilien, Pessonnel, dans ses Numéros 10, p. 12), se plaignait que « les rues de Paris ont l'air d'autant

inclinations, vous pouvez vous imaginer comme je vis ici. Ordinairemenc je me lève le matin, aussi-tôt que le soleil parok ; mais ce grand luminaire ne se laisse pas voir souvent % cela fait qu^il est ici en plus grande vénération, que ne le sont dans leur empire les rois de la Chine, puis qu^il passe la moitié de Tannée, comme s'il était invisible.

Je suis toujours éveillé de fort bon matin ; le chant

de cirques où Ton se dispute le prix de la course... Il n'y a pas jusqu'aux médecins qui ont tant de moyens de détruire- impuoément l'espèce humaine, qui ne se permettent encore cette façot de rendre leur profession plus meurtrière : je me rappelle que, il y a environ trente-cinq ans, le carrosse du cllèbre docteur Dumoulin écrasa un enfant dans une des mes de Paris. »

I . Il y a un peu d'exagération dans ce passage, comme le prouvent les renseignements suivants, empruntés à l'Annuaire du bureau des Longitudes. La température du climat de Paris, qui est en moyenne de lo® au-dessus de zéro, descend rarement à pins de i8° au-dessous et ne dépasse guère )6® au-dessus. Il pleut environ 14$ jours par an. Les vents qui y soufiQent le plus fréquemment sont ceux d'ouest, de sud-ouest, de sud, de nord, de nordouest et de nord-est. Ce dernier est celui qui amène les froids les plus vifs. La quantité annuelle moyenne de pluie tombée sur la plate-forme de l'Observatoire a été, pour une période de 95 ans, de 471 millimètres. La quantité recueillie dans la cour de l'Observatoire est plus considérable que celle qui tombe sur la plateforme, élevée de 28 mètres au-dessus; on doit l'évaluer en moyenne à $^ millimètres. La quantité qui tombt en an jour est en moyenne de j"'™,^; en hiver, ii6™™,4o; au printemps, i4c"™,76; en été, i7i"",89; en automne, i34'"",45. Le nombre annuel moyen des jours de pluie est de 144,$ y qui se partagent presque également par saison. On compte annuellement en moyenne la jours de neige, 184 de temps couvert, 181 de nuageux, 180 de brouillards, ao de grêle, 13,6 d'orage. La température en général est douce, et le climat sain. Durant une période de 33 années, la température a donné en moyenne par saisons : hiver, 3**,3 ; printemps, io®,3 ; été, i8",i; automne, ii*,a. Les jours de gelée sont au nombre de $(>.

des coqs^ m^ouvre les yeux, et le bruit des hommes et des chevaux achève de me tirer du sommeil. Mon principal plaisir est de lire quand je n'écris pas, ou de lire et d'écrire en même tems. Ayant fini l'étude du matin, qui est le mouvement de Tesprit, je commence le mouvement du corps et je ne trouve point de plus grand divertissement que la promenade. Quand le tems est beau, je marche dans de belles et longues allées à l'ombre des arbres ; nous appelions cela se promener*^ exercice que les Turcs ne peuvent souffrir, et qui paroît ridicule aux Asiatiques; je fais donc tous les jours plusieurs milles, sans voyager. Pour cet effet le Roi entretient pour les oisifs', le plus beau jardin qui soit dans l'Europe*.

Je me couche le soir le plus tard que je puis, je m'examine sur tout ce que j'ai fait pendant la journée pour me rendre compte à moi-même, ensuite je prie Dieu qu'il me ferme l'œil la nuit, pour me l'ouvrir le matin.

3. Mes besoins sont toujours les mêmes, du pain, un lict et des habits : je ne désire point les viandes que mange un plus délicat, ou un plus riche que moi.

I. Car à peine les coqs, commençant leur ramage, Auront de cris aigus frappé le voisinage.

Boileau, Satire VI.

a. Cet exercice est un peu plus hygiénique que de rester accroupi sur un tapis, ou de se faire traîner dans une voiture.

3. Le roi entretenait alors un jardin pour les oisifs; de nos jours, M. Giraud s'immortalisera par son invention de la taxe sur les oisifs (la mai 1880).

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